‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 48 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

suite : l’autopsie fit découvrir une nodosité de la grosseur d’une noisette, située sur le trajet du grand nerf cardiaque.

S 110. — L’influence que les nerfs du cœur exercent sur l’action de cet organe dépend-elle immédiatement du nerf grand sympathique, ou bien dépend-elle du cerveau et de la moelle épinière par l’intermédiaire de ce même nerf? Ceci est une autre question. C’est surtout Bichat qui a appelé l’attention des physiologistes sur ce problème. Bichat a distingué plus exactement qu’on ne l’avait fait avant lui, les fonctions des diverses espèces de troncs nerveux, c’est-à-dire , des nerfs cérébro-spinaux et du nerf grand sympathique. Les nerfs cérébro-spinaux, qui ont la faculté de déterminer les mouvements volontaires lorsqu’ils se distribuent aux muscles , sont dans une dépendance étroite du cerveau et de la moelle épinière. Quand ils cessent de communiquer avec les centres nerveux, ils perdent le pouvoir qu’ils avaient de mettre en jeu les niasses musculaires. Les nerfs rachidiens sont également paralysés, si la communication qui existe entre eux et le cerveau vient à se trouver détruite par une lésion quelconque de la moelle épinière. Néanmoins, un nerf ainsi isolé du cerveau et de la moelle épinière conserve encore, pendant quelque temps, le pouvoir de déterminer dans les muscles auxquels il se distribue, des contractions involontaires, lorsqu’on l’irrite à l’aide d’un stimulus mécanique ou galvanique.

Les parties, au contraire, qui reçoivent leurs nerfs du grand sympathique, comme le cœur, le canal intestinal, l’utérus, etc., ne peuvent exécuter que des mouvement involontaires. Bichat donne le nom de système nerveux de la vie animale au cerveau , à la moelle épinière et aux nerfs cérébro-spinaux ; il appelle le système du grand sympathique système nerveux de la vie organique. 11 attribue à ce dernier une certaine indépendance du cerveau et de la moelle épinière , et considère les ganglions et les plexus du nerf sympathique comme les centres de ce système nerveux.

Depuis que Ch. Bell a distingué les racines des nerfs cérébro-rachidiens en racines motrices et racines sensitives, Scarpa (1) s’est efforcé de prouver que le nerf grand sympathique n’avait de connexions qu’avec les racines postérieures ou sensitives des nerfs spinaux, et non avec les racines antérieures ou motrices. Par conséquent, d’après lui, le nerf sympathique ne peut pas être déterminé par la moelle épinière à exciter les mouvements du cœur, et ne possède par lui-même aucune puissance motrice. Mais les recherches de Wutzer, aussi bien que celles deRetzius, de Mayer et les miennes propres, démontrent que l’opinion de Scarpa est mal fondée, et que les rameaux de communication entre le nerf grand sympathique etles nerfs rachidiens reçoivent également leurs fibres des racines motrices antérieures et des racines postérieures sensitives des nerfs spinaux (2).

Les observateurs qui se sont occupés d’une manière spéciale de déterminer expérimentalement l’influence de la moelle épinière et du cerveau sur les mou vements du cœur sont Legallois, Philip, Treviranus, Nasse, Wedemeyer, Gilt et Flourens.

8 111. — Legallois (3) prétend que le principe de l’activité du cœur réside exclusivement dans la moelle épinière. Lorsqu’on désorganise, sur un animal, la portion cervicale de la moelle épinière et la moelle alongée, la respiration cesse, parce qu’on détruit ainsi la partie des centres nerveux de laquelle les nerfs respiratoires tirent leur origine , c’est-à-dire , la moelle alongée et le cordon

(1) Scarpa, De gangliis nervorum, deque origine et essenlid nervi inlercoslalis-, ad E.-H. XX ebeu. Annal, univers, d. medicina. Magg. e Giiign., 1831. — (2) fruy. Meckels Archiv., 183 , i, p. 8o et 200, — (3; Expériences sur te principe de la vie. Paris, 1812.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

rachidien. Les battements du cœur persistent encore, mais bientôt ils sont trop faibles pour pouvoir entretenir la circulation, et l’on ne peut plus, au moyen de la respiration artificielle, redonner aux contractions cardiaques l’énergie nécessaire à l’accomplissement de leur fonction. La circulation du sang cesse également quand on désorganise la portion inférieure ae la moelle épinière : dans ce cas aussi, la circulation ne se rétablit pas sous l’influence delà respiration artificielle.

De ces expériences Legallois conclut que la puissance nerveuse du cœur a sa source dans la moelle épinière, non pas dans une portion déterminée de cette moelle , mais dans sa totalité. Si cette conclusion est exacte, dit Legallois, après la désorganisation d une partie de la moelle épinière , l’influence nerveuse provenant de la portion intacte ne suffira plus pour donner au cœur la force de faire circuler la masse entière du sang; mais elle sera certainement suffisante, pourvu qu’on entretienne artificiellement la respiration, pour chasser le sang dans une portion seulement du système vasculaire. Ainsi donc, ajoute Legallois, si, après avoir désorganisé une portion de la moelle épinière, on lie certains vaisseaux pour diminuer l’étendue du système vasculaire perméable au sang, la circulation pourra persister, et si l’on place la ligature de plus en plus près du cœur, de façon à diminuer proportionnellement le champ circulatoire, on pourra détruire des portions de plus en plus considérables delà moelle épinière, sans interrompre la circulation. En conséquence, Legallois lia, sur des Lapins, l’aorte à la région lombaire, et détruisit la portion lombaire de la moelle épinière. Dans d’autres expériences; après avoir lié les artères carotides et les veines jugulaires de l’animal , il le décapita et désorganisa la portion cervicale de la moelle. 11 est superflu de dire que, dans tous ces cas, Legallois avait soin d’établir une respiration artificielle. Enfin, dans des expérimentations encore plus barbares, il retrancha toute la partie postérieure du corps, après avoir lié les gros vaisseaux. Dans toutes ces expériences, la circulation entre le cœur et les ligatures persista plus ou moins longtemps, et même dans plusieurs cas, au dire de Legallois, pendant plus de trois quarts d’heure.

Legallois conclut de ses expériences : 1° que le grand sympathique, loin d’être un nerf indépendant, non-seulement dépend de la moelle épinière, mais encore provient de celte dernière ; 2° que le nerf sympathique a pour caractère propre de placer toutesles parties auxquelles il se distribue sousl’influence motrice de la moelle épinière tout entière. La commission nommée pour examiner le travail de Legallois crut que ces expériences résolvaient toutes les difficultés qu’avait jusqu’alors présentées le problème des mouvements du cœur; qu’elles expliquaient, par exemple, l’influence des passions sur cet organe, son indépendance de la volonté et la persistance de la circulation dans les monstres anencéphales ou acéphales jusqu’au moment de leur naissance.

§ 112. — Cependant, le D1 Wilson Philip (1) a démontré que les expériences de Legallois n’expliquent pas tous les rapports qui existent entre le cerveau, la moelle épinière et le nerf grand sympathique. Lorsqu’on frappe violemment l’animal sur l’occiput, de façon à le priver de mouvement et de sentiment, la respiration cesse, mais l’action du cœur n’est pas anéantie et peut durer encore longtemps, si l’on a le soin d’entretenir artificiellement la respiration. Après l’ablation complète du cerveau et de la moelle épinière, le cœur continue encore de battre, quoique plus faiblement qu’à l’ordinaire. En général, alors même que l’on détruit le cordon rachidien et le cerveau à l’aide d’un stylet rougi au feu, les mouve-

(l) inquiry inlo the Laves of the vital funclions-, Untersuchungen über die Gesetze der Functionen des Lebens, Stutlg., 1S22.

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