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LIVRE PREMIER

menls du cœur persistent encore quelque temps. De ces expériences, Wilson Philip a tiré une conclusion tout-à-fait opposée à celle de Legallois. Il pense donc que l’activité du cœur est essentiellement indépendante du cerveau et de la moelle épinière. Toutefois, d’après les expériences même de Philip , ces deux: organes, c’est-à-dire, le cerveau et le cordon rachidien, exercent une grande influence sur les affections sympathiques du nerf grand sympathique et du cœur.

Wilson Philip a fait voir, en outre, que l’influence exercée par la destruction du cerveau et de la moelle épinière sur le nerf grand sympathique et sur les viscères auxquels il se distribue varie singulièrement , suivant la manière dont cette destruction a été opérée. En effet, quand on enlève le cerveau couche par couche, ou tout entier à la fois; quand on désorganise lentement la moelle épinière au moyen d’un stylet rougi au feu, le cœur continue de battre pendant longtemps, quoique plus faiblement qu’à l’ordinaire ; mais il s’arrête sur-le-champ, si l’on détruit brusquement les centres nerveux, si on les écrase, par exemple. Ainsi, lorsqu’on écrase d’un coup de marteau le cerveau d’une Grenouille vivante, le cœur exécute immédiatement quelques contractions vives mais faibles, reste pendant une demi-minute tout-à-fait immobile, puis se meut de nouveau faiblement et lentement. Si alors on détruit la moelle épinière d’une manière brusque et violente, les mouvements cardiaques se suspendent de nouveau pendant quelque temps, mais ensuite le cœur recouvre sa faculté contractile. Clift a vu, chez une Carpe, les battements du cœur durer encore onze heures après la destruction du cordon rachidien.

Quant aux expériences que Flourens a faites sur les Poissons, voici les conclusions qu’il en a tirées : l’action du cœur dépend exclusivement de la respiraiion; elle cesse, lorsqu’on abolit les mouvements respiratoires par la lésion de là mode alongée , de laquelle dépendent ces mouvements ; chez les Poissons, où les mouvements respiratoires dépendent uniquement de la moelle 'alongée , la circulation peut continuer après la destruction de toutes les autres parties du cordon rachidien. Cependant leDr Marshall-Hall (1) a vu la circulation persister très longtemps chez les Poissons, malgré la destruction de la moelle alongée ; il admet néanmoins que les mouvements du cœur sont jusqu’à un certain point sous la dépendance de la moelle épinière et du cerveau (2).

§ 113. — Si nous rapprochons, d’une part, les expériences de Legallois, de Wilson Philip et autres physiologistes, et, d’autre part, les faits que nous connaissons déjà, à savoir : que le cœur séparé du corps continue encore de battre pendant longtemps, comme on l’observe surtout chez les Reptiles et les Poissons; que les affections déprimantes du système nerveux diminuent l’énergie de l’action du cœur, enfin, que la faiblesse de la circulation accompagne les défaillances nerveuses; il nous semble que nous sommes en droit de déduire de celte comparaison les conclusions suivantes :

1° Le cerveau et la moelle épinière exercent une grande influence sur le mouvement du cœur : ainsi, ils peuvent accélérer ou ralentir les battements de cet organe, diminuer ou augmenter leur énergie.

2° Le cœur continue encore de se contracter pendant un certain temps, après

(1) Essay on the circulation, London, 1831. — (2) Consultez sur ce sujet Treviranls, Biologie, IV, 644; Clift, Philos. Trans., 1815; Weuemeyek, Physiol. Untersuch, über das Nervensystem und die Respiraiion, Hannov., 1817; Nasse, dans Hoiin’s Archiv., 1817, 189; Flocreks, Versuche über die Eigenschaften und Verrichtungen des Nervensystems-, Leipz., 1824: Nasse, Untersuch, zur Ltbensnatur lehre-, Halle, 1818. Cet ouvrage contient un examen consciencieux des expériences de Legallois, et une exposition lumineuse de toute cette controverse, voy. aussi Lcnd, Physiol. Resultate des Vivisect. neuerer Zeit , Kopenh., 1825, 162.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

la simple ablation de la moelle épinière et du cerveau. (Flourens a vu, dans ce cas, la pulsation des carotides durer plus d’une heure chez des Lapins dont il entretenait artificiellement la respiration). Mais alors les mouvements du cœur sont beaucoup plus faibles, et la circulation ne s’exécute pas longtemps d’une manière complète

3° Les contractions du cœur ne cessent pas immédiatement, alors même que cet organe a été enlevé de la poitrine de l’animal, et par conséquent se trouve isolé de la plus grande partie du nerf grand sympathique.

Le cœur n’est pas tellement dépendant de l’influence du cerveau et de la moelle épinière, que l’ablation de ces organes puisse abolir immédiatement sa contractilité. Les nerfs cardiaques conservent, dans ce cas, une certaine quantité du principe moteur; et, dans les expériences même où le cœur est arraché du corps, les petites portions de nerf que contient ce viscère conservent une quantité de force motrice suffisante pour déterminer encore pendant quelque temps de faibles contractions. Cependant, on doit considérer le cerveau et la moelle épinière comme la source principale de l’influence nerveuse ; car leur destruction affaiblit tellement l’action du cœur que, malgré la longue persistance de ses battements, il n’a plus assez de force pour entretenir la circulation. S’il existe un moyen d’évaluer le degré d’influence que les centres nerveux exercent sur l’action du cœur, c’est celui que Nasse a employé. Cet observateur mesura la hauteur d’un jet de sang qui s’échappait d’une artère coupée, chez un animal bien portant. Ensuite, il détruisit la moelle épinière par portions successives, et trouva qu’au bout de quelques minutes la hauteur du jet avait diminué proportionnellement à l’étendue de la lésion.

Chez les monstres anencéphales et amyélencéphales , la circulation semble encore plus indépendante du cerveau et de la moelle épiniére. Chez les hémicéphales, le cerveau est le plus souvent détruit par une hydropisie, et celte même affection peut également faire disparaître la moelle épinière (1).

La source constante des contractions du cœur est donc primo loco la puissance motrice du nerf sympathique; mais ce sont les centres nerveux, c’est-àdire, le cerveau et la moelle épinière, qui entretiennent et déterminent cette puissance. Les centres nerveux, à leur tour, peuvent être déterminés par tous les organes du corps. De là vient qu’une affection locale peut causer un sentiment général de malaise dans l’organisme entier, et que toute maladie locale violente modifie les contractions du cœur et par conséquent le pouls.

La moelle épinière peut déterminer de deux manières l’activité du cœur, 1° à la suite de sensations, 2° immédiatement. Des sensations peuvent être transmises à la moelle épinière par tous les nerfs rachidiens, et là, mettre à leur tour en jeu les fihres motrices qui partent de la moelle. Dans ce sens, il est donc exact de dire que toutes les parties de la moelle peuvent agir sur le cœur. Quant aux influences motrices immédiates qui émanent de la moelle épinière, il paraît qu’il existe entre certaines portions déterminées de la moelle et le cœur un rapport déterminé, comme il en existe entre chaque organe et l’endroit de la moelle d'où il reçoit ses nerfs. D’après les recherches de Valentin (2), le nerf accessoire et les nerfs cervicaux supérieurs, c’est-à-dire, les racines antérieures de ces derniers, agissent sur les mouvements du cœur. Suivant Budge(3), la source de l’influencé motrice du cœur réside dans la portion supérieure du cordon rachi-

(1) Voy. Esciiricht, dans Müller’s Archiv., iS3i, 2G8. — (2) De funclionibus nervorum cerebralium el nervi sympathici. Bcrnæ,*l839. — (5) Untersuchungen Uber das Nervensyslom. Frankf.,

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