LIVRE PREMIER
celui de la carotide primitive. Le pouls de l’artère maxillaire externe, qui est à peu près à la même distance que l’artère axillaire, est isochrone au pouls de celte dernière, tandis que l’artère métatarsienne située à la face dorsale du pied bat un peu plus tard que l’artère maxillaire externe et que la carotide primitive.
E. H. Weber nous a fait connaître la cause de cette différence. Si le sang circulait dans des tubes parfaitement solides et parois à tout-à-fait inextensibles, l’impulsion du sang lancé par le ventricule dans les artères se communiquerait jusqu’à l'extrémité de la colonne sanguine avec une vitesse égale à celle du son qui se propage à travers un liquide, c’est-à-dire, beaucoup plus rapidement que dans l’air atmosphérique. La pression du sang se transmettrait donc alors aux extrémités les plus déliées, sans aucune perle de temps appréciable. Mais, comme les artères sont extensibles en largeur et surtout en longueur, l’impulsion que le ventricule gauche imprime au sang distend d’abord simplement celles qui sont le plus rapprochées du cœur. Ces artères, en vertu de leur élasticité, se contractent alors et déterminent ainsi la distension de la portion la plus voisine du système artériel, laquelle, se contractant à son tour, cause la distension de la portion qui suit immédiatement, et ainsi de suite. Ainsi donc, il s’écoule un certain intervalle de temps, quoique fort court, avant que l’ondulation, c’est-àdire, la compression successive du sang, la dilatation et le rétrécissement des tubes artériels n’atteigne les parties les plus éloignées du système. Ce phénomène est tout-à-fait analogue aux ondes qui parcourent une corde tendue, à partir du point où on l’a frappée. Mais, à partir du point de l’ébranlement, la corde ne se distend que dans une seule direction, tandis que les tubes artériels se distendent dans toute leur périphérie. La propagation de cette onde à toute letendue du système artériel doit naturellement être beaucoup plus rapide que le mouvement du sang, de même que les ondulations de l’eau à la surface d’un fleuve se propagent beaucoup plus rapidement que ne marche le courant luimême. Lorsqu’une onde progressive se propage à la surface de l’eau, les molécules liquides s’élèvent et s'abaissent, mais elles restent à la même place, tandis que l’onde va affecter d’autres parties de la surface du courant.
Le nombre des pulsations artérielles doit naturellement être absolument égal à celui des contractions du cœur, et le pouls des artères, qui sont situées à une égale distance de cet organe, doit nécessairement être à peu près synchronique. De temps à autre, on a vu des auteurs prétendre que l’expérience prouvait la possibilité du contraire; mais, comme sous tous les rapports le poulsn’esl que la suite de la contraction ventriculaire, il doit nécessairement coïncider avec elle. L’impossible, d’ailleurs, ne saurait être un objet d’expérience. Le pouls peut, il est vrai, présenter des différences sous ie rapport de sa force, de sa dureté, etc.; mais ces variations dépendent évidemment du degré d’élasticité des vaisseaux, d’obstacles locaux à la circulation, etc.
D. De la tonicité ou de la contractilité organique des artères.
S 123. — Indépendamment de leur élasticité, les artères possèdent encore une contractilité vifale. Celte contractilité, au reste, appartient à tous les vaisseaux sanguins en »général. Son mode d’action est tout-à-fait différent de celui du cœur. Ainsi, au lieu de se manifester par des contractions brusques, elle agit graduellement et lentement , de sorte qu’il est difficile de la constater par l’observation directe et qu’elle ne peut jamais suppléer le cœur clans ses fonctions.
On a bien, il est vrai, comparé les artères au vaisseau dorsal puîsaîoire des
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
Insectes et aux troncs vasculaires pulsatoires de la Sangsue et a autres Annélides, mais ces vaisseaux représentent réellement le cœur de ces animaux, chez lesquels il existe également des troncs vasculaires non-contractiles, comme le vaisseau abdominal du Lombric terrestre ou Ver de terre. Les monstres dépourvus de cœur , comme les acéphales, etc. , ne prouvent pas davantage en faveur de l’opinion qui prétend que les artères agissent de la même manière que le cœur et peuvent suppléer cet organe. En effet, dans tous les cas de ce genre qui ont été examinés avec soin, les vaisseaux du monstre privé de cœur n’étaient que des branches provenant des vaisseaux ombilicaux d’un second fœtus bien conformé, et le fœtus anormal se nourrissait absolument comme s’il eut été tout simplement un organe surnuméraire de l’enfant bien conformé, ainsi qu’on l’observe dans la classe des monstres par duplicité, où une portion d’embryon se trouve implantée dans un autre embryon normalement développé ( Duplicilas per implant alionem). Dans le cas rapporté par Ruysch (1), une extrémité acéphale était suspendue au placenta d’un fœtus bien conformé. Rudolphi a décrit (2) lin monstre consistant simplement en une tête dont les vaisseaux étaient des branches provenant du cordon ombilical d’un autre fœtus normal. Il en était de même dans le cas que j’ai observé et dont Nicholson a donné les détails (3).
Quand on enlève le cœur d’un animal, on ne trouve plus dans aucune de ses artères la moindre trace de mouvement rhythmique. Cependant il faut ici faire une exception 'pour les endroits du système artériel qui sont pourvus de petits cœurs accessoires, commele bulbe de l’aorte des Grenouilles et des Poissons, et les cœurs axillaires des Chimères. Dans des conditions anatomiques analogues, les veines elles-mêmes sont le siège de pulsations rhythmiques particulières ; tel est, chez l’Anguille, le cœur caudal de la veine caudale. A cette catégorie appartient également la pulsation rhythmique vitale des troncs des veines pulmonaires et de l’extrémité cardiaque des veines caves chez tous les animaux. Mais ces derniers vaisseaux ne se contractent que parce que la substance musculaire du cœur se prolonge dans leurs parois. Les cœurs accessoires des artères dont nous venons de parler contiennent aussi, comme le cœur proprement dit, des faisceaux musculaires à stries transversales; mais dans nulle autre partie du système circulatoire on ne rencontre une couche de fibres de même nature que celle du cœur.
A en croire Flourens, tous les troncs veineux de l’abdomen de la Grenouille se contractent. Mais cette assertion est inexacte. En effet, on ne remarque les pulsations dont parle Flourens que dans la partie déjà désignée de la veine cave inférieure,* et dans le voisinage des cœurs lymphatiques postérieurs; elles dépendent ici de ce que les cœurs lymphatiques aspirent la lymphe dans les veines iliaques. Nous en dirons autant de la prétendue artère contractile que Marshall- Hall a signalée chez la Grenouille et qui passe sur le prolongement transversal de la troisième vertèbre. La pulsation de ce vaisseau, qui est une veine, dépend tout simplement de l’aspiration de la lymphe par le cœur lymphatique antérieur dans une branche de la veine jugulaire.
L’électricité, qui, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, agit sur le cœur d’une manière si évidente, est incapable de produire des contractions brusques dans les artères. Nysten (4) a souvent appliqué le stimulus galvanique sur l’aorte de criminels que l’on venait de décapiter, et n’a jamais observé la plus légère trace de contraction. Il n’a pas été plus heureux dans ses expériences galvaniques sur
(i) Thesaurus analomicus, ix, p. 17. — (2) Abliandl. d. Akad. zu Berlin, 1810. — (3) Muller s Arckiv., 1837. 3-28. — (4) Bech. de Physiol. cl de Pathol, chimiques. Paris, 1811.