‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 55 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

faorle des Poissons. Avant Nystcn, Bichat avait également échoué dans ses tentatives. Wedemeyer aussi a essayé de déterminer des contractions dans les caro* tides et dans l’aorte thoracique chez un grand nombre d’animaux; il employait une pile de cinquante paires de plaques, mais il n’a pas mieux réussi que les expérimentateurs précédents. J’ai moi-même exécuté un grand nombre d'expériences, à l'aide du galvanisme, pour résoudre ce problème; mais jamais je n’ai obtenu la moindre trace de contraction, ni sur les Grenouilles, soit que le stimulus galvanique fût faible, soit qu’il fut énergique, ni sur les Mammifères, principalement les Lapins, aux artères desquels j’appliquais les fils d’une pile de soixante à quatre-vingt paires de plaques.

De tous ces faits, il résulte que la circulation ne dépend en aucune manière de contractions musculaires périodiques qu’exécuteraient les artères, et que la diminution du diamètre de ces vaisseaux, qui suit leur dilatation par l’impulsion du sang, tient uniquement à leur élasticité.

§ 124. — Mais, suivant Parry (1), Tiedemann, E. H. Weber, Schwann, Henle, il faut soigneusement distinguer l’élasticité des artères de leur contractilité insensible ou tonicité. Un fait connu de toute antiquité, c’est l’action qu’exerce sur une artère coupée de l’eau froide que l’on y laisse tomber goutte à goutte. Certains agents chimiques diminuent également le diamètre des petits vaisseaux (2). Quant aux expériences où l’on applique des agents chimiques sur des artères capillaires qu’on observe à l’aide du microscope, le résultat eu est moins sûr: car, en vertu des lois de l’endosmose, l’agent externe peut agir sur le contenu des vaisseaux à travers leurs parois, et attirer au dehors ce contenu, comme il arrive pour tous les fluides de densité différente, lorsqu’ils sont séparés par une simple membrane.

Plusieurs physiologistes avaient déjà observé que les petites artères se contractaient sous l’influence du froid. Les expériences de Schwann sur les artères du mésentère de la Grenouille et du liufoigneus ont définitivement démontré la réalité de ce phénomène. Après avoir étalé le mésentère d’une Grenouille sous le microscope , Schwann versait sur cette membrane quelques gouttes d’eau dont la température était un peu inférieure à celle de l’atmosphère. Bientôt les vaisseaux commençaient à se rétrécir, et la constriction augmentait graduellement, pendant l’espace de dix à quinze minutes, à tel point que le diamètre de la lumière d’une artère, qui était d’abord de 0,0724 de ligne anglaise, se trouvait réduit à 0,0276; par conséquent, son diamètre était de deux à trois fois plus petit , et la lumière du vaisseau était de quatre à neuf fois plus petite qu’avant l’expérience. Celle-ci achevée , les artères se dilataient de nouveau, et au bout d’une demi-heure étaient presque revenues à leur volume primitif. La constriction vitale recommençait, lorsqu’on renouvelait l’application de l’eau froide ; et l’on pouvait ainsi répéter plusieurs fois l’expérience sur la même artère. Quant aux veines, leur diamètre ne changeait pas. J’ai souvent observé moi-même ce phénomène et constaté qu’il est tel que Schwann l’â décrit.

S 125. — Nous ignorons encore de quel tissu dépend cette espèce de contractilité. Plusieurs parties qui ne sont nullement musculaires ont pour caractère de se contracter sous l’influence du froid et d’être insensibles à l’action de l’électricité: nous pouvons, sous ce rapport, comparer le tissu contractile des artères au tissu contractile du dartos, qui donne de la colle à l’ébullition. Cependant , d’après des recherches récentes, il parait que ces deux tissus diffèrent l’un de l’autre.

(l) On lhe artcrial pulse, Batli., 1816. —(2) Voy. Hastings, On inflammation of the mucous membranes. London, 1820

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

Henle, en effet, a découvert dans les parois des artères une tunique particulière, qn’on doit évidemment considérer comme le siège de cette contractilité organique (1). Elle est située en dedans de la couche élastique entre celle-ci et la membrane interne des artères. On y rencontre aussi des fibres élastiques, mais qui sont seulement juxtaposées comme un réseau qui enveloppe des faisceaux de fibres d’une espèce particulière. Cette tunique est composée de plusieurs couches de faisceaux transversaux pâles qui tranchent vivement sur la couleur sombre des fibres élastiques. On saisit encore plus aisément la différence de ces deux espèces de fibres, lorsqu’on traite par l’acide acétique un fragment de cette tunique, en même temps qu’on l’examine à l’aide du microscope. L’acide acétique dissout les faisceaux pâles sans altérer les fibres élastiques. Dans les gros troncs veineux, on trouve, immédiatement en dehors de la tunique interne , une couche parfaitement semblable de fibres transversales ; mais cette couche est toujours extrêmement mince, et elle peut même manquer tout-à-fait. Il existe, au contraire, dans la tunique interne des veines une couche de fibres longitudinales de ce genre, qui est en général très développée, tandis qu’elle est plus mince ou même manque complètement dans les artères.

Les faisceaux dont nous parlons différent du tissu du darlos , dont les fibres ressemblent tout-à-fait à celles du tissu cellulaire. Henle compare ces faisceaux aux faisceaux musculaires organiques du canal intestinal. Sous le rapport chimique, ils paraissent également différer du tissu du dartos. Le docteur Retzius, en effet, a observé que la dissolution acétique de la membrane des arteres est précipitée par le cyanure de potassium et de fer. Ce phénomène tient vraisemblablement à la présence du tissu en question, attendu , du moins, que le tissu cellulaire et le tissu élastique ne se comportent pas de cette manière. Si cette réaction dépend du tissu contratile des artères , il différé donc également du dartos sous le point de vue chimique.

Les faisceaux d’un rouge-pâle qui existent entre les veines dans le corps caverneux de la verge en général, et qui, dans le pénis du Cheval, sont d’une force extraordinaire , paraissent analogues au tissu dont il s’agit. Ces faisceaux ne donnent pas de colle à l’ébullition , et leur dissolution acétique est précipitée parle cyanure de potassium et de fer. Hunter regardait les trabécules rouges-pâles qui marchent longitudinalement et forment de fréquentes anastomoses dans la verge du Cheval comme un tissu musculaire , et, en conséquence, il les croyait contractiles. Cependant je n’ai pu, au moyen d’une pile galvanique, déterminer, chez un Cheval vivant , aucune contraction des fibres du corps caverneux. Néanmoins le docteur Hr. Stanley, à Londres, m’a assuré que ce tissu jouissait d’une contractilité insensible et qui ne se déployait que fort lentement. 11 est donc à souhaiter que cette question devienne l’objet de nouvelles recherches (PI. I. fig. 2.).

$ 126. — La contractilité insensible des artères cesse avec la vie. C’est pour cela que les vaisseaux présentent alors moins de résistance à la pénétration des fluides. Ainsi, par exemple, le sérum du sang, qui, pendant la vie, ne sort pas de ses vaisseaux, traverse, au contraire, très aisément les parois vasculaires dans le cadavre. Néanmoins celle transsudation s’observe quelquefois pendant la vie, lorsque les vaisseaux se trouvent dans un état prononcé de relâchement.

Cette contractilité vitale parait encore être une des causes de la vacuité relative des artères après la mort. Chez les mourants les artères se rétrécissent , soit en vertu de leur élasticité , soit en vertu de leur contractilité organique,

(I) Wochenschrift Jilr die gesammtc Heilkunde, 1 8*0, n<>2l; p. 320.

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