‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 56 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

jusqu’à ce que leur diamètre se trouve réduit à son minimum. Il résulte nécessairement de là que le sang s’accumule dans les veines. Après la mort absolue , la contractilité organique cesse et les artères se dilatent de nouveau en vertu de l’élasticité qui leur est propre. Cependant il arrive fréquemment que les artères des cadavres contiennent du sang; c’est ce qu’on observe, par exemple, chez les individus qui périssent par strangulation, submersion, asphyxie par la vapeur du charbon , et chez ceux qui meurent à la suite de maladies inüammaloires, ou dont les artères sont ossifiées (1).

article h. — Des vaisseaux capillaires.

A. Structure des vaisseaux capillaires .

§ 127. — Dans tous les tissus organiques, la transmission du sang des ramifications artérielles les plus déliées aux radicules veineuses a lieu par l’intermédiaire d’un réseau de vaisseaux microscopiques, entre les mailles duquel se trouve la substance propre du tissu. On peut observer ce phénomène dans des préparations finement injectées, et même, pendant la vie, en examinant, à l’aide du microscope, certaines parties transparentes, telles que la membrane interdigitale, les poumons et la vessie urinaire de la Grenouille, la queue des Têtards, l’œuf incubé, les jeunes Poissons, les branchies des larves de Salamandres, les ailes de la Chauve-Souris et le mésentère de tous les Vertébrés. Enfin, on peut même, avec le secours du microscope simple , étudier la structure de ces vaisseaux intermédiaires dans certains tissus opaques des larves de Salamandres. Les ramifications des plus petites artères forment entre elles des anastomoses de plus en plus fréquentes, et ces anastomoses se confondent enfin avec un réseau continu duquel naissent les radicules des veines. On adonné, à cause de leur ténuité, le nom de vaisseaux capillaires au réseau qui unit les dernières ramifications artérielles aux plus petites racines des veines. On ne peut déterminer exactement le point où les artères se terminent et où commencent les petites veines , la transition d’un système à l’autre étant graduelle. Néanmoins le réseau intermédiaire offre cette particularité, que lespetits vaisseaux qui le composent conservent partout le même diamètre et ne diminuent pas dans une direction donnée comme îe font les artères et les veines. Aussi , dès qu’on voit un petit vaisseau, dont le calibre va en augmentant graduellement, résulter delà réunion de capillaires, ce vaisseau ne représente plus un capillaire proprement dit, mais constitue une ramification artérielle ou une radicule veineuse. Cependant ces considéra! ions ne nous autorisent pas à admettre avec Bichat que les capillaires constituent un système particulier de vaisseaux.

S 128. — Le calibre des capillaires est proportionné à celui des globules rouges du sang, et il est facile, sur des parties finement injectées, de mesurer le diamètre de ces vaisseaux. Il varie de 1/1000 à 1/4000 et même 1/5000 de pouce. Les éléments des tissus sont pour la plupart beaucoup plus déliés; telles sont, par exemple, les fibres du tissu cellulaire, les fibres musculaires, etc.

S 129. — La forme du réseau capillaire est, en général, très simple et ne varie guère que sous le rapport de la largeur ou de la longueur des mailles. Nous devons à Sœmmering et à Dœllinger, mais surtout à Berres(2G quia étudié avec le plus grand soin les différences que présentent les plus petits vaisseaux dans les divers tissus , des observations fort exactes. Néanmoins leurs remarques ne

(I) Otto, Pathol. Anal., 1, ôiô. — (2} Sied . J ah rb. d. £>eslerr. siales. Bd. 14*

PHYSIOLOGIE SPECIALE

concernent pas précisément les réseaux capillaires eux-mêmes , mais la forme qu’affectent les dernières ramifications artérielles et veineuses avant de former le réseau capillaire proprement dit. D’après Sœmmering, les dernières ramifications vasculaires ressemblent , dans l’intestin grêle , à un arbre dépourvu de feuilles; dans le placenta, à une houppe; dans la rate, à un goupillon; dans les muscles, à un faisceau de branchages; dans la langue, à un pinceau de poils; dans le foie, à un étoile; dans le testicule et dans le plexus choroïde du cerveau, aune boucle de cheveux; dans la membrane olfactive ou de Schneider, à un grillage. Dans les branchies , les artères et les veines suivent la direction des lamelles branchiales; le courant artériel monte d’un côté, et le courant veineux descend de l’autre. Dans les tendons, suivant E.-H. Weber, les vaisseaux en se divisant affectent la forme dendritique sans’s’unir directement aux vaisseaux du tissu musculaire, qui ressemblent, ainsi que nous l’avons dit, à des faisceaux de branchages alongés. Dans la substance corticale du rein on observe, au milieu du réseau capillaire, des pelotons particuliers ou glomérules composés de vaisseaux sanguins. Ces corpuscules arrondis ou corps de Malpighi représentent des pelotons formés par une branche artérielle et qui paraissent suspendus à celte branche comme un fruit à son pédicule. A l’extrémité de chacune des villosités du placenta humain, ainsi que le démontrent les belles recherches de E.-H. Weber (1), il existe une artère capillaire qui se recourbe et se continue en une veine capillaire.

Les branches les plus déliées des vaisseaux sanguins marchent longitudinalement entre les fibrilles musculaires et nerveuses ; mais les véritables vaisseaux capillaires forment un réseau autour des fibres parallèles, comme ils le font dans le testicule autour des tubes séminiféres enroulés. Dans les branchies des larves de Salamandres les petites artérioles suivent les divisions des lamelles branchiales, et, arrivées à l’extrémité de chaque lamelle, s’unissent par inosculation directe avec les veinules branchiales descendantes; mais, jusque sur les plus petites lamelles, il existe entre les deux vaisseaux, c’esl-â-dire, l’artère ascendante et la veine descendante, un réseau capillaire (PI. I. fig. 3, 4, 5.).

S 130. — Les poumons et la choroïde de l’œil sont les parties où le réseau capillaire est le plus dense, et où les mailles sont les plus petites. L’iris et le eorps ciliaire viennent ensuite, et après eux le foie , les reins , les membranes muqueuses et le corion. Dans la choroïde du Coq d’Inde, les îles de substance ont le même volume, et sont quelquefois plus petites que le diamètre des capillaires eux-mêmes. Dans le poumon de l’Homme, les îles sont peut-être plus petites que les vaisseaux qui forment lejréseau (2). Dans le rein de l’Homme et dans celui du Chien le diamètre des vaisseaux injectés, comparé au diamètre longitudinal des mailles , est à celui-ci comme un est à quatre ou comme un est à trois. Le cerveau reçoit, il est vrai, une très grande quantité de sang ; mais, comme les capillaires, au moyen desquels le sang se distribue dans la substance centrale, sont très déliés, et moins nombreux que dans d’autres parties, il doit les parcourir et passer dans les veines plus rapidement qu’il ne le fait dans la plupart des autres organes. D’après E. H. Weber, le diamètre des capillaires du cerveau est au diamètre longitudinal des mailles comme un est à huit ou comme un est à dix. En comparant le diamètre des capillaires cérébraux au diamètre transversal de ces mêmes mailles, cet anatomiste a trouvé que le premier était au second comme un est à quatre, ou comme un est à six.

Dans les membranes muqueuses, la conjonctive palpébrale, par exemple, ainsi

(1; Il ildebrandt’s Anatomie, îv. — (3) Ibid-, iv, 203.

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