LIVRE PREMIER
que dans le corion cutané , le même observateur a constaté que les vaisseaux capillaires eux-mêmes sont beaucoup plus larges qu’au cerveau, mais que les îles de substance sont plus étroites, c’est-à-dire, ne sont que trois à quatre fois plus larges que les vaisseaux. Dans le périoste les mailles étaient beaucoup plus grandes (1). Les os, les cartilages, les ligalnents et les tendons sont les tissus qui contiennent le moins de vaisseaux sanguins et de capillaires La grande différence de vascularité qui existe entre les tissus musculaire et tendineux est surtout évidente lorsqu’on les examine tous deux aux endroits où ils se trouvent contigus l’un à l’autre. Arrivés à ce point, suivant Doellinger, la plupart des vaisseaux sanguins du tissu musculaire se réfléchissent, et n'ont pasde communication immédiate avec les rares vaisseaux du tissu tendineux. Prochaska(2) a observé qu’il existait la même différence entre la portion libre de la membrane synoviale et celle qui recouvre les cartilages articulaires.
S 131. — Dans certains tissus on ne trouve ni capillaires, ni aucune espèce de vaisseaux sanguins. A cette catégorie appartiennent le tissu corné, le tissu dentaire et le cristallin. Il n’existe pas non plus de vaisseaux sanguins dans les divers epitheliums, et par conséquent aussi dans la couche la plus interne des membranes séreuses, tandis que toutes les autres parties de ces dernieres en contiennent. Bleuland et Schroeder van der Kolk ont réussi à injecter les vaisseaux sanguins des membranes séreuses. On ne rencontre dans les cartilages que de rares vaisseaux sanguins. Sur des cadavres d’enfants finement injectés on peut suivre ces vaisseaux depuis le périchondre jusque dansl’intérieur du cartilage. Longtemps avant de s’ossifier, la rotule est traversée par des canaux qui contiennent des vaisseaux. Sur des cartilages permanents, par exemple , sur les cartilages costaux et auriculaires d’un enfant finement injecté, j’ai vu des vaisseaux sanguins, remplis par la matière de l’injection, pénétrer profondément ça et là dans le tissu cartilagineux , mais sans y produire de réseau vasculaire. Pour suivre ces vaisseaux, il fallait couper transversalement le cartilage.
Dans les éditions précédentes de ce livre, j ai cité, à propos des vaisseaux sanguins des cartilages, une préparation que j’avais vue à Utrecht. C’était un Renard sur lequel les cartilages de la trachée, du larynx et des côtes étaient recouverts d’un réseau vasculaire dense. Mais il est possible que ces vaisseaux injectés appartinssent tout simplement au périchondre. Cependant le professeur Valentin m’a écrit qu’il existe des cartilages injectés dans le muséum de Bleuland à Utrecht
Plusieurs des parties transparentes de l’œil contiennent aussi des vaisseaux sanguins ; telles sont la cornée et la capsule du cristallin. La couche profonde de la cornée, qui est un cartilage, n’a pas encore été injectée : mais une observation que j’ai faite à plusieurs reprises, c’est que chez les Veaux à terme la conjonctive de la cornée possède des vaisseaux qui contiennent du sang, cl que I on peu!, à l’aide d’une loupe, les suivre jusqu’à plus d’une ligne du bord de la cornée. Henle a injecté et dessiné ces vaisseaux. Retzius a même réussi à les injecter sur l’animal adulte (3)
La paroi postérieure de la capsule du cristallin contient encore, chez les animaux adultes, des vaisseaux qui charrient du sang et qui proviennent d’une branche de l’artère centrale, laquelle traverse le corps vitré pour atteindre la capsule postérieure. J’ai quelquefois vu ces vaisseaux encore pleins de sang sur des yeux frais de Veaux et de Bœufs. Zinn a fait la même observation.
(1) Weber, dans Hildebrandt’s Anat., ni, Bd., p. 43. — (2) Disquisilio analomico-physiologica orgnnismi humant . Yiennæ, 1812, p. 96; Weber, loc. oit., m, 43. — (3) Henle, De membrand pupillari aliisque memüranis oculi pellucentibus. Bonnue , 1852; voy. aussi Roemer, dans Ammces’s Zeüschr. f. Ophlhalmol., y, 2!.
m PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.
S132. — Quoique nous prétendions que, même dans les membranes transparentes, il existe des vaisseaux qui charrient du sang, nous n’alfirmons pas en même temps que tous les vaisseaux de ces parties soient réellement assez forts pour admettre les globules rouges du sang. Au contraire , il est vraisemblable que, précisément dans ces parties, la plupart de leurs vaisseaux les plus fins sont trop droits pour recevoir autre chose que la portion fluide du sang, c’est-à-dire, la liqueur sanguine, U quor sanguinis. Il se peut encore que, dans d’autres tissus, il existe également des vaisseaux capillaires extrêmement déliés ayant en général pour fonctions de porter des artères aux veines la liqueur sanguine. Ces vaisseaux ont reçu le nom de vaisseaux séreux, vasa serosa.
S 133. — 1 es vaisseaux capillaires ne sont pas de simples rigoles creusées dans la substance propre des organes ; ils possèdent des parois membraneuses. En effet, dans certains tissus, la substance propre, qui existe entre les capillaires, se laisse dissoudre par la macération , et il ne reste plus que le réseau vasculaire qui n’a pas été altéré par ce traitement. C’est ce qui arrive aux capillaires des reins et à ceux de la membrane vasculaire du limaçon des Oiseaux (1). Sur des parties fraîches et avec le secours du microscope, on parvient quelquefois à distinguer la paroi des vaisseaux capillaires, comme membrane propre. En examinant ainsi les capillaires de la queue de têtards de Grenouille, Schwann a vu que les courants capillaires sont entourés d’une membrane propre très mince , mais distinctement perceptible. Il a pu même, sur des capillaires un peu plus gros, reconnaître des fibres circulaires semblables à celles qu’on remarque dans les artères. Une autre particularité découverte par Schwann, c’est que, de distance en distance, on aperçoit des noyaux de cellules dans les parois des vaisseaux capillaires. La présence de ces noyaux dépend de ce que les vaisseaux sont primitivement constitués par des cellules qui se soudent à la suite les unes des autres, et dont les cloisons intérieures disparaissent (2).
B. Mouvement du sang dans les capillaires.
S 134. — Quand on examine au microscope quelque partie transparente d’un animal vivant, on remarque que le sang, $n circulant dans les artères les plus petites ou dans les vaisseaux capillaires, ne présente pas de mouvement pulsatoire ou d’accélération rhythmique, et que ce liquide y forme un courant uniformément continu : c’est du moins ce qui a lieu chez les animaux adultes. Quand l’animal est affaibli, le courant sanguin est bien encore continu, mais il cesse d’être uniforme, et l’on voit que dans les petites artères et dans les capillaires le mouvement des corpuscules sanguins s’accélère à chaque contraction du ventricule. Ce phénomène s’observe également chez les animaux très jeunes, alors même qu’ils ne se trouvent pas précisément dans un état de faiblesse. Si la force d’impulsion du cœur diminue encore, les globules sanguins ne marchent plus d’une manière continue, ni dans les artères les plus déliées, ni dans les capillaires; alors ils avancent uniquement par saccades, et, quand la faiblesse de l’animal est portée à sa dernière limite, on voit les globnles du sang avancer d’abord, puis rétrograder un peu dans ces vaisseaux. Ces faits prouvent jusqu’à l’évidence que la circulation du sang dans les capillaires dépend de l’impulsion que lui communique l’organe central de la circulation. Plus les'animaux sont faibles, plus le phénomène du mouvement par saccades est distinct et prononcé. En effet, plus la force du cœur
(1) Windisciimann, De peniliori auris structura in Àmphibiit , cum tab. 3. Bonnæ, 1831. — (2) Schwann, Mikroskopische Untersuchungen. Berlin, l*3ï, p. 1*3.