LIVRE PREMIER
diminue, moins les artères sont dilatées;, dans ce cas, par conséquent elles reviennent sur elles-mêmes en vertu de leur éîastici é, et leur calibre se réduit presque à son minimum. Dès qu’elles cessent d'être dilatées, la réaction élastique cesse également.
S 135. — Le degré de résistance que les vaisseaux capillaires offrent à la circulation du sang a été calculé par Haies et par Keill. La méthode adoptée par Keill consistait à comparer les diverses quantités de sang qui, dans un temps donné, coulent de l’artère crurale et de la veine crurale toutes deux divisées sur un Chien vivant. La quantité de sang que donnait l’artère crurale était à celle donnée par la veine comme 71/2 est à 3. La conclusion à tirer de cette expérience est que la résistance éprouvée par le sang dans les capillaires neutralise les neuf quinzièmes de la force avec laquelle se meut le sang artériel.
Haies soumit l’intérieur de l’artère mésentérique d un animal mort à la pression d’une colonne d’eau de quatre pieds et demi de hauteur; mais préalablement il avait divisé les intestins le long de la ligne opposée à l’insertion du mésentère. La quantité de liquide qui s’écoulait par les capillaires divisés n’était que le tiers de celui que Haies obtenait dans le même espace de temps, quand il avait divisé des branches artérielles plus fortes. Ainsi donc, dans celte expérience, la résisavee que présentait le système capillaire était égale aux deux tiers de la force tance laquelle l’eau était poussée dans les artères.
S 136. — Différents écrivains ont cru que la force du cœur est insutfisante pour faire circuler le sang dans les capillaires, et qu’il faut nécessairement admettre quelque force particulière pour expliquer sa progression dans ces vaisseaux. Mais cette supposition est complètement renversée par une excellente expérience due à Magendie. Ce physiologiste appliqua une ligature à la patte d’un Chien, mais sans y comprendre ni l’artère crurale, ni la veine de même nom; puis il lia isolément celte dernière, qui se trouva bientôt distendue audessous de la ligature par le sang qui retournait au cœur. Les choses étant en cet état, quand Magendie piquait la veine, le sang formait un jet continu; dès qu’il comprimait l'artère crurale , la veine cessait de donner du sang , mais celui-ci recommençait de couler aussitôt que l’artère n’était plus comprimée. Poiseuille ayant, au moyen de son instrument que nous avons déjà décrit, mesuré la pression qu’exerce le sang dans la portion périphérique d’une veine, a trouvé que cette pression est exactement proportionnelle à celle du sang dans les artères, c’est-à-dire, qu’elle augmente ou diminue dans le système veineux, selon qu’elle s’accroît ou s’affaiblit dans le système artériel (1).
D’après Kielmeyer, le sang est doué de la faculté de se mouvoir spontanément, et c’est en vertu de cette faculté qu’il circule dans les vaisseaux capillaires jusqu’aux radicules des veines. Cette force propre au sang se déploie durant la vie, indépendamment de l’action du cœur, et, par conséquent, continue encore d’agir lorsque les mouvements de cet organe sont suspendus. Cette théorie a été adoptée par Treviranus, Carus, Dœllinger et Oesterreicher. Mais le sang ne peut pas avoir par lui-même une direction déterminée; ou bien il faudrait qu’il fût attiré par la substance propre des vaisseaux capillaires , ainsi que Baumgærlncr et Koch semblent l’admetire. Si le sang était réellement attiré par les vaisseaux capillaires et la substance vivante, il en pourrait résulter des congestions sanguines locales. Ainsi, nous ne saurions comprendre comment une attraction de ce genre pourrait aider la circulation du sang; car, au contraire, elle tendrait à rendre le sang stationnaire dans les capillaires, à moins de supposer que les
(l) Möller’s Archiv., iS3i, p. 368.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
capillaires n’attirent le sang qu’aulant qu’il conserve son caractère artériel, et n’ont plus d’affinité pour lui dès qu’il est converti en sang veineux. C’est de cette façon seulement qu’on pourrait concevoir dans les parois mêmes des capillaires l’existence d’une force qui aidât la circulation du sang à travers cet ordre de vaisseaux. La turgescence dont certaines parties sont le siège dans certains moments, ne prouve absolument rien en faveur de cette prétendue force auxiliaire : car ici il y a toujours accumulation de sang dans l’organe érectile.
Les auteurs qui supposent que le sang jouit d’une vie propre et concourt par lui-même ä la circulation ont invoqué, en faveur de leur hypothèse, l’observation suivante de Wolltet Pander. Ces physiologistes, en étudiant le développement embryonnaire du Poulet, ont observé que le sang se forme dans Yarea vusculosa et marche de la périphérie del’ôrea vasculosa vers le cœur, avant que cet organe soit le siège d’aucune pulsation. Malheureusement, la seconde partie de cette assertion n’est nullement prouvée : car ni Baer, ni aucun des observateurs plus récents n’ont pu confirmer la réalité de ce fait.
Les autres arguments sur lesquels on se fonde pour admettre dans le sang une force propulsive spontanée reposent uniquement sur celte assertion , que les mouvements du sang persistent encore, quand le cœur a cessé de battre. Lorsque, l’œil armé d’un microscope, on étudie le sang dans les vaisseaux capillaires d’une partie séparée du corps vivant, on ne le voit se mouvoir que dans les deux cas suivants :
1° Aussi longtemps que les troncs vasculaires divisés donnent du sang , cet écoulement doit exercer une certaine influence sur celui qui est contenu dans les vaisseaux capillaires. Ainsi, dix minutes après avoir amputé la patte d’une Grenouille, j’ai vu le sang des petils vaisseaux se mouvoir encore, mais lentement, dans la direction des gros vaisseaux, c’est-à-dire , vers les ouvertures des troncs vasculaires dont j’avais opéré la section. Selon moi, ces mouvements dépendent simplement de l’écoulement de sang qui s’opère par les vaisseaux divisés, attendu qu’en vertu de l’élasticité de leurs parois ces vaisseaux reviennent d’avantage sur eux-mêmes qu’ils ne le pouvaient faire auparavant, à cause de leur état de dilatation forcée. On peut même, à l’aide du microscope, voir ce rétrécissement s’effectuer sous ses yeux. Si l'on élève la surface divisée d’où s’échappe le sang, l’écoulement cesse plus tôt, et au bout de cinq à six minutes on n’aperçoit plus le moindre mouvement dans les capillaires (1).
2° Le second cas s’observe lorsqu’on fait tomber directement les rayons solaires sur une partie humide séparée du corps. La surface de cette partie se dessèche et se plisse si vivement, que ce changement est perceptible à l’œil. Ce phénomène détermine une prompte déplétion des vaisseaux capillaires , ce qui, joint à l’effet de l’illumination par les rayons solaires directs, produit une apparence d’oscillations. Ainsi, dans une aile de Chauve-Souris détachée du corps de l’animal on aperçoit encore, au bout de plusieurs heures, quelques traces de ce mouvement vibratoire dans les vaisseaux les plus déliés , mais seulement aux endroits où les rayons solaires sont le plus brillants. Même à l’œil nu on peut voir la surface de cette membrane se froncer avec une rapidité extraordinaire. Si l’on humecte de nouveau la partie ainsi ratatinée, elle cesse pendant quelques instants de se crisper, et en même temps de présenter un mouvement vibraloire dans l’intérieur des vaisseaux; mais ce mouvement ainsi que le froncement reparaissent, sitôt que l’évaporation et la dessication recommencent. J’ai
(OComp. W edemeyeu, Ueber den Kreislauf des Blules. HannovPr, 1828, p. 27m.