‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 59 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

même pu, après un intervalle d’un jour et demi, en humectant une aile de Chauve-Souris , apercevoir encore de légères oscillations à l’intérieur des capillaires, lorsque je faisais tomber directement sur eux les rayons solaires.

Lorsque le cœur, soit par suite de la destruction de sa vitalité par la potasse caustique, soit par suite de la ligature des artères , ne peut plus exercer la moindre influence sur une partie du corps vivant, le mouvement du sang persiste encore, jusqu’à ce que l’élasticité des parois artérielles ait réduit ces vaisseaux à leur minimum de diamètre.

Si le sang se mouvait en vertu d’une espèce d’attraction exercée sur lui par les capillaires, les corpuscules sanguins joueraient incontestablement le principal rôle dans la circulation. Dans les cas où le courant sanguin se trouve subitement et complètement interrompu par quelque obstacle mécanique, le sang, au lieu de rester immobile dans ses vaisseaux, devrait obéir à l’attraction des capillaires et, par conséquent, continuerait son mouvement de progression. Or, c’est ce qui n’a pas lieu. En effet, quand on observe la circulation dans la membrane natatoire interdigitale de la patte de la Grenouille, si l'on vient à comprimer lout-à-coup le membre de l’animal, on voit immédiatement le mouvement delà masse du sang cesser toul-à-fait, ainsi que celui même des globules sanguins.

S 137. — Tous les arguments que nous avons rapportés jusqu’ici contre la supposition du concours actif du sang à la circulation militent également contre la théorie qui attribue aux nerfs une influence sur le mouvement du sang dans les capillaires.

Treviranus et Baumgaertner sont les deux principaux champions de celte hypothèse. Mais, quoiqu’il soit certain que la turgescence des tissus et l’attraction qu’ils exercent sur le fluide nourricier dépendent de l’influence des nerfs, on ne doit pas conclure de là que cette influence soit capable d’aider en rien la circulation. Les nombreuses expériences de Baumgaertner sur ce sujet ne prouvent nullement que les nerfs coopèrent à la circulation dans les vaisseaux capillaires. Il confesse lui-même avec une admirable bonne foi que plusieurs de ses expériences ne sont pas rigoureusement concluantes. Mais quand les preuves sont imparfaites, le nombre n’y fait rien et ne suffit pas à établir la réalité d’un fait. Lorsque Baumgaertner (1) dirigeait sur le nerf sciatique et la patte d’une Grenouille un courant galvanique assez fort pour abolir l’irritabilité du nerf, la circulation s’arrêtait ordinairement dans ce membre. Mais, dans ce cas, en détruisant la force nerveuse de la partie, on détruit aussi l’influence qui empêche la coagulation du sang. En outre, on doit se rappeler que le galvanisme détermine la coagulation de l’albumine du sang. Baumgaertner a vu le mouvement du sangdans les capillaires se ralentir après la destruction de la moelle épinière et du cerveau, quoique le cœur continuât encore à battre. Mais, dans celte expérience, les mouvements eux-mêmes du cœur sont affaiblis. Au reste, toutes les expéqui reposent sur des plus ou des moins ne sauraient jamais constituer une preuve incontestable.

Treviranus affirme que la section du nerf sciatique chez la Grenouille fait immédiatement cesser la circulation dans la membrane inlerdigitale. Mais, d’un autre côté, Baumgaerlner prétend que ce phénomène n’a pas lieu , lorsque la membrane sc trouve dans un étal convenable d’humidité.

Malgré leur nombre, les expériences de Wilson Philip (2) ne démontrent nullement que les nerfs exercent une influence sur la circulation dans les vais-

(1) Beobachtungen über die Nerven und das Blut. Freiburg, 1SÔ0. — (2) An experimental tnquiry inlo (he law s of the vital functions. London, 1817

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

seaux capillaires. Si le mouvement du sang dans les capillaires se ralentissait, lorsque cet observateur appliquait des narcotiques, c’est-à-dire, de l’opium ou une infusion de tabac sur le cerveau et la moelle épinière ; si la circulation capillaire cessait, lorsqu’il désorganisait brusquement les parties centrales du système nerveux, ces phénomènes n’avaient lieu que par l’intermédiaire du cœur.

Koch (1) a exécuté une expérience aussi simple qu’ingénieuse, afin de résoudre la question qui nous occupe. 11 amputa la patte d’une petite Grenouille et observa tque le mouvement du sang dans la membrane interdigitale cessait au bout de trois minutes. Il prit alors une autre Grenouille dont il coupa une des cuisses de façon à ce qu’elle ne tint plus au tronc que par le nerf sialique. Dans ce cas, il vit le sang continuer de se mouvoir dans les capillaires pendant un quart d’heure ou une demi-heure. J’ai répété moi-même cette expérience, mais je suis loin d’avoir obtenu les mêmes résultats. Ainsi, chez de grosses Grenouilles le mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires durait dix minutes après l’amputation complète du membre; mais je ne remarquais aucune différence sous le rapport du temps, lorsque je laissais le membre encore attaché au corps par le nerf sciatique. Néanmoins une circonstance particulière peut , dans cette seconde expérience , donner lieu à une erreur : comme la Grenouille conserve encore le pouvoir de produire des contractions musculaires volontaires dans le membre, aussi longtemps que le nerf sciatique continue d’être en communication avec les centres nerveux, on aperçoit toujours, après chaque contraction de ces muscles, un léger mouvement des globules sanguins dans les vaisseaux capillaires; mais évidemment ia cause de ce phénomène est tout-à-fait mécanique.

Parfois cependant il survient dans les vaisseaux capillaires d’une partie dont on a depuis longtemps coupé le tronc nerveux une espèce de décomposition avec inflammation et gangrène. Ainsi, par exemple, j’ai vu, sur un Lapin dont j’avais divisé le nerf sciatique, la partie du talon sur laquelle s’appuyait l’animal se mortifier et s’ulcérer. Mais évidemment on ne peut rien conclure de ces faits par rapport à la question que nous discutons.

On doit également rapporter ici le phénomène observé par Stilling (2). Ce physiologiste a remarqué qu’il se formait des moisissures aux doigts des pattes postérieures des Grenouilles chez lesquelles il avait détruit la portion postérieure de la moelle épinière. Le même observateur a vu encore le sang stagner dans la membrane natatoire de ces animaux, et il attribue cette stagnation à Labolition de la contractilité ou à la paralysie des vaisseaux capillaires. Mais les phénomènes qui se développent alors sont extrêmement complexes. Dans ce cas-ci, en effet, il y a à la fois altération dans la nutrition et altération dans la contractilité des vaisseaux capillaires. La simple dilatation des capillaires dans une partie quelconque ne saurait déterminer une stase sanguine ; mais , lorsque la contractilité organique des artères est détruite dans la totalité d’un membre, la pression constante à laquelle est soumis le sang contenu dans les artères diminue : car alors l’artère ne réagit plus qu’en vertu de son élasticité, et, par conséquent, une des causes qui, dans les intervalles de repos du cœur, contribuent à la propulsion du sang, c’est-à-dire, la contractilité organique des artères, est complètement anéantie. Ainsi donc, le courant sanguin, par l’abolition de la contractilité des vaisseaux , perd une partie de la force qui le rendait uniformément continu, et il tend à ne plus marcher que par saccades.

(l) Mecrei/s Archiv-, 1827, p. 445. — (2) Müllek’s Archiv., 4841.

Page 1