LIVRE PREMIER
avait divisé les uretères et y avait fixé des tubes dans lesquels l’urine était reçue.
Tiedemann et Gmelin ont fait de nombreuses expériences avec une matière colorante et des sels qui se reconnaissent facilement à l’aide des réactifs. En examinant le chyle plusieurs heures après avoir fait avaler des substances colorantes à un animal, ils trouvaient ce liquide incolore, quoique les substances colorantes se reconnussent dans le sang et dans l’urine, et qu'elles eussent déjà passé de l’estomac dans l’intestin. Sur un très grand nombre d’expériences, il ne leur arriva que fort rarement de rencontrer dans le chyle les sels qu’ils avaient introduits dans l’estomac des animaux sur lesquels ils expérimentaient. Ainsi, par exemple, chez un Cheval auquel ils avaient fait prendre du sulfate de fer ils retrouvèrent ce sel dans le chyle. Chez un Chien, ils reconnurent dans le chyle la présence du prussiate de potasse qu’ils lui avaient administré. Mais, en répétant cette expérience une seconde fois, ils échouèrent complètement. Enfin, ils découvrirent une fois du sulfocyanate de potasse dans le chyle d’un Chien. On ne peut objecter ici que les substances étrangères se trouvaient déjà absorbées en totalité. Une pareille objection serait insoutenable: car dans ces expériences, l’intestin contenait toujours une quantité considérable de la substance introduite dans l’estomac. Ces résultats sur lesquels, vu le soin et la méthode avec lesquelles ont été faites ces expériences , on peut compter, s’accordent d’ailleurs avec ceux qu’ont donnés celles qui ont été exécutées par Hallé (1) et Magendie (2). D’un autre côté, ils se trouvent en opposition avec ceux qu’ont obtenus Martin Lister et Musgrave (3), Hunter, Haller, Blumenbach, Viridel et Mattéi. Ces deux derniers observateurs affirment avoir constaté que le chyle était coloré en jaune ou en rouge, lorsqu’ils avaient fait manger à l’animal des jaunes d’œuf ou de la betterave rouge.
Fodéra (4) remplit une anse intestinale d’un animal vivant avec une dissolution de prussiate de potasse ; il lia cette anse à ses deux extrémités, et, après l'avoir plongée dans une dissolution de sulfate de fer, il vit les vaisseaux lymphatiques et veineux se colorer en bleu. Schroeder van der Kolk répéta cette expérience et reconnut cette couleur bleue dans les lymphatiques, mais non dans les veines. Au bout d’une demi-heure, une solution de prussiate de potasse renfermée dans une anse intestinale n’avait pas encore changé de couleur; par conséquent, le sulfate de fer n’avait pas encore pénétré à travers toutes les tuniques de l’intestin. Mais tous ces résultats négatifs ne prouvent nullement que les substances ne passent pas immédiatement dans le sang. En effet, les petites quantités de sel qui pénètrent dans le sang sont immédiatement enlrainées par le courant circulatoire, tandis que, le mouvement du chyle dans les vaisseaux lactés étant comparativement beaucoup plus lent , les réactifs peuvent encore déceler la présence des sels dans ces vaisseaux, lorsqu’ils ne le peuvent plus dans les veines. D’ailleurs, il est excessivement difficile de découvrir une teinte bleuâtre dans le sang, et c’est dans le sérum seulement qu’on peut la reconnaître avec certitude. Lawrence et Coales n’ont pas pu découvrir dans le sang le sel étranger avant qu’il ne fût perceptible dans la partie supérieure du canal thoracique (5).
Brodie, Magendie, Deliile et Ségalas ont exécuté un grand nombre d’expériences dans le but de déterminer l’influence de la ligature du canal thoracique sur l’absorption. Dans ses expériences, Brodie (6) a vu l’alcohol et le poison worara causer la mort même après la ligature du canal thoracique.
(1) Foercroy, Système des connaissances chimiques, x, GG. — 12] Loc. cil., tr« éd.. il, 15».
(3) Phil. Trans., 1701, 819. — (4) liecherches expérim. sur l’exhalation et l’absorption. Paris, 1824. — (5) Froriep’s Not., no 77: London med. and phys. Journal , 1825, v, 49, p. 15. — (G) Phil. Transact., 4811; Reil’s Archiv., xn.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
Comme II existe quelquefois des communications entre le canal thoracique et les veines chez certains animaux, par exemple, chez le Cochon, où des branches parlant du canal thoracique aboutissent à la veine azygos, comme, en outre, on rencontre parfois à droite un second canal thoracique et que les vaisseaux absorbants ont de fréquentes communications entre eux, l’application d’une ligature sur ce canal ne peut pas empêcher d’une manière absolue le passage de la lymphe empoisonnée dans le sang.
Emmert a fait voir que les substances étrangères passent immédiatement dans le sang, en prouvant que, les vaisseaux sanguins une fois liés, elles ne pénétrent plus dans la circulation. Après avoir pratiqué la ligature de l’aorte abdominale, Emmert introduisit dans différentes plaies faites au pied d’un animal du prussiate de potasse et une décoction d’angusture vireuse. Le prussiate de potasse fut absorbé et retrouvé dans l’urine, mais l’angusture ne provoqua aucun de ses symptômes toxiques ordinaires. Dans une autre expérience, le même observateur, après avoir également lié l’aorte abdominale, introduisit de l’acide prussique dans une plaie faite au pied; soixante-dix heures après, aucun signe d’empoisonnement ne s’était encore manifesté; mais au bout de ce temps, il enleva la ligature, et alors l’animal périt en moins d’une demi-heure (1). Enfin, Jacobson (2) a démontré que, chez les Mollusques qui sont dépourvus de vaisseaux lymphatiques, le prussiate de potasse, quelle que soit la surface sur laquelle on l’applique, pénètre aisément dans le sang et en est éliminé par les organes sécrétoires, les poumons, le foie et le sac calcaire (3).
B. Perméabilité clés membranes animales aux gaz et aux liquides.
S 163. — On a supposé jusqu’ici que le passage dans le sang des matières introduites dans l’économie dépendait d’une faculté absorbante propre aux veines. Mais aujourd'hui, l’on sait que les matières fluides peuvent pénétrer dans le sang des vaisseaux capillaires, sans le secours de celte propriété imaginaire dont on avait gratifié les veines. Les substances étrangères qui ont pénétré dans les capillaires passent nécessairement dans les veines d’abord, puis de là vont au cœur ; car telle est la marche du courant sanguin. Le phénomène primordial que l’on ait à considérer, lorsqu’une substance en dissolution passe immédiatement dans le sang, c’est la perméation des fluides à travers les tissus animaux morts ou vivants. La propriété qu’ont les tissus d’être perméables aux fluides, mêmeaprès la mort, dépend de leur porosité invisible et s’appelle imbibilion. L’absorption organique suppose toujours cette condition physique, c’est-à-dire, la porosité.
Les gaz et les liquides, ainsi que les matières que ces derniers, tiennent en dissolution, traversent les tissus animaux humides. Lorsque deux espèces de gaz sontmis en contact avec les deux surfaces d’une vessie animale humide, l’un de ces gaz étant en dedans et l’autre en dehors, chacun d’eux traverse la membrane jusqu’à ce qu’ils soient distribués également de chaque côté, c’est-à-dire,
(1) Meckels Archiv., », 1815, 178. — (2) Frorieps Notiz., xiv, p. 200. — (3) Au sujet de l’absorption, on peut consulter West nom, P hgsiolog. Untersuch, über die Einsaugungskrafl der Venen, Hannover, 1825 ; Tiedemann und Gmei.in, Versuche iiber die TVcge, auf welchen Substanzen aus dem Magen und Darmkanal ins Blut gelangen, Heidelberg, 1820; Seiler und Ficinus, dans Zeitschrift fur Natur und Heilkunde, ii, 57S; Jaeckel, De absorptions venosa, Vratislaviæ, 1819; Lebküchner, Diss. ulriim per vivenlium adhuc animalium rnembranas atque vasorum parietes maleriæ ponderabiles illis applicatœ permeare queant , nec ne. Tübingen, 1819 ; Wedemeyer, Uebcr der Kreislauf, Hannover, 1828, 421; Sciiabel, De effeclibus veneni radicis veralri albi el hellebori nigri, Twbing., 1819; Schnell, Diss. sistons hisluriam veneni upas anliar, Tubing,, 1817; Tubing. Blaclter, 3, i, 1817.