C. De l’endosmose
S 166. — Si dans un tude de verre préalablement fermé à sa partie inférieure par un lambeau de vessie on verse une dissolution de sucre ou d’un sel quelconque, et qu’ensuile on plonge l’extrémité de ce tube ainsi rempli dans un vase contenant de l’eau distillée, ou voit le niveau du liquide monter graduellement dans le tube et même à la hauteur de plusieurs pouces. Or , dans ce cas, on reconnaît aussi à l’aide des réactifs que, pendant ce temps, une portion de la dissolution a passé dans le vase extérieur. Le niveau du liquide contenu dans le tube ne cesse de s’élever que lorsque les deux fluides ne forment plus qu’un liquide homogène soit à l’intérieur du tube, soit dans le vase extérieur. Quand on fait l’expérience inverse, c’est-à-dire, quand on remplit le tube d’eau distillée, tandis que l’on verse la dissolution saline dans le vase extérieur, le niveau de l’eau, au lieu de monter comme tout-à-l’heure, baisse , au contraire, dans le tube. Lorsque chacun de ces deux vaisseaux contient une dissolution d’un sel différent, mais d’égale densité, les deux liquides salins se mêlent également. Une T. t 1 3
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anse intestinale d’un jeune Poulet, à moitié remplie par une dissolution dégommé, de sucre ou de sel de cuisine, liée à ses deux extrémités et placée dans une soucoupe contenant de l’eau, se distend par l’effet de la pénétration de l’eau extérieure: mais elle perd, au contraire, une partie de son contenu, si elle est remplie d’eau pure et si c’est la soucoupe qui contient l’eau sucrée. On observe encore le même phénomène, lorsque, à la place d’un tissu animal humide, on se sert d’un corps minéral poreux.
S 167. — On a donné deux explications différentes de ce phénomène. La première est due à Magnus et à Poisson Suivant ces physiciens, il existe entre les molécules d’une solution saline une attraction composée qui résulte, d’une part, de l'attraction mutuelle des molécules hétérogènes du sel et de l’eau , d’autre part, de l’attraction réciproque des molécules homogènes de l’eau entre elles, ainsi que de l’attraction également réciproque des molécules salines les unes pour les autres. On suppose que cette attraction composée est plus puissante que l’attraction simple des molécules de Peau.
Voici maintenant la seconde théorie qu’on a proposée pour expliquer le phénomène dont nous parlons. La vessie animale étant poreuse, on peut la considérer comme un système de tubes capillaires qui exercent une attraction sur les fluides qui tendent à traverser les pores de la membrane pour se mêler ensemble. Or, si maintenant on admet que l’un de ces fluides est plus fortement attiré que l’autre par le tissu de la vessie, il doit naturellement mettre plus de temps que l’autre à traverser les pores de cette membrane : il en résulte donc que le niveau du liquide qui passe plus rapidement à travers le tissu baissera nécessairement dans le vaisseau qui le contient. Quant au liquide qui traverse la vessie avec lenteur, son niveau s’élèvera, au contraire, jusqu’à ce que la pression toujours croissante de la colonne de liquide qui s’élève contrebalance Pellet que produit l’attraction plus puissante de la membrane (1).
S 1(58. — En général, le fluide le plus dense attire le moins dense plus fortement que celui-ci n’attire le premier; mais cette règle n’est pas sans exception. En effet, dans le cas de fluides gazeux on observe quelquefois le contraire. Mais la constitution chimique du fluide, ainsi que la manière dont il se comporte chimiquement et physiquement à I égard delà membrane animale qu’il pénètre, paraissent jouer un rôle important dans le phénomène dont il s’agit. Lorsqu’on remplit une vessie avec de l’alcohol étendu d’eau, l’évaporation de celte dernière rend l’alcohol beaucoup plus concentré (2). Quand on remplit à moitié une anse intestinale avec une dissolution aqueuse de gomme arabique et de rhubarbe, et qu’après l’avoir liée on la place dans un vase qui contient de l’eau, on voit Panse intestinale se distendre en même temps que la rhubarbe s’échappe à travers les tuniques de l’intestin. Une anse semblable remplie d’une légère dissolution de sulfate de fer et plongée dans une dissolution de cyanure de potassium et de fer se distend par l’effet de la pénétration de Peau extérieure à l'intérieur de Panse; mais en même temps le liquide extérieur se colore en bleu par l’effet de l’exosmose du sel de fer, tandis que l’absence de toute coloration à l’intérieur de l’intestin prouve que le sel de potasse de la dissolution extérieure n a pas passé à travers la membrane. L’endosmose des gaz, sur lesquels Faust a fait de
(1) Biot, Experimental Physik, übersetzt von Fechner, i, p. 38i; voy. aussi Poisson, dans Poggendorff’s Annalen, xi, p. 154; Fischer, ibid., p. 126; Magnes, ibid., x p 153; Wach, dans Schweigger’s Journal, 1830, p. 20; Dutrociiet, l'Agent immédiat du mouvement vital. Paris, 1826 ; Nouvelles recherches sur l'endosmose, Paris, 1828. — (2) Comparez les expériences de Staples, dans Kastner’s Archiv, für Chemie , Bd. ni; H. i-m, p. 282.
«ombreuses expériences (1), présente des phénomènes très-remarquables. Si l’on place une vessie à moitié pleine d’air atmosphérique sous une cloche remplie d’acide carbonique, on la voit se distendre plus qu’elle ne l’était auparavant. Mais si la vessie placée dans le gaz acide carbonique contient du gaz hydrogène, sa distension augmente jusqu’à ce qu’elle éclate. Quand , au contraire , c’est la cloche qui contient le gaz le plus léger, et que la vessie est remplie du gaz le plus dense, on voit cette dernière s’affaisser sur elle-même.
D. Rapidité avec laquelle s’effectuent l'absorption et la distribution des substances
dissoutes dans le sang.
S 169. — Je désirais déterminer avec quelle rapidité une substance quelconque peut pénétrer par imbibition jusque dans la couche la plus superficielle des capillaires d’une partie dépouillée de son épiderme, et, par conséquent, avec quelle rapidité elle passe dans le torrent de la circulation. La membrane extrêmement délicate qui forme les villosités intestinales chez le Veau ou chez le Bœuf contient des vaisseaux sanguins capillaires, quoique les villosités ellesmêmes n’aient que 0,00174 de pouce de diamètre. D’après cette donnée, il est facile de se faire une idée de la profondeur à laquelle doit pénétrer une substance quelconque à l’état de dissolution, pour arriver jusque dans la première couche de capillaires d’une membrane dépourvue d’épiderme. Pour résoudre la question, je versai une dissolution de prussiate de potasse dans une fiole de verre à col très étroit; j’attachai sur 1 orifice de la fiole une vessie de Grenouille; dans une seconde expérience je pris le poumon du même animal. Cela fait, avec un pinceau de poils j’appliquai sur la surlace externe de la membrane humide un peu d’une dissolution d’un sel de fer (muriate de fer). Au même instant je renversai la fiole de manière à ce que la dissolution de prussiate de potasse se trouvât en contact avec la surface interne de la membrane. En moins d’une seconde il se forma une tache d’un bleu pâle, qui devint bientôt plus foncée. Il résulte donc de celte expérience qu’il ne faut pas une seconde à une substance à l’état de dissolution pour traverser, en quantité appréciable, une membrane ayant l’épaisseur de la vessie d’une Grenouille. Or, la membrane qui constitue la vessie de la Grenouille est formée de plusieurs couches et est infiniment plus épaisse que la membranule vasculaire qui forme les villosités intestinales de 0,00174 de pouce. En conséquence, nous pouvons admettre comme une chose possible qu’il ne faut pas même une seconde aux substances à 1 état de dissolution pour traverser, en quantité appréciable aux réactifs, une membrane dépourvue d’épiderme, et pour se mêler au sang qui circule dans la couche la plus superficielle des vaisseaux capillaires. Nous avons vu plus haut (1. S 193) que, pour parcourir le cercle circulatoire tout entier, le sang ne met qu’une demi-minute, d’après les calculs duDr Hering, et une à deux minutes, suivant d’autres observateurs. Nous pouvons donc admettre qu’une petite quantité d’une substance quelconque à l’état de dissolution, qui vient à se trouver en contact avec une membrane dépouillée de son épiderme, peut se distribuer dans le système circulatoire tout entier en fort peu de temps, c’est-à-dire, dans l’espace d’une demi-minute à deux minutes au plus.
§ 170. — Les poisons narcotiques agissent, il est vrai, en anéantissant la force nerveuse, mais, quand on les applique directement sur les nerfs, les effets qu’ils produisent sont purement locaux. Lorsque je plongeais un instant dans une dissolution aqueuse d’opium l’extrémité supérieure du nerf sciatique d’une Gre-
(1) Fp.oiuep’s Notizen, no 646.
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nouille dont la cuisse était séparée du tronc, la portion de nerf qui se trouvait en contact avec le narcotique perdait son irritabilité, c’est-à-dire, la propriété d’exciter, quand on l’irritait, des convulsions dans les muscles de la jambe de l’animal; mais, au-dessous de la partie que le poison avait touchée, le nerf conservait toujours son irritabilité. Il résulte de là que l’opium détermine un changement matériel dans la substance nerveuse elle-même; mais l’effet narcotique reste local et ne se propage pas le long des fibres nerveuses de façon à produire un empoisonnement général. Ainsi, par exemple, les Grenouilles sont extrêmement sensibles à l’action de l’opium; et cependant, si l’on sépare du tronc une cuisse de Grenouille, mais sans diviser le nerf, de manière à ce que le membre ne communique plus au tronc que par son intermédiaire , et si ensuite on laisse la jambe plongée pendant plusieurs heures dans une dissolution d’opium, l’animal ne sera pas empoisonné, pourvu toutefois qu’il soit attaché de façon à ne pouvoir, dans ses efforts, faire jaillir sur son corps quelques gouttes du liquide narcoiique. Ces expériences, ainsi que nombre d’autres exécutées par des physiologistes distingués, prouvent que les poisons narcotiques doivent nécessairement pénétrer dans le système circulatoire, avant de produire leurs effets généraux sur le système nerveux.
La rapidité d’action de la plupart des poisons narcotiques s’explique très bien par les faits que nous avons rapportés plus haut au sujet de l’absorption par imbibition (1. § 153). Au reste , de tous les poisons connus l’acide prussique est celui qui agit le plus rapidement. L’action de la noix vomique est aussi excessivement prompte. Une petite quantité de dissolution alcoholique de ce poison introduite dans la bouche d’un jeune Lapin le tue presque immédiatement, tandis que, si l’on l’applique sur un nerf situé à quelque distance du cerveau, le nerf'sciatique par exemple, il ne produit pas de symptômes généraux. D’après les obervations de YVedemeyer , l’acide prussique concentré lui-même n’exerce pas d’action toxique générale, quand on se contente de l’appliquer sur un nerf mis à nu. Mais, lorsqu’on le met en contact avec une membrane muqueuse , l’acide prussique , suivant les expériences de Christison, tue dans l’espace de trente à quarante secondes. Or, ainsi qu’il résulte des faits que nous avons cités plus haut (I. § 103. 109.), cet espace de temps est suffisant pour que des traces d’acide prussique pénètrent dans le réseau capillaire et se répandent dans le système vasculaire tout entier.
S 171. — La rapidité avec laquelle les substances, à l’état de dissolution, pénétrent dans les vaisseaux capillaires et se distribuent dans le corps tout entier par l’intermédiaire de la circulation, explique parfaitement comment il se fait que certaines substances ingérées dans l’estomac avec les aliments se relrouvent aussi promptement dans l’urine. 11 n’est donc nullement nécessaire de recourir à l’hypothèse absurde et barbare de voies secrètes de communication qui existeraient entre l’estomac et les reins. Suivant Westrumb, des sels solubles introduits par l’estomac ne mettaient que deux à dix minutes pour passer de ce viseère dans l’urine. En effet , lorsqu’il avait administré du prussiate de potasse à un animal, il le retrouvait déjà, au bout de ce temps .si court, dans l’urine qui suintait de l’uretère et qu’il recueillait directement. Mais cependant, d’après les expériences de Stehberger, il faut en général beaucoup plus de temps que cela pour que les substances introduites dans l’estomac puissent se retrouver dans l’urine.
S 172. — Les substances qui, après avoir été introduites dans le canal intestinal, passent dans le courant circulatoire en pénétrant à travers les tuniques des vaisseaux capillaires, ne sont pas portées directement à la veine cave par les veines