LIVRE PREMIER
intestinales. Ces substances doivent, avant d’entrer dans la circulation générale, traverser un organe particulier, c’est-à-dire , le foie. Magendie a observé que dans leur passage à travers ce viscère certaines substances se trouvaient modifiées dans leurs propriétés. Ainsi, par exemple, lorsque cet expérimentateur injectait dans la veine crurale d’un animal un gramme de bile ou une quantité considérable d’air atmosphérique, la mort était immédiate ; quand, au contraire, il faisait cette injection dans la veine porte, l’animal paraissait n’en souffrir aucunement. Certaines substances éprouvent une modification remarquable dans les intestins eux-mêmes. Ainsi, d’après les observations de Redi et Mangili (1), et les expériences de Stevens (2), le poison de la Vipère qui, appliqué sur une plaie, produit des effets toxiques, n’en détermine aucun, lorsqu’il est pris à l’intérieur. Selon Coindel, la salive d’un animal atteint d’hydrophobie perd sa puissance de contagion, quand elle est absorbée par les voies digestives (3).
S 173. — Magendie a observé que la distension des vaisseaux sanguins par la présence d’un excès de liquide diminue l’activité de l’absorption. Lorsqu’il injectait de l’eau dans les veines d’un animal, l’absorption des substances étrangères par les membranes animales avec lesquelles il les mettait en contact ne pouvait plus s’effectuer; mais, dès qu’il pratiquait une saignée déplétive, l’absorption s’effectuait parfaitement bien. Elle était même, après la section de la veine, plus rapide qu’à l’ordinaire: car les phénomènes qui, en général, ne se produisaient qu’au bout de deux minutes, se manifestaient dans ce cas en une demi-minute.
S 174. — Les veines exercent-elles sur les substances qui ont pénétré par imbibition dans les capillaires une attraction particulière résultant de l’action aspirante du cœur au moment où cet organe se dilate ? C’est une question qui n’est pas encore résolue. Dans tous les cas, le mouvement circulatoire du sang favorise nécessairement l’imbibition en tant qu’il entraîne plus loin ce qui vient d’être absorbé. En effet, si c’était toujours la même quantité de sang qui se trouvât en contact avec le point du tissu où s’opère l’imbibition, celle-ci se suspendrait au bout de quelques temps, c’est-à-dire, dès l’instant que cette quantité de sang se trouverait saturée.
S 175.— C’est à la surface des membranes muqueuses, des membranes séreuses et des plaies que l’absorption s’opère avec le plus de rapidité. Elle est, au con,traire, beaucoup plus lente à la surface de la peau, lorsque celle-ci est recouverte de son épiderme. Certaines substances ne sont pas absorbées par la peau, parce qu’elles sont insolubles. Ainsi, la matière colorante des grains de poudre qui, en faisant explosion, se logent dans les plis de la peau, y demeure pendant toute la durée de la vie de l’individu, sans se dissoudre et sans être absorbée. Il est d’autres substances qui colorent d’une manière indélébile la surface cutanée, parce qu’elles se combinent chimiquement avec elle. Ainsi, chez les malades qui ont été longtemps .soumis à l’usage interne du nitrate d’argent, la peau se bronze et conserve pour toute la vie cette coloration foncée. Comme le tégument extérieur se trouve constamment en contact avec des substances étrangères, comme, en outre, on peut' y appliquer divers agents thérapeutiques, il est de la plus haute importance de déterminer jusqu’à quel point il jouit de la faculté d’absorber (4). Toutes les préparations métalliques avec lesquelles on fait des frictions sur la peau agissent comme si elles étaient administrées à l’intérieur, mais seulement avec moins d’énergie. Le mercure appliqué de cette manière guérit la syphilis et détermine la salivation; le tartre stibié, suivant Letsom et Brera, provoque le vomissement;
(1) Meckel’s Archiv., m, 1817, p. 059. —.(2) On the blood, p. 157. — (5) Fuoriep’s Nolhen, 1825, sept. 170. — (4) Voy. Westrumb, dans Meckel’s Archiv , 1827; Se wall, ibkl, ii, 140
l’arsenic produit de même ses effets toxiques habituels. Les substances végétales qui sont à l’état de dissolution, ou qui du moins sont solubles, agissent comme à l’ordinaire, quand on les applique à la surface cutanée. D’après Haller, l’hellébore blanc appliqué sur l’abdomen excite le vomissement, et, lorsqu’on lave les pieds d’une personne avec une décoction d’hellébore blanc ou noir, on détermine une véritable superpurgation. Lentin a vu les semences de sabadille causer des convulsions très-violentes et produire un effet purgatif, lorsqu’on en frictionnait l’abdomen. L’application des Cantharides à la surface de la peau cause la strangurie, et celle des narcotiques est suivie des phénomènes morbides particuliers à cette espèce de médicament. On peut, selon Magendie, découvrir le camphre dans la vapeur exhalée par les poumons. L’essence de térébenthine communique à l’urine une odeur de violette; le prussiate de potasse, la rhubarbe, la garance se reconnaissent dans le sâng, l’urine, etc., quand on les a appliqués à la surface cutanée. Mais l'action de tous ces médicaments ou poisons est beaucoup plus énergique, quand, au moyen d’un emplâtre vésicant, on a préalablement dépouillé la peau de son épiderme ( méthode cnö er mi que).
§ 176. — On a longtemps discuté la question de savoir si la peau recouverte de son épiderme jouit de la faculté d’absorber l’eau. C’est un point difficile à déterminer, parce que la peau perd de l’eau par l’évaporation. Il est certain que l’épiderme est hygroscopique et se gonfle dans l’eau. Les expériences exécutées par Falconer , Alexander et autres physiologistes, expériences qui consistaient à peser comparativement le corps et l’eau dans le bain, n’ont, à mon avis, aucune valeur. Seguin (1) et Currie (2) n’ont pu découvrir aucune augmentation de poids, lorsque le corps était plongé dans l’eau en totalité ou en partie. Quand on fait dissoudre dans l’eau d’un bain une matière colorante ou du prussiate de potasse, et qu’on retrouve ces substances dans l’urine, ce fait ne prouve aucunement que la peau absorbe l’eau elle-même. En effet, les sels peuvent pénétrer toute membrane animale qui se trouve par ses deux faces en contact avec un liquide, sans que pour cela le niveau du liquide de chaque côté de la membrane éprouve le moindre changement.
Abernelhy a constaté que les gaz étaient absorbés par la surface cutanée.
E. Phénomènes vitaux de l’absorption par les vaisseaux sanguins.
S 177. — Ni l’imbibition ni l’endosmose ne sont capables d’expliquer l’absorption des liquides; nous ne parlons pas ici du simple mélange des substances à l’état de dissolution. De l’eau introduite dans l’estomac tend toujours à se distribuer dans le sang des vaisseaux capillaires, et les globules sanguins, en vertu de leur grande affinité pour l’eau, contribuent à son absorption, pendant qu’ils circulent dans les capillaires. Mais l’absorption de dissolutions plus concentrées est complètement inexplicable par l’endosmose; ainsi, par exemple, cette théorie ne rend pas compte de l’absorption des liquides que contiennent les cavités dans les hydropisies, absorption qui est le moyen curatif employé par la nature. Ici donc nous sommes obligés d’admettre que les vaisseaux lymphatiques ou même sanguins exercent sur eux une attraction organique particulière.
S 178. — Les vaisseaux sanguins sont, dans certaines circonstances, capables d’absorber comme les lymphatiques, c’est-à-dire, d’exercer une attraction spéciale sur certains liquides. Ce qui le démontre, c’est le passage des fluides nourriciers de la mère à l’enfant par la voie des vaisseaux capillaires du placenta fœtal. Il
(1) Ann. de Chimie, xc, 185; xcn, 53; Meckel’s Archiv., m, 585. -- (2) Med. Reports, ch. xix.