‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 70 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

n’existe pas de communication entre les vaisseaux de la mère et ceux du fœtus. Les artères utérines ne communiquent qu’avec les veines de même nom, et les artères du fœtus se continuent dans le placenta exclusivement avec les veines du fœtus. Weber (1) a donné une description très-intéressante de la manière dont le placenta et l’utérus se comportent à l’égard l’un de l’autre. Les ramificalions les jrlus déliées des vaisseaux placentaires se distribuent dans les prolongements villeux du chorion. Ces villosités sont closes à leur extrémité et forment des touffes pénicillées. Les dernières ramifications artérielles, arrivées au bout de chaque villosité, y forment une anse et se commuent par inosculation directe avec les radicules les plus déliées des veines placentaires. Ces touffes de villosités, avec les ramifications artérielles et veineuses qu’elles contiennent, se projettent dans les sinus veineux à tunique excessivement mince, qui appartiennent au système vasculaire maternel et se trouvent ainsi baignées de toutes partspar le sangveineux de la mère II est vraisemblable que, grâce à cette disposition anatomique toute particulière des villosités et à la ténuité des tuniques des veines utérines, le sang du fœtus, en circulant à travers les vaisseaux capillaires du placenta, exerce une certaine attraction sur le sang de la mère, et que ces deux fluides font un échange de matériaux. Sans doute il s’opère ici, entre le sang de la mere et celui de l’enfant , une espèce d’endosmose dans laquelle le sang du fœtus reçoit , à travers les délicates parois de ses vaisseaux, plus de matières qu’il n'en cède; mais cette endosmose organique et vitale est tout-à-fait différente de l’endosmose physique.

Chez les Ruminants, les villosités des cotylédons de l’œuf ne plongent pas dans les veines utérines, mais elles pénètrent dans les enfoncements vaginiformes de l’utérus, à la manière de racines qui s’enfoncent dans le sol. Tous ces enfoncements que présente l’utérus sont revêtus par des vaisseaux capillaires appartenant au système vasculaire maternel, tandis que les capillaires propres du fœtus se distribuent uniquement dans les villosités des cotylédons et n’ont aucune communication avec les capillaires de la mère. Ici, les substances qui doivent être absorbées par les vaisseaux capillaires de l’enfant doivent d’abord être sécrétées par les capillaires de la mère.

S 179. —Dans une espèce de Squale, Mustelus, chez lequel les œufs se développent complètement dans l’utérus, le jaune entouré d’un peu de blanc est logé dans une membrane extrêmement délicate et présentant une multitude de plis. Pendant le développement du germe le blanc attire à travers cette membrane certains liquides provenant de l’utérus, et bientôt cette membrane se trouve distendue par les fluides ainsi absorbés. Mais ce phénomène ne s’observe que dans les œufs qui contiennent un jaune et un germe. Il n’est pas rare, en effet, de trouver dans l’utérus de ces animaux , au milieu des autres œufs , quelques œufs stériles qui ne contiennent sous leur enveloppe qu’un blanc dépourvu de jaune. Alors ce blanc n’exerce aucune atlraclion sur les liquides et reste tel qu’il était dans le principe, tandis que les œufs voisins, aptes à se développer, contiennent dans leur enveloppe une quantité de fluide qui va toujours en augmentant.

article h. — De V exhalation, exsudatio.

§ 180. — En grand nombre de subtances dissoutes dans les fluides animaux, surtout de substances étrangères, après avoir pénétré dans le torrent de la circulation et s’être distribuées avec le sang dans tout l’organisme, soit qu’elles aient conservé leur état primitif, soit qu’elles aient été plus ou moins altérées ,

"1) Hildebrandt’s Anatomie, Bd. iv, 49(3.

200 HiYSiOLQGIE SPÉCIALE.

sont ensuite éliminées au moyen de l’imbibilion et de l’endosmose. Le prussiate de potasse, après être entré dans la circulation par endosmose, pénètre, en vertu de la même loi, à travers les membranes animales et va se mêler avec les fluides les plus divers que sécrètent les différents appareils sécrétoires. C’est ainsi que, d’après les observations de Westrumb, on peut découvrir des traces de ce sel dans F urine- au bout de deux à dix minutes après son introduction dans l’organisme. Le même phénomène s’observe dans la jaunisse. Presque tous les organes internes, ainsi que les divers liquides sécrétoires, l’urine, par exemple, sont alors imprégnés par la matière colorante de la bile qui est dissoute dans le sérum du sang.

Ceux des éléments naturels du sang et celles des substances étrangères accidentellement mêlées à ce liquide, qui sont capables de prendre la forme gazeuse, peuvent se vaporiser à la surface libre des membranes animales, à moins qu’ils ne soient retenus par quelque attraction spéciale du tissu.

Lorsque la pression favorise leur passage à travers les pores des membranes animales, les liquides doivent, en vertu des lois physiques , se frayer une voie dans les espaces libres remplis de gaz ou de vapeurs. C’est ce qui a lieu après la mort par le simple effet de la pesanteur. On voit alors le sérum du sang, et plus tard la matière colorante dissoute pénétrer les tissus et s’accumuler dans les espaces libres. La bile transsude de la vésicule biliaire et va colorer les parties voisines. Pendant la vie, l’absorption, d’une part, et, de l’autre, la contractilité organique, voilà les forces qui contrebalancent la tendance des fluides à transsuder à travers les membranes du corps; mais, dans l’état de maladie, différentes causes détruisent cet équilibre : une fois qu’il est rompu, l’eau, avec les substances animales et les sels qu’elle tient en dissolution, s’accumule dans les diverses cavités et dans le tissu cellulaire. C’est alors que surviennent les hydropisies de toute espèce, et que se manifestent les phénomènes qui caractérisent l’albuminurie. L’exsudation de la liqueur du sang ou de la fibrine, qui a lieu dans l’inflammation, doit être précédée par la paralysie de la contractilité organique des petits vaisseaux. A la suite de l’oblitération des grands troncs veineux des viscères ou des extrémités on observe une effhsion de sérosité albumineuse qui s’opère dans les cavités séreuses les plus voisines ou dans le tissu cellulaire, principalement dans celui des membres inférieurs. Ainsi, l’on peut, comme l’a fait voir Bouillaud, déterminer artificiellement une hydropisie du tissu cellulaire en appliquant une ligature sur un des grands troncs veineux. Les hydropisies consécutives à certaines dégénérescences des viscères résultent peut-être en partie de l’oblitération des voies circulatoires, qui a lieu dans ces organes.

S 181. — D’après ce qui précède il semblerait que les exhalations (fluides vaporisables) et les exsudations (liquides) dont le corps vivant est le siège dépendent uniquement des lois purement physiques de l’imbibition, de l’endosmose et de la pression. Cependant il n’en est pas ainsi. D’après les lois de la physique, toute substance à l’état de dissolulion devrait pouvoir pénétrer à travers les tissus. Or, dans l’organisme vivant, tout ce qui est dissous ne passe pas à travers les membranes animales; bien au contraire, ce qui s’échappe par exhalation ou exsudation ne représente en général qu’une partie des substances que le sang contient à l’état de dissolution. Ainsi, par exemple, dans les hydropisies il ne se fait pas d’effusion de fibrine comme dans l’inflammation. Dans les hydropisies, en général, la matière organique que contient la sérosité ne se coagule pas spontanément; elle ne se précipite que lorsqu’on traite le liquide par les réactifs chimiques, et ce précipité est simplement de l’albumine du sang. 11 résulte de là que, dans les hydropisies, il existe une force particulière qui empêche

Page 1