LIVRE PREMIER
à la fibrine dissoute dans le sang de s’échapper de ses vaisseaux, et que celte force se trouve, au contraire, paralysée dans le cas d’inflammation. Cette force doit consister en une affinité ou attraction entre la fibrine dissoute et le tissu vivant, tandis que ce même tissu se laisse, dans l’hydropisie, pénétrer par l’albumine à l’état de dissolution. Au début d’une inflammation, comme, par exemple, à la suite d’une blessure ou de l’application d’un vésicatoire, on a observé que c’est le sérum seulement qui s’épanche au dehors ; mais, quand l’inflammation est devenue plus violente, la partie fibrineuse du sang transsude également.
S 182. — Les hémorrhagies supposent encore certaines conditions particulières. Dans la menstruation la surface interne de l’utérus est le siège d’une excrétion véritable de sang, qui ne se distingue du sang qui circule dans les vaisseaux qu’en ce qu’il ne contient pas de fibrine, ou du moins en contient fort peu. Cependant on aurait complètement tort d’admettre, avec Brande, que le sang menstruel n’est qu’une dissolution concentrée de la matière colorante des globules sanguins ; car, en examinant le sang menstruel, j’y ai trouvé de véritables globules rouges qui n’étaient aucunement altérés. Ce fait suppose qu’au moment de la menstruation les parois des vaisseaux capillaires utérins se trouvent dans un tel état de relâchement, qu’elles se laissent traverser par les globules sanguins.
Lorsque le sang s’échappe avec lenteur à la surface d’une membrane, ce qu’on appelle en pathologie diapedesis ( per secretionem ), il y a là autre chose qu’un simple fait de transsudation. En effet, les parois des vaisseaux doivent subir une certaine modification dans leur texture; et, si non dans tous les cas, du moins dans quelques uns, comme, par exemple, dans l’hémoptysie et l’expectoration sanguinolente qui accompagne la pneumonie , il y a certainement rupture des petits vaisseaux ou des capillaires. Néanmoins les observations de VVedemeyer (1) rendent probable que, dans certaines circonstances particulières, la matière colorante des globules du sang peut, même chez des animaux vivants, se dissoudre dans le sérum et donner lieu à une exsudation colorée. Après avoir injecté une quantité considérable d’eau chaude dans les veines d’un Cheval, ce physiologiste trouva qu’il s’était opéré un épanchement de sérum rougeâtre par les narines et dans la cavité abdominale. Or, tout le monde sait parfaitement que la matière colorante des globules sanguins a la propriété de se dissoudre dans l’eau. C’est ainsi que, dans le scorbut, le purpura ou morbus maculosus , et après la morsure de Serpents venimeux (2), le sérum semble contenir de la matière colorante du sang à l’état de dissolution.
Quand on rencontre des globules dans les liquides sécrétoires, on doit supposer qu’ils se sont formés au moment même où ces liquides se sont séparés du sang : car il est impossible que les globules traversent les paroisdes vaisseaux capillaires. Les globules de pus, par exemple, sont plus volumineux que ceux du sang , et souvent même, suivant Weber, deux fois aussi gros. Ils ne peuvent donc provenir des globules sanguins, et consistent simplement en particules détachées de la surface suppurante. En conséquence, il est absolument impossible que des globules de pus, qui, par une cause quelconque, se trouveraient contenus dans le sang, soient éliminés par la voie des reins. Il n’y a que les éléments immédiats du pus, quand ils sont à l’état de dissolution, qui puissent être éliminés du sang.
(1) Ueber den Kreislauf. Hannover, 1828, p 463 — (2) Auteniuetii’s P hysiol., h, 154,
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE