‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 75 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

d’un quart à un dixième de millimètre de diamètre. Ces petites cellules sont presque toutes de même grandeur , et le mercure passe de l’une dans l’autre sans s’extravaser. La plus grande partie du tissu du cordon ombilical qui entoure les vaisseaux sanguins est composée de cellules de ce genre. C’est seulement au point même où le cordon s’insère à l’ombilic que j’ai trouvé plusieurs petits canaux parallèles très courts qui étaient remplis de mercure.

Les vaisseaux lymphatiques ou chylifères du canal intestinal naissent dans l’intestin grêle, non- seulement dans les villosités , mais encore sur la surface tout entière de la muqueuse du canal intestinal.

article il. — Villosités intestinales.

S 188. — Les villosités intestinales sont des filaments courts d’un quart de ligne à une ligne, ou au plus d’une ligne et deux tiers de longueur. Elles s’élèvent à la surface de la membrane muqueuse et donnent à cette membrane, quand on l’examine sous l’eau et à l’aide du microscope, l’aspect d’une fourrure. Ces villosités sont tantôt cylindriques, tantôt lamelliformes et souvent pyramidales.

Tel est le caractère que présentent, en général , les villosités chez l’Homme, chez la plupart des Mammifères et chez un grand nombre d’Oiseaux (1). On observe parfois quelque chose d’analogue chez quelques Poissons ( Tetrodon , Orthagoriscus). Retzius a décrit, chez un Serpent, le Python bivittatus , les prolongements villiformes qui existent à la surface de la membrane interne de l’intestin, et qu’il serait difficile de ne pas considérer comme de véritables villosités, quoique Rudolphi refuse de vraies villosités aux Poissons et aux Reptiles. Alb. Meckel (2) a tort de ne vouloir regarder comme villosités que les lamelles larges à leur base et étroites à leur extrémité libre. Il est vrai qu’elles sont aplaties chez la plupart des Mammifères, tels que le Lapin, le Chien et le Cochon ; cependant, on remarque chez le Veau, le Bœuf et le Mouton, un très grand nombre de villosités cylindriques; quelquefois même, comme chez le Mouton et le Bœuf, les villosités aplaties sont plus nombreuses dans une partie des intestins, et dans une autre partie, ce sont, au contraire, les villosités cylindriques. Parfois même les villosités cylindriques et aplaties se trouvent mêlées et confondues ensemble. Chez les deux derniers animaux que nous venons de nommer, mais surtout chez le Mouton, on rencontre en plusieurs endroits du canal intestinal des villosités larges et aplaties, et cependant terminées par une pointe cylindrique. Lorsque les villosités s’élargissent à leur base et s’unissent les unes avec les autres de manière à produire de petits plis, elles forment la transition graduelle entre les villosités des Mammifères et les plis qui dans un grand nombre d’Oiseaux et dans les Reptiles remplacent les villosités ; quelquefois même on observe cette forme intermédiaire dans les intestins d'animaux chez lesquels il existe des villosités proprement dites. Ainsi, par exemple, chez le Lapin, les villosités pyramidales de la portion supérieure de l’intestin grêle se réunissent par leurs bases, de façon à représenter des plis, tandis que dans la portion moyenne du même intestin elles sont plus séparées les unes des autres. L’extrémité libre des villosités est tantôt arrondie, tantôt assez effilée, et quelquefois même elles semblent tronquées. Cette dernière forme s’observe chez le Chien (PL 1, fig. 11, 12).

§ 189. — Les villosités possèdent un réseau de vaisseaux capillaires, des ramifications artérielles et veineuses. Non-seulement ces vaisseaux se laissent très bien injecter, mais encore, sur des Veaux et des Chiens que j’examinais immédiatement après la mort et avant de laver l’intestin, j’ai vu, à l’aide d’une

(1) Rudolphi, Anal, physiol. Abhandl. — (2) Mf.ckf.i.’s Archiv, v.

206 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

simple loupe et même sans ce secours, les vaisseaux déliés des villosités intestinales encore remplis de sang. Doellinger, Seiler et Lauth, ont décrit et dessiné ces vaisseaux après les avoir injectés (PL 1, fig. 13).

§ 190. — La plupart des anciens anatomistes croyaient que les villosités intestinales présentaient une ouverture à leur extrémité libre. Rudoiphi a réfuté cette opinion. Les villosités cylindriques sont creuses intérieurement ; leur extrémité libre est fermée par le même tissu délicat qui revêt toute la superficie de la villosité. Sur un intestin de Veau que j’examinai immédiatement après la mort, et dont les vaisseaux lymphatiques contenaient un chyle hlanc , j’ai vu l’intérieur des villosités rempli de haut en bas par la même substance blanche et opaque. Une autre fois les villosités ne contenaient pas de liquide blanchâtre; je les trouvai, au contraire, vides et évidemment creuses, ainsi que Rudoiphi l’avait déjà observé sur un Cochon de lait. En soumettant à l’examen microscopique les villosités intestinales du Veau et du Bœuf, j’ai réussi à ouvrir, à l’aide d’une aiguille, cette enveloppe délicate. Les villosités lamelliformes et un peu larges du Lapin m’ont paru creuses également. J’évalue, par comparaison, à 0,00174 de pouce l’épaisseur de la membranule qui constitue les villosités intestinales du Yeau. Cependant cette membrane est parcourue par des vaisseaux capillaires qui charrient du sang, et que j’estime avoir de 0,00025 jusqu’à 0,00050 de pouce de diamètre.

Il n’y a pas longtemps qu’à l’amphithéâtre d'anatomie de Berlin l’occasion se présenia d’examiner les villosités sur nn Homme dont les lymphatiques intestinaux se trouvaient remplis de chyle blanc Chaque villosité formait une cavité simple de haut en bas. C’est ce que démontrèrent les observations microscopiques de Henle et les injections mercurielles de Schwann; celui-ci poussa le mercure par voie rétrograde, c’est-à-dire, par les lymphatiques de la membrane muqueuse, qui étaient distinctement visibles. Le métal remplit les villosités jusqu’à leur extrémité libre et close.

J’ai pu facilement me convaincre de l’existence d’une cavité dans les villosités intestinales du Veau, du Bœuf, du Mouton et du Lapin, non-seulement dans celles qui sont effilées et cylindriques, mais encore dans celles qui sont aplaties et plus larges. Toutefois il m’a été impossible, de m’assurer si les villosités étaient creuses aussi chez le Chat, le Cochon et le Chien. Les replis qui existent dans le canal intestinal des Poissons, comme l’Anguille, la Carpe, l’Alose ( Clupea Alosa), ne sont nullement creux, mais sont constitués par des duplicatures qui adhèrent solidement l’une à l’autre. Les villosités larges et aplaties qu’on rencontre sur certains points du canal intestinal du Mouton ne sont évidemment pas composées d’nne cavité simple. Il en est de même des villosités très larges que présente l’intestin du Lapin. En général , dans toutes les villosités larges et aplaties, il semble que l'origine des vaisseaux lymphatiques ne consiste pas en une cavité simple.

Lorsqu’on injecte du lait dans l’intérieur d’une anse intestinale de Mouton , de manière à ce que les vaisseaux lymphatiques se remplissent tout à coup de liquide, ce qui dépend sans doute de la rupture de la membranule la plus interne, on aperçoit bien, il est vrai, çà et là quelques villosités pleines de lait ; néanmoins il faut répéter très souvent l’expérience pour réussir à injecter par cette méthode quelques villosités; et, quand on y parvient, il est probable que le lait pénètre dans les villosités, non directement par leur surface intestinale, mais par voie rétrograde, c’est-à-dire, en déterminant une rupture du réseau capillaire lymphatique , et en marchant ensuite vers les radicules de ces vaisseaux. Ces villosités une fois remplies de lait , il semble, quand on les examine au micro-

Page 1