‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 76 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

scope, que celles que sont effilées et cylindriques contiennent une cavité simple. Celles, au contraire, qui sont larges et plates, paraissent renfermer plusieurs canaux irrégulièrement anastomosés, qui sont ordinairement dirigés de la base à l’extrémité libre de la villosité, et s’y terminent en cul-de-sac, ou bien se continuent dans les prolongements digitiformes des villosités aplaties. Les canaux de ces villosités aplaties sont très serrés les uns contre les autres, et forment un réseau très irrégulier ; leur diamètre est de beaucoup supérieur au diamètre ordinaire des vaisseaux capillaires.

§ 191. — La surface entière de la muqueuse du tube digestif est recouverte d’une couche mince et non vasculaire d’épithélium. Cet épithélium revêt également les villosités intestinales. Rudolpbi a constaté son existence sur les villosités du Blaireau; mais ce phénomène est général. Souvent même il arrive qu’on peut détacher cet épithélium des villosités , absolument comme un gant qu’on retire des doigts de la main. Sa texture intime est tout-à-fait semblable à celle de l’épithélium du reste de la muqueuse intestinale. Ainsi , d’après les observations de Henle, il est composé de cellules parfaitement cylindriques, qui sont pressées les unes contre les autres, et dont l’axe est perpendiculaire à la surface de la muqueuse. Chaque cellule cylindrique est pourvue de son noyau (nucléus), tout comme les cellules plates de l’épithélium des autres portions du système des membranes muqueuses (1).

S 1D2. — Lorsque, après avoir bien lavé un lambeau d’intestin grêle pris sur un Mammifère, on examine, à l’aide d’un microscope simple, la texture de la membrane qui unit les villosités à leur base , on découvre sans beaucoup de difficulté un nombre immense d’orifices extrêmement petits, qui sont à peu près deux à trois fois aussi larges que les globules rouges du sang de la Grenouille, et huit à douze fois plus forts que ceux du sang des Mammifères.

Chez les Mammifères ces petits orifices sont quelquefois si nombreux et si serrés les uns contre les autres, que les portions de membrane qui les séparent sont à peine aussi larges que ces ouvertures elles-mêmes. En général, cependant, ces orifices sont plus espacés Dans ce dernier cas ils donnent à la membrane la plus interne du canal intestinal un aspect spongieux et velouté. Chez les Moutons et les Bœufs la base même des villosités semble toute perforée de celte manière. Ces petits trous sont les orifices des glandes ou follicules microscopiques de Lieberkühn (2).

L’opinion qui fait naître les réseaux de vaisseaux lymphatiques par des ouvertures visibles au microscope est renversée par les importantes observations de Fohmann. Cet anatomiste, dans ses plus belles injections mercurielles du réseau lymphatique de l’intestin des Poissons, n’a jamais vu le métal s’échapper à la suriàce interne de l’intestin. Nous rappellerons encore ici, en confirmation des recherches de Fohmann, que Schwann, comme nous l’avons déjà dit, a réussi à injecter quelques villosités intestinales sur l’Homme même , en poussant le mercure par les vaisseaux lymphatiques de la membrane muqueuse.

Sur des lambeaux d’intestin de Mouton et de Bœuf que j’avais lavés avec soin j’ai cru remarquer aux parois des villosités, et même dans toute leur surface, de petits enfoncements tout-à-fait confus.

article in. — Des glandes ou ganglions lymphatiques .

S 193. — Chez les Reptiles et les Poissons il n’existe pas de glandes lympha-

(1) Henle, Symbolœ ad analmniam villorum inlestinalium. Berol., 1837. •— (2) Voy. Boehm, De gland, intestinal, slruct. Berol. 1833.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

tiques. Chez les Oiseaux on n’en trouve qu’à la région du cou ; elles manquent dans le mésentère. Chez les Mammifères elles se comportent, en général, comme chez l’Homme : mais dans le mésentère de plusieurs Carnivores, ainsi que dans celui du Chien, de la Taupe, du Phoque, ils forment par leur agglomération une masse considérable qui a reçu le nom de Pancréas d’Asellius.

Les vaisseaux lymphatiques afférents d’une glande lymphatique se divisent, au moment ou ils y pénètrent, en petites branches, puis ces petites branches, en se réunissant de nouveau, donnent naissance aux vaisseaux efférents qui sont moins nombreux et un peu plus volumineux que les afférents. Or, comme dans l’intérieur de la glande les deux ordres de vaisseaux s’anastomosent librement et produisent ainsi le réseau lymphatique qui constitue la glande elle-même , on peut, en poussant l’injection mercurielle par les vaisseaux afférents, remplir de mercure non-seulement la glande, mais encore les vaisseaux efférents. Les simples glandes lymphatiques ressemblent à de véritables plexus de vaisseaux lymphatiques; une grosse glande, au contraire, quand elle est remplie de mercure, présente une apparence celluleuse. Cependant cet aspect particulier paraît résulter tout simplement des petites dilatations qu’éprouvent les vaisseaux enroulés. Déjà nous avons vu ( I, § 187) que, dans d’autres parties, le réseau des vaisseaux lymphatiques ressemble fréquemment à une agglomération de petites cellules, quand on ne fait pas assez attention aux petites mailles que forment ces vaisseaux. Le fait que, lorsqu’on injecte les lymphatiques qui se rendent à un ganglion, le mercure traverse ce dernier, est encore un argument en faveur de l’opinion qui considère toutes les glandes lymphatiques comme étant de véritables plexus lymphatiques. Au reste, il est facile de concilier les idées opposées de Cruikshank, qui admettait l’existence de cellules dans ces glandes, et celles de Mcckei, de Hewson et de Mascagni, qui regardaient ces prétendues cellules comme des dilatations des vaisseaux lymphatiques enroulés (1).

En comparant les ganglions lymphatiques avec les formations vasculaires sanguines analogues, on trouve qu’ils présentent absolument la même structure que les réseaux admirables amphicentriques dans lesquels un vaisseau sanguin se résout en une multitude de canaux déliés, pour pins tard se réunir de nouveau, de manière à former un tronc simple (I. § 158 — 160). Cette disposition anatomique a évidemment pour but, dans les ganglions lymphatiques, d’augmenter l’étendue delà surface qui se trouve en conlaclavec la lymphe, et, par conséquent, d’augmenter l’influence que la paroi exerce sur le contenu, influence qui s’exerce déjà dans les vaisseaux lymphatiques simples.

§ 194. — Il est certain que, dans les glandes lymphatiques, les parois des vaisseaux qui les constituent sont parcourues par des réseaux vasculaires sanguins. Les vaisseaux chylifères de l’intestin même possèdent, d’après les recherches de Fohmann, une tunique interne qui s’étend jusqu’au réseau, et, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure (I. § 189— 180), les villosités elles-mêmes contiennent de nombreux capillaires sanguins.

§ 195. — Plusieurs anatomistes ont admis l’existence de communications entre les petites veines et les vaisseaux lymphatiques, soit à l’intérieur, soit en dehors des ganglions(2). Fohmann admet l’existence de communications entre les petites veines et les vaisseaux lymphatiques chez les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons; tandis que, chez l’Homme et les Mammifères, on ne rencontre, suivant cel ana-

(1 ) Consultez, sur cette controverse, Weber, dans Hildebrandt’s Anatomie, tii, p. 109-113. — (2) Lippi, Illustrazioni fisiologiche e palhologiche ciel sislema Ivnfalico-chilifcro, l' irenze, 1825; Fohmann, Das Saugadersystem der jvirbellhiere , Heidelberg, 1827.

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