LIVRE PREMIER
tomiste, de communication entre les veines et les lymphatiques qu’à l’intérieur des ganglions. Telle était déjà l’opinion de J. Fr. Meckel l’ancien et de Ph. Fr. Meckel, qui avaient observé ce fait dans leurs injections mercurielles des vaisseaux lymphatiques. Le mercure, en effet, passe très facilement des glandes lymphatiques dans les veines. Ainsi, quand on injecte les vaisseaux efférents d’un ganglion, on voit souvent les veines qui partent de ce ganglion se remplir de mercure beaucoup plus rapidement que les vaisseaux lymphatiques efférents eux-mêmes. C’est ce fait qui a induit Fohmann en erreur. En injectant sur un Phoque les lymphatiques afférents de celte masse de ganglions mésentériques qui a reçu le nom de pancréas d’Ascllius , il a vu les veines seules se remplir de mercure, tandis que le mêlai ne pénétrait pas dans les lymphatiques efférents. Il conclut donc de là que cette agglomération de ganglions ne possède pas d’autres vaisseaux efférents que les veines (1). Rosenthal (2) a rectifié cette erreur. Cet anatomiste a découvert que, chez le Phoque, tous les lymphatiques de l’intestin grêle se rendent dans cette glande, mais qu’il n’en sort qu’un seul vaisseau lymphatique volumineux, ductus rosenthalianus , tandis que, dans le Chien et dans le Dauphin, celte masse ganglionnaire donne naissance, suivant Rudolphi, à une multitude de vaisseaux lymphatiques efférents (3). Les observations de Rosenthal ont été confirmées par Knox (4).
Quoi qu’il en soit de cette controverse, il résulte de tout cela un fait positif, c’est que le mercure passe avec un extrême facilité des lymphatiques dans les veines des ganglions. Schroeder van der Kolk a vu, lorsqu’il injectait les glandes lymphatiques par leurs vaisseaux afférents, le mercure injecté remplir les veines efférentes de ces glandes, sans qu’aucune portion du métal passât dans le canal thoracique (5). Panizza (6) injecta sur un Cochon une glande lymphatique par deux vaisseaux afférents, et remarqua que le mercure poussé par l’un de ces vaisseaux passa entièrement dans les veines efférentes de la glande , et qu’au contraire le mercure poussé par l’autre vaisseau afférent passa dans le vaisseau lymphatique efférent. Gerber et Alb. Meckel (7) ont aussi remarqué la facilité avec laquelle l’injection poussée par les lymphatiques pénètre dans les veines. Cependant A. Meckel, aussi bien que Rudolphi et E. H. Weber , est d’avis que ces exemples ne prouvent nullement l’existence d’une communication réelle entre les deux ordres de vaisseaux. A. Meckel même cite comme argument contre cette hypothèse le fait que, quand on injecte le canal séminal de l’épididyme d’un Chien, les veines se trouvent ordinairement remplies par la matière de l’injection. On réussit également quelquefois à remplir les vaisseaux lymphatiques en injectant les canaux excréteurs des glandes, par exemple, les conduits galactophores et le canal hépatique. C’est ainsi que Cruikshank, J. -Fr. Meckel l’ancien et Panizza ont injecté les lymphatiques en poussant l’injection par les conduits galactophores. J’ai fait aussi la même observation.
Plus il existe de circonstances diverses où l’on voit les injections passer d’un organe quelconque dans les lymphatiques, plus il y a lieu de douter de l’exactitude des conclusions qu’on tire de ces faits. Dans tous les cas, il est difficile de vérifier comment le métal injecté a passé d’une espèce de vaisseaux dans une autre; car cette pénétration peut dépendre de la rupture des parois
(1) Fohmann, Anal. Untersuchungen über die Verbindung der Saugadern rnil den Venen, Heidelberg, 1821. — (2) Froriep’s Not., no 2, p. 5. — (3) Comparez Rudolphi, Physiologie, 2 Rd., 2 Abth , p. 241-250. Les dessins que Rosenthal a donnés de ces organes se trouvent dans Nov. Act. nat. cm. xv, 2. — (4) Edinb. rned. surg. tournai, 1 july 1824; Fp.oriep’s Not., no 158. — (5ï Lucht mans, De absorptionis sanœ et mofbosæ discrimine. Traject. ad Rhen., 1829. — (0) Loc. cit., p. 5G. — (7) J. -F. Meckel’s Archiv-, 1828, p. 172.
210 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
délicates des vaisseaux. Ainsi donc, les résultats de ces injections ne sauraient être regardés comme une preuve suffisante de l’existence d’une communication directe (1).
D’un autre côté, on ne doit pas oublier que les radicules les plus déliées du système lymphatique nous sont encore complètement inconnues. Nos procédés d’injection sont trop imparfaits pour résoudre ces questions difficiles. En effet, lorsqu’on veut pousser une injection dans la direction de la périphérie, c’est-à-dire, remplir les radicules des lymphatiques, on rencontre des obstacles insurmontables dans les valvules de ces vaisseaux et idans le peu de tendance qu’a le mercure à se diviser en particules très fines sans déchirer ces canaux délicats.
Ainsi donc, en fait de communications entre les systèmes veineux et lymphatiques la seule qui soit positivement démontrée est celle qui existe entre les principaux troncs lymphatiques et certaines veines. Chez l’Homme et les Mammifères le canal thoracique verse la lymphe qu’il contient dans la veine sousclavière gauche; des troncs lymphatiques plus petits se déchargent dans la veine sous-clavière droite. Toutes les autres communications qu’on rencontre paraissent des exceptions à la règle générale. Tel est le cas que Wutzer et moi avons observé sur un cadavre. Chez ce sujet un vaisseau lymphatique partait directement du canal thoracique pour se rendre dans la veine azygos (2). Panizza a découvert que, dans le Cochon, il existe régulièrement des communications entre la veine azygos et des branches provenant du canal thoracique (3).
Chez les Oiseaux, suivant Fohmann, Lauth et Panizza, les vaisseaux lymphatiques s’abouchent isolément dans les veines iliaques. Chez les Reptiles la lymphe qui provient de la partie postérieure du corps est aussi versée isolément de chaque côté dans le système veineux, ainsique le démontrent les observations de Panizza et les miennes propres.
article iv. — Des cœurs lymphatiques des Reptiles.
S 196. — Les cœurs lymphatiques des Reptiles ont été découverts en 1832 (4). J’ai décrit à cette époque les cœurs lymphatiques des Grenouilles , des Crapauds, des Salamandres et des Lézards. Un mémoire plus détaillé sur ce sujet a paru dans les Transactions Philosophiques (5). Panizza a découvert l’existence de ces organes chez les Serpents et le Crocodile (6). Enfin, j’en ai encore trouvé chez les Tortues (7). Ces cœurs sont de petits sacs musculeux qui poussent la lymphe dans les principaux troncs veineux, antérieurs et postérieurs.
Les Reptiles nus possèdent quatre cœurs lymphatiques, deux antérieurs et deux postérieurs. Chez la Grenouille le cœur lymphatique postérieur de chaque côté est situé à la région ischiatique immédiatement au-dessous de la peau; l’antérieur est placé plus profondément, c’est-à-dire, sur le prolongement transversal de la troisième vertèbre. Les pulsations de ces organes sont tou t-à-fait indépendantes de celles du cœur , car elles continuent après l’ablation de ce dernier, et même lorsqu’on a coupé l’animal en morceaux. Les pulsations des deux cœurs cervicaux ne sont pas toujours synchroniques avec celles des deux cœurs de la
(1) Comparez E.-Il. Weber, dans ïIildebraisdt’s Anatomie, ut, H5-12I. — (2) Voy. Wirrzra, dans Müller’s Archiv., 1834. — (3) Comparez Otto, Pathol. Anal., 566. — (4) J. Müller, lieber. Blut, Lymphe und Chylus, dans Pogge' dorfe’s Annalen , 1832, August-Heft. — (5) Phtlos. Trans., 1833, pt. i — (C) Sopra il sisterna linfatico dci rellile. Pavia, 1853. — (7) Monatsbericht der Acad, d, TTisscmch., octobre 1839; Abhandl. d. Acad. d. friss, zu Berlin , a. d. J. 1839.