CHAPITRE III. — Des fonctions des vaisseaux lymphatiques
S 197. — Pendant que le sang traverse les vaisseaux capillaires, c’est-à-dire, passe des artères dans les veines par l’intermédiaire de petits canaux ayant de 0,00025 à 0,00050 de pouce de diamètre, les globules rouges exercent dans leur passage une action vivifiante sur les particules constituantes des organes avec lesquelles ils se trouvent en contact, et deviennent d’un rouge foncé. Mais ils ne sont pas retenus dans les tissus, car on peut les suivre jusqu’à ce qu’ils soient entrés dans le courant veineux. Quant aux éléments tout-à-fait liquides du sang, à savoir, l’albumine et la fibrine dissoutes, ils peuvent, comme toute substance à l’état de dissolution, en parcourant les vaisseaux capillaires, transsuder, du moins en partie, à travers leurs minces parois, et imbiber les molécules organiques situées entre les mailles du réseau capillaire. Lorsqu’ils ont ainsi pénétré jusque dans le parenchyme des organes, les éléments fluides du sang doivent y subir certaines modifications pour servir à la nutrition et aux diverses sécrétions. C’est pourquoi le sang veineux qui revient de tous les organes contient une moindre quantité de fibrine que le sang artériel (I. § 19.) Ainsi que nous venons de le dire, les parties constituantes liquides du sang, l’albumine et la fibrine, imbibent abondamment les plus petites molécules des organes, et servent à la nutrition : après quoi, ce qui se trouve superflu se rassemble dans les réseaux vasculaires lymphatiques qui occupent les interstices du tissu propre des organes.
(l) Abhandl. d. Akad. d. TFissensch. su Berlin, a. d. J. 1859; JUülleu’s Archiv., 1840, J. — (2} Dans Mui.lkr’s Archiv., 1835,533.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
Les capillaires du système vasculaire sanguin communiquent- ils avec les radicules des lymphatiques par celles de leurs ramifications qui sont trop fines pour admettre des globules sanguins, et qui ne reçoivent que la partie fluide du sang, ou, en d’autres termes, la liqueur sanguine ( vasa serosa )? Ces vaisseaux séreux font-ils l’office de filtres chargés de séparer les globules rouges d’avec la partie fluide du sang? Ces questions n’ont pas encore reçu de solution positive. S’il existait des communications de ce genre, il serait facile d’expliquer pourquoi les vaisseaux lymphatiques de la rate contiennent assez souvent une lymphe rougeâtre, et pourquoi, dans certains cas rares , comme chez les animaux qu’on a fait longtemps jeûner , on observe une coloration rougeâtre dans les lymphatiques d’autres parties.
S 198. — La partie cle la liqueur sanguine, qui, après avoir pénétré dans les tissus des organes et avoir fourni les matériaux nécessaires ù leur nutrition, reste en excès, est reprise par les vaisseaux lymphatiques et reportée par eux dans le torrent de la circulation sanguine. Par conséquent, la lymphe doit, sous le rapport de sa composition, être exactement identique avec la partie fluide du sang ou la liqueur sanguine. Le sang est donc tout simplement, ainsi que nous l’avons déjà dit (I. § GO.), un composé de lymphe (albumine et fibrine) et de globules rouges. Une opération que j’ai faite et qu’il est facile de répéter suffit pour démontrer que le fluide contenu dans les vaisseaux lymphatiques est principalement formé par la partie liquide du sang qui a imbibé les tissus et qui est rapporté à la circulation sanguine, et, en conséquence, n’est pas un fluide parfaitement nouveau. J’ai observé que, lorsque le sang de la Grenouille ne se coagule pas, la lymphe est également incapable de se coaguler. Ainsi, quand, durant les chaleurs de l’été, on tient des Grenouilles hors de l’eau pendant une huitaine de jours ou même davantage, leur sang perd souvent la propriété de se coaguler, tandis que, dans les circonstances ordinaires, il se coagule parfaitement, dès qu’il se trouve hors de ses vaisseaux. Or, la lymphe qu’on recueille des cavités lymphatiques de ces animaux se comporte alors absolument de la même manière. Par conséquent, l’état particulier de la fibrine, ou son absence dans le sang de la Grenouille à certaines époques, détermine dans la lymphe l’incoagulabilité ou l’absence de la fibrine.
article premier. — De V absorption par les vaisseaux lymphatiques.
S 199. — La faculté que les vaisseaux lymphatiques ou absorbants possèdent d’absorber réellement a été révoquée en doute de temps à autre, et tout récemment encore par Magendie. Quand aux lymphatiques du canal intestinal ou vaisseaux lactés, on ne peut leur contester cette propriété. Ainsi, la couleur blanche ou la transparence du chyle varie selon l’espèce d’aliment dont l’animal s’est nourri. Cependant tout le monde connaît certains faits qui démontrent que la faculté d’absorber appartient à d’autres lymphatiques qu’à ceux de l’intestin. Non-seulement les lymphatiques deviennent souvent douloureux , mais encore on voit des lignes rouges apparaître sur leur trajet, et les glandes lymphatiques voisines se tuméfier, lorsqu’on a frictionné la surface cutanée avec des substances irritantes. On remarque aussi quelquefois que les lymphatiques qui se trouvent dans le voisinage de certains fluides animaux particuliers se remplissent de ces fluides. Assalini , Saunders , Mascagni et Sœmmering ont vu les lymphatiques qui venaient du foie remplisdebtle, dans certains cas d’obstruction des conduits biliaires (1). Tiedemann et Gmelin, après avoir lié le canal cholédoque sur
(1) Voy. Wr.r.F.n, dans HiLDEBiumvr’s Anal ni, p. 125.