‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 80 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plusieurs Chiens, trouvèrent les lymphatiques du foie remplis d’un fluide jaune foncé; les glandes lymphatiques auxquelles se rendaient ces vaisseaux étaient jaunes également; enfin, le liquide coloré en jaune qu’ils recueillirent dans le canal thoracique contenait les éléments de la bile (1).

S 200. — Mais, en revanche, on doit réjéler comme complètement fabuleuse la propriété qu’on a attribuée aux lymphatiques d’absorber les globules de sang ou de pus contenus dans les extravasations sanguines ou les dépôts purulents. Lorsqu’on a trouvé, comme le dit Mascagni, du sang dans les vaisseaux lymphatiques à la suite d’une extravasation sanguine, c’est qu’il y avait pénétré par suite d’une déchirure. Il est, en général, extrêmement rare de voir les vaisseaux lymphatiques situés dans le voisinage d’un abcès remplis de pus (2). Ce n’est que dans certaines circonstances particulières qu’on rencontre du pus dans les lymphatiques : ces circonstances sont également celles où l’on trouve du pus dans les veines. Or, ces cas n’ont lieu que lorsque l’inflammation d’une partie quelconque se propage à l’intérieur des vaisseaux sanguins ou lymphatiques. Ici, le pus s’engendre à la surface interne des vaisseaux. Dans les gros troncs veineux on reconnaît évidemment que c’est l’inflammation qui est la cause de la présence du pus , à la présence d’exsudations et de fausses membranes à l’intérieur des vaisseaux.

Magendie rapporte le cas suivant qui a été observé par Dupuytren : une Femme qui portait une tumeur très volumineuse et fluctuante au côté interne de la cuisse mourut à l’Hôtel- Dieu. Peu de jours avant sa mort, l’inflammation s’élait emparée du tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse. A. l’autopsie, en divisant la peau qui recouvrait la tumeur, Dupuytren aperçut entre les lèvres de l’incision quelques points blancs, et il reconnut dans le tissu cellulaire sous-cutané des lignes blanches qui étaient formées par des vaisseaux lymphatiques pleins de pus. Les glandes inguinales étaient également remplies de matière purulente; mais on n’en put trouver aucune trace dans les glandes lombaires, non plus que dans le canal thoracique. Magendie mentionne encore un autre cas qui se présenta aussi à l’Hôtel-Dieu. A la suite d’une fracture compliquée il se développa un large abcès, et l’on découvrit du pus dans les veines et dans les vaisseaux lymphatiques qui venaient de la partie malade (3).

Dans la métrite, l’inflammation se propage quelquefois simultanément aux vaisseaux lymphatiques et veineux (4). On doit ranger ici les cas de phlegmasie des veines, qui s’observent assez souvent à la suite des amputations, lorsque le moignon est enflammé. Le pus, qui se produit alors dans les veines, agit comme une matière m état de décomposition, excite de nouvelles inflammations et, par conséquent, détermine la formation de nouveaux abcès dans d’autres parties. C’est ce qu’on '•emarque assez fréquemment à la suite de grandes suppurations, et lorsque les surfaces amputées viennent à suppurer. Dans ce cas, par exemple, il n’est pas rare de trouver de nombreux abcès disséminés dans le foie, les poumons , les n- '\scles , ou dans un organe quelconque. Ce pus n’a donc nullement été absorbe.

Je tiens pour absolument impossible que les globules de pus contenus dans le sang soient éliminés par les reins. Quant aux éléments du pus qui sont à l’état de dissolution, ils peuvent être absorbés et éliminés. Lorsque, à la suite de la suppuration d’une partie, on voit réellement le rein livrer tout-à-coup passage

(l) Tiedemann und Gmkun, Die Verdauung nach Versuchen, u, 40. — (2) Anuual, dans Meckel’s Archiv., vin, 227. — (5) Magendie, Précis de Physiologie, t. n, p. 218. — (4) Voyez CnuvEiLHiEK, Anal, pathol., livrais. 15, pl. 2.

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à des globules purulents, il faut nécessairement admettre que, dans ce cas, le pus s’est frayé une voie jusque dans le système circulatoire, et a provoqué ainsi l’inflammation des reins et la suppuration de ces organes. Mais il arrive souvent qu’un sédiment urinaire, examiné à la légère, est pris pour une sécrétion métastatique purulente.

S 201. — La graisse qui est contenue dans le chyle et qui le rend plus ou moins trouble, suivant la quantité d’aliments qu’on a prise, ne peut pas être regardée comme une matière solide ; elle est fluide et dans un état d’extrême division. Mais comment pénètre-t-elle dans les vaisseaux chylifères? c’est ce que nous ignorons encore.

S 202. — L’absorption par les lymphatiques de substances étrangères dissoutes ne saurait être contestée ; mais elle s’opère beaucoup plus lentement que lorsque ces mêmes substances pénètrent dans le sang.

Hunter avait prétendu que de l’eau colorée injectée dans la cavité intestinale se retrouvait bientôt dans les vaisseaux lymphatiques. Flandrin a répété, mais sans succès, cette expérience sur des Chevaux; Magendie affirme avoir fait, avec Dupuytren, cette expérience plus de cent cinquante fois, et n’avoir jamais trouvé dans les vaisseaux lymphatiques aucune des substances absorbées. D’un autre côté, Meyer et Schrœder van der Kolk ont vu les lymphatiques du canal intestinal absorber évidemment , quoique avec lenteur , certaines substances introduites dans la cavité digestive.

Les membres de l’Académie de Philadelphie, ainsi que Lawrence et Coates, ont constaté que le prussiate de potasse était absorbé par les vaisseaux lymphatiques. Mais , d’après les expériences de l’Académie , les matières colorantes végétales n’étaient pas absorbées. Halle et d’autres physiologistes, après avoir introduit des substances colorantes dans le tube intestinal, ne purent les découvrir dans le canal thoracique, quoiqu’elles eussent évidemment pénétré dans le sang et dans le système circulatoire. Cette question a été également l’objet des recherches de Tiedemann et Gmelin (1). Dans les nombreuses expériences faites par ces auteurs, les matières colorantes sont les seules sublances étrangères qui, introduites dans l’intestin, ne sont pas absorbées par les vaisseaux lymphatiques, quoiqu’on les retrouve plus tard dans le sang et dans l’urine. Les sels sont les seules substances étrangères qu’ils aient pu découvrir dans le chyle , et cela encore fort rarement. Ainsi , sur un grand nombre d’expériences ils ne trouvèrent qu’une seule fois un peu de fer dans le chyle d’un Cheval à qui ils avaient donné du sulfate de fer. En outre, ils découvrirent une fois du prussiate de potasse dans le chyle d'un Chien, et une autre fois du sulfocyanale de potasse dans le chyle d’un Chien également. A ces observations j’en ajouterai une que j’ai faite sur une Grenouille. Je plongeai les extrémités postérieures d’une Grenouille presque jusqu’à l’anus dans un vase contenant une dissolution de prussiate de potasse. Je tins 1 animal pendant deux heures dans cette position, puis je le lavai avec soin. Enfin, après avoir séché les membres postérieurs, je receuillis, d’une part, la lymphe que je trouvai sous la peau, et, d’autre part, le sérum du sang de la Grenouille. Cela fait, je traitai ces deux liquides par un sursel de fer, afin de découvrir s’il y avait eu absorption par les vaisseaux lymphatiques. La lymphe prit immédiatement une couleur bleue très belle, tandis que la coloration naturelle du sérum du sang fut à peine affectée par le réactif. Dans une seconde expérience où je ne laissai la Grenouille qu’une heure dans la dissolution, je ne pus découvrir le sel de fer dans la lymphe.

(\) Versuche über die Wege, auf welchen Stoffe vom Magen und Darmcanal ins Blut gelangen Heidelberg, 1820.

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