PROPRIÉTÉS ET FONCTÏOINS DU SYSTÈME NERVEUÏ EN GÉNÉRAL
reconnaître, par la suite, que plusieurs conclusions relatives aux foncliom de cet organe, et rigoureusement déduites d'expériences décisives sur les animaux, ne semblent pas toujours applicables ù l'homme qui a le cerv le plus parfait : mais, pour s'expliquer ces difrérences et ce désaccoi peut-être seulement apparent, entre les révélations de la physiologie ex| rimentîile et celles de b piithologie hmiiaine» on nVaibliera pas qur, les expériences où la lésion est brusque, limitée à un organe, et la p' sion fonctionnelle immédiate, les conditions ne sont plus les mêmes que dans les lésions pathologiques; qu'il existe de plus, chez rhomme, entre Ici diverses parties encéphaliques, une solidarité et un consensus beaucoup plus étroits que chez les animaux : d'oti il résulte que le plus ordinaire» ment une de ces parties ne saurait Hvn altérée sans que les fonctioDs autres en éprouvent bientAt des atteintes fâcheuses*
Par conséquent, en admettant que Tencéphale soit un grand tout composé d*u ne foule de parties dont chacune accomplirait nn acte spécial, OD comprendra qu*aux yeux des plus sages observateurs la pathologie n*ail réellement fourni que des arguments peu plausibles en faveur des locali tions cérébrales, même les plus larges, proposées jusqu'à présent. Si^ tenant compte que des faits favorables à une hypothèse, et négligeant qui lui sont opposés, quelques esprits moins exacts ont pensé autremei on pourra encore s'expliquer ces dissidences en se rappelant que la pa logie cérébrale est si riche de faits qu'elle n'en refuse à aucun syMèi tout ce qu'on veut y voir fm Vy trouve, tout ce qu'on lui demande elle donne; suivant la manière dont on l'interroge, elle conduit à l'erreur, doute ou à la vérité.
Dans un pareil état de choses, efTo ratons-nous néanmoins de rechercher les éléments que peuvent apporter à la solution du problème import dont il s'agit les expériences sur les animaux; et sachons profiler des a tages que, chez eux, une snlidarité m*jindre des parties encéphaliques eth" tre elles odVe à nos invesligations, en n'oubliant pas qu'en effet certaii résultats ne devront Ôtre appliqués à l'honime luï-môrae qu'avec ui extrême réserve.
Mais, avant de tenter des expériences sur l'encéphale des animan vivants, il importe, pour obtenir des résultais comparables, d'être bien Ôi sur les parties de la masse encéphalique qui| dans les diverses classes i vertébrés, se correspondent et remplissent tles fonctions analogues*
Quelques considérations anatomiques, d ailleurs très-succinctes et ayant trait seulement à des points litigieux do la comparaison de l'encéphale d^ vertébrés, nous paraissent donc devoir précéder ici nos recherches phjsti logiques.
Les loàes cérébraux (cerveau proprement dit), le cervelet^ les tubereui quad ri jumeaux ou bijumcmu^ la moelle allongée, telles sont les parties fon-^ dameutales qui, diver>iriéesdans leur forme, leur volume relatif, leurdivi* sion« et même lenr structure intime, constituent rcncépbalc des animaui supérieurs.
SIÈGE DELA8E1I8IB., DE LA MOTRICITÉ ET DE l/lflTELLIG. DANS LE 8TST. NERV. 1 SO
Lobes cérébraux. — Chez les poissons, les lobes cérébraux, tout à fait rudimentaires, ont été Tobjet de discussions relatives à leur détermination et mêaie à leur existence; et encore aujourd'hui, les anatomistes sont loin d'être d'accord sur la portion de Tencéphale qu'on doit considérer, dans cctlë classe, comme le cerveau proprement dit.
D'après Tiedemann (1), les éminences pleines et solides que Ton rencontre immédiatement au-devant des lobes optiques (tubercules quadrijumeaux des mammifères) chez les poissons osseux, seraient les analogues des corps striés, et non des lobes cérébraux, dont le premier rudiment ne commencerait à paraître que chez les poissons cartilagineux. Arsaky (2) veut^ au contraire, que les précédentes éminences correspondent au cerveau proprement dit des mammifères : son opinion est partagée par Serres (3}, et par Carus (4), qui appelle ces éminences première masse cérébrale. Enfin, selon d'autres anatomistes, on devrait appeler lobes ou hémisphères cérébraux, chez les poissons, les renflements ganglionnaires situés au-devant du cervelet, renflements que l'on à désignés depuis sous le nom de lobes optiques.
Pour des raisons anatomiques que nous avons développées dans un autre ouvrage {ouvr. ciV.), nous croyons devoir adopter la détermination d'Arsaky, et assimiler aux lobes cérébraux des animaux plus élevés les ganglions situés immédiatement au devant des lobes dits optiques, en faisant d'ailleurs abstraction des lobes olfactifs qui sont placés à la partie tout à fait antérieure delà masse encéphalique.
Chez les reptiles^ la détermination des lobes cérébraux, lobes qui déjà l'emportent en volume sur les autres ganglions encéphaliques, ne saurait laisser aucun doute : dans leur cavité intérieure existe un renflement fort analogue à ce qu'on nomme corps strié dans le cerveau des mammifères.
De Blainville (5) regarde les lobes cérébraux des oiseaux comme constitués par les corps striés, et de plus par une partie correspondant aux circonvolutions qui existent, chez quelques mammifères, au fond de la scissure de.Sylvius, et qui sont désignées sous le nom d'insula de Reil. Pour de Blainville, ces lobes ne sont donc point les analogues de toute la masse hémisphérique de Thomme ou des mammifères supérieurs, et ce physiologiste célèbre s'explique de la sorte certaines diflërences dans les résultats obtenus de la mutilation comparée de ces organes chez les oiseaux et chez les mammifères.
Cervelet. «^ Dans la plupart des poissons, le cervelet est celui des ganglions encéphaliques le plus facile à reconnaître : il est situé immédiatement derrière les lobes optiques. Toutefois, dans certaines espèces, on
(1) TimniAim, Anaiomie du cerDeau^ trad. de Jourdan, p. 240.
(2) AftSAKY, Depùcium cerebroet medulla spinaii. Halle, 1813.
(3) Serres, Anai, comp, du ceriK, etc. Paris, 1827, t. II, p. 516 et suiv.
(4) Carus, Anai, comp., trad. franc., t. F, p. 67. — Carus range les lobes olfactifs dans la première masse céréhrale,
(5) De BLàllfVlLi^, Leçons orales.
i/iO PROPKlÊrÉ:S et FO!SCriO?<S du SYSriiME NKRVIiUX EN GÊNÉBAU
renconUç iluus sou v<ïbinagi* liVuiLrcs reiillenieuts avec lesquels il fauilr bien se garder de ie confondre/ C'est aiosi que dans la c*irpe, le mi»g par exemple, on aperçoit, au-iiessûtis et en arnère du L'prvelcl, un scco ganglion ioipairavoisirié par deux renflenienl.s lu t erau x déclinées à rorigtl des nerfs braneliîaux, et assirDilcî» à tort par quelques analonuhles aiu hémisphères eérébcUcux des mammifère*^; que, chez la torpille, il existe! Yolnminçux gaDgliou {hhv êlectfifpie i]e Maltcucci) en relation avec les ne qui se dislrihuenl h Tappareiî éleelrique; que, dans les trigles, on voit derrière le cervelet autant de reoflenieots fîtobuleux et grisâtres que de doij libres au devant de leur nageoire humérale.
Chez certains reptile», tels que le crapaud, la grenouille, le lézard, h salamandre terrestre, la couleuvre, le menobranchus, Tamphisbène, elc*, le cervelet est tellement rudioienlaire que son existence a pu ôtre révoquée en doute; mais il existe réellemeul, et consiste en une simple band lette médullaire située en travers du qualrième ventricule. Si* au conlrair le cervelet form^*^ chez la tortue et le crocodile, une masse globuleu égale et même supérieure en volume à Tun des lobes optiques, il (m preudre garde d*en ûiire dépendre d'autres ganglions qui, selon Garns(t sont situés au-dessous de lui, des deux côtés du quatrième ventricule cl rorigine du nerf acoustique.
Le cervelet des oiseaux ne paraît correspondre qu*au lobe médian cervelet des mammifères et manque de vraies masses latérales; il est scÉ t lement pourvu quelquefois de deux petits appendices latéraux, i\vjh \\i [blés chez les squales et les crocodiles, et qui doivent être assimilés au [lobes des nerfs pneumogastriques ou touffes de Reil^ et non auxbémispb [tes cérébulleux des mammifères. Sa communication avec la partie sup Heure de la moelle a lieu par deux ordres de libres : les unes^ sVnfonça transversalement dans la substance grise de cette partie, y forment ad commissure dilfuse dont le pont de Varolc n'est qu*un développement; 1 autres viennent directemeut des faisceaux médullaires.
Quant au cervelet des mammifères^ il diffère de celui des poissons, reptiles et des oiseaux, en ce que, outre les petits appendices latéral^ (touffes lamineuses de tieil), et le lobe médian, il présente deox œass latérales dont le volume et les subdivisions en lamelles s'accroissent ii i sure qu'on se rapproche davantage de rhomme. Les acquisitions que ^cervelet a faites, dans la classe des mammifères, se rattachent d*une nîére intime à lapparition du pont de Varole, qui n'existait point dans \é classes précédentes (si ce n*est à rélat rudimenLiire chez les oiseaux)» i qu'on doit regarder comme une commissure inférieure des hémisphèr dti cervelet.
Tvèercmleêqundnjumeauu, i^ijumeatu\ ot ' ' agites. — L'homu
de tims les animaux vertébn^s celui qui pt ^ tubercules qu
ineâQx h leur niininuim de développement relatif^ de sorte qu'on peut
lij €419», 4i»«/t oow/»., ifid. ffittç. Hfu^ laas, I I, p. ei.
51ÉOE DEUSI!!«Stn*,DE l\ ?tfOTlUCITÊ ET DEL^i«TËtLIG, IMNS Li: SVSl\ÏVKllV. l/il
«vaDcer que le volume tle ces émiociices est en raison inverse de celui du cenreau et du cervelet.
détermination des Juhercules qnadrijunieaux (lobew aiUiques), dans ïMjîow*. offre des difllcultés assez grandes jiour que ropinion desaiia- Riles ail singuîièreraent varié à ce sujet. Au-devant du cervelet on rendent éminences lisses, )u;lobuîeuses nu ovalaires, qui varient selon en, et qui sont séparées l'une de Tautre par un sillon longitudinal. [Coltîns(t), Alexandre Monro (2), Camper (3), Ebel (h), Cuvicr(5), etc., les prises potn' les hémisphères cérébraux; Hallci'{6) et Vicq d'Azyr (7), les couches optiques. Scarpa (H) appelle ces éminences tauttit /w/^*»/'tuia majora cerebri, tantôt rorpom ou ttUterruin oUvûria^ et ne s'explique pas sur leur nature. Arsaky (9) les nonanic tnhercuia optica, tout en les considémnl comme les analogues des tubercules quadrijumeaux. Cette dernière opinion est adoptée par Canis (!0) et parTiedemann (11).
Les éminences dont il s*agit ne sont point les hémisphères du cerveari ; ceux-ci, sont placés plus eu avant. On ne saurait non plus voir en elles les cotiches optiques, aïtendu que ces couches n'ollVeuL jamais de cavité dans leur intérieur. Les éminences qui nous occupent renferment au contraire, le plus souvent» une ca^Tlé spacieuse, dans laquelle on trouve plusieurs ganglions assimilas à lorl aux véritables tubercules quadrijumeaux : cette cavité eatiste aussi dans les mammifères, aux premiers temps de la vie fœtale. Étant situées au devant du cervelet» elles ressemblent parfaitement, sous te rapport, aux tubercules quadrijumeaux des autres vertébrés: d'ailleurs elles naissent aussi sur le prolongement de ces cordons de la moelle qnî ^'incurvent de dehors en detlaus, au devant du cervelet, et interceptent d'abord un espace communiquant avec le prolon^^emont antérieur du quatrième ventricule. Composées de substance blanche et de substance grise, elles Boni d'autant plus volumineuses, que les nerfs optiques et les yeux offrent un volume plus considérable. A Tétat frais, on peut suivre, sur leur partie iutej'ueet supérieure» une des racines du nerf optique, et, à leur partie interne et inférieure, une seconde racine du même nerf. En rapport de volume avec les yeux, elles sont inégalement développées chez les |>leuronectes qui ont les organes visuels d'inégal volume (Unttsche) (12). Danç la classe des refdîlm^ situés entre le cervelet et les lobes cérébraux,
II) CùUAn^i System of Auntomy y eit, Londres, 15«5, t. 11. (2) UoNBO* The Struct. and Phjsiol, of Fishcf, Edimïjourg^ 178:*.
\i) CLiMPCR, tomes I cl H de ses Opmcid^i, — Et Mém. de fAatd, des sciences, Savants ttrm^eit^ t. V|, p. 1774.
(4) Ebel, Oh\a*i\ nnuo/ofj ^ lah, 2j It, Ù. (5)CiJVJfe:a, Lirons d'nnnt, vomiK Paris, an VUI, l. II, p. 166,
(6) H ALLIER, Optera wrViom, U Ul, p. 198.
(7) V CO 1>'AZ\R, Ment, de fAmd. des £cif;Ncef,S*iv. éifunfj., I. VU, 1777,
(8) SCKH^K^ Anttt, dutquis , de u uddu et olfn et u . Pa v ie , 1789.
i^} AR5AKY, Disirfrf. de piscittmt^rreftt'o et mL^dufin spinaii, p. 23. Halle* 1813. (10) Cahiis. Anat,e<tmp.^ Irnd. d^ Jciuid--ni, Paris, 18;î5, t, I, p. 69. iHj TiKTitiîiAîcfi, mrr.'fle, p. 20 i.
(12) ItoTTsciie. Vftrglncht*itdt' Annimnifi des Oekirni der Orœlenfiicfte {AfJav fur Auuhrme^ de, vuii J. MiîLLKR* Berlin, 183:»),