POISSONS ÉLECTRIQUES
fcctionnements, faire bientôt la lumière sur une question qui, surtout depuis une vingtaine d'années, a eu le privilège d'occuper et de passionner tapi d'habiles investigateurs! — Toujours est-il que, dans l'état présent de la science, rien n'autorise à proclamer, comme le font quelques auteurs, Tidentité des actions nerveuses et des actions électriques.
La détermination de la vitesse de propagation de Vagent nervevju, qui nous occupera tout à l'heure, est venue fournir un des arguments Ice plus puissants contre cette hypothèse que physiciens et physiologistes tendent de plus en plus à regarder comme vaine et surannée.
IIK — VoûfOBt éleetriqwee. — La faculté singulière que possèdent les poiuont électriques (*) a paru, à une certaine époque, constituer un argument en faveur de l'intervention de l'électricité dans les phénomènes de l'innervation, et alors on n'hésitait pas à affirmer que ce qui est seulement à l'état rudimentaire, chez l'homme par exemple, existe exceptionnellement k un haut degré de développement chez ces animaux.
Plusieurs preuves décèlent, à la vérité, la nature électrique des curieux phénomènes que ces poissons présentent : ainsi les corps non conducteursj tels que le verre, le bois sec^ les résines, interceptent l'action, tandis que la main, firmée d'un morceau de métal, est frappée avec plus d'énergie que si ^ile était nue. Walsh (1), Ingenbousz (2), Fahie^berg (3), Faraday (&), sont parvenus, sur le gymnote électrique^ à produire une ctiucelle en interrompant le circuit par lequel le courant éUjt qbligé de passer. Matteucci, imité ps^r Linari (5), en faisant usage d^ l'appareil extracourant de Faraday, a aussi obtenu l'étincelle dans la décharge de la torpille. On a encore obtenu, avec cette électricité animale, la déviation de Vaignille aimantée dans le galvanomètre, une élévation de température dans les fils conjonctifs, l'aimantation de barreaux d'acier, et enfin des décompositions chimiques.
Mais avant de se hÀter d'attribuer, avec des modifications de quantité, iDX autres animaux le fluide reconnu chez les poissons électriques, on au-
(*) Les poissoni, chez lesquels la vertu électrique est aujourd'hui reconnue^ sont : les Tor^ feâo narhe, T, unimaculata, T. marmorata, T. Galvanii ; le Tetrodort elcctncwt, le Siiurus Heeiriau et le Gymnoius eleciricus. Sans parler du Trichiut^ indien et du RhinoMû de Mârcgrave, auxquels on a attribué la même propriété sans preuves suflisuntos^ il est probable que, parmi les nombreuses variétés de torpilles qui se trouvent dans les mers équatoriales, il en est encore quelques-unes douées île la puissance électrique, et que le Gymnoius elrctricus Q'cift pas le seul de son espèce qui en jouisse.
Lei poissons du genre des Raies (Raia, Cuv.) possèdent aussi un pouvoir électrique (a) : e« effet. Us donnent des décharges qui ne sont pas, il est vrai, sensibles à la main, mais que ToB peut démontrer nettement à l'aide du gaUanomctrc ou de pattes galvanoScopiques de grc-
(1) W4L8I, Transactiofis de ta Société royale de Londres^ année 1773, t. LllU.
(2) IHGERHOIISZ, Nouv, expér. et obset^v, sur divers stj{/eis de phys. Paris, 1785.
(3) Fahuoibeic Vetansk, Acad, nya Flandliny, 1801, t. II, p. 122.
(4) FabaDAT, PhUos. Trans,, 1829, p. 1.
(5) LuiABly Ann, des se, nul,, 2^ sér.,Zuol.» t. VIU, p. 105.
(«) i.H. KiiMii, Mémoirt nur la dânomtnitwn espérimentak de la ^roductivn d'tU-ctricttr par un g^fardl propre tKt fniêMmê 4a» ytnfv ér* BaitH {Compt. rend, de l'Acad. de* «c. dv PnriSj 24 juillet ut 7 arril 1865). ->- Kattcilc i, Jhid., ta ot-Uibnï 1865.
2M PKOmiETiLS Ll FONCTIONS DU SYSltMli NtlUEUV LN GÉNÉRAL.
rait dCi au moins remarquer d'abord que, pour produire des effeU réelbmenl électriques^ ces poissons étaient munis d'organes ou d'appareib tocl à fait spéciaux. D'ailleurs, des travaux réeents démontrent, avec la dçf- , Bière ùvidence, que i'électricité est produite» daiis ce$ appai^ils etix sous riûfluence inniiédiate du système nerveux, il est vrai, mais que ce dcfnier n'engendre el ne conduit aucun courant électrique. Ici TinQuenc^dii système nerveux sur ces organes semble être d'un ordre analogue* à efBf qu'il exerce sur la contraction musculaire; seulement il est tout au possible de dire aujourd'lnn quel rapport unit la production de Vr cité à rintlux nerveux, que de saisir la relation qui existe entre celu. la contraction instantanée d'un muscle.
Galvani et Spallanzani avaient observé qu'en coupant les nerfs de Vvxk des organesj, la décharge cesse de ce cÔlé» tandis qu'elle diminue du cMë opposé; mais Matteucci {1} a reconim que, pour empc^clier la décharge, il n'était pas nécessaire de couper les nerfs, qu*il suffisait de les lier: Or chacun sait qu'une simple ligature ne peut arrêter que l'influx nerveux, eln« saurait apporter, en pareil cas, aucun obstaclii à la prupagation du " électrique, si réellement celui-ci partait de Tencéphale pour parcou;.: u nerfs, et se manifester au dehors à la surface des organes électrique», — Rappelons encore qu*à Paide du galvanomètre. Matteucci (2) n*a jaaa^> pu obtenir des signes distincts de courant dérivé, en expérimentaoi sur les nerfs qui se distribuent à ces derniers organes.
Les expériences de Matteucci (5), sur rencéphale de la torpille, Miftt dignes d'intérêt. Les premiers lobes céi^ébraux peuvent être irrités, coupiit détruits tout à fait, sans que la décharge cesse d'avoir lieti. Les lobes qui suivent les premiers donnent lieu, lorsqu'on les louche et qu'on les ht à de fartes contractions musculaires, et quelquefois même, si ranini.' très-vivant, k des décharges électriques ; pourtant on peut les couper sa» arrêter la décharge. Le troisième lobe peut iMi e irrité, blessé, enlevé tout à fait, sans contraction, et sans que la décharge électrique cesse encurf. Le dernier lobe du cerveau {hÂe ékctrique), que Matteucci regarde contme un rcnlleraent de la moelle allongée de l:î<]uelle partent les nerfs qui vcmt à l'organe, est la seule partie de rencéphale qu'on ne puisse loucher sa*i> avoir de très-fortes décharges électriques. Celle-là détruite, toute déciuf{« devient in*possîble, quand même on laisse le reste de la masse eficêpbi* lique intact.
Précédemment (p. 107), en étudiant la structure des éléraeats ntïneuit nous avons indiqué le nmie de feimtmatson des net^fs dans Yorgane él€rtnr gèw de divers poissons électriques. Bornons-nous à rappeler ici quc^ Miî. vaut certains obscivatcurs, les nerfs s'y ternùuenl par un réseau très-flnet trés-délical, et que, suivant d'autres, ils constituent des pinceaux kenUémités libres et effilées,
(i) MATTEriXK Traité fkjf pftênofn^ élettro-f^hysioL ^rhf 1844, p, 168,
(2) Matteucci, ouvt\ eUé^ p. 150.
{S) MArrEiscci, Ann, dfi *c. n«^, ZmjL^ 2* iérie, U VI U, p, 216.