‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 52 sur 92 · PHÉNOMÈNES ÏNTELLKCTUELS, INSTINCTIFS ET AFFECTIFS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES ÏNTELLKCTUELS, INSTINCTIFS ET AFFECTIFS

Nous avons consacré d'assez nombreuses pages a la détermiaaliuri ilr ^ rapports du système nerveux avec rinteilif^ence, les sentiments et lo instincts; quant à Tétude de ces phénomènes considérés en eiur-mémes, elle ne va nous arrêter qu'un instanl,

Cette élude, il est vrai, est plus particulièrement du ressort de la psycïîO*j logie; mais le physiologiste-médecin qui à certains égards y est si bien pr^ paré, ne saurait y rester tout à fait étranger. « Il n'appartient, dit Dideroi qu'à celui qui a pratiqué ta médecine d'écrire de la métaphysique. Lui setAj a vu les phénomènes, la machine traiiquiile ou furieuse; faible ou vigou reuse; saine ou brisée; délirante ou réglée; imbécile, éclairée, stiipid bruyante, muette, léthargique; vivante ou morte, » Et» en elfet, combie de ntatérianx précieux p(*ur leurs rtuvrages, Aristote, Descartes, Buflbn Cuvier, etc , ces grandes lumières des siècles scientifiques, ne puisèrent*^ ils pas dans la médecine, science dont les anciens attribuaient roriginel' la Divinité- Aussi a-l-elle été considérée comme rexpression entière de rétude de rhomme, et c'était surtout au médtH;in que s'adressait ce pr cepte inscrit sur le fronton du temple de Delphes : T^tùBt trtavrw.

(Juoiqu*on trouve dans Arislole prescjue tous les éléments de la psychollK gie, traités le plus souvent avec la profondeur |>arliculiére k ce grand génie, Locke est regardé comme le viai fondateur de cette science : sou ifiMi 9Ur r entend cmeni inmiain est consacré à déterminer la nature de no* connaissances, leur origine, leur étendue et leurs limites.

Dans l'éLudc de la psychologie li^urent deux méthodes d'une tmpor telle, que, dans l'adoption de Fune ou de Tautre, se trouve presque mutée une opinion sui- la nature de Thomme et sur les questions qui s^ rapportent : nous voulons parler des deux systèmes de rexpérience et de ! faîson, qui divisent les philosophes en empiriques et en rationalistes. Tantiquité, Thaïes est regardé comme le fondateur de Tempirisme, Pyltiagore du rationalisme. Sans adopter exclusivement Tun ou Tantl ag^atème, Arislote penche vers celui de Texpérience; Platon, vers cehu \ la raison. On lit dans Aristote{1) ; • les vérités rationnelles* 1

(1) AnîSToTE, PaifHiolùgie, Irad. fninç. par Barth^.leiiy Saiht-Uilaire.

PHÉNOIlfeNES INTELLEf.TUELS, INSTINCTIFS ET AFFECTIFS,

raisonnement, les vérités premières, les principes, ne se prouvent pas; ils intrainenl iramétïiatemenl notre assentiment, notre foi; il ne faut pas chercher leurs fondements, ils reposent snr eux-mêmes* n — Chez les modernes, )escarles et son éeole professent !c ralionalisnie. Bacon doit être regardé bomme le fondateur de la philosophie exptirimentale qu'il appliquaà toutes es sciences. Pour loi Texpérience et la raison sont les deux fondements lûlides de toute science ; « On peut tout espérer, dit-il, de leur étroite illîancc qui n*a pas été encore assez formée, et leur désolant divorce a jusqo'ici tout trouhïé. h Bacon a été aussi, sans le savoir, le fondateur de l'école jiensualiste défendue» à des points de voe divers^ par Gassendi, Hobbes Malmcshury, Locke, etc. Celui-ci a distingué deux sortes d'expérience : la sensation qui a pour objet le monde extérieur, et ht réflexion qui a pour objet le.s opérations de Fesprit* a Tout se borne, dit J. Simon (1), à obtenir lîirectement des idées expérimentales et à les combiner ensuite de diverses façons... Avec ces prémisses^ Locke devait aboutir au nominal îsnie, mi matérialisme. Il s'est abstenu de prononcer et a fait un appel a la révélaïon* Ses disciples ont répondu pour lui; plusieurs sont allés jusqu'au bout ie ses principes. » — L'école de Locke compte Condillac, Cb. Bonnet, d'Alembert, Condorcet, Helvetius, La Mettrie, Cabanis, etc.

Pour l'école sensualiste, tout se réduit à un seul terme, sejîiù\ et toutes é?. opérations intellectuellefe ne sont^ d'après Condillac, que la sensation fans formée diversement* Ce philosophe partage l'intelligence en entendeet en volonté; d'autres admettent un troisième mode, la *eJîsrMf/«*'. eux, toutes les Iransformalions de la pensée, tous les sentiments, !s les passions, appartiennent ou à la sensibilité, ou k rinlelligenccj m h la volonté.

Une seule remarque sur cette classiGcation ; la sensibilité ne semble ici

bien comprise ni bien définie. Elle est^ dit-on, la capacité d'éprouver bule espèce de sensations et de sentiments : la peine et le plaisir sont, ivec leurs degrés variables, le fond de cette faculté, d*0Li dérivent l'amour, c désir^ respérance, le regret, laversion, la terreur^ ainsi que les senti- EDentSj instincts, appétits, penchants, etCt — Pour le physiologiste^ la

Dsibilité est la focullé de sentir; elle comprend les impressions venues lar les organes des sens et par les nerfs qui leur sont annexés.

Il serait aussi peu rationnel d'attribuer les instincts et les passions à la lendîbîlité, que de faire provenir la liberté humaine de la sensation. Ces |»hénomènes, entièrement indépendants les uns des autres, n'ont entre eux

connexion ni rapport*

La faculté de penser et de former des idées prend le nom é'entmdement pu d'tniellHjence» Une de ses opérations fbndanientîiles est la sensaiion qui flle*niômc est la réunion en un seul fait de trois faits élémentaires ; Timpression, la transmission et la perception. La sensaiion perçue et transformée prend le nom tVidée. Nous ne connaissons les qualités des corps que

(1) lutËS SJMOfi, Manuel de philosophie ^ p. 033.

ItUffîJll

PHÉNOMËNl-S mrELLE*CTîrELS, iNStlNCTlFS ET AFFËCTÎt^,

par les sens et rexpériciice, et c'est -ivec celle signiflcalion qa*il tuui artiTieltre raxiomc : Nihil çsi in în(ellecit4 ffjod non prihs fiterit in sensu. La vue, le toucher et Fouïe sont les trois sources abondiinles de nos seosatiotu el] de nos idées; le goùL et l'odorat apprennent peo à rintelligencc.

Dès que ia sensation est perçue, intenienl Valtention. Sans celte dernière, les itïécs seraient comme les images fantastiques qui dispar d'un miroir aussitôt que s'éloigne le corps qui y était représenté.' lention iixe l'image du corps senti dans le cerveau, et la percepUoti com* [dète ou la trcUislurmation en idée a liea Dès lors, commence la rn^moirt^ qui réfléchit et conserve les accidents, les formes cl les modification» de I I>4?nséei en l'absence des sens et loin de Timpression des agents rieurs, elle se représente celle succession d'idées et d'images déjà en*" nouies; elle les reproduit telles que le cerveau les sentit et que ïa con*^ science les perçut*

Pourquoi la mémoire occupe-t-elle si peu de place dans les ouv récents de psychologie^ Esl-cc impossibilité d*en expliquer le mécamoiel 11 y a deux mille ans, Arislotc consacra h l'élude de cette faculté un Iraili rempli de vues profondes et ingénieuses, qui est encore aujourd'hui l'ouvrage le plus complet sur cette matière. Descaries, Locke, Malebranche, Coudillac, Spinosa, Reid^ Dugald-Slewart, ont à peine fixe leur atteiUioQ sur la mémoire, ou bien ont emprunté au philosophe grec la plupart de ses opinions.

Aristote (1) se pose d'abord ces questions : Qu'esL-ce que la niémoirel Qu*est-ce que le souvenir? Quelle est la cause de ces phénomènes? A q«€ partie de IVunc se rapportent la faculté de la mémoire cl l'acte qui slitue le souvenir ou la réminiscence? u On ne peut se rappeler l'avenii) dit Aristote; l'avenir ne peut être l'objet que de nos conjectures et de i espérances, La mémoire ne s'applique pas davantage au présent, c'etf^ H*objet de la sensation; elle ne concerne que le passé et s'accompagne , toujours de la notion du temps. Parmi les animaux, ceux qui ont la per* ccption du temps ont seuls de la mémoire, m II est certain que la oolkn du temps se mêle souvent aux phénomènes de la mémoire, mais elle n'en est pas inséparable : la notion du temps est très^confusc chez les efifants et les animaux en sont peut-être complètement dépourvus.

(( La mémoire^ ajoute le philosophe grec, appartient à la partie de Pànie de laquelle relève encore rimaginalion. L'impression qui se prodti par suite de la sensation, dans râoie et dans celte partie du corps qui pu duit la setisation» est analogue à une espèce de peinture; la perception i cette sensation conslitue précisément ce qu'on appelle la mémoire. Le moo* vemcnt, qui se passe alors, est empreint dans l'esprit comme une sorte <^^ type de la sensation, analogue au cachet qu'on imprime sur la cire aveci^l anneau. Les enfants et les pei'sonnes trop vives ont peu de mémoire, parce quVils sont dans im grand mouvement, comme si le cachet était appliqué sur une eau courante. Chez les vieillards et les gens trop lents, la dureté

(l) Ari^TOU, Psychologie^ itdà* de BjUiTifÉLEiiî SAUvr-MlLAtRC

î de i

MÊiKMffciiES nrriLLBGTUELs, iNSTiNGTin ET Amciin. 623

même de la partie qui reçoit l'impression empêche que l'image n'y laisse la moindre trace. »

Aristote s'attache aussi à distinguer la mémoire de la réminiscence. Il n'assigne pas à ce mot la même signification que Platon. Celui-ci disait que savoir, c'est se ressouvenir ; selon Aristote, la réminiscence est l'eiTort de l'esprit pour réunir les fragments d'un souvenir incomplet. «Il y a des choses^ dit-il, qu'on peut apprendre deux fois ; mais la réminiscence n'est pas le second apprentissage. Se souvenir par réminiscence, c'est posséder dans son esprit la faculté motrice assez forte pour tirer de soi-môme et des monvements que l'on a en soi le mouvement môme qu'on cherche. » Beaucoup d'animaux, suivant ce philosophe, ont de la mémoire^ tandis que, parmi tous les animaux connus, la réminiscence n'appartient qu'à l 'homme ; la cause de ce privilège, c'est que la réminiscence est une sorte de raisonnement. L'une est une faculté qui dépend en partie du corps, l'autre est me sorte de recherche que fait l'esprit dans l'image que le corps lui a transmise.

Pour trouver quelques notions nouvelles sur la mémoire, il faut arriver i Descartes. Comme Aristote, il pense que cette faculté provient de vestiges qne laissent en nous les impressions des sens ou les modifications de la pensée : « Je crois, dit Descartes, que la mémoire des choses matérielles dépend des vestiges qui demeurent dans le cerveau, après que quelque image y a été imprimée ; et que celle des choses intellectuelles dépend de quelques autres vestiges qui demeurent en la pensée môme. Mais ceux-ci sont d'un tout autre genre que ceux-là^ et je ne les saurais expliquer par aucun exemple des choses corporelles qui n'en soit fort différent ; au lieu que les vestiges du cerveau le rendent propre a mouvoir l'âme en la môme ftçon qu'il l'avait mise auparavant^ et ainsi à le faire souvenir de quelque chose, tout de môme que les plis qui sont dans un morceau de papier ou dans un linge font qu'il est plus propre à ôtre plié derechef, comme il était auparavant, que s'il n'avait jamais été ainsi plié. »

Ifalebranche s'esta peine occupé de la mémoire, et Spinosa la réduit à une association des idées, qui résulte nécessairement des idées reçues par les sens. Locke, qui n'en parle qu'en termes vagues, fait d'ailleurs une large part aux influences organiques, et admet que cotte faculté est la môme chez l'homme et chez les animaux. Pour les philosophes de cette école, les objets font sur les fibres cérébrales des impressions durables et la mémoire est le rappel de ces impressions. Ils appeUGui fibres vierges celles qui n'ont encore reçu aucune impression et le fluide nerveux joue un grand rôle dans leur théorie.

Nous abandonnons aux traités spéciaux de psychologie ce qui concerne : Yimagination, qui joue un si grand rôle dans les œuvres des poètes et des artistes; — le jugfnnentj i{\\\ met on rapport deux idées, les compare, et prononce leur ressemblance ou leur exclusion; — le raisonnement, opération plus compliquée encore, qui juge des rapports plus éloignés ; — Yinduction, qui. à laide de l'analogie, delà vntisemblauce ou de l'identité.

ftSft HHÉNOMÈNES ifVTbLLECTUBLS, HKSTINCTJFS ET AfreCTIPtp

étend les résultats. de rexpéiiencc, et s'élève de notions ccmmiei I dtl

notions en deliors de retendue et du temps.

La volonté se distingue de l^inLeîJigence en ce que celle-ci est multiple et se subdhise en un grand nombre de facultés distinctes (mémoire» hmgination, raisouneioent, elcjj tandis que celle-là est une et indimil>k Dans le repos comme dans Taction, on sent les motilV qui se croisent oq s'entrechoquent; maïs le moi qui décide, le moi qui commande, le moiqai exécute, n'a ni degrés, ni morcellement, et, jusque dans les obstacles qa% renconlre, qu'il ne peut surmonter» il est identique et absolu, On ne peut disconvenir que la voïoiUé ne jouisse d'une énergie variable selon la force des motifs^ iVjbjcl du désir qui conseille, de la passion qui pousse; maii elle n'en reste pas moins entière. <c Sa nature est telle, qu'on ne lui saunit rien ôter sans la détruire, n {Descartes. )

L'observation nous lévèle que la nature a soustrait à rinltuence delà volonté les organes et les actes indispensables à Tentretien de la vie, taadii que d*aulres organes ont été rendus tributaires de son empire et en queîque sorte ses ministres.

Un des points les plus importants se rattachant à l'étude de celte facttU est celui qui a trait au lihre arbitre. Volonté et liberté sont inséparabki^ facultés nobles qui nous distinguent de toutes les créatures connues, 1 déments éternels des lois de la morale et de la justice.

A Tétudc de la volonté se rallacbe aussi celle des passioni. Les i nommaient ivâO^; tout mouvement qui trouble; Cicéron appelait les >ions du nom de wffrùitdines, pt'rtttrùûtiones, iiùidines, affeciiones. Dans I les temps, les passions ont été difficiles à bien définir, comme le démoo la multiplicilé des termes employés à les désigner. On confond assez j ralement les passions et les affections: cependant le premier noni est ] particulièrement réservé aux passions actives: la colère, la bainé. Ta tion, etc. ; le second aux passives, telles que la Iristesse, la crainte, <

La classification et le nombre des passions varient d ailleurs selon le» philosophes qui s'en sont occupés. Les stoïciens en admettaient quatre sorici dérivantdu désir et de la joie, de la tristesse et de la crainte. Pour les épico* riens, il n'y avait que trois passions principales, la joie, la douleur et le désr* Dans son Traii*' des passions. Descaries en reconnaît six dont toute» te» autres tirent leur origine, savoir; radmiralion, l'amour, la baine, le dém la joie et la tristesse. Les partisans des deux principes qui semblent se pli^ lager rempire du monde, le bien et le mal, font dériver f« sions de l'amour et de la haine, de la sympathie et de ranii^ i

physiologiste a dû naturellement les envisager d'après Tinfluence quVUo exercent sur les fondions organiques : ainsi» les unes épanouissent, eialtent Inactivité de ces fonctions, les autres la «roneentrenl et ropprimeat. Dans la première catégorie on range radmiralion, la joie, le courage, Tamour, etc.; ilans la seconde, la tristesse, le chagrin, la cîm' Les unes sont dites chaudes, et les autres froides; celles-ci siinl des vieillards, celles-là sont Tapanage de la jemiesse.

PHÉNOMÈNES IKTELLECTtJELS INSTINCTIFS ET AFFECTIFS. 625

' Suivant les stoïciens, toute passion est une inaladie, toutes sont vicieuses : ^ les définissaîenl un trouble de iesprit cL le détournement de sa voie; ils

E pelaient la colère une fureur passagère, fumr brevis. Le plus haut degré sagesse étail, pour eux, de savoir les dompter, et le comble de la félirésïdait dans la sérénité d'esprit ou l'indifférence. Supporter et s'îibslir était presque toute leur morale. — Pour Descartes, toutes les passions it bonnes de leur nature, et nous n'avons rien h éviter que leur mauvais lage et leurs excès, Diderot comparait les hommes sans passions à des Islruraents Siius cordes.

, La plupart des philosophes qui faisaient provenir les passions de Tâmc

Iiraisonnable (à l'exemple de Pythagore^ Platon, GalieU; etc.), les plaient dans l'organe où ils supposaient que ceîle-ci devait résider : plusieurs entre eux la logeaient au centre phrénique où Van Helmont plaçait son fchée^ Buffon et Lacaze !e foyer de la rie.Gail considère le cerveau comme i siège des passions; c'était aussi l'opinion de Descartes. I Plaçant le siège des passions dans les principaux viscères ries cavités l^lanchiiiques, on a voulu assigner à chacun d'eux une passion détermi-

{iù : Richerand place dans les entrailles le sentiment de la maternité ; auvenargues dit que les grandes pensées viennent du cœur; d'autres y bgent le courage. D'après Qui util ien,/>^c/w.« est qitod nos diserlos fncti^ et suivît d'autres anciens auteurs, splene rident ^feîie irascunt, jeeore aifmnt , pulmone fctanlur^ corde sapiunt. Jeux de Tiniagination, ces vaines théories ne soukndraient pas un examen sérieux. — En retrouvant, chez les animaux, lusieurs des passions de l'homme, en les voyant transportés de courage, pimés par la fureur, les uns frappés de terreur et de mouvements antipaliques insurmontables, les autres attirés par un attachement qui ne finit p'avcc la vie, et victimes parfois de la tristesse que leur laisse une amitié ètsée, on se demande de quel principe dérivent les passions! Question pscure que nous n'avons pas à aborder ici.

I Si la psychologie de l'homme a trouvé des historiens, il n'en a pas manaé à la psychologie des animaux: tels sont Aristotc, dans Tantiquité; iroin, Réaumur» Buffon, Dupont (de Nemours), G. Leroy, Fréd. Cupr, etc., dans les temps modernes. — Il y a trois principales opinions latîves à la psychologie des bôtes : les cartésiens ne voient en elles que jps automates; — ^les scolastiques disent qu'elles sentent et ne pensent pas; ^d antres^ avec Condillac, Réaumur, Dupont (de Nemours), G, Leroy, etc., (imettent qu'elles sentent et pensent*

i Descartes avait refusé non-seulement la pensée, mais môme la sensibilité kx animaux, ne pouvant la concilier avec la matérialité. Buffon, à son lemple, n'attribua aux hétes qu'un automatisme perrcctionné ; «La maère, dit-il, n'a ni sentiment, ni sensation, ni conscience d "existence; et û attribuer quelques-unes de ces facultés, ce serait lui donner celle de enser, d*agir, de sentir h peu près dans le même ordre et de la même pçon que nous pensons, agissons et sentons. >? Cependant Buffon accorde m animaux une sorte de mémoire qui consiste dans le renouvellement

^li>^iirr

rflÊNOMÈNES INTELLECTUELS ir^STIKCTirS ET AfrECTIfS.

de^ sensations ou des ébranlements qui le^ ont causée»; mais cislle aèmoire est celle de rbonime endormi, les rêves étant, selon cel âtltoiii^ mdépendtiuts de Pâme et résidant en entier dans le sens iatériear OMttériel. — < D'où peut provenir^ ajoiite-t-d, celte uniformité dans les ottf ngfi des animaux? Y a-t-il de plus forte preuve que leurs opératîoDs oc K»ni que des résultats purement mécaniques et matériels? car s'ils avaieot li moindre étincelle de la lumière qui nous éclaire, on trouverait au moinsiii la variété dans leurs ouvrages,,. Mais, non, tous travaillent sur le mèlii modèle; l'ordre de leurs actions est tracé dans rcâpèce entière : il n'i|i» partient pas à rindividu, et, si l'on voulait attribuer une àme aux âoiinsin, on serait obligé à n'en faire qu'une pour chaque espèce, à laquelle cbaqo^ individu participerait également, n

Mais des esprits aussi érainents que Descaries et Bulfoo ne pouvatent soutenir» sans restriction, le pur automatisme des bétes, eu présence de tant de faits qui démontrent le contraire. Aussi Irouvous-nous le suivant dans une lettre de Descartes: a 11 faut pourtant remarquer je ne parle que de la pensée^ non de la vie ou du sentiment ; car je n^ la vie h aucun anhnaK je ne leur refuse pas même le sentiment» sut qu'il dépend des organes du corps.» Dans son Dàcourê sur (a naiwrwi animaux^ Buffon s exprime ainsi : «iSiJe me suis bien expliqué, on ( avoir vu que, loin de tout ôter aux animaux, je leur accorde tout, k l*i ception de ia pensée et de la réflexion : ils ont le sentiment, ils Tont à un plus haut degré que nous ne Pavons; ils ont aussi la conscience i leur existence actuelle, mais ils n'ont pas celle de leur existence ont dessen!Hations, mais il leur manque la faculté de les comparer, < dire la puissance qui produit des idées, n

Condillac s'est montré radversaire passionné de l'opinion de Descarte^i de Bulfon, au sujet de rautnniatisme des bêles. « Les corps célestes, dit i dillac, ne choisissent pas leur route, ils obéissent à une impulsion. plantes restent attachées au sol, elles ne choisissent pas, elles végètent, bétes veillent elles-mêmes à leur consenation, elles se meuvent h leur | elles saisissent ce qui leur est propre, rejeltent, évitent ce qui leur est co traire; les mêmes sens qui règlent nos actions paraissent régler les Icatî Sur quels l'ondemenls pourrait-on supposer que leurs yeux ne voient | que leurs oreilles n'entendent pas; qu'elles ne sentent pas, en un inot?*^ Il y a donc dans les hôtes autre chose que du mouvement; ce ni» sont ] de purs automates, elles sentent... et elles sentent comme nous. »

Condillac ne s'est pas arrêté là. Suivant lui, les bétes comparent, jugen éprouvent des sentiments agréables et désagréables, rapportant à leur ce les impressions reçues; elles étudient, quoique sans avoir le desî^etn d'élU dier. Il trace avec une certaine rïdmiralion un tableau de leur système ( connaissances : tout y dépend du même principe, le besoin; tout s^yexéea par le môme moyen, la liaison des idéei, 11 ne leur refuse ni rimaginatiofui ni l'invention, el il attribue leurs découverïes h Texpérience de chacun Cer^ *iiins animaux vivent en société, ont un langage, mais leur société manque ressort qui donne tant de mouvement h la nôtre, c'est-à*dire la parole.

RIÎÉflOlIàllES IWTKLLECTUELS INSTINCTIFS ET AFFECTIFS. 527

D quoi donc les hHes dif)*èrenl-elïes de l'homme? Coîidillac répond que, ms rimpuissance où nous sommes de coniiaiUe la naliire des êtres et de Iftrquerà chacun ses liailles, «rnous ne verrons jamais entre eux que du 116 au moins»).

Kt*auQiur et G. Leroy, qui ont apporté une rare sagacité dans Tobserllion des mœurs des animaux^ se rapprocheut de Condillac par la aa^ ire et Tétendue des facultés qu'ils leur accordent. Ces trois auteurs confident presque toujours riDstïnct et 1 intelligence. \l oe taut pas se con- («ter, d'après CondHlac, de regarder Tiûstinct comme un principe qui lirigc ranimai d'une manière tout à t'ait cachée ; timtinct nest qu'une mbitude privée de réflexion. Du reste, lu plupart des savants ont commis la ièroe coufusiou jusqu a Frédéric t^ovier (i), Cenaliii*aiiste, ayant remis la nestion à l'étude, la traitée avec uae uettelé et une précision qu'on ne Pouve dans aucun de ses prédécesseurs. Il établit que les facultés de^ anilaux s*e%ercent ou conditionnelleuienl, c'est-à-dire en se conformant aux Irconstances dans lesquelles ies espèces se trouvent placées, et ce sont, dit- ^les facviitéH cogmitm&; ou bien qu'elles s'exercent impérativement et sous me condition indépendante de la volonté des êtres qui leur obéissent, ce Ont tes fiictiités instinctives ou les instincts. L'instinct, pour Fréd. Cuvier, rtune force positive et propre comme la sensibilité, comme 11 rritabilité, somme l'intelligence; on ne fera aucun progrès dans la couoaissHnce des bimaux, tant qu'on n'aura pas fixé les bornes de leurs qualités originelles, Iposé nettement la distinction de Tinslinct et de rintelligeuce. Tout dans instinct est aveugle, nécessaire el invariable; tout dans rinlelligcnce est lectif, contingent et modifiable. L^enTant telle en venant au monde, sans ivoir appris, par une force aveugle. C'est par instinct que le chien enfouit

Pia terre ies restes de son repas, que le castor bât il une bntte^ que le se creuse un terrier, que l'oiseau se construit un nid, etc. Toutes ces Bitons sont aveugles, nécessaires, et dans ce qu'elles ont d'essentiel, elles ont toutes invariables. Un autre caractère de rinslinct, c'est de croître à acsure que l'intelligence décroit d'une classe à l'autre. Fréd. Cuvier il loin d'admettre, avec Condillac, que Tinstinct naisse de Thabitude ; rile-ci consiste en ce que Tacte corporel, par lequel s'opère une action, llît par se produire sans le concours de Tacte intellectuel, qui primitive- Hùi était nécessaire ; or, c*est le contraire de l'instinct. Aristote et BolFon avaient reconnu que les animaux sont privés de réexion ou de cette faculté de considérer intellectuellement, par un retour lir eux-mêmes, leurs propres modifications. Suivant Fréd, Cuvier, ils gtinrent même qu'ils reçoivent riujpression des corps extérieurs, qu'ils keuj*entt qu ils agissent. La réflexion est donc un caractère qui distingue 'homme des animaux. Un second caractère non moins tranché, c*est la 'é dans le vrai sens de ce mot, Fréd, Cuvier croit pourtant reconnaître

1) FfttûèSiC CtviER, art. lîlSTIWCT [Ihri, tkmn', ««/.). — Sur timlinct W ittU^Higt^tiie mtwuitu: (Résumé analjlifiue par Fjour«ns, dans Ânfmlet tks tv, rmi., 2*^ sdrie, l* XII,

628 PHÉNOMÈIVES IMELLECtOELS INSTINCTirs ET APFECTtFS.

en eux un certain degré de liberté et de réflexion. Oo voit, il est \r.u, dt^ animaux, incertains sur leurs acies, se décider ensuite avec hésilalion; mais là n'est pas le libre arbitre : il consiste dans la faculté de faire ou de ne pas faire, quels que soient les moLifs et les passions qui nous poussent. Le* animaux, contrairement k t'iiomnic» ne se décident que par des moUls qui leur commandent impérieusement et leur ravissent toute liberté mortU, Il est évident que les animaux d*un ordre supérieur jouissent comme Thomme de la sensibilité physique, ou de la faculté de ressentir le plaifir et la douleur. Ils re<;oivent par les sens des impressions sans doute sembla^ blcsaux nôtres, dont ils forment diverses associations; mais il paraît difBcile d'admettre, avec Fréd, Cuvier, qu'ils en déduisent des jugemeQl». On ne saurait leur refuser la mémoire, mais leur mémoire est boroM aux cboses contingentes; oo pourrait l'appeler mémoire matérienc, toalt autre leur est refusée, Gondillac, Réaumur, G» Leroy, Dupont (de Nemon prétendent que les bétes réfléchissent sur leurs actes et qu*elles oi sorte de liberté, il est vrai que les instincts sont, en général, pbis dévelc plus actifs, plus sûrs dans certains animaux que chez rhoramc; quelq instinctjs mômes, celui des migrations, par exemple, leur sont excli ment propres. Ils partagent avec l'homme certaines passions, la colère, jalousie, l'altachemcnt; mais ils semblent complètement étrangers sentiments qui puisent leur source dans la conscience, et à tous les mo mcnls qui se fondent sur la liberté morale.

Les raisons, sur lesquelles se fondent Topinion qui attribue lu pen^écj Torganisation, ont été résumées avec une grande force, il y a près de i mille ans, par Lucrèce, dans son poème Dénatura rtn^unu

Ainsi que le soutient le philosophe épicurien, le corps et l'àme sent naître» croître, vieillir ensemble (*). On trouve, dans les phénon de la maladie, de nouveaux arguments à Tappui de cette doctrine : quelquefois une fièvre subite voile rintelligcnce, ravit la volonté, la raisooei 1 jusqu'à la conscience; puis, quand le mouvement fébrile ce^se, la peosèe | reprend son empire et sa clarté. Dans raliénation» dans la démence, Yt^ tendement peut nous être enlevé pour toujours. Quelle en est la caiisolj Bans les neuf dixièmes des cas, une lésion de la substance cérébrale. 1 blessures de la tête, les coups^ les chutes et le brisement des os du crâDft révèlent une relation intime entre les désordres organiques du cerveau et I troubles de rintelligcnce : on voit un épanchcment de sang, de pus ou < sérosité, ravir Texercice de toutes les facuttés, perception, mémoire, etc., ( jusqu'au sentiment dix moi. «Dès que je sus par la chirurgie, dit Brous dans son testament, que du pus^ accumulé à la surface du ccr^'eau, détr ■ sait nos facultés^ et que l'évacuation de ce pus leur permettail de reparaître, je ne fus plus maître de les concevoir autrement que comme itej

(*) Ctrsrcre senti mut, pnriterque senacere mentem,

Pmt ubîjQm validii quassatum est ciribuM ffvi Corpus^ et ohtusis ceciderttnt viribus artm^ Clouriicdt irtf/enium, lie/irot linfjunquc mcnsqiie.

PHÉKÛMfeNES LNTELLECTOELS INSTINCTIFS ET AFFECTIFS.

ctes d'un cerveau vivant, quoique je ne susse ni ce que c'était qu*un cer-

jeao, ni ce que c'était que la vie.» Doranl le sommeil» dans la lipothymie,

Ijendant un accès épileptiquc, l'inLelIigence s*arréte et se suspend. M en

kst de même par Teftet du narcotisme ci des boissons enivrantes : non-

peulement l'esprit s'égare, mais quelquefois le poison donne une conscience

lictiee, celle d'un vie imaginaire où loulcs les notions du temps et de

fcspace sont bouleversées. Les vices de conformation du crâne et du eer-

«au, certains rapports entre le volume, la configuration de l'encéphale et la

ierfeclioade rintellïgence, et enfin Fhérédité des penchants et des facultés

pans certaines familles, ont paru autantd'arguments irréfragables en faveur

JeTûpinionqui attribue à la matière les diverses manifestations dclapensée.

Il ne faut donc pas trop s'étonner si, frappés de cet en semble de preuves, des

ihysiologistes ont considéré le cerveau comme une glande sécrétoire dont

mécanisme ne serait ni plus compliqué ni plus merveilleux que celui du

ie ou du rein : « Pour se faire une idée juste des opérations dont

ssultc la pensée, dit Cabanis, il faut considérer le cerveau comme un

e particulier, destiné spécialement h la produire» de même que

raac et les intestins à opérer la digestion, le foie ù filtrer la bile, les

des et les glandes maxillaires et sublinguales à préparer les sucs

livâires. Les impressions, en arriv*antau cerveau, le font entrer en acti-

té, comme les aliments, en arrivant dans restomac, Texcilent à la sécré-

ou plus abondante du suc gastrique et aux mouvements qui favorisent

ur propre dissolution.»

On ne saurait nier la solidarité des organes sains et d'une intelligence

pioe, mens sa na w coï^^mre sano; mais celle dépendance si naturelle n'est

pas tellement absolue qu'on ne trouve d'assez nombreux exemples du

nlraire : on voit de frêles enfants étonner par la précocité de leur

Ison et rétendue de leur esprit, des vieillards caducs et voisins de la

imbe conserver intacts le jugement, la mémoire, le feu du génie, l'ardeur

il courage. Il y a peu d'années, Lordat a écrit un traité remarquable

T V ifuénescence (lu sens miii/w chez les vieillards. La folie s'accompagne

uvent d'une lésion appréciable des centres nerveux; mais que dire

c^s où Esquirol,Leuret, et les auteurs les plus consciencieux affirment

l'avoir trouvé aucun vestige d'altération dans le cerveau? Les annales de

I science nous fournissent, en assez grand nombre, des faits parfaitement

kb$er%*és d'altérations profondes de la substance cérébrale, sans que, pen-

lanlla vie, on ait remarqué le plus léger trouble de rinlclligence : on a vu

Its portions de cerveau enlevées, des balles traverser de part en part cet

iOe, sans dérangemenl de l'esprit; tandis qu'il suffit quelquefois de

s filets de sang dans un point rétréci pour allumer la fièvre, exciter

délire et amener rapidement la morL Tout en recojinaissant que Tiulé-

lé des organes, leur bonne conformation, un volume suffisant, sont

les conditions favorables au libre exercice, à la vigueur des facultés in-

iellectuelles, il faut donc ne pas confondre Torgane avec la fonction, et

«oter que c'est surtout en parlant du cerveau et de la pensée que cette

idibtinclion est imporliintCt

PHÉNOMrvNES ÏNTELLICTOELS lNSTΫCTIfS ET AfFECUfS,

Est-il besoin de rappeler que toutes les tentatives pour tromper le tifge de l'âme ont été vaines? Deseartes, après avoir posé, avec tant de fpénie ( d'autoril/', les principes de la philosophie spiritualiste, a lo^é rame damb' glande pinéale, Lapeyronie la plaçait dans le septam inridvm : Clkairlii. Bonnet, dans une partie du cerveau, sans savoir laquelle; Lanct^i i un traité intitulé : De sede cogifaniist animw, sans être plus heureux dans i appréciations. Iraiions la sagesse et la modestie de Haller, qui, après Imt de recherches^ écrivait que ranatoniie est muette sur le siège de Vkmi, Ajoutons encore qulîippocrate en avait une idée plus juste que fous lei localisateurs, en la détinissant : Spintum tennemper corpug diftperfum.

Quelques observateurs, assimilant les facultés des animaux à celles it rhomine, demandent à quel principe elles doivent leur origine : ils admets teut que ce principe est le me nie dans les btHes el dans Tespèce humaine* les seules ditférences provenant de la perfection relative des sens ei «ystème nerveux.

L'homme doit-il^ en effet, sa supériorité à la perfection des scns^ organisation privilégiée ? Mais un grand nombre d^animaux sont | de sens non moins parfaits que les siens : les oiseaux de proie ont tnû la vue, IViaïe, lorîoraf plus étendus et plus fins. 11 est vrai qu'aucun paraît posséder le tact à un tel degré de perfection; aussi Galien, BulToQjtg leurs partisans ont-ils établi sur cette perfection la supériorité inteUi tuelïe de l'homme. Il y a longtemps que Gall a réfuté ces sophisme», prouvé que les sens no font naître aucune faculté, aucuti penchant : il Yî fait avec un talent d*observation et une force de raisonnement qui ne laissent matière k aucun doute.

Il n'existe dans T homme aucun organe essentiel, aucun nerf iraportml^ qu'on ne trouve chez les animaux supérieurs au même degré de dévetupp roenl : lecerveaului-mémcneparaM guère faire exception, quoique Gallî prétendu que celui des animaux nestqu'un cerveau tronqué. Qu'on analm^ en effet, sans idée préconçue, tes recherches de Desmoulins, GalU Sponheim, Spix, Lélot, Lenrct, Parchappe, etc*, sur le volume et la contiguntionde Tencéphale dans leurs rapports avec rintelligence, « et l'on recoD* naîtra, comme dit mon ami Foissac (t), qu'en sortant des généralités pour apprécier avec rigueur les résultais de robservation, on éprouve oa obstacle insurmontable à formuler une loi à travers les mailles de laquelle ne s'échappent point de nombreuses contradictions ».

«Que i'on accorde aux animaux, ajoute Foissac, une sensibilité analogue à celle de Thomme, une mémoire bornée aux choses contingm^n consistant plutôt en renouvellement de sensations et d'images qu'en reproductions d'idées, qu'on leur accorde Tinslinct si varié et si fécond en tnerveilles dont la cause nous est inconnue; sur ces divers points il o'yt aucun dissentiment parmi les philosophes, Mais, en dehors de ces proprittés, de ces forceSj de ces penchants, combien trouvons* nous de facultés ipé*

(1) FoiSAAC, Hùiotre nnturtllê et phtfmophique de PHomme (otivr. il

ciales dévolues exclusivement [à rhomme! Et d'abord la conscience, le sentiment de rindividualité, \eje, le moi^ premier attribut de Tâme humaine, dans laquelle naissent et se développent les idées nécesaairet qui n'empruntent rien au monde matériel, à qui les sens n'apportent rien; ensuite la volonté, ce pouvoir d'agir librement, de faire ou de s'abstenir, de sacrifier sa vie par dévouement à la patrie, à l'honneur, de se tuer volontairement, ce qui faisait dire h Bossuet : « Dieu a respecté l'épouvantable liberté de l'homme. » Jamais animal n'a commis un suicide

A côté de la conscience et de la volonté se place une faculté dont on ne trouve aucun vestige dans les actes des animaux les plus parfaits, la raison. « Et maintenant, continue Foissac, que l'on jette un regard sur les ou-* r. vrages sortis des mains de l'homme, sur les progrès et les découvertes dus » à son génie : sous quels rapports peut-il être assimilé aux animaux? Divers H auteurs ont parlé avec admiration de leur langage, expression animée de ^ leurs besoins et de leurs passions. Mais en quoi raisonnablement voudraiton l'assimiler à la parole, ce puissant ressort de nos progrès et de notre t-i civilisation?.... Chez tous les peuples, on a vu la perfection d'une langue ^ devenir le mobile fécond de son avancement et de sa supériorité. L'homme ^ essaya d'abord de conserver le dépôt des notions acquises, et de rendre B immortelle la vie éphémère des peuples ou des héros par la tradition ' orale^ une sorte de mémoire perpétuée dans les générations par les monuf ments et les signes hiéroglyphiques. Puis vinrent les lettres phéniciennes, l'une de ces inventions semées sur la route du temps comme un fanal pour éclairer les peuples; l'imprimerie enfin, qui est le couronnement de cette découverte, et sans laquelle il devenait presque impossible de mettre à la portée de tous les traditions de l'histoire et les secrets des

sciences Si Ton réfléchit à ce qu'il a fallu d'intelligence et de travail

pour découvrir les arts usuels, la fonte des métaux, la mécanique, la navigation^ l'astronomie, etc., on reste confondu d'admiration, et l'on se demande comment il a pu se trouver des philosophes égarés par Tesprit de système au point de vouloir assimiler l'homme à cette classe d'êtres dépourvus de raison, qui, depuis la création jusqu'à nous, n'ont rien inventé, rien changé à leurs premières habitudes, h leurs instincts, et qui transmettent dans la suite des siècles leur uniforme vie et leur éternelle immobilité. »

A partir du moment de la naissance, notre existence est assez inégalement partagée en deux états bien différents : l'état de veille et l'état de sommeil. Du premier on a voulu faire la vie réelle; on a comparé le second à la mort que l'on a appelée du nom de sommeil éternel. De \h tant d'explications qu'on s'est efforcé de donner du sommeil. Mais que n'en a-t-on fait autant pour expliquer la veille qui n'est pas plutôt Tétat normal de Texistence que le sommeil?

632 ou SOMMEIL

L'homme dort et veille. Comnaent s*endori-il ? comment dort-il ? e

ment s'éveîlle-t-il? Telles sont les principales questions que compreDd

l'élude du sommeil. Quant à rexplication des phénomènes qui s'y rappor-

itent, rexlrôme difficiiUé d'en donner une bonne sera bientôt démontrée

[par l'exposé succinct des diverses théories qu'on a successivement émUe&.

Mais, d'abord^ qu'est-ce que le sommeil? Est-ce un état négatif sei^|

lement? Si, comme on a cru devoir ravancer» le sommeil est im ét^" primordial qui précède ïa naissance, on ne peul l'expliquer, le définir par lia veille, qui ne survient qu'après lui. Grimaud {[), Brandis (2), Fe&s*fl (î), rBuiïon(^) et beaucoup d'autres, n'hésitent pas à considérer l'état de com- 'jneil comme le type, comme la condition élémentaire de Torganisme* Cette manière d exister ne saurait d'ailleurs être absohiment passive» puisque, pendant qu'elle dure, le fœtus acquiert son entier développement. Ma», sans nous Iransportcr à ce sommeil intra-utérin, dont assurément il seiail bien permis de contester l'analogie, la similitude avec le sommeil propre» ment dit, est-ce donc un état passif celui pendant lequel nos organes acquièrent une énergie nouvelle, et dans lequel aussi certaines facultés conseneol factivité qu'elles possédaient durant la veille? On ne saurait donc admel les théories du sommeil qui font intervenir, dans la définition de cet é un élément négatif quelconque» Ainsi, d'après Broussais(5) : a Le sommi se manifeste par la ees^ution des fonctions des sens, de celles des mi soumis à la volonté et par Vaàoiilmi des facultés intellectuelles et alK lives. n Un pareil sommeil n*existe pas, il est impossible; car ce sommeil ne pourrait pas cesser, il serait éternel, ce serait la mort, ou du moins un étal palhûlogiquc grave bien distinct du sommeil physiologique : pour que le réveil soit possible, il fiîut qu'aucune faculté ne soit abolie.

On ne peut davantage admettre que, dans son sommeil, Thomme soit ria animal moins parfait que dans Fétal de veille (ti) ; car, comme animal, il reste ce qu'il est pendant la veille, aucun changement matériel ne survieul qui soit de nature à altérer son organisation.

«Le sommeil, dit Cabanis (7), n'est pas un étal purement passif» c*e«l une fonction particulière du cerveau qui n'a lieu qu'autant que, dans cet organe, il s'établit une série de mouvements particuliers, et leur cessati ramène la veille ou les causes extérieures du réveil la produisent immédii' tement » Il ne faudrait pourtant pas aller trop loin dans cette voie, avec Friedla?nder(8), faire du sommeil ^ la fonction d*un organe spécii dont la polarité produirait une polarité adynamique de Torgane rintuition intérieure».

(1) Criiaud, Cours complet dtphy^iot.^ L 11, p. 298,

(2) Brandis, Lehre von den Affecten des iebendUjeH Organi^nus^ p. 5S8,

(3) FEi^&EL, Di^sert. df* sornuî vnji/mt umque tmtioue d dixcrhmne, Berlin, 1828. (h) BorFON, Hist. liai., L IV.

(&) BauU&sais, PhysioL npphqué^ à in pathologie^ t, I, p. 2d2.

(6) Darwin, Imnomie^ l. I, p. 'Shh^ Irad. franc.

(7) Cauanis, Rftpitorts du physique t^t du moral, — Influence du régime^ g Hf,

(8) Frii:&l.csder, Verfuch f/bcr die innern Sinne und ihre Anomalifn ^ p. 361.

ou SOMMEIL,

Beaucoup de physiologistes pensent que les meilleures ih"^ fin il ions du ^>mmeii sont encore colles qui résultent de cet aphorisnic crHippocratc : Mùttts iti sofnno ûitro tm/ant n\ — de cette phrase de Butfnn (i) : « c'est une içon d'exister tout aussi réelle et plus g:énérale qu'aucnne autre; tous les res organisés qui n'ont point de sens existent de celte façon » ; — de l'opiion de Brandis {2), qui !e considère comme un état qui nous replonge lans (a vie fœtale, et de Fessel{3), qui prétend que îa veille dégage Tàme les chaînes de la vie physique, Bordach {h) admet aussi que « de inéme que le sommeil des végétaux t un retour de la plante développée vers Tétat embryonuaire, par la ces- ^n de l^antagonisme entre là tige et la racine^ et par la soumission à tmpîre exclusif de la vie radiculaire; de même aussi, chez l'homme, le mraeil est la racine de la vie animale et la fusion des vies morale et lysique ».

En réalité» dans le sommeil, toutes les fonctions essentielles continuent

s'exercer, toutes les facultés conservent leur existence, mais elles se ma-

lifestent plus ou moins, suivant que le sommeil est plus ou moins profond.

corps de l'hoTume endormi n a pas autant A lutter contre le monde

lérîeur, de îù moins de mouvements ou un repos presque absolu; Tes-

irit, dans le sommeil, nu plus à recevoir les impressions du dehors, de là

fcettc fraîcheur des idécs^ celle vivacité de rimaginaliou qui ne se heurte

pas aux obstacles de la vie matérietlc,etc. Le sommeil semble être un état

pans lequel l'homme vit, pour ainsi dire, en lui-mômc, isolé de ce qui

femoure.

Les premières manifestations du sommeil sont souvent confondues jfcvee le simple repos; mais, lorsque le sommeil est parfait; coumie chez es individus qui ont éprouvé une longue fatigue corporelle^ tous les phétomènes qui le caractérisent se présentent réunis: alors le corps, obéisttnt aux lois de la pesanteur, reste ordinairement dans le décubitus lorsal, les mouvements volontaires sont suspendus, les sens ne mani- JRtstent plus leur activité; la faim, la soif, le besoin d'expectoration, d'ex^ Brétion des urines ou des fèces, ne sont plus perçus. Dans cet état, le som- Éneil est l'apparence de la mort, car le corps est devenu étranger à tout ce Ijui renvironne; et pourtant il est animé, et les fonctions les plus indispensables h la vie, la circulalion, la respiration» la digestion, etc., perlistent.

Ces dernières fonctions sont seulement modifiées : elles s'exécutent Ivec une certaine lenteur, /jui est Tindicc du sommeil des organes chargés lie leur accomplissement. Ainsi, par exemple, le cœur bat moins vite leodant le sommeiK v Puhns in somnû parm\ languitH^ rarin^ a dit

(1) Borrûir, ouvr. cit^

(*i) Brandis, ouvr. ctf»

(%) Fessel, ùuvi\ ai.

{à) BundACU, Trnittiffi^phijsiof,^ t. V^ p. 230, trad, de Jourdan.

mh

Gali«n (!)• Gorter (2), Boerhaave (3), ûe Moor (4), ont élaWi U pi'oposilion en des termes différents. Uainberger (5) a compté, au poob d'un enfant de huit nns, iûO pulsations pendant la veille et il de moin» pendant le sonuiieil; au pouli» d'un entant de onze ans, 90 pulsaliorv^ p<*i»* dant la veille et 80 pendant le sommeil : une différence plus grande eneoff existait chez nu entant de quatorze ans, Haller (6), qui pense aussi que If sommeil ralentit te pouls, dit : « Puhm, vespertma, lêmporf freqwmlior^ pm gomnumpanlofim minuifur, — Hippocrate (7), Sanctorlus (8), Morgagm {% ont avancé, au contraire^ que le cœur t>attait avee plus de force et dt vitesse pendant !e snuuneil que pendant la veille ; mais c*est là une erreur facile à reconnaître et h expliquer, Lorsque le corps est Tatigué, il éproiïw un besoin vif et iuipérieux, celui du repos. Ce besoin se traduit par la «ensatiou particulière qui se manifeste dans tous les organes actifs du mouvement, et, s'il n'est immédiate meut satisfait, il occasionne une véritakle réaction fébrile. De même que la faim quand elle n'est pas assoorie, que la soif quand elle n'est pas étanebée, accédèrent tout d^abord les hitl^ juents du pouls, de môme le besoin de sommeil augmente aussi le ooi de ces tmttements. Phis tard, quand le malaise qui résulte d'un besoîil satisfait es! passé, le pouls revient peu h peu à son état normal, et bi lui-même semble se reposer et battre avec moins de fréquence et vigueur*

Des observations analogues peuvent être faites relativement aux auln» fonctions. Il n'est môme pas exact d'admettre,, comme on ie faii '^

meut, que les organes ^'énitaux jouissent d'une plus grande c . ^. . :il durant le sommeil que durant la veille. Ici il importe de l'appeler que l«a causes d*cxcilation possèdetjt seules plus d'activité, plus d'énergie, ou plulét sont accumulées en plus grand nombre. Ainsi, chaleur du lit, déc^ Jiitus dorsal, compression exercée sur les vésicules séminales par ta distendue, contacts erotiques, voilà bien des causes capables dVxcitrr Torgasme vénérien ; et, sans doute, si elles se trouvaient luu les i*éunie* pendant la veille, on constatemit que le sommeil n'augmente pas réelk ment rexcitabilité de l'appareil génital.

Le sommeil ne s^empare pas brusquement de tout notre être : organes s^endormetït successivement et à des degrés variables; plusie veillent encore que d autres sont déjà endormis, qui s'éveilierout peut-dt à leur tour quand les premiers s'endormiront. Kn général, ce sont les umr des des membres qui les premiers se relâchent, s*airais&ent et participent

(1} Galiek, Cùwr. pulf.^ cap* ix. x.

(2) GORTER, FJcerc, L M, n' îà.

(3) BoERHAAVE, PrfFled,, t. IV, p. 505.

(4) De MoDR, fnsiit. med., p. 355.

(5) llAMBfcRGEB, PhysiùL tneri.^ leriœ, 1751, p, 598.

(6) Haller, E/enj. phy^ioL, Ub. XVII, secl, m, t. V, p. 598.

(7) HiPPOCRATE, Epid.^ VI, 4-5.

(8) SxK*.TOïiiDS, fect iv, n*** 47-48.

{%) NoRGACRi, /V t^, H mus, mùrh^^ t. Ij p, 25i.

DU soMMt[r.. 635

au soDimeil. Los bras, Jes jambes, devenus immobilesi, restent dans la position qu'ils ont choisie et qui est en rapport avec lu disposition des articulations et des principales musses musculaires (*), Ui prédominance des muselés fléchisseurs sur les exlenseins, chex Tliommc, fait que, pendant le sommeil, ses mecibrcs se mx^tent le plus souvent dans la flexion. Après le» membres, les muscles volontaires du tronc s'engourdissent et s'endormeQt. Haller, qui a longuement examiné comment survient le sommeil, n'a pas manqué de noter les oscillations de la tôle, que son poids entraîne en avant *,ur la poitrine, el dont la chute amène presque toujours le réveil momeolané que doit suivre bientôt un assoupissement plus complet»

Toutefois il arrive fréquemment que l'homme endormi exécute certains mouvements qui exigent des contractions musculaires nombreuses, variées, éteudues, soit d'une partie du corps, soit du corps en totalité» ou bien qull garde, pendant le sommeil, une position prise pendant Tassoupissement^ et qui est de nature k exi^^er des contractions musculaires capables de résister aux etfets de la pesanteur. Pour expliquer ces phénomènes, il fout admettre que le sommeil n'est pas toujours et nécessairement gêné* rai. qu1l est au contraire dans sa nature même d'isoler, en quelque sorte, chacune de nos parlies, et que, par conséquent, certains muscles, certaines régions peuvent exécuter des mouvements même volontaires, demeurer éveillés pendant que le reste de rorgaïusme est plongé dans un profond sommeil ('*), Et, en eiî'ct, la position que prend le corps, avant de s'endormir, n*est pas toujours la même; mais elle a toujours la môme raison d'être, elle est constamment telle qu'il en résulte le repos le plus parfait. Ainsi, qu'une partie de notre corps ait été fatiguée presque seule, et, cette partie, même contre les lois de la pesanteur, sera placée de fagon qa*Glle puisse parfaitement reposer, dormir d'une manière absolue, contraignant ainsi d'autres organes moins fatigués à exécuter des contractions continues qui indiquent leur état de veille.

Dans le calme de la nuit, nos sens inactifs ne reçoivent aucune impression du dehors, et cette inaction, qui favorise la somnolence, est bienliVt suivie du sommeil. Presque toujours la me est le sens qui s'endort le premier: Vo^il, fatigué, se ternit, il perd de son éclat et reste fixé sur les objets qu'il

(*) Chei les oiseaux, cerlciines dispositions mécaniques expliquent comnient ce$ animaux peu-*

SI dormir debout sani q,u*it soit besoin d'yn effort musculaire. G. Di^MËfiiL {Bulletin de In Sor, ptm.j L n, p. 4y a démoniré que^ chez les écha84iers« tl ejcisle^ dans le ci»iidyîe interne du Hatir, un enfonccrniiil propre ci recevoir lu lète du péroné ; et» par là, on comprend qu'il mttbe »|ue c<?tie articulation ail été une fois fîicèe pom qu'elle reste dans la même position, jusqu'à ce qu un effort musculaire vtûime la diiiniçer. F>e iia^inet clics les oiseaux qui, pour dormir, »e fixent sur les brant iiea que leura patte* embrassent solidement, on voit un long teudon du crural ^f le passer fur la rotule pour s'uoir iivec les tendons de^ (16chijifeur« de» orteiH : aussi, quand la cuisse est flécbie, les orterls se trouvent ils é^^alement miititeaus dans b flexion d'une manière fixe, permanente, solide, quoique pasiivo, puisque celte flexion est produite par une dispoftitton purement mécanique.

(•*) Évidemment, je n'entends pas faire allusion ici à ce» autres mouvements si nombreux qui^ ddpeadsrits dti potwoii* réflf'xe de la moelle, continuent de s'exécuter pendant le sommeil. Je puis néanmoins rappeler, en passant^ que c'est à ce pouvoir réflexe qui! I^ut rapports r ta contraction de l'orbiculaire palpébral et celle des autres sphincters chez l'individu cndormu

*l« m SOMMtlL.

nçvoil déjà plus; en même lemps^ la paupière supérieure s'abftisseï l'inférieure s'élève, et le globe oculaire, coniplotemcnl recouvert par ces Toto protecteurs, se met à l'abri des rayons luruineux, La translucidité des voU«i palpébraux permet pourtant à la rétine de sentir encore rimpressioa d'unt lumière éclatante, d'où résulte sans doute le réveil si fréquent qui nrn sous rinJluencc du jour ou d^uue clarté vive; mais il faut que le somati soit léger, pour que ces impressions lumineuses soient perçues ; dans sommeil profond, elles ne constituent pas un excitant capable d'en interrompre la continuité.

Natt>us encore que la lumière peut manifester son aclioo sur ta rétii

I sans qu'il paraisse y avoir perception : en effet» chez Thomme qui s'i

dort dans un endroit assez obscur, les pupilles sont dilatées; chez c

I qui se couche au soleil et s'endort les yeux tournés vers cette

de lumière, les pupilles sont resserrées, et même» lorsqu'on fait passer

un individu eudomii de Fobscurité à la lumière, sans qu'il s*éveitle, k^

pupille se contiacte. )t y a doue, dans ces circoustauees, un mouveme^H

qui s'exécute pendant le sommeil comme pendant la veille, à aotre ioffà

et indépendamment de ta volonté, mais en raison d'une impression ipie

nous ne percevons pas quand nous sommes endormis, que nous aunoQ«

perçue étant éveillés. C'est là xm mouvemntt réfîejce, analogue à ceux qu ofl

observe chez les sujets qui se dérobent, en dormant, par des mouvements

dont ils n'ont pas conscience, à des impressions qu'ils n'ont pas perçuet

Le globe oculaire reste immobile durant le sommeil, et pourtant le

strabisme, dont sont quel4|uefois aïfeclés les enfants qui dorment dans une.

position telle qu'un de leurs yeux reçoive l'impression solaire» donne WmM

de croire que ce repos n'est pas absolu, mais que le globe oculaire peut "

encore se diriger vers tes points lumineux qui l'attirent, ou s'éloigner àî

\ ceux qui rirrilent ou le gênent. Ce seraient là des mouvements automatiques

dr Tordre de ceux dont nous venons de parler.

Pendant le sommeil, les larmes coulent moins abondamment que pw* dant la veille, et déjà, même avant que les paupières soient closes, on remarque une certaine sécheresse de la conjonctive, qui réclame desmoih vements de clignement plus rapprocbés qu'ai ordinaire. D'ailleurs, on sait que la disposition des bords des paupières est telle, que l'écoulement dai] larmes suit son cours normal, mérne quand IVeîl e^t fermé, ce qui cxpli* comment, malgré le défaut d'évaporation, les larmes ne s'accumulei derrière les paupières fermées par le sommeil. Le sens visuel ne s'codort pas d'une manière instantanée et ne s\ Lpas non plus brusquement : il arrive souvent que, pendant Tétat qui pré* lieède le sommeil parfait^ pendant la somnolence^ des hallucinations de h |vue surviennent et affectent plus ou moins vivement rintelligence; il en est de môme pendaut les instants qui précèdent le réveil complet.

Plus tard que la vue» Vot^Je s'endort et termine la succession des pbéno-^ mènes qui ont signalé l'invasion <lu somuieil. Il est à noter que le sens ilc rouïe, qui est le plus rebelle aux iniluences du sommeil, est aussi ceïoiqui

m SOMMEIL.

résiste le plus aux approches de la mort : on entend encore, après que tous les autres sens ont cessé de vivre, de niénne que t*on entend encore môme quand tous les autres sens sont endormis, — Une autre circonstance singulière est la suivante : c'est par Forganc de l'ouïe que pénètrent très-souvent les influences soporifiques, c'est par son intermédiaire que les autres sens s'endorment tandis que lui veille encoœ. En ellet, on sait avec quelle facilité la monotonie d'un son provoque le sommeil : le bruit d'une chute d'eau, le murmure du vent dans le feuillage, les naïves chansons dont nos mères ont bercé notre enfance, etc., endorment tons nos sens, tandis que les oreilles restent encore sensibles à Timpression du son. L'organe de l'ome, togé dans un réceptacle osseux, condamné à une immobilité absolue, ne peut en effet facilement se soustraire aux sensations qui l'assiègent, il entend jusqu'aux bruits intérieurs de notre corps, il entend môme le stIcQce.

De tous les sens, endormi le dernier, le premier il s^éveille et éveille les autres conjuie il les avait aidés à s'endormir Très-souvent, en eiret, on est éveillé par les bruits du dehors. Au milieu d'un assoupissement profond, n€>tre nom prononcé h voix basse suffît pour chasser le sommeil; mais il y a dans ce phénomène nutre chose que le résultat d'une sensation, il lient sans doute h des conditions psychologiques particulières. Par contre, le bruit le plus violent, quand on y est habitué, n'empôcbe pas de dormir; quelquefois même les impressions auditives sont nécessaires pour maintenir le sommeil ; le meunier, qui s'endort au bruit de son moulin, s'éveille quand ce bruit cesse ; Tcnfant, qui s'endort aux chants de sa nourrice, est réveillé par le silence qui se fait autour de lui.

Le goût et V odorat passent de la veille au sommeil, sans présenter aucun phénomène appréciable. Le goût panut s^endormir le premier et ne s éveiller que le dernier. Il est vrai qu'il est dans les conditions de ce sens de ne donner naissance qu'à des sensations bornées par leur durée et par leur fréquence. L'odorat semble conserver quelque temps sa sensibilité, après môme que les paupières sont closes : on peut voir du moins que les odeurs fortes sont capables de réveiller despersonnesqui s'endorment Mais, dans ces cas, it est nssez difficile de distinguer TcfTet excitant produit par les odeurs fortes sur la pituitaire, considérée comme organe tactile, de TeHet qui résulte des émanations odorantes elles-mêmes. 11 se pourrait que le résultat attribué à une impression prorluite sur les nerfs olfactifs fi\t dû k rimpression exercée sur les nerfs de la sensibilité générale qui se distribuent dans les fosses nasales (i).

Quant au Untrhp}\ il perd de son activité dès les premières manifestations du sommeil; mais ce sens est aussi des premiers à s'éveiller, et jamais

(1) « n est Irès-rart-, dit BBiLLAT-SAVAmN [Physiuhgk du goui, 1838, t. U. p. 17), que les f ensalions qu'on éprouve en dormanl sa rapporteal au goût et j Todorat. (Juniid on rêve d*un parterre ou d'une prairie, on voit tles fleurs sans eu seutir le parfuni ; si I'oti croit m* witcr à \m repas, ou en voit lea mels sans ^n savourer le goùl. Ce serait un travail dï^ne de» plus savanifl que de rechercher pourquoi deux de nos sens n'impressionuent pas Tâmo pendant le tommeil, taudis que !cs quatre autres jouissent de presque toute leur puisaauce.

638 IKJ «MUIEIL.

il ne dort très-profondément. Le contact d'un corps étranger saflit i pour réveiller un homme endormi, lorsque ce coutact est snbit; ai contraire^ les pressions môme douloureuses et prolongées, quand elles ont précédé l'invasion du sommeil^ peuvent n'être plus perçues. Lliabitude, en cette circonstance encore, paraît avoir la plus grande influence : tandis que le pli d'une feuille de rose empêchait les Sybarites de dormir, on Toit tous les jours des hommes qu'ont épuisés de rudes travaux trouver n sommeil réparateur, couchés sur la terre avec une pierre pour oreiller.

Certaines excitations sont plus aptes que d'autres à réveiller la sensibilité tactile : un contact, même assez violent, répété sur une large surfaoCt pourra ne pas troubler le sommeil d'un homme que le plus léger chatooillement éveillera aussitôt. C'est ainsi encore que le toucher, exercé par uns personne dont la présence auprès de nous pendant notre sommeil nous eit connue, sera bien moins capable d'en rompre laconlinuité que le moindre attouchement pratiqué d'une manière tout à fait imprévue. L'ezplicatioa de ces particularités doit être cherchée non pas dans nos sens, mais dam le semorium commtme ; non pas dans notre corps, mais dans notre esprit.

De l'étude précédente sur Tétat des sens dans le sommeil, il résulte qoe s'ils ne s'endorment pas en môme temps ni au même degré, leur réveil ne se fait pas non plus instantanément pour tous. Il existe une solidarité remarquable entre les divers organes sensoriaux, puisque nous avons vu le sommeil de l'un faciliter, amener le sommeil des autres^ et le réveil de Ton occasionner, produire le réveil de tous les autres.

Durant le sommeil, selon Jouffroy (1), etc., l'esprit n'est pas comme le corps dans un état spécial; il reste toujours éveillé. Contrairement à cette opinion, il est permis de croire que le sommeil de l'esprit existe, qu'il se compose du sommeil simultané ou successif de nos facultés intellectuelles, qu'il coïncide presque toujours avec le sommeil physique, bien qu'il ne soit pas nécessairement sous la dépendance de ce dernier.

Dans les phénomènes du sommeil physique, nous avons pu isoler^ pour ainsi dire, chaque fonction, chaque sens, et y suivre les manifestations qui signalent le moment où Ton s'endort. 11 nous reste à tenter une pareille étude dans l'ordre intellectuel.

La perception sommeille, et parfois même avant les organes des sens avec lesquels elle a de si intimes connexions. En effet, qu'arrive-t-il à riiomnie qui lutte péniblement contre le sommeil^ au travailleur fatigué qui cherche dans une lecture aride les fruits savoureux de la science, aa juge épuisé condamne à entendre une longue plaidoirie? Ce qui arrive, nous le savons tous par nous-mêmes : combien de fois ne nous est-il pu advenu, après des veilles prolongées, de nous trouver assiégés d'impressions que nous ne percevions pins! Combien de fois ne nous est-il pas tombé des mains le livre ((ue nous lisions, sur les feuilles duquel

(I) JoiFFRu^, S'Hu:, liihfujth. naif.^ 1827, l. U, |i. 3U8.

OO SOmiBIL. 639

distinguions à peine les signes de l'impression I Dans ce livre, voyions les lettres, nous les assemblions, nous lisions les mots, nous ■ohevionsles pages, mais nous ne concevions plus; un peu plus tard, nous voyions encore^ mais nous ne lisions plus, enfin nous ne percevions plus nos impressions. Dans ce dernier cas, il est incontestable que la faculté de ptrcevoir s'assoupit, s'endort avant môme l'organe du sens qui transmet l'impression.

Dans d'autres circonstances, l'organe scnsorial s'endort avant la faculté, aoo pas de percevoir^ mais de concevoir. Il est difficile de démontrer que k perception persiste après le sommeil des sens; on ne comprend pas tout d'abord, et l'on est porté à nier qu'une sensation puisse exister sans passer par les sens. Mais, que le sommeil ferme l'organe de la vision au moment o& une image vient d'être perçue, cette image pourra donner naissance i ime foule d'idées qui, en raison de leur affinité avec l'idée mère résultwii de la perception de l'image, naîtront, croîtront, se succéderont avec une rapidité d'autant plus grande qu'aucune nouvelle sensation ne viendra [m interrompre. Pendant la veille, une idée primaire existant, elle pourra persister sous l'influence de la volonté, jusqu'à ce qu'une sensation nouvelle, déterminant une nouvelle série d'idées, la fasse disparaître; mais, au moment où survient le sommeil, l'idée primaire se transforme bientôt en uie autre qui en amène une troisième, et ainsi successivement. Toutes ont cela de commun, que, par un point, elles touchent à l'idée précédente insqu'à la première, qui tient à la sensation, et, dans cette chaîne, le premier anneau, comme chacun de ceux qui le suivent, peut donner attache k une foule de pensées qui varient suivant les facultés, les dispositions, les natures individuelles. Que l'idée de la lumière, par exemple, soit conçue, et, dans Tespritdu physicien, elle réveillera les idées multiples de composition et de décomposition, de réfraction, de polarisation, etc.; au physiolo- |^fte,elle rappellerales curieux phénomènes de la vision; au peintre, les variétés des couleurs; à l'homme du monde, l'éclat des fêtes; au poôte, les beautés de la nature;— et chacune de ces idées primaires, source à son tour d'une foule d'idées différentes et pourtant associées avec la première, explitpe l'infinie variété de celles qui peuvent tenir à la même perception. Mais, de toutes ces formes delà conception, l'idée primitive est la plus intense, la plus vivace; toutes celles qui lui succèdent vont en s'affaibiissant. jusqu'à Ce que la dernière se perde dans le sommeil de la conception.

U est facile de vérifier sur soi-même les faits qui précèdent, et nul doute que chacun de nous n'ait maintes fois éprouvé les phénomènes qui surviennent avant que la conception sommeille et lorsqu'elle s'endort. /Unsi, pour en revenir à l'exemple que la lecture nous a déjà offert, ne nous est- il pas arrivé* en lisant, de concevoir une idée au moment où la perception s'endormait, et de cette idée découlait un flux d'idées nouvelles et variées? Si, secouant, par un dernier effort de la volonté, notre faculté de percevoir; si, réveillant nos sens endormis, nous reprenions la lecture au point où nous l'avions interrompue, avec quel étonnement n'avons-nous pas remarqué l'intervalle immense qui séparait nos idées de

ékê

DCJ SOMUEIL.

celles de Tauleur? Ainsi^ nul doute^ sous ce rapport, que la faeaUAilr

concevoir pais54', veiller encore quand la faculté de percevoir esi déjà oh

dormie. Mais, que 1 idée qui précède immédiatenaent le

ait fait peu d'impression, que le sommeil physique par&it

autre sensation, un moment viendra où le dernier anneau de la

de^ idées conçues restera inattacbé, et, jusqu'à ce que sonrieiiiie mie iéèi

nouvelle, fruit d'une nouvelle sensation, la conception dormtn.

Une objection facile à prévoir est la suivante : si, dira-t^oo^ les lâkî sonl innées» ne pourra*t*il pas arriver qu'une idée nonTetlc pendant le sommeil des sens, de manière à tenir ta coocepticm éveillée? Cette hypothèse spécieuse tire sa plus grande valeur de Tii sihitité de démontrer, d'une manière absolue, le repos d'une faculté taM* lectuelle : et pourtant, déjà pendant la veille, il est impossible de prouver que le cours des idées ne subit jamais de temps d'arréU Or, peodanl le sommeil, il arrive souvent qu'aucune manifestation n'indique li pré» sence d'une idée^ que la mémoire n'en garde aucun souvenir, qu'ai moment du réveil on n'en ait aucune connaissance; et dès lors tl M bien croire qu'il n'en existait pas. D*un autre côté, quand les idée* H succèdent, découlant d^une même source, leur enchaînement imptiipR leur continuité; mais^ dès que cette chaîne est interrompue^ il jadiicontinuité dans la conception, il y a temps d'arrêt : que cette snsptision dure un temps plus court que Fesprit ne peut le coiice?oir, ib n'en aura pas moins existé; qu'elle se prolonge, c'est le sommeil, le repoi de la faculté de concevoir.

Deux des facultés essentielles de l'esprit sont donc susceptibles de reposi de sommeil, soit simultanénient, soit isolt/ment, soit en même temps qot dorment les organes des sens, soit enfin après que ces organes se sent endormis; car il peut arriver, et cette assertion exprimée plus haut doit èti-e démontrée, que la faculté de percevoir comme celle de concevoir veille encore, quand les sens se trouvent déjà plongés dans le sommeii

Rappelons^ pour quelques-uns des sens, ce qui se passe au momeot où ils s'endorment* Les impressions faites par les corps extérieurs, et devenues de plus en plus vagues, n'existent plus que par leur image, p^r tes idées qu'elles ont fait naître. L anneau premier de la chaîne des idées est bien loin, que la faculté de concevoir encore éveillée enchaîne denoa* veaux anneauxj cnliinte de nouvelles images. Mais» comme la dernière impression a été transmise par un organe déjà affaibli par renvahissemeiiL du sommeil; comme elle a été saisie par la faculté de percevoir déjà soupio elle-mùrae; comme enfin la conception, elle aussi, &e trouve amoindrie, il doit en résulter, et il en resuite effectivement, que les iééXÊ^ offrent moins de netteté, moins d'exactitude et de précision. Les orfaoe» des sens mal impressionnés ne traosmcLlent qu'une sensation mal et qui devient la source d'idées mal conçues; de lii vient sans doutée fluence incontestable de Télat intermédiaire à la veille et au sommeil s«r la production des hailuanattons^

Cette influence résulte sans doute du sommeil imparfait de la faculté de percevoir, la faculté de concevoir persistant encore^ mais ayant déjà perdu de son énergie, de sa netteté, de sa lucidité. On sait que le simple abaissement des paupières suffit quelquefois pour provoquer^ chez des malades, dies hallucinations de la vue : l'œil étant fermé, aucune nouvelle sensation n'est possible, mais la dernière image dont la conception a gardé l'empreinte devient l'anneau primaire d'une série d'hallucinations d'autant j^os variées, d'autant plus persistantes, que la faculté de concevoir sera pins énergique, celle de percevoir plus endormie; d'autant plus fantasques iDssî, que les sens seront moins capables de redresser les erreurs produites |»tr l'illusion de l'esprit.

Toutes nos impressions sont transmises des extrémités nerveuses aux centres nerveux; les causes qui les produisent portent leur action primitive sur les filets terminaux des nerfs, les seuls points sur lesquels elles poissent agir. Mais que, par une circonstance quelconque, la cause d'excitation se trouve en rapport, non plus avec la terminaison d'un nerf, mais tvec sa partie moyenne, avec son tronc ou avec son origine dans les centres nerveux, chaque sensation n'en sera pas moins rapportée par notre ttiptii à cette partie du corps d'où elle devrait provenir, où aboutissent les ramifications terminales du nerf lui-môme. Déjà, dans une autre partie le cet ouvrage, nous avons insisté sur les nombreux exemples qui démontrent la vérité de cette assertion. Qu'une impression ait donc son siège. Mm plus à l'extrémité d'un nerf de sensation spéciale, par exemple, mais Hir le trajet de ce nerf, la perception qui en résultera donnera naissaoce à me image inexacte, à une conception fausse; caria sensation sera rapportée à l'extrémité du nerf et attribuée à Tagent ordinairement en rapport ivec cette extrémité. C'est ainsi que l'irritation du tronc du nerf optique |iar un instrument piquant, par l'électricité, procure la sensation d'un sorps lumineux qui serait placé devant l'œil; si la stimulation siège plus baut, si elle est produite dans certaines régions des centres nerveux, une lensation analogue n'en aura pas moins lieu, et la conception en sera d'autant plus étrange. On comprend de la sorte comment les congestions oérébrales peuvent donner naissance à mille images diverses, sources plutAt que produits du délire. Des malades ayant subi l'extirpation du globe de l'œil ont eu à souffrir, pendant la période inflammatoire, de la présence Qontinuelle de fantômes lumineux (1). Les aveugles voient aussi quelque - Eus pendant le sommeil, mais ils ne voient que des objets qui ont frappé leurs yeux avant qu'ils eussent perdu la faculté de voir (2). Esquirol (3) a observé des hallucinations de la vue coïncidant avec l'atrophie des nerfs optiques, depuis l'œil jusqu'au chiasma.

D est inutile d'ailleurs d'aller chercher dans la pathologie des preuves à l'appui de celte proposition, que le cerveau a la faculté de concevoir des

' (i) LmB, De fungo niedullari. Leipsick, 1838. (J) Voy. Hermann (Journal mensuel cCAmmm^ 4838). (3) EsQDlBOL, Des maladies mentales, t. I.

LORCET. — PHYSIOL. Ul. — Al

M7 DO SOMMEn.

sensations en l'absence de tout objet extérieur capable d'en produire. Les enfants, et surtout ceux qui présentent les attributs du tempérament sanguin, voient souvent, avant de s'endormir, des figures bizarres, terribles par leur étrangeté, grimacer devant eux, et leur imagination naturellement faible, d'ailleurs trop souvent bercée de contes fantastiques, reconnaît avec effroi dans ces risions les spectres, les fantômes dont on les a entretenus. Ils ont peur, la nuit de toutes parts les environne, ils veulent fuir un ennemi inconnu; en vain ils se retournent et s'agitent, se cachent sous leurs couvertures; en vain ils contractent leurs paupières appesanties, partout les fantômes les poursuivent, car ils les portent en eoxmémes : c'est dans leur cerveau qu'en est la cause première, rorigine, ai même temps que la conception. l'interprétation, l'imagination. Sans parler de Tenfance, dont les sensations ne sont plus pour nous qu'un vague souvenir, il arrive souvent à l'homme éveillé et disposé à s'endormir de voir dans l'obscurité des objets divers se dessiner devant ses yeux, appartUrc comme une réalité à ses regards distraits. Âristotc (1), Spinosa (S), Gœthe (3), Gruithuiscn ((i), et presque tous les auteurs qui ont écrit sor les rêves, ont mentionné cette circonstance. Mais, pour cela, il faut qtt l'œil, ouvert ou fermé, ne puisse rien voir des objets réels : c'est môme le meilleur moyen de faire cesser ces visions que de regarder les objets qui nous entourent.

Ce qui se passe dans ces circonstances^ cette perception d'impressioM sans cause extérieure, cette conception imaginaire, ces visions, ces halhcinations, expliquent un grand nombre de phénomènes qui semblent, lu premier abord, tout à fait surnaturels.

Qu'un homme soit préoccupé au point que le monde extérieur n'existe plus pour lui; que, pour un moment, presque toutes sf?s facultés soient inaclivcs, comme dans le sommeil, il pourra arriver que ses yeux, ouverts en apparence, mais fermés on réalité, ne voient que les images subjectives, fantt)mos de son imaj^ination. Ceci n'arrive pas la nuit seulement; une idée qui nous absorbe, une crainte que nous éprouvons, une émotion pénible qui nous accable, peuveni aussi étendre un voile sur nos yeux, et nous mettre dans des conditions analoji:ues à celles qui précèdent le sommeil : alors, où l'enfant verrait des spectres, l'homme, suiv.mt ses pensées du monienl, aura des apparitions désirées ou redoutées.

Toutes ces hallucinations du sens de la vue résultent vraisemblablemeol d'une impression produite sur un point quelconque des parties de Tencéphale consacrées à l'exercice de la vision. Ce sont des sensations sans cause matérielle, des sensations purement subjectives. Il en est de même de ces visions qui nous apparaissent pendant le sommeil parfait des sens, soit comme cause, soit comme effet de nos rêves.

(1) ArISTOTE, Trntd' des soiujt'x^ chap. III.

(21 Spinosa, f)/*r/v; pu^thumn, epist. xxx.

(3) CoETHE, /ur Furh^nMir*'. Tubiiigue, 1819.

>4) GRriTUUlSEM, Vhy.siijynosu\ etc., p. 236.

DU SOmiBIL. MS

!e n'est pas seulement pour le sens de la vue que nous pouvons constal'influence, sur le développement de nos idées, d'une impression per- ! sans rintermédiaire des parties extérieures de l'organe sensorial : le s de Touïe nous en offre un exemple remarquable. I est une illusion de ce sens, à laquelle un grand nombre de jeunes îs sont sujettes, ou plutôt il est un rêve commun à un très-grand abre de jeunes personnes dans des conditions particulières. Qu'on inroge des chlorotiques sur les rêves qui leur sont les plus habituels, et I sera élonné de la similitude extrême de leurs narrations. Toutes, ou sque toutes, se croyaient à la campagne, elles entendaient le doux rmure de Tonde, le bruit du venta travers le feuillage; et sur ce thème forme, leur imagination compose d'innombrables variations dont l'orie, plus ou moins facile à retrouver, est toujours ce son entendu pendant (ilence de la nuit, c'est-à-dire le souffle, le murmure musical, le chant tourterelles^ le bruit de diable produit par la circulation du sang chloique dans les artères du cerveau : c'est là ce bruit qui, sans l'interméire des parties extérieures de l'organe de l'ouïe, est perçu par la région l'encéphale destinée aux sensations auditives. Que la maladie, qui entient le sang dans les conditions favorables à la production des bruits isicaux dans les artères, soit guérie, aussitôt les rêves changent de na- *€, et ne présentent plus ce caractère spécial qu'ils empruntent à leur ise particulière.

Vous venons d'indiquer seulement une forme des rêves dus au bruit ériel; il en est une foule d'autres qui paraissent avoir la même origine. isî, c'est principalement chez les tilles de la campagne que ce bruit fait rer arbres et ruisseaux ; aux jeunes personnes de la ville, il rappelle les uces mélodies ou les brillants concerts, il leur fait entendre les chœurs B. anges, les hymnes des saints, comme les impressions lumineuses rebutent quelquefois aux esprits religieux les auréoles divines ou les ]Z de l'enfer.

Sans doute il serait possible de suivre, à travers la plupart des rêves, mpression subjective ou objective qui leur a donné naissance : mais il iidrait donner à ce sujet des développements que ne comporte point la ilure de cet ouvrage. Il suffit que nous ayons, par des exemples pris dans s phénomènes de tous les jours, indiqué comment surgissent quelquesnés des idées qui nous occupent pendant le sommeil; comment, dans ces irconstances, et par quel mécanisme quelque chose arrive dans notre itelligence sans passer d'abord par nos organes sensoriaux.

Bd poursuivant notre analyse des phénomènes du sommeil dans l'ordre Diellectuel, nous trouvons un état dans lequel une idée unique absorbe outes nos facultés, tout notre être: cet état qui, chez l'homme éveillé, constitue l'extase, est, pendant le sommeil, l'expression de l'assoupisseûent de certaines facultés, tandis que d'autres restent encore inassoupies. h là viennent les b(jnge.s qui coïncident avec des idées abstraites. L'ima-

ginalion veille, la mémoire et le jugement aasi»i, toutes les antres facultés étant plongées dans le sommeil. De même que notre conceptioii peut, pendant le réve^ s'exercer sur des sensations éprouvées pendant la veille, de même les idées rêvées peuvent n'être, en quelque sorte* que la soile des idées éveillées ou peuvent en être entièrement distinctes. D'ob viennent ces songes? comment se succèdent-ils? comment finissent-ils? A ces questions nous ferons une seule réponse qui sera aussi la seule explication que nous donnerons sur ces manifestations de Tintelligence. Pendant l'état de veille, nous l'avons déjà vu^ une idée nait dans notre cerveau; elle s'y développe jusqu'à ce qu'une autre idée, produite par ses propres transformations, ou résultant des objets extérieurs, vienne prendre sa place. Pendant l'état de sommeil, une idée séjourne dans le cerveau et s'y élabore, sans qu'elle puisse être remplacée par une autre ayant sa raison d'être dans les corps extérieurs ou dans nos sensations : aussi est-il facile de comprendre qu'elle pourra acquérir des développements d'autant plus parfaits» atteindre des proportions d'autant plus étendues, une lucidité d'autant plus complète, qu'aucuue image étrangère ne viendra lui disputer le chxasf de l'intelligence où elle règne sans partage. Quand une pensée nous occupe profondément, elle amène presque toujours un état analogue à celai que nous trouvons dans cette forme du sommeil, une sorte d'état extatique pendant lequel le monde réel, l'univers des sensations n'existe plus pour nous; seule elle nous possède, car la matière est dominée par la pensée, le corps par l'esprit, l'individu par la pensée qui est en lui, mais qui n'est pas lui, et à laquelle il ne peut se soustraire, quoi qu'il fasse. Il en esta peu près de même quand une passion violente nous aveugle, elle seule régit alors tout notre être : sensations, pensées, raison, volonté, rien n'existe plus quand la passion a acquis un certain degré de violence. D se passe là ce qui a lieu dans le sommeil ou toutes nos facultés peuvent se concentrer en un point. Aussi, que de prodiges de Tesprit humain nous verrions se produire, si tous nos rêves, ces enfants privilégiés de notre imagination, ne s'ctfaçaient pas presque toujours de notre mémoire, en n'y laissant qu'une trace éphémère! Et déjà maintenant nous devons aa sommeil des œuvres dont serait fier le génie éveillé : c'est pendant le sommeil que Cardan a composé un de ses ouvrages, que Condillac a souvent achevé son travail (1) ; Voltaire refit complètement en rêve, et mieax qu'il ne l'avait composé étant éveillé, l'un des chants de la Henriode (2); des mathématiciens ont souvent pu résoudre, en dormant, des problèmes qui avaient échappé aux investigations de leur esprit éveillé (3). La physiologie elle-même a soulevé les coins de son voile pour Burdach endormi. «Le 17 juin 1822, raconte cet auteur, en faisant la méridienne, je rêvai que le sommeil, comme l'allongement des muscles, est un retour sur soi-ffléme qui consiste dans une suppression de l'antagonisme : tout joyeux de h

(1) /)/c/. ihK^ .NV. méiLy t. XLVlir, p. 261.

(2) /)iV/. ;>/ii/or., art. Rêves.

(3) V. Carus, Psychohgie, i. II, p. 208.

DU SOMMËIi.

vive lumière que cette pensée me paraissait répandre sur une grande masse de phénomènes vitaux, je m'éveillai ; mais aussitôt tout rentra dans rombre, parce que cette vue était trop en dehors de mes idées du moment; mais elle est devenue le germe de vues qui depuis se sont développées dans mon esprit (1). »

C'est surtout la poésie qui sootile pendant le sommeil ses inspirations les plus belles. 11 n'est pas de poCte qui n'ait rêvé ses vers, et souvent les meilleurs; il n'est pas d'esprit coltivé dont les discours n'aient pris en rêve une teinte vague de poésie. Je connais une dame qui, douée d*un esprit distingué et ouvert à toutes les nobles pensées, n*a jamais pu» étant éveillée, rendre en vers la moindre idée poétique, et qui, pendant ses rêves, a souvent composé des pièces de poésie qui, nées dans les songes^ disparaissaient comme eux.

Si nous continuons h analyser le -sommeil intellectuel, nous trouverons ^ toujours et partout cette circonstance importante, sur laquelle nous avons déjà insisté, que le sommciU en arrivant, annihite lout d'abord la solidarité qui existe normalement entre les diverses facultés, qu'il les fait vivre isolément de leur vie propre, jusqu'à ce qu'il les domine toutes au proOt d'une seule, et peut-être même au profit exclusif des fonctions de la vie végétative. Nous avons assisté au sommeil de la sensation, de la concep* lioq; nous avons vu l'imagination exaltée par le sommeil des autres facultés. Mais que le sommeil fasse des progrès, et bientôt Timaginatiou aussi s'endort, comme il arrive dans ce sommeil profond que ne trouble aucun rêve» ou, comme on le voit encore chez ceux dont Fcsprlt, peu cultivé, est absorbé par la matière. Dans ces conditions, en effet, il n'y a plus de rêves, Tesprit dort, et, s'il n'est pas possible de démontrer positivement ce sommeil, c'est que Tabsence de rêves est un état négatif non susceptible d'être prouvé. Il ne nous paraît donc pas exact d'établir, avec Joulfroy (2), les propositions suivantes : a Le fait que Tesprit veille quelqut^Iois, pendant que les sens dorment, est établi; le fait qu'il dorme quelquefois avec eux ne Test pas; les analogies sont donc pour qu'il veille toujours, »

De cette circonstance, qu'on peut fournir en ceriains cas la preuve de la veille de i'esprit coïncidant avec le sommeil des sens, il résulte que, trésprobablcment, le contraire a lieu quand celte preuve ne peut pas être fournie, c*est-à-dire que le sommeil envahit à la fois et les sens et Tesprit. Sans doute, ce n'est pas en même temps et au môme degré que se produit rifisoupissement dans notre être : il s*empare successivemenl de certains

as, de certaines facultés, abandonnant les uns pour attaquer les autres; mais l est incontestable qu'il domine à certains degrés, en certains moments, certaines facultés intellectuelles. Pour nier cette vérité, il faut ne pas admettre la vérité la plus vulgaire, le sommeil même des sens.

Joulfroy (3), pour prouver que l'esprit veille toujours, s'est vu obligé de

(1) BOIDACB, Traité ik phxjnoLy t. V, p. 21 3.

(2) loUFfRûY, Aour. BiUiùth. méfi., 1827, t. H, p. 354.

(3) JoLTFRûY, fw. aï,, p. 361,

poser en principe : a Vqae les sens seuls sengaurdistent dans le sommai; 2"" que plusieurs de nos sens continuent de transmettre à l'espril les sensations imparfaites qu'ils reçoivent; S"" que Tesprit juge des sensations, et quec*est en vertu de ses jugements qu'il éveille les sens ou ne les éveille pas; que la raison pour laquelle l'esprit éveille les sens^ c'est que laseoiation tantôt l'inquiète, parce qu'elle est inaccoutumée ou pénible; tantôt l'avertit qu'il doit éveiller les sens, parce qu'il est le signe conao du mo> ment où il doit le faire. »

Dans la première de ces propositions, on voit d'abord que les sens ne feraient que s'engourdir dans le sommeil. Or, si l'engourdissement est b môme chose que le sommeil^ cette proposition est inutile; si c'est aatie chose, si c'est un degré moindre, elle est fausse : dans le sommeil dei sens, les sens dorment.

En second lieu, tous nos sens ne participeraient pas également à cet engourdissement, car les uns seraient fermés comme les yeux, les autres à demi engourdis comme le tact et l'ouïe (1); ce qui nous amènerait direetement à conclure que certains sens sont, d'après Jouffroy, comme l'esprit, non susceptibles de dormir. Cette analogie existe efifectivement entre les sens et l'esprit; mais nous l'exprimons de la manière inverse, en dissnt que l'esprit est, comme les sens, sujet à s'endormir.

D'après la troisième proposition, l'esprit, après avoir jugé des sensations, éveillerait les sens ou ne les éveillerait pas; mais, pour qu une sensation arrivât à l'esprit, il fallait bien que les sens ne fussent pas endormis; comment les éveillerait-il? Il y a, dans cette proposition, un cercle vicieux. Comment Joulfroy pouvait-il admettre qu'une sensation arrivât à Tesprità travers les sens endormis? Comment^ s'ils n'étaient pas endormis, l'esprit pouvait-il ensuite les éveiller?

Ce philosophe a donc été trop loin, lorsqu'il a prétendu que, pendant le sommeil, Tcsprit ne dormait jamais. Il a été dans le vrai quand il a dit : « L'esprit travaille toute la journée comme le corps; mais, quand vient U nuit, il se sent fatigué comme son compagnon, et, convié au repos par l'assoupissement des organes qui Tentourent, il se dépouille de la volonté, comme l'esclave de ses chaînes, et s'abandonne à sa libre nature (2). >

La dernière partie de cette conclusion est conforme à celle que Maine de Biran (3) a tirée de propositions différentes : « Le sommeil, dit-il, ne peut consister que dans la suspension de l'état d'effort, c'est-à-dire de l'action présente d'une volonté ou force motrice sur les organes qui loi sont soumis. »

Le sommeil de l'esprit n'est, pour Joulfroy, que la suspension de l'attention; pour Maine de Biran, il consiste dans la suspension de la volonté, dont l'attention n'est qu'un mode d'exercice. Un fait certain, c'est que U volonté, cette faculté de décider et d'agir après avoir jugé, dort tiès-son- ▼entpendant le sommeil. L'étrangeté de nos soniçes, l'ou'ï'i rapide qui I

(1) Rec, et/., p. 358.

(2) Rec, cit,^ p. 368.

(3) Madii di Boukii, Œuvres philos,, X VL, p. S2i.

DU SOMMEII» 6&7

suit, la passivité avec laquelle nous les subissons, l'ignorance où nous restons des actes accomplis pendant le sommeil, le défaut de conscience, sont autant de circonstances qui viennent prouver que la volonté peut dormir comme les autres facultés. Est-ce à dire que le sommeil ne soit dans l'âme, dans l'esprit, que la suspension de la volonté? Non, sans doute, car : i"* la volonté peut être suspendue en l'absence du sommeil; 2^ elle peut persister pendant que toutes les autres facultés sont engourdies, endormies.

La volonté peut être suspendue en l'absence du sommeil : quand nous laissons nos pensées errera Taventure; quand, rêveurs éveillés, nous bâtissons, avec l'aide de notre imagination et sur le sol du caprice, des châteaux en Espagne; quand, esclave d'une passion violente, nous sommes entraînés par elle; qu'en proie à la colère, par exemple, nous sommes dominés par ce sentiment, notre volonté est suspendue, mais nous ne dormons pas. Si le caractère du sommeil intellectuel était précisément la suspension de la volonté, quelle différence y aurait-il entre le sommeil et cet état dans lequel la volonté est suspendue par l'action qu'exercent sur le cerveau les boissons alcooliques, ou bien entre le sommeil et le délire?

Sans doute, elles sont nombreuses et grandes les analogies qui rapprochent ces diifércnts états, mais elles sont bien loin encore d'établir entre eux une similitude complète. Et d'ailleurs, ce ne serait pas seulement le sommeil intellectuel qui dépendrait de la suspension de la volonté, puisque, pour Jouffroy, Tesprit ne peut pas dormir ; ce serait le sommeil môme pour Maine de Biran, et les phénomènes physiques du sommeil n'en seraient qu'une manifestation.

La volonté peut persister pendant le sommeil de toutes les autres facultés : les preuves à l'appui de cette proposition se présentent en foule. C'est une vérité connue de tous qu'il suffit de vouloir pour s'éveillera une heure convenue, l'esprit mesurant alors le temps et réveillant les sens au moment opportun ; c'est chose curieuse assurément que de voir cette volonté de rompre le sommeil persister pendant le sommeil même jusqu'à l'heure fixée d'avance. A quelle cause attribuer le facile réveil de la mère au moindre soupir de son enfant? En vain le bruit de la rue retentit dans Tair, les cris des passants ébranlent son oreille; en vain la foudre gronde et éclate, elle dort. Mais un léger souflle a fait vibrer les lèvres de son enfant, ou bien il s'est agité dans son berceau, et aussitôt elle s'éveille : elle a entendu ce souftlc, ce mouvement, car elle était attentive, elle voulait entendre. Le corps peut dormir, l'esprit peut sommeiller; mais il ne dort ni ne sommeille l'amour d'une mère pour son enfant

Dans le cauchemar, nous pouvons sentir en nous-même la persistance de notre volonté pendant le sommeil : il nous a été probablement donné à tous de sentir, et bien péniblement, l'isolement de la volonté au milieu d'autres facultés endormies. Lorsqu'après des veilles prolongées et de grandes fatigues corporelles, il nous est enfin permis d'aspirer au sommeil, il arrive souvent que l'imagination surexcitée amène des visions en rapport

towBsdi^l

avec nos dernières sensations, ci par conâéquent pénibles. NoOi

^objets hideux et redoutas se présenter à nous; nous nous trooTons sur le

[bord d'un abime; nous nous sentons menacés d'un danger pressant, momi

lvou/ora# fuir, nous sentons que nous avons cette volonté, mais le re«le de

Inotre individu dort d'un si profond sommeil, que notre Yolonté ii*est pis

[capable de réveiller. Une lutte s'engage alors entre la matière et l'cspriU

* entre la force d*inertie du sommeil qui engourdit notre corps et nol

volonté qui lui ordonne de s'éveiller; et, lorsque cette lutte a sufYisami

duré» elle se termine presque toujours par un réveil complet : nous seo

'alors notre corps et notre esprit anéantis par ce combat, dont notis avoai

été h la fois spectateurj acteur, théâtre, et dont nous restons Ticlime,

On aurait tort de croire qu1l y a cauchemar seulement lorsque t'i

mac est rempli, ou quand il y a gène tie la circulation dans les gros fais-

[«eaux : sans doute» ce sont là des causes de cauchemar, mais il en est

d'autres qui dépendent exclusivement du système nerveux* de rimagioa-

lion. Ce n'est même pas un cauchemar véritable que cet effroi éproofé

souvent par les asthraaliqoes, et les gens affectés de maladies de

car» en réalité, il y a chez pux, pendant le sommeil, un commence

d'asphyxie. S'ils crient qu'ils étouITent, ils ne se trompent pas : ils é

vent bien positivement une sensation qui les avertit du trouble matériel df

la circulation ou de la respira» ion* Prétendre, avec Maine de Bii-an, que,

dans le cauchemar, il y a seulement désir violent et non volonté d*écliap«i

per à la douleur qu*on éprouve, c'est changer seulement les mots pi

exprimer un m*5nie lait. Vu désir violent n'est autre chose que l'aspirati

de notre volonté vers un but qu'elle n'atteint pas encore; pour que le d

violent exisle, il faut de toute nécessité que la faculté de vouloir ne

pas assoupie dans cet instant, il faut qu'elle ne dorme pas.

De tout ce qui précède, il résulte que chaque faculté intellectuelle

comme chaque organe ou comme chaque partie du corps, est susceptibl( de dormir d'un sommeil particulier, soit seule, soit en même temps qu d'autres facultés plus ou moins voisines.

De Tassoupissement simultané de certaines facultés intellectuelles i pt niante s, coïncidant avec l'état de veille (rautres facultés et de ccf*" laines parties du corps^ résulte un état particulier, bizarre, étrange, auqiii on a imposé le nom de sùmnamàuiîsme.

Nous avons vu ^ dans le cauchemar, la volonté donner au corps *]• qui reslaient inexécutés; nous voulions fuir, et nos jambes refu^se mouvoir; nous voulions saisir un objet, mais nos bras appesantis n'obéis* ^ saienl pas à notre volonté. Qu'on se représente un homme paraly^/ ' ' sc^ membres, menacé d'un grave danger et rendu muet par Tel i éprouve : tel il est en présence d'un péril réel, tels nous sommes sous k poids do cauchemar. Supposons un instant que nos membres obétMOt A notre volonté, sans que nos sens soient éveillés; aloi-s nous pourroOSt pendant le sommeil même de ces derniers, accomplir des fioles norobreuf»

ou SOMMEIL.

par la seule influence de la volonté éveillée sur quelques parties du corps, sur les agenls du mouvement en particulier. C'est ce qui arrive fréqueniment chez de jeunes syjels. Les enfants, surtout ceux qui sont irritables, se lèvent souvent la nuit, ou exé<:utenl dans leur lit des mouvenienls variés, sans que d'ailleurs leur sommeil en soit interrompu. Que les organes de la voix soient éveillés, et ils traduiront les pensées de leurs rôves r c'est ainsi que des milliers de personnes ont rhabitude de rêver tout haut. Il peut arriver à ces individus, et nous en avons des preuves très-nombreuses, de soutenir pendant quelque temps la conversation avec des personnes éveillées; mais il faut qu'on soit entré dans Fcsprit de leurs songes, car les réponses qu'ils font sont adressées, non pas à leur interlocuteur réel, mats à leur inlcrloculeur idéal, au personnage de leur rêve. Qu'arrivc-t-il dans cette circonistance? Presque toutes les facultés intellectuelles sont éveillées, taudis que la plupart des organes des sens et du mouvement dorment encore» Aussi la voix elle- même n'a-t-elle pas alors sa netteté accoutumée, elle est lente et diflicite; la langue paraît lourde; les paroles sont Irainaûles, entrecoupées, souvent inleiTompues et souvent répétées, parfois étranges et tout à fait opposées h l'idée qu'elles doivent rendre; le bégayement est chose assex iia^itueîle dans cet état, et il paraît être autant dans Tesprit que dans la voix. Les paroles de rinterlocuteur éveillé sont imparfaitement entendues, ou du moins elles ne sont pas de nature h mettre eu exercice et à diriger la conception de l'individu endormi; et la preuve en est dans ce fait, que les réponses ne varient pas suivant la volonté de la personne éveillée, mais qu'elles se rapportent exclusivement aux pensées du rôve. Pour faire changer d'idées au rêveur, il faut réveiller; aussi n'appartient-il pas à rhomme éveillé de diriger les pensées de Thomme endormi; il ne peut le faire qu'en troublant à la fois, dans leur sommeil, presque toutes les facultés physiques et intellectuelles, en réveillant Tesprit par Tcntremisc des sens. S'identifier des sensations, individualiser le monde extérieur en soi, est une faculté qui exige que les rapports entre le monde extérieur et l'esprit, ce monde intérieur, ne soient pas interrompus; et, pendant les rêves dos somnambules, l'esprit, isolé des sens, vit en lui-môme concentré dans sa sphère propre.

Il importe en cfFet <le noter que le monde extérieur n'a aucune influence sur les actes des somnambules, dont le corps, instrument docile de leur volonté, ne réagit pas sur l'esprit, à moins d'être assez violemment excité pour que le réveil survienne, fis ont une volonté dont l'accomplissement seul les occupe assez vivement pour leur permettre de vaincre des obstacles dont ils n'ont pas conscience, mais pas assez éncrgiquenicnt pour amener Je réveil parfait.

Sans ajouter une foi entière aux récits exagérés des merveilles du somnambulisme, nous ne saurions nous refuser à admettre Texactitude de faits scrupuleusement observés et qui se concilient parfaitement avec les phénomènes ordinaires du sommeil, avec les explications rationnelles qui précèdent. Il est môme bien possible que la concentration de toutes nos fîicuUés en une seule puisse se traduire, chez le somnambule, par des actes

difficiles à réaliser pendant la veille ; mais gardons-nous d'oublier que Tamour du merveilleux a, de tout temps, grossi à plaisir l'étrangeté des phénomènes incompris.

Cette réflexion nous est dictée par la nécessité où nous nous trouTOi» de dire un mot du somnambulisme artificiel ou magnétisme animai. Placé entre l'incrédulité ignorante qui nie tout, parce qu'elle n'a rien vu, et la foi aveugle qui admet tout, parce qu'elle ne réfléchit sur rien, ou parce qu'elle a tout vu par les yeux et rien par l'intelligence, nous émettrons notre soi» timent avec une entière franchise, de même que nous avons mis an vif empressement à être témoin des phénomènes dits magnétiques.

Le caractère essentiel du sommeil, avons-nous dit souvent, est de pou* voir rompre la solidarité qui existe habituellement entre les diverses pa^ ties du corps, entre les divei'ses fonctions, entre les diverses facultés de l'esprit. Pendant le sommeil, chacune de ces parties, chacune de cesfacoltéi semble concentrer en elle-même la force qui lui est propre, s'isoler de toutes les autres, de même que le corps s'isole du monde extérieur par k repos des sens.

Or, s'il étnit possible d'endormir à volonté m organe, un sens^ une faculté, ce sommeil partiel ne pourrait-il pas s'accorder avec la veille da reste du corps, du reste des facultés inlellectuelles? Les faits répondent affirmativement à cette question. La belladone, par exemple, endort les muscles avec lesquels on la met en contact; les boissons alcooliques,! certaines doses, endorment quelques facultés intellectuelles; la fatigue endort les sens.

Les passes magnétiques, le regard du magnétiseur, n'agiraient-ils que comme des moyens propres à fali^'iicr le sens de la vue, et à amener le sommeil comme résultat de cette fatigue? C'est ainsi que, pour endormir son enfant, une mère lui chante des nocturnes, de ces chansons qui, monotones par le rhythme et par les sons, font entrer le sommeil parles oreilles. Rien souvent ce qui concentre l'attention sur un seul point, ce qui n'agit que sur une fibre de notre cerveau. Fatigue et endort : tel est peut-être le seul moyen d'aclion du regard fixe et immobile du magnétiseur pour provoquer le sommeil.

Mais ce sommeil, semblable à celui que la belladone produit dans les muscles, n'influencera pas simultanément tous les organes, toutes les facultés; certiiines facultés dormiront, d'aulres restant éveillées, et niors on pourra voir survenir, chez des sujets naturellement disposés, les phénomènes ordinaires du somnambulisme spontané. Chez quelques indi\idQS nerveux, la concentration de toutes les facultés, de toutes les forces, amènera une sorte d'extase, une véritable attaque de catalepsie (*). Maisdansces

(*) Cette opinion te trouve conftnnée par les faits nombreux dont la presse retentit soufenl et que la science ne doit pas dédaigner d'enregistrer. En 1842, James Brmd {a) annoofiit ou'il était &cile de provoquer un sommeil somnnmbulique en faisant regarder avec fixité n

Ikur* Rhaiii, Ntnrypnology or the Hationnl of Nervovi Steep, conaidertd in RtUition trith Animël Loadret, 1849.

ou SOMMEIL. 651

phénomènes, plutôt pathologiques que physiologiques, dans ces manifestations d'excessive irritabilité d'un système nerveux malade, il n'est rien de snrnaturel^ rien qui fasse sortir Thomme de Té troi te sphère dans laquelle il gravite.

Dans ces limites, on peut admettre l'existence du magnétisme animal ; on la comprend, on arrive presque à l'expliquer.

Si le sommeil provoqué ne répond pas à un besoin de la nature, le but final du sommeil (la réparation) n'existant pas, les facultés intellectuelles pourront se manifester d'autant plus brillantes, d'autant plus vives, qu'elles seront libres des chaînes de la réalité, libres dans le monde de l'esprit. Biais ce qu'elles pourront avoir gagné en étendue, elles l'auront perdu en justesse; elles resteront dans le vague. De nouvelles facultés pourront-elles se former, de nouveaux sens se développer ou se déplacer? Le pouvoir de l'homme pourra-t-il aller jusqu'à donnera d'autres ce qu'il ne possède pas lui-même? L'esprit humain, si faible parce qu'il n'a d'autres instruments que ses organes si bornés, pourra-t-il, se débarrassant de ses entraves terrestres^ s'étendre jusqu'à l'infini^ etc.? A toutes ces questions la raison el la science n'hésitent point à répondre non.

objet placé à une distance de 20 à àO centimètres des yeux^ l'esprit étant uniquement attaché A l'idée de cet objet. « Après un intervalle de temps variable, » dit-il, « en soulevant doucement ji lei bras et les jambes^ on trouvera que le patient a une disposition à les garder, s'il a été

» fortement affecté, dans la situation où ils ont été mis A l'exaltation première des sens,

» succède une dépression beaucoup plus grande que la torpeur du sommeil naturel^ etc. (a). »

L'insensibilité (anesthésie et analgésie) pouvant être produite par ce moyen, Braid en fit l'applieation à la médecine ; mais ses recherches eurent peu de retentissement, probablement à cause des apparences mystiques dont elles étaient revêtues.

Toutefois AzAX, ayant constaté l'exactitude de ces expériences, et Broca les ayant publiquement renouvelées pour déterminer Tanesthésie dans des opérations chirurgicales, Velpeau informa l'Académie des sciences, dans la séance du 5 décembre 1859, du résultat obtenu par ces expérimentateurs. De|»ui8 lors, de très-nombreuses expériences pour produire l'hypnolisme ont été faites de tous côtés avec des succès variables. Des faits recueillis jusqu'à ce jour, il paraît résulter que, comme nous le disiuns plus haut, chez quelques individus nerveux, la eoneentration de toutes les facultés amène une véritable attaque de catalepsie. — Cette idée d'ailleurs n'est pas nouvelle : déjà, en 18 16, Piorrt établissait, dans le Journal de la Vienne^ que les passes dites magnétiques provoquaient le sommeil en modifiant les organes et les nerfk de la vision. Quant aux applications chirurgicales de ce sommeil, on sait que déjà, en 1829, J. Cloqitet a pu faire une amputation d» sein pendant l'anesthésie produite par le sommeil mafin^étique. Or, on le comprend, pour nous, magnétisme et hypnotisme, c'est un seul et même moyen de produire le sommeil par la fatigue des yeux, sur les animaux comme sur rbomme (/>).

(c) Dietionnairr. de iNtste.'*, art. Hypnotitme, iO* édit. par E. Lmni et Ch. Robih.

(6) C.onsultM *nr riivpinUiiioie ; Hiit.u\yD^ Chiipter$ of yft^ntnl Phytiolnfiy. Lontires, 1858, p. 100 et «niv. — Cavmsitcii. Huuian j>h^i*ioloQy , PhiladHlphic, 3* nilit., p, 8J7, «'t artirle Sl^ep^ «ions Cyclnpœdia of Anat. n7td Phv- «M, par TooD. — BanMerr, Ôutli/iei of Phyihhtgy. Ëdiul)iiry;h, 1858, p. 150 et «air — On tht Aue, Pivyri:x» «•4 MyMterieM of Mennerinm {The Londim Lancct^ 1845, t. I, p. 500 et siiiv.). — Azam, Arch, génér. tU vttèd.y jnvMT 4800, etc.

La génération est la fonction par laquelle les êtres vivants se reproduî* sent. C'est pat- elle que les animaux créés se perpétuent et que leurs espèea se conservent.

Cette fonction s'accomplit, dans l'espèce humaine, à l'aide d'une sérifl d'actes dans lesquels les deux sexes interviennent. C'est de la même manière, c'est-à-dire h Taidc de deux sexes, que se reproduisent un grand nombre d'animaux, soit que leurs sexes restent séparés et distincts comme chez rbommCj soit qu'ils se trouvent réunis chez un seul individu, lequd peut alors remplir à la fois le rôïe ûu mule et celui rie la femelle.

Mais» chez plusieurs autres ôlres, dont Torganisalion est moins parfaite, lit n'y a pas de sexes. L'individu unique^ qui dans ce cas cousiitue Tespècc, peut se reproduire : — par des œufs ou des spores susceptibles de se dételopper d'eux-mêmes; —par des gemmes ou bourgeons qui se développent inconiplélement avant de se détacher de la mère; — ou bien par la scission û'mw partie du tout, partie d'ailleurs plus ou moins considérable et qui se complète peoilaot un après Tiicte de sa séparation.

Ces trois modes coexistent chez certains ^tres inférieurs, et mÔme, à< qu'il parait, se rencontrent quelquefois chez des animaux dont les sexfl sont distincts.

Enfin on a admis, mais sans preuves sufllsantes, que plusieurs anîmaa surtout les plus inférieurs, peuvent se créer de toutes pièces* On a craqii Irasseniblage d'atomes inorganiques, ou de particules provenant d'êtres organisés, morts ou vivants, pouvait donner naissance à des animaux, variables de forme et de structure suivant les circonstances; animaux ne provenant pas, comme les autres, de parents semblahles à eux; suscep* tibles, en un mot, de se former spontaném'ni, partout où se irouveraient réunies des conditions favorables h tour développement.

Il convient d'examiner d'abord ce qu'on doit penser de cette hypoUlèsa, et comment il faut interpréter les faits et les expériences qu'on a invoqués en sa laveur. — Nous mentionnerons ensuite chaque mode de reproduction; puis nous décrirons avec détail tous les phénomènes de celui qui est propre à l'espèce humaine.

DE Lk GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE. 653

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