‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 54 sur 92 · DE LA GÉNÉRATION OHE SPONTANÉE CHEZ LES INFUSOIBES · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉRATION OHE SPONTANÉE CHEZ LES INFUSOIBES

aent après la mort^ et quelquefois aussi pendant la vie. Les molécules ioraboadantes, qui ne peuvent pénétrer le moule intérieur de l'animal xmr sa nutrition» cherchent à se réunir avec quelques parties de la matière inite des aliments, et forment, comme dans la putréfaction, des corps irganisés : c'est là Torigine des ténias» des ascarides, des douves, et de OU8 les autres vers qui naissent dans le foie, dans Testomac, les intestins, il jusque dans le sinus des veines de plusieurs animaux; c'est aussi Tori- [ine de tous les vers qui percent la peau.... (1). d

n est vrai qu'examinés avec des microscopes insuffisants les infusoires «mblent n'être qu'une simple masse de gelée vivante, et peuvent passer MMir ces prétendues molécules organiques de Buffon. Les tissus des aninaux, imparfaitement étudiés, avec des grossissements peu considérables» iHkient aussi un aspect granuleux qui a pu les faire regarder comme com* ^O0és de la réunion de corpuscules ou globules, auxquels il était facile, ivec une imagination comme celle de Buffon, d'accorder une vie propre. Plusieurs observateurs étaient tombés dans une erreur analogue sur la itnicture des tissus, à une époque encore peu éloignée de la nôtre. Mais nos connaissances histologiques actuelles ne nous permettent plus de imite» et il est certainement inutile de réfuter les idées de Buffon sur ce mjet.

Deuxième hypothèse, — Vers la fin du dernier siècle, Spallanzani commença, sur la formation des infusoires, des recherches dont nous aurons bientôt l'occasion de parler : troublé dans ses conclusions par quelques idées préconçues, il n'en tira peut-être pas tout le parti qu'il devait Plus lirdy en France, Fray (2) fit de nombreuses expériences avec tout le soin minutieux des chimistes et des physiciens. Mais elles furent plus nuisibles qu'utiles à la doctrine qu'il voulait défendre; car elles le conduisirent à admettre que, dans les infusions, se produisent non-seulement des animaux microscopiques» mais mOme des vers de terre, des colimaçons, et jusqu'à des insectes d'une organisation compliquée» des podures, des cousins, etc.

Dugès reconnaît qu'il y a eu dans ces expériences quelque cause d'erreur, comme dans les expériences plus récentes de Grosse qui aurait produit des acariens dans des solutions de silice déposées sur un morceau de 'ave et soumises à l'action de la pile.

En Allemagne, Gicichen» Gruithuisen, Burdach, Treviranus et quelques autres firent de nouvelles expériences. Burdach» qui les rapporte et les t^ésume toutes, n'eu conclut néanmoins la génération spontanée que pour les êtres inférieurs. Voici comment il en explique la possibilité : «Gomme fat plasticité individuelle» dit-il, ne peut que conserver les organes supérieurs (viscères, muscles, nerfs, etc.) par la nutrition, tandis que pour ce qui concerne les organes inférieurs (tissu cellulaire, vaisseaux capillaires,

(1) Buffon, ouvr» cii., Suppl., t. IV, p 341.

(2) Fray, Essai sur C origine des corps organisés et inorganisés. Paris, 1S17. — Quoique foMiées eu France seulement eu 1817, ces expériences datent de 1800 et 1807. Une |)artie trt publiée en Allemagne en 1607.

DE LA GÊNÉBATIOK.

OS, etc»), elle est apte h produire de oouveao, soit m .ijoulani h existe déjà, soit en régénérant le^ parties perdues; de mt*nje la génératt0& ne saurait maintenir les organismes supérieurs que par propagation, maîi peut, lorsque les circonstances sont f^ivorables, créer de nouveaux orgtnismcs inférieurs (1). >> Malhenreiisemcnt pour îa théorie, il n*y a pas tout h fait parité enlre la régéncratiou et la généiation ; et les assertions de Burdach, sur la différence de régénération entre les muscles, les nerf$^ k tissu ccllnlaire, les os, ctc*» ne sont pas tout à Tait justes. Bnrdaeh peme d'ailleurs que la génération spontanée ne sVxerce guère que sur des subst;uices organiques : « Si la force plastique de notre planète, dit-il (2}, été autrefois plus puissante qu'elle ne TesL aujourdliui, on peut pensera la génération primordiale a été mise en jeu jadis par des dépôts inomniques produits au sein des eaux; mais qu'aujourd'hui elle a lieu, siooti exclusivement, du moins principalement lorsqu*on fiiit infuser dans Tetli une substance qui a joui de la vie* n

Les travaux des précédents expérimentateurs modernes sembi* pas condimer les idées deBufllVrn, qui n^élaienl que de simples mï| mais prouver que la substance organique morte peut devenir le siège d'à fermentation, et, par suile^ donner naissance à des granules, desquel»! développeraient, comme de véritables ovules, les Ôtrcs infusoires. « 1 la propagation par œufs, dit H<irdacb(3), le nouvel individu se forni^j dépens d'une masse amorpbe de granufations microscopiques qui se àf^ composent. De pareilics analogies ne pcruicltent pas de regarder comme absolument impossible que de la substance grenue, produite par la décomposition de la matière organique, il se développe un animal d'il autre espèce, pourvu de bouche, de cavité digestivc» d'organes loc leurs, quoique d'ailleurs d'une structure fort simple, jï

îroisième ht/pofhèsp, — Dans ces derniers temps, la question des , râlions spontanées (hez les infusoires a été reprise et présentée sous un jaur qui lui donnait une apparence de vérité. Nous avons vu DulFon supposer que des molécules organiques, libres, peuvent former par leur rencontre une multitufte de petits corps mCme assez élevés en organisation. C est à peu prés 1 opinion qu'ont adoptée les partisans des générations primitive* de la dernière moitié du xvit' siècle. Pour beaucoup d*cutre eux, les molécules, éparses, indépendantes, ayant eu vie ou la possédant encore à l'éUt latent, se groupant, s'organisant sous rinqiulsiou d une force {fontprûdtwtriee, force mgétnlive, force miiiale suprême, etc.), formaient des urginismcs, D'un autre côté, nous venons de voir qu'il ne parait pas imf)0§' sible à Burd.u'h que d'une masse amorphe de matières o^ganiqae^ il puisse se développer un animal, quand les circonstances sont fnvorablei. Dans les deux cas, Vèlve sans ascendants serait créé de toutes pièces.

(l) Brit0ACii, Truite de physioloQie* Faris^ 1837, t. ! \%\ ID., oMi'r.c*/.. t, î, I», 417.

(3) 10.» ouLT. ciY., U t, p. 12.

Ï>K LA GÉNÉRATION DITE SPONTA^Él^ CUEZ LES I^FlSOlilES.

Ce n'est point ainsi que les choses se passeraient selon Pouchet (I). Cet

auteur n'admet pas que de la rencontre de molécules puisse sortir de toutes

pièces un animal, si infime qu'il soit: pnur lui «la force plastique n*en-

ndre jamais que de.s ovules, et l'être qui dérive de Thétérogénie suit

utes les phases du développenicnt de celui qui provient de la génération

lOrmalc »• — Voyons quels sont les faits que Pouchet donne pour base à

théorie, et comment, d'après cet observateur, se forme non plus T^tre,

jnaîs Vantf spontiiné qui doit lui donner naissance.

Lorsqu'on fait macérer dans de IVau, soit du foin, soit des feuilles nu

E'""^ la mousse, ou voit bientôt apparaître à la surface du liquide une pelli* !e qui, vue au microscope, se montre composée de monadaires, de ctéries, de vibrions, auxquels sont mêlés en plus ou moins grand iiombre (selon que le milieu et la température sont plus ou moins favorables), des micro«oaires plus élevés en organisation. Celte pellicule, que Pouchet nomme proligère, représenterait exactement, dans la l^énéralicm spontanée, l'ovaire de la génération normale (!2); c'est des éléîHieuLs qui forment sa substance qu'il voit sortir, comme du stroma de Tovaire des vertébrés, l'ovule spontané. Quand la pellicule pjxHendue pro* ^igère a acquis assez de puissance, c est-à-dirc d'épaisseur, les cadavres de Ifiionades, de vibrions dont elle est eomposée et qui représentent, suivant iPouchet. les véritables éléments vitellins des futurs ovules, se grouperaient len verlu dune force génésique; leur accumulation» peu accusée dans le ^principe, se présenterait sous forme de nébuleuses ; puis chaque groupe primitif, s* accusant davantage par Paddition d'autres molécules, finirait par prendre une enveloppe vitellaire, et l'œuf spontané, d'où bientôt naîlirait un embryon de microzoaire, se trouverait ainsi constitué. — Telle esl^ dausson expression la plus simple et la phis rigoureuse, la nouvelle ttiéorie de la génération primitive ou spontanée. « On voit donc, dit Pouchet (3), quCj d'après nous, la genèse primaire suit les mêmes procédés que la Lgénénitîon normale, et que, comme nous le répétons, nos idées à ce snjet Hifféreni fondamentalement de celles des physiciens atomîstes de Pantir^quité et de leurs modernes imitateurs; puisque, d'après ce qui précèdej Phélérogénie ne produit pas d'organismes de (oïdes puTeSy mais seulement des ovules spontanés dans une membrane protîgère^ analogue à un ovaire, et sous Pempire des mêmes forces, n

Pour que celte théorie soit vraie, il faut qu'une infusion quelconque, comme Pont affirmé les hétérogénistes qui s*en sont fait les promoteurs et les défenseurs, ne présente jamais djnfnsoires ciliés avant la foi'mation de la pellicule dite proligére, sans laquelle il ne saurait y avoir d'œuf spontané, ni par conséquent de microzoaire; — il fant que toute pellicule composée de monades et de vibrions ne soit pas un terrain producteur d'ovules dans un cas^ un terrain stérile dansPaulre, quoique les con-

(1) PorcBET, Uétéroffénie ou Traité th* h génération spontaftée, p. 659* Paris, 4859.

(2) iD., p. ma.

(3) t|),, OMIT, a7., p* 605,

803 DE hk Gt^fMATiaS.

ûll\om de milieu vl de lempt^mtiirc soîpnt lesmémt^s; — il fani qii pellicule d'une infusion, dans laquelle se montrent des milliom de crozoaires ciliés de [plusieurs espèces, présenif iine qtjautilé d'ovulen foN mes ou se formant, en rapport aver la population excesï^ive qiie l'on a sous rœil ; — enfin, à moins de supposer cpie le corps que Pon a pHî* pour un oTule donne indifTéremment naissaoct* aux diverses espèces qui peuplent en même temps une infusion, il faut que de ce corps ne sorte pis invariablement le même microzoaire.

Les laits, que Toliservation même la plus grossière permet de constater, sont en contradiction manifeste avec ces diverses propositions:

Les infusoires cili(^s sti montrent dans Teau d'une infusion bien aT&til fi fornaation de la prétendue raemlirane proligère (1); on peut ra^me dire que leur apparition est presque instantanée, car, par un temps chaud, l'eau dans laquelle on a immerg<^ une pincée de foin est déj/i peufdée de h podes» après une demi-heure ou une heure au plus de macération, Étîdemmeul, ce n'est pas d'oeufs formés spnn tan /'ment dans une pellicule qui n'existe pas que peuvent sortir ces infusoires. Les partisans de la nourellf théorie ont senti combien était grave l'objection tirée d'un tel hài aussi, tout en le reconnaissant, ont-ils prétendu que la théorie n'eu vait aucune atteinte; que ces infusoires ciliés provenaient, h la vérité» rfe kystes introduits avec les substances mises en macération, mais qulfe mouraient et n'étaient point la source des créations ultérieures, erëftlions qui restaient toujours dévolues à la membrane formée par Ir davres des monades et des vibrions. Or» si, moins préoccupés de ceUc i;.^ .. ils avaient poussé plus loin Tobservation et recherché ce qui se paise m réalité dans une infusion d'où les kolpories des premières heures viennêot momentanément de disparailre, ils auraient vu que ces animaux s'étaient réenkystés, probablement sous l'action de circonstances défavorables. pcMV revenir à la vie aciive quand ces circonstances deviennent meiMils auraient ronsLaté que ce sont réellement eux qui, par leur rti tion scissipare, sont rorigine des ôtres similaires qui peuplent utilî fiision.

Si Ton prend une pomme de terre ou on fruit quelconque, et m j un m à macérer à part, mais dans des conditions identiques, d*un côté la pul; de TauLre Tcnveluppe, ou aura invariablement avec cette dernière, parla seul fait qu'elle était au contact du monde extérieur, des microzoaire» ciliés, et jamais il ne s'en produira dans la macération faite avec la pulpe, quoique la pellicule prétendue proligère y acquière son maxinjum de densité. On ne saurait attribuer !a fertilité dans un cas, la stérilité dans l'autre aux conditions de milieu, puisque l'opération s'est faite dans des vase» de même natine^ de même capacité, avec la même eau ei sous la même température. Du reste, les conditions sont ici si peu en cause, que si, dans riûfusion restée stérile pendant dix et vingt jours, on introduit quelques micfo* zoaires de Finfusion fertile, on voit ces êtres y vivre et s'y multiplier

(1) CùStEy4Cotftpt*!Jt rendu» tk PÀcad. des iç, de Pam, julUet 186A» t. LÎX, p. t50

DE LA GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE CHEZ LES iWFUSOIRES. 663

bientôt à rinfini. La membrane dite praligère est donc bien ici manifestement étrangère à loule création directe d'ovule spontané, et, par conséquent, de microzoaire cilié.

Souvent une macératiou de foin, de luzerne, de mousse, etc., renferme en telle profasiou, mais en proportions diverses, des paramécies, des glaucomes, des stylonicbies, des cbilodons, etr,, qu'une pointe d'aiguille plongée dans le liquide en entraine des quantités innombrables. Si celte population excessive d'êtres divers provenait réelleuienti comme on le prétend, d'ovules spontanément formés aux dépens des débris de la pellicule» ces ovules devraient se montrer sur tous les points en nombre relalivemenl considérable. Cependant il n*en est rien : à quelque mouient que l'on prenne la pellîenle, à partir de Theurc où elle commence à apparaître, on n'y trouve, sauf quelques rares kystes faciles à reconnaitre, absolument rien qui, de près ou de loin^ puisse ressembler à un ovule. Ici donc encore la membrane, assimilée à un ovaire, reste étrangère à la production des infusoires

Cependant il est telles infusions (celles ofï les kolpodes abondent, par exemple), dont la pellicule se montre jiarsemée de petits corps sphériques ayant l*apparence d'ovules; or, ce sont ces apparences qui, prises pour la réalité, ont donné lieu à la théorie nouvelle de la genèse spontanée, car ces prétendus ovules ne sont autre chose que des kystes de kolpodes. Voici, en elfet, ce que l'observation permet de constater d'une manière certaine à cet é^âvd :

Dans une infusion qui date de quelques heures, le kolpode, à la révî- TÎsccnce duquel on peut assister, gagne, en sortant de son kyste, la surface du liquide où désormais s'accompliront ses actes; il s'y gorge des monadaires qu'il y rencontre» et, après un temps qui varie selon les individus et les conditions de milieu, il sVnkyste de nouveau, soit pour rentrer dans rinaction,soit pour se multiplier(l). Ses niouvcmenls, auparavant rapides, deviennent lents, indécis, et ne s'exécutent plus que dans im espace restreint. Bo môme temps sa forme se modifie : par une inflexion sur lui-même, son extrémité nntérieure et son extrémité postérieure se rapprochent, et d*oblong qu'ii était, il devient globuleux. Entin, a[)rès quehiues instants tUmmobibté» il commence h tourner sur lui-même, et sécrète en même temps un liquide coa^ulable qui se transforme en membrane enveloppante. Sous cet état, le kolpode ressemble assez à un ovule pour qu*on ait po s j méprendre et croire à la formation spontanée des mnh de mlcrozoaires. L'illusion est d'autant pbis facile, que l*euvçloppe sécrétée par Tanimal représente assez bien la membrane vilelline; que les molécules granuleuse^s dont le corps est gorgé, simule un vitellus; et que la vacuole contractile, qui occupe la partie postérieure du k^ilpode, a Tapparence d'une vésicule germi native.

L'ovulation spontanée est tlonc une pure illusion, et la nouvelle théorie à laquelle elle servait de base nVst pas plus fondée que Thypothèse de la

(1} Cos^m, Compter nmtlwt de tAcad. des se, tie Paris ^ juillet 1864, t. LPX, p. 450.

664 m I A <;ékératio.\,

formation de loiîtes [iièces, îles infusoircs, \u\v ra^seiiiblage de molécalct organiques libres.

Avant que l'expérience cûl répontîn d*iine mîitiièrc qui nous parait aufl jourd*hui décisive, on avîiit émis> sur lu nature du ph^jQoniène dont nooi" nous occupons, une opinion plus logique. De tout Icmpt», en flTet, on » cherdié à expliquer \:\ géneratirm des iufusoires par le développemeiiti d'œuîs ou de i^'ermes, c'est-àdire par un mode semblable à celui pa? ^ lequel nous voyons sn former les autres êtres vivants qui naissent de parents semblubles h eux. Faul-il adinetlre alors que ces germes se trouver répandus partout, dans Tnir, dans Tatmosphère, dans les eaux, elc-; en uol mol, fauL-il admeltre la dissémination des germes de Bonnet, la pamptrmie, comme on Ta nommée de nos jours? C'est ih une seeonde question qu'il nous fjuidra bieiitùt discuter.

Hais avant de répondre à cette difTieuUé et à quelques autres qu'oil a élevi^es contre le mode de reproduction des iurusoires que adoptons, nous devons exposer les expériences que tant d'obser^ateuti. ont tentées dans le but de résoudre une queslion si controversée, eï sî^nt^^ 1er surtout les caractères de précision nécessaires h ces expériences ; qu'elles puissent faire naître la cerlitnde.

Les preniiéres expériences semblèrent tout à fait favorables à ropinio des générations spontanées. Telles furent celles de Leeuwenhoek et di Needham qui découvrirent les iidusoircs. Plus lard, les observations d'itftjj grand nombre de pbysi'ïiogisles et dt^ naturalistes, et notamment celles i Spallanzimi, de Wrisberg, de Gleichen, de 0. F. Mîiller, d'Ingenhousï, Fray, de G. R.Treviranus, de Gruithuisen,deBurdach,deSchultze,d'Ehreil ber|^^ de Ikijardin, etc., tout en étendant beaueuup nos connaissances à ( égard I ont pu donner lieu encore aux conclusions les plus opposées,

Spallanîîani vil que les substances organiques cuites sont tout aussi pro^ près que celles qui n'ont pas îjouiili à donner naissance à des infusoirc^; que Teau distillée est aussi fïivorable h leur développement que Teau ordinaire; que Tair atmosphérique est nécessaire à ce développement, et sur^ ■ tuiit qu'on ne voit naître aucun infosoîre dans les infusions qu'on a faili^ bonilUr en vases clos. Cependant il resta dans le doute: «les infusoife?^ dit-il, tirent sans dfjute leur première origine de principes préorganrsé*; I mais ces principes sont-ils des oeufs, des germes ou d'autres serablablr> (Corpuscules? S'il faut otfrir des faits pour répondre a cette question* j avoue ingénument que nous n'avons sur ce sujet aucune certitude (1), *

Wrisberg (2) prouva la nécessité de Tinfluence de lair atmosphérique, en démontrant qu1l ne se produit aucun animal dans les infusions recouvertes d'une couche dlmile.

Treviranus (3) dît que la diversité des substances organiques en infusio

(1) Sp4LLAK2Aifij Opuicu/ef de phijnqw animale et végétale. Pari*, 178T, t I, p. 2S«.j {2\ WaisBEftc, Satura ùhstnfatwnum ât mimakulis mfHsarm^ etc. GoBtlûifue» !?• jï. 83, 86.

(3) TnEViitANns, liiolo^k, GceUiiifue, 1822, t. Vh p. 325.

KOlralne aussi des différences dans les infusoires qui s'y forroont, que la umiére exerce sur ceUe production une influeore considérable, etc., et il hrrivaà soutenir une opinion fort analogue à celle de Bitlîon sur les moicules organiques.

Une des productions qui a le plus oc€tipé les parlisans lie la gênéîalioii spontanée est la uutiwre inerte tU* Friostley. iïUidiéo surtout jKir jDgciihoosz(l), elle apparaît aussi dans les coudîlionsdonl nous venons de ^rlcr, sous Faspect d'une croilte verdâlre, à granulations rondes et cllipiqiies, qui, d'abord isolées et douées de légers mouvements» paraissent se

Knsfornier plus tard en filets transparents qui se raouveut d*une manière fl^lière. Suivant H. Wngner(2), elle ne serait qu^m assemblage de ^davres d'anlnialeides verts (entre autres de VEufiima viridh), ses filets Dobiles seraient des iMres différents, et îngenhousz aurait eu le tort de ne es considérer que comme des transformations des premiers.

En général, les rerherehes des observateurs dont nous avons cité les lonis portèrent successivement siïr rinlloeiu^e exercée par la nature du

rps solide ou de la substance à infuser, sur celle de Teau dans laquelle la laisse infuser, de lairqui est en cojitact avee elle, de la lumière qui 'éclaire, etc. Il serait beaucoup trop long de rapporter leurs nombreuses

périences, dont les observations ultérieures ont beaucoup amoindri

valeur. Nous nous contenterons d*en signaler les résultats.

Pour ce qui est (îu curps solide ^ tous les corps organisés, après qu'ils ont perdu la viCj ou les diverses parties de ces corps (racines, tiges» feuilles, fleui's, fruits, cerveau, poumons, foie, muscles, excréments, elC-Oî les [principes immédiats qu'on extrait des corps organisés et qui sont encore susceptibles de décomposition (mucus, farine, extraclil*» albumine, fibrine, etc.); t;t encore le terreau, la vieille colle des relieurs, la bière blanche aigrie Je mauvais vinaigre; enfin certaines substances inorganiques, le granit, ranthracite, le miirbre coquillier, d'après (iruilbuisen (3); le sel de cuisine, le salpêtre, d'après Treviranus {h]^ sont susceptibles de donner naissance à des infusoires.

Quant *i Veau, on a employé successivement l'eim de rosée que Cileichen (5) dit être la plus féconde, l'eau de pluie ou de source fraicbe, Teau conservée quelques mois en vases clos, enfin l'eau bouillie et distillée.

La présence de Vair fTimoaphériqite est indispensable ; nous avons vu comment Wrisberg l'a prouvé, Spananzani(6) avait aussi remarqué qu'il ne se formait des infusoires dans des vases hermétiquement fermés que quand ceux-ci contenaient assez d'air, ou qu'il avait pu en pénétrer à travers les

(2) H, Wagner, dans Manut-f fft* pht/nolof/ie de 3. Mûij.ek, Pahs, 4 815, t. I, p. tt.

(3) GKUlTHin&Eî«, Bf^itn^c Zftr Pfiyuogtiosie und Eautognosk^ p, 100, (à) TkEViRAïirs, Biofoffie. noeUingue, 1822, t. U, p, 305,

(5) Cleicher, Dt\vt*rtfdion f«r /« (làndration des animalcules spermafiffueÉ et ceux d*in/u* Jion, Paris* an Vît.

(6) SpALLAKZANi, Ohservatiom et t:rpèrienceA sur le.f animakuks^ t. F, p, 140 {ùpUH-utei de phy^iqu^).

666 DE LA GÊHÊBATIOII.

fissures occasionnées par l'action de la chaleur. Fray (1) prétend en avoir Yu se développer sous Tinfluence du gaz hydrogène et sous celle de l'azote.

L'influence de la chaleur^ de la lumière^ de Yélectricitéy sur la production des infusoires, ne parait pas différer de celle qu'exercent ces agents sur le développement de tout être organisé.

Enfin, on a prétendu que la nature des infusoires dépendait de la nature de ces trois corps (solide, eau, air), de leur proportion respective, etc.

Il est inutile d'insister sur ce point, puisque les faits sur lesquels est fondée cette assertion ne sont empreints d'aucune rigueur. Burdach (2), apiès avoir rapporté les expériences qu'il a faites en commun avec Henscbeet Bacr, et qu'il appelle décisives, se plaint de ce qu'un autre physiologiste (J. Mûller) ne leur accorde pas la mc>me valeur, a Je ne vois, dit-il, daes son objection qu'un parti pris de nier la possibilité d'une expérience décisive, plutôt que de renoncer à une hypothèse favorite. » Cependant noos partageons ploincmcnl à cet égard Ja conviction de J. Millier, et ooas disons avec lui (3) : a. Quoique quelques observateurs aient expérimenté i la fois sur des infusions de substance organique, sur de l'eau distillée, el sur des gaz artificiels, la précision nécessaire pour établir un résultat défisif ne saurait élre admise comme probable dans ces cas; et elle n'est guère possible, puisque les instruments employés pour changer Teau auraient dû être absolument purs de toutes particules organiques adhérentes, et que chatiue lavage donnait occasion à des erreurs. »

Maintenant nous allons rapporter des expériences d'un caractère phiJ positif et dont les résultats, opposés à ceux de Burdach et de tous Iw partisans de l'hétérogénie, nous paraissent être d'une rigoureuse exactitude.

Los principîilcs conditions qu'il importe d'observer dans l'application de l'expérienco à la question des générations spontanées sont les suivantes: 1® il faut éiro sûr que toute matière organique vivante, germe ou animal est détruitt» dans l'infusion qu'on a préparée; 2® il faut veiller à Cf^ qu'il ne puisse pas s'en introduire du dehors, pondant tout le temps que doit durer l'exporience. Voyons comment ces conditions ont été remplies.

Spallanzani, qu'il Faut toujours citer quand il s'agit de physiologie générale, institua des expt»rienccs qui indiquaient la voie à suivre pour élucider la question. Aprôs avoir fait bouillir di\ erses infusions afin de détruire les germes qui pouvaient s'y trouver, il les distribua dans plusieur*^ récipients, laissa les uns découverts, boucha les autres avec un tampon de coton, et en ferma d'autres le mieux qu'il put. Dans ces trois conditions, il eut toujours dos infusoires. Mais, tandis (jue les vases ouverts n'avaienl pas tardé à se peupler de myriades de niicrozoaires dune organisation élevée et que les vases dont Touverture était obstruée par du coton en renfermaient d'autant moins qu'ils étaient mieux fermés, ceux qui étaient

(l ■ Frat, Fvsv/f aur roritjinp f/".v rnrpA' orgntiàés et ninrgnui'i^s . Paris, 1817, p. 5, 8.

(2. Blhdach, Tniitt' fh' />/«yvio/o(/?(', t. 1, p. 26, trad. de Jourdan.

;3 J. MiiLi.EH, Monnt*/ ilr ftftysitthytf, Paris, 1845, t. I, p. 13, trad. de Jourdaa.

DE LA GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE CHEZ LES INrUSOIRES. 667

complètement clos ne présentaient que des monadaires. Pour tout esprit logique, les expériences étaient concluantes : on pouvait en déduire que les animalcules des infusions contenues dans des vases ouverts ou insuffilamment bouchés venaient du dehors, et que les organismes infimes que Ton voyait encore dans les vases clos provenaient de germe^s qui avaient résisté à Tébullition. Cependant, le doute pouvant s*éleverà Tégard de ces derniers, d'autres expériences étaient nécessaires.

Milne Edwards, dans le but de provoquer des générations équivoques, •jant rempli au tiers seulement, avec de Teau et des matières organiques, deux longs tubes en forme d'éprouvettes, laissa Tun ouvert et ferma l'Entre à la lampe par son extrémité supérieure; ensuite ces tubes furent plongés dans Tcau bouillante. « Le bain, dit Milne Edwards (1), fut maintenu en ébullition pendant le temps nécessaire, pour que Téquilibre de la température dût s^établir à peu de chose près entre les deux infusions et le liquide extérieur; puis on laissa refroidir les tubes et on les abandonna à eux-mêmes... Au bout de quelques jours, je vis des infusoires se mettre en mouvement dans celui des deux tubes qui était resté en communication libre avec Tatinosphère, tandis que dans Tautre tube, dont la clôture hermétique avait précédé l'action présumée mortelle de la chaleur, je ne vis jamais apparaître un seul animalcule. »

Schultze(2), quelque temps auparavant, avait fait des expériences non moins concluantes. La première échoua dans les circonstances suivantes : il prit un vase à deux tubulures, dans lequel furent mises de l'eau distillée et des matières organiques (surtout du poivre), signalées comme les plus propres au développement des infusoires; puis, ayant tué tout ce qu'il pouvait y avoir de vivant dans le bocal, en le plongeant dans un bainraarie très-chaud, il plaça simplement Tappareil sur sa fenêtre, pour le mettre en contact avec l'air extérieur. Au bout de peu de temps, des infusoires s'y montrèrent.

Dans une autre expérience, Schultze employa plus de précautions. Ayant tout disposé d'abord comme dans la précédente, au lieu de laisser arriver librement l'air atmosphérique en contact avec son mélange, cet observateur prit le soin de lui faire subir d'abord un lavage qui, sans altérer sa composition, le purgeait de tout germe et de toute matière organique qu'il pourrait tenir en suspension. Pour atteindre ce but, il ne le laissa se renouveler dans les flacons qu'à l'aide de deux tubes, placés dans les deux tubulures : lun de ces tubes était destiné à l'entrée de l'air; l'autre, muni d'an appareil d'écoulement, en déterminait la sortie et le renouvellement continuel. Au tube qui éUiit destiné à l'entrée de Tair, Schultze adapta un appareil renfermant des réactifs que ce fluide était obligé de traverser avant d'arriver dans le vase, et où il se lavait complètement, de manière que tout

(1) MU.NE Edwards, Levons sur In physiologw et Vnnatomie comparée de Chomme et des animaux, Paris, 1863, t. VIII, p. 260.

(2) SCHULTZB, Anna/es de PoGGENDORFF, 1837, p. 41. Voyez aussi Edinburgh New PhiloaophiealJourna/f octobre 1837; el Annales des sciences naturelles, 2« série, Zoologie, 1837, t VIII, p. 320.

nt LA Cf-NÉRATIOX.

èlrc organisé ou tout gerrae d'animal qui y aurait élé cootenu fût înenn* leslablemenl détruit. Le réactif dont il se servit de préférence fat rtcidc sulfmJi|iie concciUré; et, pour qu'après ce passage Tair ne resL&i pu chargé d'acide, ii lui fit Lraverser lui second bain formé seulement d'eao pure. Or, quelle que fût la durée de rcxpérience» tant que celle-ci fut coatinuée avec le niénie Hoiu, jamaifs le moindre infusoire, ui animal, ni végé* lui, ne se développa. Ainsi, on peut hardiment en conelui-e que de la mM tiére organique, de Teau et de Pair ne suftisent pas pour produire un Ure vivant, A la fin, SchulUe déboueha le vase^ et au lieu de n'y laisser orrifw que de l'air pm'ifté, il y laissa pénétrer, comme dans sa première cxpé»l rience, de Tair ordinaire. c*est-à-dirc de Tair rliargé de toutes les malièrfl] pulvérulentes qu'il peut tenir en suspension et rharrier d'un lieu à m autre; au bout de trois jours, apparurent des infusoires.

Seh\vann(i) a fiiit des observations analogues ; il a reconnu que !i> liquides bouillis et cbarj^és de matières organiques, qu'on met en conlad avec de Tair préalablemeut soumis à la chaleur rouge, mais riche cncurc en oxygène et souvent renouvelé, ne produisent ni infusoires, ni moii sures, et ne subissent pas la putréfaction.

Ces résidtats, que plusieurs autres observateurs ont constatés aprb Schullze et Schwann^ ont été récemment conbrmés par les ingéaieme expériences de Paslf^nr (2). Dans des ballons de 250 à 3U0 ceotiinètres cubes, à col étiré en tube étroit, et qu'il ferme à la lampe après «itrfr maintenu à rèbnllitiou durant quelques minutes le liquide pntrescibk dont il les remplit au tiers environ, jamais cet habile expérimenUtenr ne voit se développer d'infusoires d'aucune sorte, tant que les hailom restent hermétiquement clos. Pour que la vie se manifeste dans le îii^ • dont lebullition a détruit les germes qui pouvaient s'y trouver, il faui \. de nouveaux germes y soient introduits avec Tfiir que Ton fait passer dam le ballon par une brisure pratiquée au coL

Dans une autre expérience non moins concluante, Pasteur, au lieu fermer les ballons à la lampe, les laisse ouverU; mais il en effile le col un tube Irés-étroit, l'infléchit et le contourne plusieurs fois sur tui-i L'air peut donc pénétrer dans le récipient et s'y renouveler, et cepei ici comme dans Texpérience précédente, le liquide fermentesciblo renrcrmc reste indifférent, rien ne s'y développe; une simple dispi du col des ballons suffit pour empêcher les germes en suspension ralmosphére d'arriver jusqu'i\ lui et de s'y propager, arrêtés qu'ils soulpir les courbures et les parois du tube. Cela est si [vrai que, si, après arar fermé à la lampe l'un de ces bâtions, on l'agite de manière que le liquide vienne mouiller quelques-unes des parties contournées du col, on Toit, au bout de deux ou trois jours, se manifester, dans l'infusion et surtout dmi la faible quantité de liquide que les contours ont retenu, ûes organismes nombreux^ provenant certainement des germes qui y étaient arrêtés.

(1) ScBWANN, Sur le.^ générations équivoques (Annak^ f/t* PocCEftDoarr, 1837, p, 1S4}, I (2) Pasteur, Mémo in» sur les corpuscuiei orgtini^tht qm existent dans tntnvMphèrt {A an, chimie et tie physiffue, 1862, 3*^ série, U LXfV). ♦

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