‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 55 sur 92 · DE LK GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE CBEZ LES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

DE LK GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE CBEZ LES INFUSOIRES

Ainsi, des liqueurs fermentesribtes, que Ton a fait préalablement bouillir» peuvent rester, soit au contact de Vnir confiné, soit au contact tic l'air lentement renouvelé, sans s'aîtérer; et quand, sous rinlluencedeceflnirîe, Hes organismes vivants y apparaissent, ces organismes ne sont pas dus à bne formation spontan^^'e, mais, comme tout tend à le démontrer, à des Iferroes entraînés par î*air.

Cependant les partisans de rbétérogéniej ayant cm trouver dans leur Bijpottièse une explication plus facile que dans celle des germes, et ayant présente contre celte dernière toutes sortes d'arguments, il nous faut répondre maintenante leurs objections; et» après avoir prouvé que Fob- Èervatton positive repousse la génération spontanée des infusoires, il nous faut démonlrei' en môme temps que rien ne s'oppose à l'idée d*un moric plus normal de génération à l'égard de ces animtilculcs.

I Comment se fait-il, répètent sans cesse les adversaires de rexistencc des germes, ffu*on n'aperçoive pas ces germes eux-mêmes qui doivent être si nombreux et disséminés partout?

Mais ces germes, à moins de ne pas vouloir y regarder, se rencontrent non-sctilemcnt i\ la surface de toti^ les corps, mais aussi dans l'air, surtout lorsqu'il est agité. Il su Oit de recueillir avec la lame d'un scalpel, sur les feuilles des arbres, des plantes, sur les herbes, sur un corps quelconque, le> poussières qui s'y déposent, de les délayer dans une goutte d'eau sur Une lame de verre, pour constater immédialemeul, àPaide du microscope, la présence de spores de mucédinées et de corpuscules sphériqnes qui ne sont autres que des kysJes ou des germes d'infusoires. Les poussières qui «c dégagent d'une botte de foin que Ton secoue présentent également des myriades de ces corpuscules organisés (1), L'existence des germes dans Fair est tout aussi certaine. Pour la constater, Pastem'(2) fait passer plusieurs mètres cubes de ce Ihiide à travers un tube étroit dans lequel il introduit préalablement une bourre d'ouate, d'amiante ou de poudre-coton» et, fparmi les poussières que Fair dépose sur ces sulistances en les traversant, iVcil armé d'un instrument grossissant peut aisément reconuaitre des spores de mucédinées et d'autres corpuscules organisés.

Les expériences de Pasieur à ce sujet démontrent en outre (ce qu'il était >iacîle de prévoir), que l air abandonné a un repos presque absolu renferme beaucoup moins de spores que Tair agite; que Tatmosphère s'épure à mesure qu'on s'ctéve, et que Tair est d autant plus chargé de germes d'infusoircs qu'où le prend plus près du soL

Une expérience, aussi tlémonstrativc que celles de Pusteur^ est celle qui consiste à exposer au milieu des champs, comme Tont Aiit Lemaire et iGratiolet (3), un vase fermé, rempli de glace, et reposant sur une assiette

I (1) CosTE, Compter tendmâe VAvad* ties' st\ rie Pmiu 1864^ t. UX, p* 149*

(2) Rasteur, xMémoire sur ie^ rorptiseides organisé^ quicxùtent dant tatmoîphê^re [Ann, da ûhtmie et de physique, 1862, 3« série, t. LXIV).

(3) LBMAiftE 6l Cratiolet, Comptes rendue de CÂcad. des 3C, de Paru, 1864, l. LIX, f p^ ai7 et 38a*

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propre. Le froid, en condensant autour du vase l'humidité de l'air, produit une rosée abondante qui tombe dans l'assiette en entraînant avec ell« lei poussières atmosphériques, parmi lesquelles se montrent de nombreuses spores et des germes d'infusoires; spores et germes d'où Ton voit bientM sortir des organismes inférieurs.

Comment peut-il arriver, reprennent les spontéparisles, que ces germes soient transportes partout? Et alors ils s'élèvent surtout contre la puissance des courants atmosphériques, laquelle est pourtant si incontestable. Mais, ce que nous savons de cette puissance doit nous rendre facile à comprendre le transport de corpuscules aussi petits, aussi légers que des germes d'infusoires, et dont un nombre infini pourrait former à peine une masse comparable à un faible nuage de poussière. Les cendres du Vésuve n'ont-elles pas été transportées, par le seul intermédiaire de Tair, non-seulement dans toute rilalie, mais dans des lieux plus éloignés encore? La seule fora des courants atmosphériques et des ouragans n*esl-e]le pas la cause de ces pluies de crapauds et de poissons dont personne ne récuse Fétonnante authenticité? Et, pour indiquer seulement la possibilité d'autres moyens de transport, les œufs des animaux qui vivent dans l'eau ne peuvent-ils pu être portés d'un lieu dans un autre, par leur adhérence aux pieds des oiseam aquatiques, ou par tout autre cause analogue, aussi simple et aussi fréquente ?

Si ces germes sont répandus partout, ajoute-t-on, il doit y avoir un ga^ pillage de produits inconcevable. Mais n'est-il pas évident qu'il y a partout des pertes semblables, surtout dans les rangs inférieurs de l'or^anisatioD? A mesure qu'on descend l'échelle des titres, on voit que, pour que leur nombre reste à peu près le mOmeet que leur pioductioiî et leurs pertes se compensent, le nombre des germes et celui des œufs se multiplient de plus en plus. C'est un fait irrécusable et nécessaire aux hanufinies de la nature. Ainsi, il est probable qu'en général un champignon est remplacé par un champignon, et pourtant Pries (i) a remarqué que le nombre des spores du iieticularia maximn est de dix millions. Il faut donc, dans co cas particulier, dix millions de germes pour la production d'un individu dans l'économie générale de la nature. Le môme fait s'observe, bien que dans des proportions en général plus exiguôs, chez la plupart des animaux. Combien le nombre des œufs pondus, chez les animaux inférieurs, et même chez les insectes, chez les poissons, n'est-il pas considérable, comparé à celui des sujets qui arrivent à l'état d'adulte, et qui, remplaçant leurs parents, atteignent le but lin.d de représenter et de continuer l'espècp! Chez les mammifères eux-mêmes et dans l'espèce humaine, un grand nombre d'œufs se forment qui ne sont jamais fécondés; et parmi ceux qui l'ont été, combien périssent pour quelques-uns qui prospèrent! Et le sperme, cet autre élément de la reproduction, n'est-il pas sécrété, chez les animaux les plus élevés, en quantité de beaucoup supérieure à celle qui'

'aiES, Systcma orù, vcyeial.

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réclamerait iseulement son emploi utile? Que d'œufs de grenouille ne Hoonde-t-on pas avec un^ goutte de sperme du mâlel Quel petit nombre le spermatozoïdes voyons-nous autour de Tœuf fécondé des mammifères, «lativement à la quantité innombrable qu'en introduisent des éjaculations dm ou moins répétées dans les organes générateurs des femelles I Je ne aïs si, rigoureusement parlant, on trouve dans les germes des infusoires me prodigalité pareille. Loin d'y voir une profusion inutile, reconnaissons klntAt cette extrême libéralité de la nature pour assurer la continuité des ^èces.

Une dernière objection, à laquelle les partisans de la génération sponanée ajoutent un grand poids, est la suivante : dans un grand nombre de »s, disent-ils, on voit des êtres se former dans des lieux où, depuis fort longtemps, on n'avait vu des êtres semblables. Comment auraient-ils pu ffj développer, si ce n'est spontanément? Rien n'est plus vrai, sans doute, que ces sortes d'apparitions souvent surprenantes; mais rien n'implique moins la nécessité d'une génération spontanée. On le sait, un grand nombre de germes, des animaux môme peuvent conserver Taptitude à vivre ou à se développer, quoique la vie semble annihilée chez eux, et qu'elle y reste plus ou moins de temps tout à fait latente. Il est facile *de citer une multitade d'exemples de cette singulière faculté.

Le faLii est peut-être plus frappant pour les plantes que pour les animaux. Toomefort raconte que des marécages, desséchés depuis longtemps, s'étanl renouvelés environ un siècle après leur dessèchement, par suite de {doies abondantes, on vit s'y développer de nouveau des plantes marécageoses qui n'avaient point paru dans le même lieu tant que de l'eau n'y mil pas séjourné. Des exemples de ce genre sont très-nombreux dans la science. Franklin (1) rapporte qu'en Amérique, quand on a brûlé des forêts de pins, quelques années après on voit naître des peupliers à la même place. Sur les lieux qu'occupaient les forêts vierges de TAmérique, après qu'on en a opéré la destruction, on voit pousser des trèfles (2). Dira-t-on que, dans tous ces cas, et mille autres qu'on pourrait citer, il y a eu génération spontanée? N'ost-il pas plus naturel de supposer que les graines de ces diverses plantes sont venues d'ailleurs, à l'aide des courants atmosphériques ou de tout autre moyen de transport qui peut nous échapper? Ou bien ne peut-on pasadmellrc qu'elles séjournaient, depuis longtemps, dans le lieu même où elles ont poussé, et qu'elles y ont conservé leur vitalité jusqu'au moment où les circonstances ambiantes, venant à changer, leur ont permis de prendre leur développement?

Lînk (3) rapporte que, lorsqu'une source d'eau salée vient à sourdre loin de la mer, on voit bientôt croître, aux alentours, des végétaux qui n'habitent que les terres imprégnées de sel ou les rivages de la mer. Bnrdach ('i) se liAtc d'en conclure que le changement de nature du sol a

(1) Frowep » Sotizen, [. VU, p. 193.

(2) BoniAN?!, dans Froriep's ^'otizefl, t. VHI, p. 116.

(3) LiNE, EInmantn phi/osophùf botnaicm^ p. 462.

(4) Bdrdach, Tmiti^ ,0' phifaiologic, Paris, 1837, t. I, p. 42.

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