ORGANE ET SENS DU GOUT DANS LA SÉRIE ANIMALE
Ed esquissant rhistoire comparée du goût, chez rhomme et les animaux, il importe de se rappeler que ce sens a pour siège non-seulement la Imgoe, mais aussi la gorge, afin de ne pas aller conclure que, si, chez beaDConp d'entre eux, la langue n'est point disposée pour le goût^ ce dernier manque nécessairement. Il faut encore savoir que cet organe ne sert pas seulement à la gustation, mais à la mastication, à la déglutition, et, chez certains animaux, à la préhension des aliments, aussi bien qu'à un toucher fort délicat, pour ne pas se croire suffisamment autorisé à juger de la délicatesse de leur goût, par l'étendue de leur langue, le volume considérable des nerfs qu'elle reçoit, le développement des papilles ou la finesse de l'épiderme.
En examinant la langue de l'homme, en tenant compte de son tissu flexible, de ses mouvements faciles et variés, de sa surface étendue^ de son enveloppe fine et humide, enfin de ses nerfs gros et nombreux, on est porté à admettre que le goût ne doit être chez aucun animal plus parfait que chez Thomme : si d'ailleurs, plus invariablement et plus sûrement qae lui, les animaux font choix de la nourriture la mieux appropriée à leurs besoins, tout fait croire, nous l'avons dit, que leur guide fidèle, dans ces cas, est bien plutôt l'odorat que le goût.
La langue des singes et des chiens offre les plus grandes analogies avec celle de l'homme; seulement elle est plus mince. Dans beaucoup de carnassiers, notamment les genres Hyœna et FeliSy un certain nombre de papilles coniques, beaucoup plus saillantes que les autres, se revêtent d'un étui corné, pointu et recourbé en arrière : évidemment étrangères au goût, elles ont paru avoir pour usage de déchirer la proie en la léchant pour en faire sortir le fluide sanguin. La moitié postérieure de la langue et Tintérieur des joues des ruminants sont aussi recouverts de grosses papilles cornées, dirigées en arrière en forme de griffes^ et probablement destinées à favoriser la déglutition; ce qui, du reste, n'empêche pas les espaces interpapillaires de la base de la langue de concourir à la gustation. Les rongeurs dont la nourriture consiste en racines ou en écorces plus ou moins sèches ont une langue dont le tégument est dur, et parfois môme revêtu, sur les côtés, d'espèces d'écaillés dentelées, comme chez le porc-épic ; tandis que les espèces qui se nourrissent de fruits, comme les écureuils, ou de substances animales et végétales, comme les rats, ofl*rent une langue molle et dépourvue de productions cornées.
De Blainville(l) suppose que le milieu dans lequel vit l'animal doit apporter quelques modifications à l'organe du goût, et que les espèces aquatiques sont moins parfaites, sous ce rapport, que celles qui vivent dans l'air. Les papilles linguales, qui, à la vérité, pourraient se rapporter tout
(1) De Blainville,
ouor, cité, p. 247.
()k SENS DU GOUT.
aussi bien à la sensibilité tactile qu'à la sensibilité gustative» comnicncent à disparaître chez les phoqoe^, pour n'exister plus on exister ^ peine rbez les célaeés, donl îa langue, petite, graisseuse et fixe, est assez défavorable-j fuent disposée pour discerner les saveurs.
Le gotU semblé être pins ou moins obtus chez les oiseaux : leur langaÉ
est, en général» dépourvue de tissu musculaire, sécîie et cartilagineuse La plupart paraissent avaler leurs aliuicnts sans les déguster : tels sont pins spécialement, les oiseaux insectivores et granivores. Les espèces qc goûtent leur nourriture, qui la mâchent josqu'i\ un eertain point, coraine' les perroquets, ont la langue plus charnue, plus épaisse, et la peau qui la recouvre plus molle et même pourvue de papilles : celles-ci nous sembleni être plutiU en rapport avec le la< t qu'avee le goût. Les oiseaux de proie, qui déchirent leur nourriture^ quoiqu'ils ne la n^âcheot pas, ont aussi une langue large et assez charnue. Celte du coq, veloutée en dessus, ofTre ei^^ dessous, vers la pointe, une sorte d'ongle mou, comparable à celui quî garnit l'extrémité île nos doigts, et propre à faciliter rexercice du toucher. L'étui corné est aussi épais, aussi lisse en dessus qu'en dessous à toute MA portion avancée en fer de flèche chez la plupart des autres oiseaux, qui ne^^ peuvent goûter les saveurs que par la portion basiïaire la plus humide, la plus molle, et que garnissent des papilles et non des dents cornées (1)k^|
En général, la langue ÛQsreptiim est moins mince et moins sèche que celle des oiseaux; elle est très-protraetile et souvent biiiiîe; quelquefois elle devient un organe de préhension dont le jeu, très-reutarqnabîe, ne saurait nous occuper en ce moment. Plus respèce avale avec gloutonnerie, moins elle doit goiYter, et, par conséquent, moins lorgane gusUilifest fa- ^ vorablement disposé. Les crocodiles présenleot h peine une saillie linguale^ dont le tégument n'offre presque aucune des modifications propres à en faire une membrane guslative; tandis que les chéloûiens,qui mâchent leur nourriture, et Irés-probablement la goûtent, ont une langue charnue, molle et couverte de papilles nombreuî^es; il en est de même des lézards, qui mâchent et écrasent les insectes dont ils se nourrissent. La langue, chez les batraciens anoures, est très-extensible; ils s'en scr\'ent surtout pour saisir leurs aliments.
L*organe et le sens du goût sont supposés être à leur minimum chei le fmimm. Ces derniers ont la place de la langue plus souvent armée de pe* tites dents pointues et crochues que pourvue d'une membrane gustative. On sait qu'il existe, au palais des cyprins, un organe mobile que plusieurs physiologistes oui présenté comme un appareil de gustation; mais ce n esij encore là qu'une hypothèse.
Puisque le sens du goût existe indubitablement chez la plupart desl atwmiL£ articuU»^ il est donc permis d'admettre son organe : on sait que] les sangsues» aiment la saveur du lait, du sang ou de l'eau sucrée, et qu'elle piijuenl plus volontiers la peau de l'homme quand elle est humectée de
tsir
ces liquides. La mouche commuDe préfère les aliments sucrés à tous les aatres; telle chenille ne se nourrit que de la feuille de tel arbre, etc., chaque espèce dénotant ainsi la spécialité de son goût. N paraît probable à de Blainville (1) que Torgane de ce sens se trouve à la partie inférieure de la cavité buccale. En effet, on trouve, suivant lui, dans les orthoptères^ c'est-à-dire dans les insectes hexapodes qui paraissent jouir d'une plus grande finesse de goût, une espèce de renflement qu'il croit être lingual. De Blainville suppose que le bourrelet charnu et spongieux qui termine la trompe des mouches est un organe de goût, parce qu'il est réellement à l'orifice buccal. D'après Rnox, les palpes seraient les vrais organes de la gustation. Mais, dit Dugès (2), ni leur position, ni leur structure, ne permettent d'adopter une pareille hypothèse : les palpes des crustacés, des arachnides, des insectes, placés hors de la bouche, durs, cornés^ articulés souvent par de grands segments qui laissent peu de parties molles à nu dans leurs intervalles, ou bien composés de petits segments si serrés que la peau membraneuse ne se montre pas entre eux (crustacés), ne sauraient servir aune fonction qui exige, par-dessus tout, mollesse et humidité; ils servent à palper, à conduire môme les aliments, mais non à en apprécier les saveurs.
On ne sait rien de positif touchant l'existence et le siège du goût chez les mollusques et chez les animaux tout à fait inférieurs.
(1) De Blainville, ouvr, cité^ p. 226.
(2) DuGÈS, ouvr. cité, t. I, p. Iâ2.
LORGET. — riTSIOL. III. — 5
I. — Le toucher est un sens qui nous avertit du contact des corps ambiants; il nous donne aussi des notions sur la température relative, la sécheresse, Thumidité^ le poids, la consistance, le mouvement, retendue, le nombre, la situation, la direction et la forme de ces corps. Toutefois il faut bien le reconnaître, plusieurs de ces notions ne deviennent parfaites que par le concours d'un autre sens, celui de la vue ; de plus, elles supposent la préexistence des idées de temps, de mouvement 0I d'espace.
Le tact a pour siège tous les points de la périphérie cutanée et certaines membranes muqueuses; aussi apprécions-nous quelques*unes des qualités tangibles des objets mis en contact avec ces parties. Mais le toucher, avec les pouvoirs que nous venons de lui assigner, ne saurait appartenir qu'à des organes spéciaux aptes à s'appliquer, à se mouler, pour ainsi dire, sur les corps soumis à notre examen ; il lui faut Vattention et des contractions musculaires dirigées par la volonté, afln de multiplier et de varier les points de contact avec ces corps. Tant que notre main elle-même reste immobile à la surface d'un objet, elle n'agit que comme organe de tact; pour exercer un véritable toucher, il est indispensable qu'elle se meuve volontairement Entre le tact et le toucher, dont nous sommes loin de faire deux expressions synonymes, comme le veulent certains physiologistes, il existe donc une incontestable différence. Quand on dit que, chez nous, il y a un tact actif ou toucher, et un tact passif, de prime abord cette distinction peut sembler inexacte, car toute sensation est accompagnée de perception et toute perception est active; mais évidemment ces mots signifient que, dans un cas, l'impression a lieu par suite d'une détermination volontaire, et que, dans l'autre, elle se fait sans que nous l'ayons recherchée.
n. — Quant aux phénomènes de la sensibilité générale comparés à ceux de la sensibilité tactile, divers observateurs, et notamment P. Gerdy (i), se sont appliqués à les distinguer. Haller(2), confondant ces deux ordres de
(1) P. Gbrot, Mémoire sur le tact et les sensations cutanées, dxùÈV Expérience, 1842, t. IX, p. 601, et t. X, p. 1.
(2) EàLLBl, Elementa physioL^U V, lib. XU, § i : Tactus in universum.
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phénomènes, admet que tout filet nerveux placé au contact des corps extérieurs peut transmettre à l'encéphale les diversesim pressions tactiles, et que ces sortes d'impressions sont d'autant plus parfaites et plus intenses, que le contact du corps extérieur et du filet nerveux est lui-même plus immédiat. Il avance, par exemple, que le nerf dentaire, mis à nu par la carie d'une dent, peut percevoir avec une douloureuse exactitude la chaleur ou le froid, la mollesse ou la dureté, etc., jusqu'à la figure même du corps qu*on applique sur lui. Mais tous les chirurgiens savent qu'un cordon nerveux sensitif, dénudé et mis en contact direct avec un corps extérieur, ne peut guère transmettre à l'encéphale qu'une impression de douleur, ou bien quelques impressions vagues, toujours incapables de nous donner, sur les qualités des corps, les idées nettes que nous font acquérir le tact et surtout le toucher.
Du reste, la sensibilité générale, en vertu de laquelle nous sommes avertis des diverses irritations mécaniques, chimiques ou électriques, appliquées à nos tissus, est universellement répandue dans tous ceux qui reçoheni des nerfs appropriés, tandis que^ comme nous l'avons dit^ la faculté de ressentir les impressions spéciales du tact n'appartient qu'à certains tissus privilégiés, à la peau et à diverses membranes muqueuses. Ajoutons que la sensibilité tactile et la sensibilité générale sont loin d'être développées^ dans une même partie, en raison directe l'une de l'autre : ainsi la main, qui possède la première au plus haut degré, est bien moins sensible aux chocs violents, aux pressions douloureuses, au chatouillement» etc., que beaucoup d'autres parties du corps. Un léger coup au visage, comme le fait observer Gerdy (1), produit une vive douleur, tandis que, à la pulpe des doigts et surtout à la paume des mains, on ne fait que le sentir.
Qu'ils soient dus à une cause interne ou à un excitant extérieur, les efl*ets de sensibilité générale s'accompagnent communément de douleur ou de plaisir; les sensations tactiles, quand l'imagination n'intervient point, ont an contraire pour caractère essentiel d'être indifférentes par elles-mêmes, et de se borner à nous fournir des notions sur l'objet en contact avec notre corps. Il importe que des phénomènes sensitifs généraux, trop prononcés^ ne surviennent point lors de l'exercice du sens tactile, car toute exaltation de la sensibilité générale tend à obscurcir, en quelque sorte, les sensations spéciales du tact : un chatouillement très-vif nous fait perdre toute notion du corps qui Toccasionne; une forte pression, l'application d'un corps trop chaud ou trop froid, en ne produisant plus qu'une sensation douloureuse, masquent ou neutralisent toute perception tactile proprement dite; le contact réciproque du vagin et du pénis cesse d'être perçu dans le moment où la sensation particulière au coït atteint son maximum d'intensité, etc.
in. — Quand, chez l'homme, un corps extérieur arrive au contact immédiat des surfaces tactiles, ces surfaces reçoivent des impressions transmis-
(i) GiaDT, mém. cité.
es
SKNS DD TODCHEH.
sibles par une certaine classe de nerfs (*) et perceptibles par Tencéphale; I iï en résulte un certain nombre de sensalions distinctes, telles sont, par I exemple : la sensation de contact, — la sensation de résistance, — la seii- [sation de Lcmpérature relative (1), etc.
Ces diverses sensations résulteraient^ d'après quelques observatears, I d*aiitant de sens disliucts. Déjà Aristote (2) faisait observer que la langue I fient, dans !e mûmc Heu, les saveurs cl les qualités tangibles des corps, I Cardan (S) a établi, dans le toucher, quatre sens différents : le premier pour I le chaud, le froid, Thumide et le sec; le second, pour la douleur el le pi [«ir (qui, pour nous, se rapportent à la sensibilité générale); le troisiérai [pour les joies de Vénus, et le quatrième pour la pesanteur, Gerdy {U) Connaît aussi quatre espèces de toucher : la première comprend le i^ général; la seconde perçoit le chaud et le froid, Thumide et le sec, le pesant et le léger, le consistant et le mou, l'étendue, la situation, la forme, le ressort des corps élastiques ; la troisit^me est relative au chatouillement, el la quatrième à la volupté. Enfin Landry (5), non-seulement classe les sensations tactiles sous les quatre titres suivants : 1** sensation d'activité musculaire, 2° sensation de contacl, 3'* sensation de température, U° sensation de douleur; mais en outre il admet autant de nerfs différents pour chacune de ces sensations.
Si toutes ces divisions n'avaient pour luiL que de grouper, de coordonner les sensations diverses fournies parle sens du toucher, il serait bon de les admettre, tout en cherchant h démontrer eu quoi elles sont défectueuses; mais, si elles doivent au contraire isoler seulement, sans les expliqua davaiilage, les phénomènes que nous observons, et si, basées sur des fail réelsj elles doivent aboutir h des hypothèses qui ne sont pas suffisamment' justitiées, mieux vaut n'admettre dans le sens du toucher que les divisioi généralement acceptées.
Que les notions fournies par le tact soient très-variées, c'est un fait ce tain et aperçu de tout temps; que ces notions soient indépendantes les um des autres, que les unes puissent être encore produites quand les autres
{*) Ces nerfs sont : 1^ les trente et une racines ^nutes pasiétieures, qui ie distrili
ilirect«mcnl k 1» p*in^ de tout le tronc^ des quatre membres et du segment postérieur de la tète^ «tiiisi qu'il la muqueuse des voies g^^ruto-urinajres et de ta partie inférieure dn tube di^stif;
— 2" iii fjrmitc racitie fin trijumeau f destinée à la peau du segnienf antérieur de Fa tiHe (c*eftà'dirc Ui face)» aux dents, aux muqueuses labiale^ lin^ualef pLiline, oculaire, na»a1e, ele.;
— 3** le g/arjeo-phnrffngipfi^ dont ie^ filets ^'arrêtent dimi la meinbriine muqueuie du lympafl do La base de lu lâni^ue, des piïitvrs du voile du palais et d'une partie du pharynx ; — à^ le pne moff<îxtrîfjnf\ qui envc^ie les siens aux membranes muqueuses du pharynx, du larynx, de \m~ tracbée, des bronches^ de t'cesopbage et de restouiac.
Nota. — Aucune des membranes muqueuses que nous venons d'indiquer ne semble être étrangère jxm% sensations de tentpéralurc^ el plusieurs procurent au^si les sensations de contact et de résistance.
(t) H. Belfield LefévrE; Recherches sut ta nature^ la dùtnifution et Vorgane (acttle, p. 21. l^aris, 1837,
(2) AltlSTOT£, D^ nm'ma^ U II, f 2,
(3) Cari»vîi» Iksubhhtate^ïtb. XUL Hasili», 155â, p. 384. (A) Gbi^dy, Ph^siùL phiios. tle* semnttom^ ek,, p. A5 etsuiv. Paris, 18A6. Ih) Lakmy, Traité des parait/aies, i, U, p. 170 et suiv. Parts, 1859*
cessent de Téire, c'est un fait moins généralement constaté et sur lequel Landry a porté toute l'attention d'un esprit exact et toute la finesse d'une dialectique habile. Mais, en faut-il conclure que ces notions résultent d'autant de sens distincts, que ces sens aient autant de nerfs différents?
L'obsenration et le raisonnement ne nous semblent guère favorables à cette induction. — Pour chaque sensation spéciale, il existe un nerf de sensibilité spéciale se rendant à un point particulier des centres nerveux. Où trouve*t-on, dans les nerfs du toucher, des fibres spéciales pour les diverses sensations et aboutissant à des points différents des centres nerveux? Sans doute, le nerf principal du goût(glosso-pharyngien) est aussi nerf de sensibilité générale. Mais, loin qu'on puisse trouver dans la double aptitude de ce nerf un argument à l'appui des aptitudes diverses des nerfs du toucher, le giosso-pharyngien peut être cité comme une preuve qu'un nerf spécial doit avoir une origine particulière; car on sait que ce nerf, outre sa Tidne ganglionnaire, présente des filets radiculaires sans ganglion qui paraissent destinés à la sensibilité gustative.
Dans les autres sens, on peut encore mieux isoler la sensibilité spéciale de la sensibilité générale, et pourtant jamais le plus habile expérimentateur n'est parvenu à séparer^ dans un même rameau nerveux, des filets pour la sensation de température, d'autres filets pour la sensation de contact. Les paralysies, il est vrai, peuvent atteindre l'une de ces sensations et non Tautrc, mais il serait peu rigoureux, dans ces cas, d'assimiler les conditions pathologiques aux conditions physiologiques^ attendu que trop souvent ces paralysies s'accompagnent de phénomènes complexes, de lésions profondes ou multiples qui ne permettent guère de tirer des déductions rigoureuses.
La différence est-elle donc plus grande entre deux notions tactiles qu'entre deux notions gustatives, optiques, etc.? La sensation de température et celle de contact ne se ressemblent pas ; mais en quoi se ressemblent leâ sensations de doux et d'amer qui ne sont certes pas des degrés d'une seule et même impression? En continuant cet examen, nous trouvons que le nerf optique donne non-seulement la notion de la forme, mais aussi celle de la couleur, mais aussi celle de la saillie, celle de l'éclat, etc.; et dans le son, le timbre et le ton, ne sont-ils donc pas aussi destinés ù impressionner différemment le môme nerf auditif? Les sensations diverses que nous pouvons éprouver sont infinies, mais les moyens par lesquels elles nous parviennent sont très-limités : ces moyens sont les cinq sens, parmi lesquels nous semble devoir figurer comme un, le sens du toucher, -r- La môme tige de métal conduit la chaleur, l'électricité, le son, etc. Est-ce à dire qu'il y ait pour chacun d'eux une tige particulière?
a. — La sensation de contact est loin d'être discernée avec la même précision et la môme netteté dans les différentes régions de la surface tégumentaire. Les expériences de E. H. Weber (1) donnent, à cet égard, de
(1) E. H. Webeb, De subtUiiate tactus, dans Touvrage intitulé : De pulsu^ r^sorptione, audit u rt tacju annota tiones nnat, et physiol» Lipsias, 1834.
70 Sm Dtr TOUCHER*
curieux renseignemenU. Ce physiologiste a démooLré que les deux pointei mousses d*iiD compas» appliquées simuUant^nieDl sur divers pnîols de Jft
périphérie du corps, doivent présenter des écartenients Irès-variahles pour donner Vwn à deux .sensatinns distinctes, et non à une seule ; on COD- <;atl d'ailleurs qu'ici moindre sera le degré d'écartement, plus grande devra être la subtilité ou la délicatesse du tact.
Les parties qui possèdent la faculté tactile au plus haut degré, g^6B|<4^ dire celles qui exigent la moindre distance entre les deux extrémités compas pour pouvoir en éprouver une impression donble, sont, dapr K. H. Weber, le bout de la langue qui perçoit deux sensations distinct aTec un écartement d'une demi-ligne, et la face palmaire de la ph;ilangeti des doigts qui réagît de la même manière avec une ouverture de eomf qui ne dépasse point une ligne; puis viennent la surface rouge des lèvres^ la face palmaire de la deuxième phalange des doigts, 2 lignes; la face doîv sale de la troisième phalange, le bout du nez, la face palmaire au-dessu des têtes des os métacarpiens, 3 lignes ; le dos et le bord de la langue . un pouce de la pointe, la partie non rouge des lèvres, le métacarpe du pouce, h lignes; le bout du gros orteil, la face dorsale de la deuxièti phalange des doigts, la face palmaire de ïa main, la peau de la joue, face externe des paupières, 5 lignes; la muqueuse du palais, 6 lignes; ta peau de la partie antérieure de la pommette, la face plantaire du méta^ tarsien du gros orteil, la face dorsale de la première phalange des doi|^ 7 lignes; la face dorsale des létcs des os métacarpiens, H lignes; la membrane muqueuse des gencives, 9 lignes; la peau en arrière et au-dessus i la pommette, la partie inférieure du front, 10 lignes; la partie inférieur tle l'occiput, 12 lignes; le dns de la main, ih lignes; le cou an-dessous de" la miVchoire, 15 lignes; à la rotule, 16 lignes; au sacrum, ù Tacronjion, à la fesse, àravant-bras, au genou et au dos du pied près des orteils, 18 ligpes; au «sternum, 20 lignes; au rachis, le long des cinq vertèbres il/:irsales supérieures, près de rocciput, à la région lombaire, 24 lignes; au rachis, dau^i le milieu du coti, dans le milieu du dos, 30 lignes, ainsi qu'au milieu dfjH bras et de la cuisse. ^^
Toutefois, les expériences de G, Valentin (1) tendent à prouver que de pareilles mesures sont loin d'être absolues; car, d*après ce physiologisli la finesse du tact varie» chez les dilTérents individus, au point d'être de« fois plus grande chez une personne que chez une autre dans ta mên région du tégument externe (2)» Il résulte aussi de si*s expériences certaines parties, comme le pénis, Taréole du mamelon, etc*, dont titillation peut donner lieu h une sensation voluptueuse, se distingueraieu par leur faible impressionnabilité au contact.
En faisant tous ses efforts pour que l'organe lactile fût, pour ainsi dire, l'unique juge des impressions reçues et transmises par lui, et que jamais
(1) G, YiLCCTTït, De ftmctùmtlfus H^rt'Orum cerebraltum et nervi njmpfjthin, 1839. p. H«.
(2) Coosull^ auitîGR4VBft ; ÙhsfrWÈi^ on ihe Sen*ê o/ Tmieh, inelwimg nn Atmltf Webeh 8 Wùrk on ifmt Subjeci {Edinhttrfih new Philù9, Joum,^ 183fî, U XLI, p. 74).
Uf^
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ses impressions ne pussent être modifiées par une opération intellectuelle quelconque, H. Belfleld-Lefèvre (1) est arrivé, après des vérifications nombreuses, à formuler, sur le point qui nous occupe, des propositions générales dont la plupart s'accordent avec celles de Weber. Nous nous bornerons à en rappeler quelques-unes : — 1^ Une portion quelconque du tégument perçoit plus nettement Tintervalle qui existe entre deux points^ lorsque la ligne qui unit ces deux points est perpendiculaire à l'axe du corps ou du membre [transverse), que quand cette ligne est parallèle à ce même axe {bmgitudincJe) (*). — 2^ Lorsque deux points, amenés simultanément an contact d'une portion quelconque du tégument, sont perçus comme nettement distincts, la distance qui sépare ces deux points parait d'autant plus grande, que le sens tactile est plus développé dans la portion du tégument que l'on explore f**). — 3^ Lorsque deux points sont amenés successivement au contact de la peau, la distance qui les sépare paraît plus grande que si le contact a lieu pour les deux points en môme temps : en général, la distance qui sépare les deux points paraîtra d'autant plus grande, que le temps écoulé entre les deux contacts aura été plus considérable. — k"" Deux points situés des deux côtés de la ligne médiane paraissent plus éloignés l'an de Tautre que deux points^ également distants, mais situés d'un seul et même côté de cette ligne. — 5<* Si l'on choisit, sur la surface tégumentaire, deux régions dont la position relative soit sujette à varier (les deux paupières, les deux lèvres, etc.), et qu'on appuie chacune des deux pointes d'an compas sur l'une de ces surfaces, la distance qui sépare les deux pointes l'une de l'autre paraîtra beaucoup plus grande que si les deux pointes du compas reposaient en même temps sur l'une ou sur l'autre surface. — 6* Le sens tactile est plus développé dans les téguments de la tête que dans ceux du tronc : à la face, la délicatesse de ce sens décroît assez régulièrement à mesure que l'on s'éloigne de l'orifice buccal. — 7® Dans les membres, la délicatesse tactile s'accroît à mesure que l'on s'éloigne davantage de l'axe du corps. — 8<* Elle est moindre dans les téguments du tronc que dans ceux des membres.
b. — La sensation de résistance occasionnée par une pression de la surface tégumentaire peut sans doute, dans certaines circonstances, s'obtenir par le moyen du seul sens tactile; mais, dans d'autres oh il s'agit d'appréciation de poids notable, la sensation est évidemment complexe^ et résulte de deux opérations intellectuelles différentes, l'une qui a pour but d'évaluer, au moyen du sens tactile, la pression exercée sur le tégument, et Tâotre de juger le degré d'effort musculaire employé pour soulever la masse dont on cherche le poids. C'est en scrutant les résultats obtenus
(1) H. Belfiej-d-Lefévre, thèse citée,
(*) Le bout des doigts et celui de la langue font exception à cette règle : avec ces parties on distingue plus facilement la distance quand les deux branches du compas sont disposées dans le sens longitudinal. (E. H. Weber, op. aï.)
P) Il est très-facile de vérifier ce résultat en touchant comparativement, avec deux pointes, le bout de la langue, puis le bord libre de la lèvre inférieure.
SENS DL' TOUr.HEH.
par ie sens l^clilc, dans des circonstances qui ne commandent pas ca môme temps des coolnietionii musculaires» qu'il devient possible de di tciminer, d^unrparl, la valeur de ce sens comme moyen d'apprécier les rési: tances oiTertes par les corps extérieurs, et, d*autre part, d'indiquer, métne point de vue, la valeur relative des diverses régions de la surface tégumentuire.
Les di fié rentes régions du tégument externe ne distinguent pas égalis ment bien les mômes différences de pression : sous ce rapport* les lèvres, la face palmaire des doigts, la face plantaire des orteils, la peau du front, etc., remportent sur les autres parties du corps. En général, celles qui distinguent le mieux les minimes distances sont encore celles qui apprécient le mieux les minimes diirérencc'^ de pression (t). D*après 1C> H* Weber (2), celle dernière faculté d*appréci:Uion serait plus prononcée dans la moitié gaucbe que dans la moitié droite de nos téguments particularité qui n'a pu être expliquée, jusqu'il présent, par aucune hypothèse plausible : «Inler 1^ homines)>» dit Wïber, «(diversie aHalis, diversis- » que studiis et laboribus opéra dantes, 11 homincs idem pondus sinistni lï manu incumbens, majus qunm d extra manu positum, visum est ; in 2 conï> traria raîio valebat; in 1 tanluni tîtirer(nilîa sinistri et dextri laleris plane » non apparuil. n Du reste, une différeîïce entre deux pressions est évalu d*une manière beaucoup moins exaele^ lorsque cette évaluation se fonde" sur les seules impressions de l'organe du tact, que quand elle résulte d'une appréciation simultanée des impressions tacliles et des contraclio musculaires : ainsi Texpérience démontre qu'une différence d'un hui tiémc est h peine perçue par le seul organe du tact, tandis qu'une diffii rence d*tm seizième devient perceptible par le concours des deux moé dïivalualion (3),
Ajoutons que deux corps de même masse et de même substance, mais déformes différentes, ne déterminent pas, sur le même point du tégument, la même impression. En général, le poids ijpparenl d'un corps est en raison inverse de la base sur laquelle il s appuie : ainsi, si l'on place un tranc , de côfie sur un point déterminé du tégument, ce corps paraîtra plus lourd ou plus léger, suivant qu'il reposera sur la plus petite ou sur la plus grandi de ses deux bases (h).
c — Quant à la sensation dfi température, elle ne peut se produire, dans k cas spécial qui nous occupe, que s'il y a une certaine quantité de calorique soustraite ou couimuniquée, pendant un temps déterminé à Torgane lacttile. Évidemment, quand il y aura égalité de tempéraUu'e entre celui-ci et les corps ambiants, la sensation sera nulle, tandis qu'un môme degré de chaleur produira une sensation de chaud ou de froid, si 1 organe est aa^j lucllement au-dessous ou au-dessus de ccdegrét
(1) BEirtELo-LiFKvaR, f A/*ftf cfYA», p. 48.
{2} E. H. WcaCR, o/î. fti,, p» 85,
(Z) Thèie citée, p. 46.
{à) /but.
Un fait assez digne de remarque^ c'est que l'impression qui est due au contact d'un 'corps d'une température déterminée est proportionnelle à l'étendue des surfaces en contact : ainsi un corps d'une température donnée, en contact avec une large surface tégumentaire, pourra produire une sensation de chaleur plus intense qu'un même corps d'une température plus élevée, mais en contact avec une moindre surface. Une différence de température^ imperceptible h une petite surface tégumentaire, pourra être facilement perçue par une surface tégumentaire plus étendue : ainsi l'extrémité du doigt constatera difficilement une différence de température d'un tiers de degré du thermomètre centigrade, tandis que cette différence sera perceptible pour la main tontentière. «Il semble, dit H. Belfîeld-Lefèvre (1), que les impressions différentielles communiquées à chaque point distinct du tégument, s'additionnent en une somme totale, qui seule est transmise au cerveau, de telle sorte que la température apparente d'un corps soit Umjoars proportionnelle au nombre de points par lesquels ce corps touche l'organe du tact. »
Les différences de température ne sont point perçues avec la même netteté parles diverses régions de la surface tégumentaire externe ou interne, elles expériences prouvent que la peau de la face palmaire des doigts, la muqueuse de la pointe de la langue, etc., pourtant douées au plus haut degré de la sensibilité taclile, le cèdent à la peau des joues, des paupières et de Folécrânc, sous le rapport de l'impressionnabilité aux températures différentes.
On sait à quel point des liquides très«cbauds ou très-froids impressionnent les papilles dentaires elles-mêmes. La muqueuse de l'œsophage et de l'estomac, celle du vagin et du rectum, sont loin d'être étrangères aux impressions de température. Je suis porté à supposer qu'il en est de même d'une assez grande longueur du gros intestin, car on éprouve une sensation de froid très-manifeste^ qui semble marcher dans la direction des côlons ascendant et transverse, après l'administration d'un lavement froid, n se pourrait néanmoins que les nerfs des parois abdominales contiguës à cette portion de Tintestin fussent les seuls agents de transmission d'une pareille impression.
Quoiqu'il en soit, l'aptitude à discerner les températures pouvant appartenir à quelques surfaces évidemment dépourvues de sensibilité tactile, on conçoit que l'on ait vu, dans cette aptitude, un phénomène de sensibilité générale. Darwin dit avoir observé l'abolition du tact, avec persistance delà sensibilité à l'action de la chaleur; il cite, en effet, des observations de paralytiques insensibles h tout contact, et qui ressentaient vivement l'impression de la flamme. Réciproquement, depuis Darwin, on a rapporté des exemples d'individus qui^ ayant perdu toute impressionnabilité à la température, avaient conservé la sensation du contact.
Plus loin, en nous occupant de déterminer les voies de transmission des impressions sensitives, dans la moelle épinièrc, nous reviendrons sur ces faits et tenterons de les expliquer.
(1) H. BsLFnL»-LeFÉTRE, thèse citée, p. 51.
7& SERS DU TOUCHBB.
rv. — n a été dit précédemment que, chez Thomme, si toutes les parties du tégument externe et certaines régions du tégument réfléchi sont le siège de sensations tactiles plus ou moins distinctes, la main, plus encore par sa conformation que par sa sensibilité tactile si prononcée, devait être regardée comme l'organe principal du toucher i^).
Avec ses brisures nombreuses, ses prolongements articulés et mobiles, susceptibles d'écartement et de rapprochement, ses nerfs volumineux (*^, sa position à l'extrémité d*un long levier, mieux que toute autre partie, la main présente Theureuse prérogative d'avoir plus de surface, d'embrasser un plus grand nombre d'objets, de multiplier et de varier les points de contact par lesquels elle peiit être affectée. Aussi un appareil locomoteur des plus complets lui permet-il d'exercer les mouvements les plus variés, et, en prenant pour ainsi dire toutes les formes, de s'appliquer immédiatement sur tous les objets, et d'en recevoir, par conséquent, dans un môme instant, un nombre inflni d'impressions. Nous avons d'ailleurs fait observer que, tant que la main reste immobile à la surface des corps, elle agit seulement comme organe de^tact; que, pour exercer le toucher, il faut qu'elle se meuve, soit pour parcourir leur surface, afin de nous en indiquer la forme, les dimensions, etc., soit pour comprimer ces corps, afin de nous donner des notions sur leur élasticité, leur consistance, etc.
C'est surtout à la faculté d'opposition du pouce que l'homme doit la perfection de son organe du toucher (***). Grâce à clîtte disposition, aux zones papillaires concentriques des extrémités digitales, il n'est corps si ténu
(*) On verra^ à la fln de ce chapitre, quels sont les divers organes du toucher dans la série des animaux,
(**) Les rameaux nenreux destinés à la face palmaire des doigts présentent une dispotitioa remarquable qui consiste dans la présence de corpuscules gangliformes, signalés pour la première fois, vers le milieu du siècle précédent, par A. Vater, retrouvés en 1832 par A. -G. Aif- DRAL, Camus et Lacroix, et bien étudiés, depuis , surtout par Paciiti, Henlb et KUlliui, Demonvilliers , Cb. Rouget, etc. — Ces corpuscules, qui existent plus spécialement el en grand nombre sur les nerfs collatéraux des doigts et des orteils, ont été aussi trouvés ailleurs : dans les ramifications des nerfs cutanés du bras et de Tavant-bras, du dos du pied, dans celles du nerf honteux interne, des nerfs intercostaux et sacrés, enfin dans différents plexvs du nerf grand sympathique qui enlacent l'aorte abdominale. Plus loin, à propos de l'étude microscopique du tissu nerveux, je dirai quelle est la structure de ces petits corps généralement désignés aujourd'hui sous le nom de corpuscules de Pacini.
Uu'il nous suffise, pour l'instant, de rappeler qu'on ignore complètement leurs usages et leuf rapports avec la sensibilité générale ou tactile.
Dans ces dernières années, R. Wagher, Kiilliker et Meissxer ont diWsé les papilles da derme en deux ordres : celles qui sont plus ou moins riches en vaisseaux et ordinairement dépourvues de nerfs, et celles qui possèdent des nerfs sans vaisseaux. C^es dernières, appelées papilies tnctilfs^ sont pourvues d'un renflement particulier (Meissner), et se rencontrent dans les régions les plus sensibles : dans la peau de la troisième phalange des doigts et des orteils, dans la muqueuse des lèvres, de la pointe de la langue, dans le mamelon, le gland et le cHtorii. Nous ne nous occuperons de la structure des corpuscules de Meissrer ou du tact qu'en étudiant celle du tissu nerveux en général. — Quant aux usages que rempliraient ces corpuaculee, pendant l'exercice du tact, disons tout de suite qu'ils sont encore inconnus.
{^) Dans le singe, le pouce, étant relativement plus court, ne peut pas aussi bien fiiire pince avec les autres doigts. Ajoutons que les mouvements de ces doigts ne sont pas auMÎ indépendants les uns des autres ; que le membre supérieur n'est pas exclusivement organe de prében* sion, que comme le postérieur il sert à la station et à la progression ; que dès lors, enfin, l'épiderme des doigts étant par trop épaissi, leur sensibilité tactile eo est (
SB!» DU TOUCBUL 75
. qu'il ne puisse saisir et palper, en môme temps que, par Técartement considérable de ce doigt^ il parvient à empoigner des corps très-volumineux. Le derme ou chorion sert, pour ainsi dire, de base à l'appareil tactile : formant une couche à la fois solide et élastique, il permet aux corps exté« rieurs de s'appliquer médiatement sur les papilles sans les léser ou les paralyser par l'effet de leur pression ; sa souplesse est accrue par la présence d'un tissu cellulo-fibreux sous-jacent, qui, à l'extrémité des doigts, prend la forme d'un véritable coussinet élastique. L'épiderme s'interpose entre les agents extérieurs et les papilles, de manière à protéger ces dernières; les ongles contribuent à l'exactitude de l'application des doigts. Quant aux autres détails relatifs à l'usage et à Tutilité de chacune des parties de la main, nous ne saurions trop engager le lecteur à méditer le traité De usatpariium (lib. I et II) de Galien, et l'admirable livre que Gh. Bell a écrit sur le même sujet : on y trouve la démonstration, curieuse par ses détails infinis, que la main est parfaitement ce qu'elle devait être pour le rôle auquel elle est destinée.
Buffon (1) ne partage pas l'enthousiasme de Galien sur la structure de la main; car, tout en reconnaissant l'avantage que l'homme retire de la propriété qu'ont ses doigts de s'étendre, se raccourcir, se plier, se séparer, se joindre et de s'ajuster à toutes sortes de surfaces, il ajoute : « Si la main avait encore un plus grand nombre de -parties, qu'elle fût, par exemple, divisée en vingt doigts, que ces doigts eussent un plus grand nombre d'articulations et de mouvements, il n'est pas douteux que le sentiment du toucher ne fdt infiniment plus parfait dans cette conformation qu'il ne l'est, parce que cette main pourrait alors s'appliquer beaucoup plus immédiatement et plus précisément sur les différentes surfaces des corps; et si nous supposions qu'elle fût divisée en une infinité de parties, toutes mobiles et flexibles, et qui pussent toutes s'appliquer en môme temps sur tous les points de la surface des corps, un pareil organe serait une espèce de géométrie universelle (si je puis m'expriraer ainsi), par le secours de laquelle nous aurions, dans le moment môme de l'atlouchement, des idées exactes et précises de la figure de tous les corps, et de la différence, môme infiniment petite, de ces figures. »
Telle qu'elle est, la main seule ou les deux mains réunies suffisent pour nous donner les impressions tactiles les plus variées et les plus étendues : placées à l'extrémité des membres supérieurs, elles peuvent comprendre entre elles un espace égal à la hauteur de notre corps, décrire des cercles dont le rayon peut ôtre infiniment petit ou être de la grandeur de la totalité du membre supérieur; tantôt rapprochées du reste du corps, elles le touchent en un point quelconque, car il n'en est pas qui soit inaccessible à . l'une ou à l'autre main ; tantôt elles en sont éloignées, et, quand nous avançons à tâtons dans l'obscurité, elles marchent, pour ainsi dire, devant nous. C'est par elles que nous recevons les premières notions des corps extérieurs; aussi nous servent-elles encore à la préhension de ceux qui peuvent nous
(1) BUFTOll, /6c. cit.
être utiles, à la répulsion de ceux qui peuvent nous être nuisibles : aossi^ par sa perfection, la main semble-t-elle être en rapport avec la perfection de l'intelligence, a Jamais la main du nègre^ dit Guitton (1), ne nous a offert cette organisation, ce développement, cette régularité de lignes, cette harmonie, qui constituent la supériorité et la beauté de celles que nous avons si souvent remarquées chez les blancs... Le membre thoracique et la main de ridiot et du crétin sont informes et atrophiées comme leur cerveau; leur main, petite, supportée par un large poignet, manque quelquefois de pouce; et, quand il existe, il reste fléchi, comme adhérent à la paume de la main. > Toutefois il ne faut pas oublier, comme nous le répéterons bientôt, qne rhomme doit sa suprématie à son organisation cérébrale, et que^ quand la nature Ta doué d'intelligence, elle a dû aussi le pourvoir de l'instrument nécessaire pour en accomplir les combinaisons.
V. — Le sens du toucher a pour usage de nous avertir du contact des corps ambiants et de nous donner des notions sur la température relative, la solidité ou la fluidité, le poids^ le mouvement^ retendue, le nombre, la situation, la direction et la forme de ces corps. Cependant, comme nous l'avons déjà fait observer, plusieurs de ces notions supposent la préexistence des idées de temps, de mouvement et d'espace, ou ne peuvent devenir rigoureusement exactes que par le concours d'un autre sens, celui de la vue.
La puissance du toucher, toute grande et tout admirable qu'elle est déjà, a pourtant été encore exagérée : on a voulu faire de ce sens, le premier, le plus important des sens, celui qui rectifle les autres, qui peut les remplacer tous, etc.; et, dans celte voie, on a été jusqu'à considérer ceux-ci seulement comme des modifications du toucher.
« Toule la différence qui se trouve dans nos sensations, dit Buffbn (2), ne vient que du nombre plus ou moins grand et de la position plus ou moins extérieure des nerfs : ce qui fait que les uns de ces sens peuvent être aflcctés par de petites particules de matières qui émanent des corps, comme l'œil, l'oreille et l'odorat; les autres, par des parties plus grosses qui se détachent des corps au moyen du contact, comme le goût; et les autres par les corps ou même par les émanations des corps, lorsqu'elles sont assez réunies et assez abondantes pour former une espèce de masse solide, comme le toucher, qui nous donne des sensations de la solidité, de la fluidité et de la chaleur des corps. »
Lecat (3) fait du loucher le plus sûr des sens et le dernier retranchement de rincrédulité. Toute la doctrine de Condillac est fondée sur la même opinion, qu'il a portée au delà des limites de la raison; et Helvetius (U) en est venu à dire : a Si la nature, au lieu de mains et de doigts flexibles, eût
(1) GuiTTOif^ Anat, et physioL compar, de la main, Uièse inaug. Paris, ISA 3, n* 12â, p. 26.
(2) Burroii, De l'homme : Des sens en général, Êdit. de Sonnini, t. XX, p. 61.
(3) Lecat, Traité des sensations ^ t. II, p. 203. Paris, 1767.
(4) Helvetios, De Ve^prity etc., chap. i.
tenniné nos poignets par un pied de cheval, qui doute que les hommes ne fossoit encore errants dans les forêts comme des troupeaux fugitifs? »
n est curieux de voir que Gallen, qui s'est livré avec tant de détails et de perfection à l'examen de Tutilité de la main et de ses parties, s'élève déjà contre cette manière de voir qui remonte par son origine jusqu'avant Aristote : «L'homme a eu des mains, dit Galien (i), parce qu'il est un animal très-sage et que les mains sont pour lui des instruments convenables; car il n'est point animal très-sage^ comme disait Anaxagoras, parce qu'il a eu des mains, mais il les a eues parce qu'il est très-sage, comme a jugé très-bien Aristote : car ce ne sont pas les mains, mais la raison qui lui a enseigné les arts. Ainsi les mains sont instruments des arts, comme la lyre du musicien et les tenailles du forgeron; mais l'un et l'autre sont savants en leur art par la raison de laquelle ils ont été doués et pourvus^ et ne peuvent néanmoins exercer les arts qu'ils savent sans instruments.»
Non assurément, le toucher^ quelque délicat qu'il soit, quelque exercé qnll puisse devenir, n'est pas capable de remplacer les autres sens, non plus que les autres sens ne pourraient suppléer à l'absence du toucher, s'il venait à manquer. Les sens s'entr'aident, s'associent pour le complément des notions nécessaires à l'esprit, mais leur appui mutuel ne s'applique qu'à leurs fonctions médiates, et jamais l'acte immédiat, spécial de chaque sens, ne peut être rempli par un autre : la vue seule reconnaît la couleur des corps, l'odorat seul leur odeur, le goût seul leur sapidité^ etc.; mais, aussi bien que le toucher, la vue peut apprécier leur contour, leurs dimensions, etc., et, comme l'ouïe ou la vue, l'odorat permet parfois de juger de leur distance et de leur direction. Il faut reléguer parmi les erreurs que l'esprit humain propage ou accueille si facilement l'histoire merveilleuse (2) d'un oi^niste hollandais qui, devenu aveugle, pouvait distinguer au toucher les différentes couleurs; et peut-être même celle du sculpteur Ganibasius de Yolterre (3) qui, aveugle aussi, pouvait, après avoir touché un objet, en faire en argile la copie parfaitement ressemblante. Il n'est pas impossible que^ parmi les couleurs que les arts emploient, quelques-unes offrent des aspérités, des rugosités sensibles nu toucher; mais la main, qui reconnaît ces caractères tangibles, ne reconnaît pas pour cela les couleurs, mais seulement des particularités tactiles qui coexistent avec la couleur. ÂQssi les aveugles, qui apprennent à lire avec les mains, à toucher la parole écrite en relief, n'ont-ils de l'écriture que les notions de forme, et nullement celles qui ne peuvent s'acquérir que par les yeux.
11 en est de même pour le sens de l'ouïe : quand les vibrations sonores sont perçues par le toucher, elles ne donnent que la sensation de la vibration et' nullement celles du son. Quand on approche du nez, des lèvres ou des dents d'un sourd, un diapason qui vibre, le frémissement, le chatouil-
(1) Galien, De usu partium, trad. fraiiç. de Daléchamp, liv. I, chap. m, p. U (Paria, 1659)) et dans édit. lat., fol. 109, au ytno (Venise, ibài)»
(2) Ltcat, ouvr. cité, t. Il, p. 211.
(3) iDBM, loc. cit.
78 sens do toucbeb.
lement qui résultent de ce contact sont perçus par le sourd comme par toute autre personne, mais ils sont perçus séparément du son qu'il produit
JI ne faut pas oublier, du reste, que les sens ne sont que les instruments de l'intelligence . Les notions qu'ils nous fournissent sur les corps peuvent être plus ou moins étendues sans cesser d'être suffisantes, et la mémoire ou le jugement peut suppléer au défaut des renseignements fournis. Ainsi la vue de l'eau donne l'idée de l'humidité, qui est du ressort du tact; le bruit d'une contusion fait naître l'idée de pression, qui est une sensation tactile. Dira-t-on que la vue et l'ouïe remplacent le toucher? Non sans doute; mais on reconnaîtra, avec Montaigne, que c'est -l'intelligence qui voit et qui entend^ que c'est elle aussi qui touche : la main n'est que l'instrument dont elle se sert pour cet effet.
C'est par le secours de la main ou du toucher qu'on est parvenu à fournir d'assez nombreuses noiions à l'intellect de pauvres êtres assez mal traités par la nature, pour être à la fois sourds^ aveugles et muets. Mais la poésie seule peut admettre que ces individus voient ou entendent avec les mains, reçoivent par elles les notions de la lumière ou du son, non plus que les muets ne possèdent la voix dans leurs mains. L'intelligence humaine est assez active pour pouvoir se développer alors même qu'elle est privée de la plupart de ses instruments; elle est assez habile pour suppléer artificiellement au sens qui lui manque; mais elle ne saurait le remplacer. Que les impressions sensoriales soient ou non des vibrations analogues à celles du tact, ce qui constitue leur spécificité, c'est surtout la spécialité de l'organe, de la portion destinée à les recevoir. Bufi'on (1) s'est évidemment trompé quand il a dit : a La différence qui est entre nos sens ne vient que de la position plus ou moins extérieure des nerfs et de leur quantité plus ou moins grande dans les différentes parties qui constituent les organes. C'est par cette raison qu'un nerf ébranlé par un coup ou découvert par une blessure, nous donne souvent la sensation de la lumière sans que l'œil y ait part, comme on a souvent aussi, par la même cause, des tintements et des sensations de sons, quoique Toreille ne soit affectée par rien d'extérieur, s
Contre l'assertion de l'illustre naturaliste, jamais un nerf de sensibilité tactile, quelque légèrement ou superficiellement qu'il soit impressionné, ne pourra transmettre une impression lumineuse et faire naître la sensation visuelle; que ce soit la lumière même qui soit employée comme excitant d'im nerf de sensibilité tactile , l'impression lumineuse ne sera ni reçue, ni transmise, ni perçue, de même qu'une impression tactile, si violente qu'elle puisse être, ne sera pas reçue par la rétine, ni transmise par le nerf optique, ni perçue par l'encéphale : elle ne pourra produire qu'une sensation lumineuse, comme la lumière agissant sur les nerfs de sensibilité générale ne détermine que la sensation dcichaleur, comme les vibrations sonores ne causent à la peau qu'une sensation tactile.
(1) BurroH, loc. cit.
SENS DO TOUGBEB. 79
Sans vouloir nier que notre éducation intellectuelle soit fondée en grande partie sur lès connaissances que le toucher nous procure, nous ne saurions répéter avec Buffon (1) : « C'est par le toucher seul que nous pouvons acquérir des connaissances complètes et relies; c'est ce sens qui rectifie tons les autres sens, dont les effets ne seraient que des illusions et ne produiraient que des erreurs dans notre esprit, si le toucher ne nous apprena: à juger. » Évidemment tout ce qu'on a attribué au toucher, sous ces rapports, appartient à des organes plus relevés qui le mettent en œuvre. Gomment admettre que le toucher puisse compléter ou rectifier nos idées sur les couleurs, les odeurs^ les saveurs et les sons? La nature n'a pas pu créer des sens multiples pour commettre des erreurs qui fussent rectifiées par un seul. Et d'ailleurs le toucher, ce prétendu régulateur de tous les autres sens, ne cause-t-il donc point aussi des illusions à notre intelligence; parfois ne nous égare-t-il pas sur la consistance, sur le poids, sur la températore, sur les mouvements des corps, aussi bien que sur leur forme, leur étendue, leur situation et leur nombre?
Vl. — Diverses influences peuvent modifier l'exercice du tact et du toucher.
Chez lliomme et chez la plupart des animaux, l'exposition du tégument externe aux intempéries de l'air donne à ce tégument plus d'épaisseur et de densité. Le froid, en particulier, dimimie sa susceptibilité, son action perspiratoire, et détermine la végétation d'une plus grande quantité de poils à sa surface. Les hommes du Nord sont par cette raison moins sensibles, et, en général, plus velus que ceux du Midi; et chacun connaît la différence qui existe entre les riches fourrures des animaux des régions polaires et la surface pelée des mêmes espèces dans les contrées méridionales. L'humeur visqueuse dont une chaleur constante provoque l'exhalation, chez les habitants des tropiques^ tend à amoindrir la trop vive sensibilité de leur surface tégumentaire.
Quant aux âges, on sait que le racornissement et la sécheresse de la peau, chez le vieillard, s'opposent à l'exercice parfait du sens tactile, et que les conditions inverses s'observent chez Tenfant.
Les femmes ont entre autres avantages sur les hommes, celui d'avoir le toucher plus délicat, la peau plus fine et plus belle : aussi le contact moelleux, élastique et satiné de leur corps procure-t-il à Thomme une sensation des plus agréables, qui contribue puissamment à l'éveil de désirs erotiques.
Ck)mmc on l'observe dans un grand nombre de professions, le toucher peut arriver, par l'exercice, à un degré de perfection très-élevé. Personne n'ignore combien la culture et l'habitude lui apportent de sagacité et de délicatesse chez les aveugles-nés qui apprennent à lire couramment avec les doigts llmpression du relief des lettres sans les voir.
Ajoutons que les affections fébriles, en desséchant la peau ou en l'inon^
(1) BcrroH, Hist, nat. génér. et partie,, édit. d% Soimini, t. XI, p. 49.
80 SERS DO TOCCHEE.
dant de sueur, peuTent modifier le sens tactile, et qu'il n'est pas rare de le Toir disparaître partiellement dans certaines névroses, telles que l'hys térie, la catalepsie, Thypochondrie, etc. (i).
01GA5ES ET SE5S DC TOCCHCR DA5S LA SÉRIE AimiALE.
C'est aussi dans le tégument extérieur et dans ses appendices que réside spécialement le sens tactile chez les divers animaux. Les conditions anatomiques de ces organes ont une grande influence sur le degré de développement du sens dont il s'agit. Dans l'homme, le tact existe, comme nous l'avons dit, sur toute la surface du corps; mais le sens du toucher a son siège principal dans la main. Parmi les mammifères, il en est de même du singe : ses quatre extrémités offrent les caractères de la main, quoique avec des imperfections assez nombreuses. Notons encore que, chez les sapajous, ce ne sont pas seulement les mains et les pieds, mais encore l'extré* mité de la queue, qui servent d'organes du toucher.
Dans les mammifères, les conditions d'aptitude du tégument extérieur i recevoir les impressions tactiles sont modifiées par la présence des poils. On sait que, dans certaines espèces, les moustaches servent manifestement au toucher, et que des nerfs volumineux aboutissent aux bulbes de ces poils. Cette disposition est manifeste chéries rats, les phoques, etc.
L'extrémité du nez est disposée, dans plusieurs animaux^ de façon i pouvoir leur donner connaissance des qualités tangibles des corps. Le cochon et la taupe s'en servent à cet effet, et l'éléphant possède de plus une trompe contractile dont l'extrémité est riche en papilles^ Les lèvres ne restent pas non plus étrangères aux sensations du toucher : chez le cheval, l'âne, le rhinocéros elles y prennent une part évidente. Les membranes des ailes de chauve-souris sont douées d'une sensibilité exquise qui compense le développement peu considérable de la faculté visuelle.
Dans les oiseaux, la sensibilité tactile est peu développée* k cause da grand nombre de plumes qui recouvrent la surface de leur corps. Le ton* cher s'exerce presque exclusivement par les pâlies et le bec : une condîtion avantageuse, sous ce rapport, est le nombre considérable d'articuktions des doigts chez ces animaux. Le corps papillaire du derme estansa développé, et la partie inférieure des doigts notamment est garnie de fortes papilles. L'enveloppe cornée du bec n'enlève pas à cet organe sa sensibilité propre; le bec inférieur reçoit une branche nerveuse considérable du nerf trijumeau chez le canard, etc. La langue, chez plusieurs oiseaux, sert aussi à faire reconnaître les qualités tangibles des corps.
Beaucoup de reptiles n'ont pas d'organe spécial du toucher. Parmi les reptiles écailleux. nous devons néanmoins citer les geckos, qui ont un tact
(1) Consvllci, i ce njet, rintéressant némoire de Bkac, ialitirié : Beckerthes einrifme* sur ranetihétte, mtraef de gueiqme* considèrattoiu phytiohgiqmes star /a temnèiiiié {Àrckiwtt gtner. de mt/kane^ 4« lérie, iS48, t. XVl, p. f).
assez développéy probablement en raison de l'élargissement de leurs doigts. Dans les cbéloniens, le tact est au contraire à l'état rudimcntairc ; la brièYeté des doigts et leur réunion expliquent cette particularité. Doit-on admettre que le museau des lézards, la langue de la couleuvre, servent aux sensations tactiles? — Chez les batraciens, la peau est nue et semble jouir de qualités tactiles très-prononcées.
Les organes du tact, dans les poissons, sont imparfaitement connus. On considère comme tels les prolongements qui se trouvent autour du museau ou de la tête, et qu'on désigne sous le nom de barbillons. Ces prolongements existent en plus grand nombre chez les silures^ les loches^ les esturgeons, etc. De Blainville (1) assure avoir constaté que, chez ces derniers animaux, les barbillons reçoivent des filets nerveux considérables. Jacobson a observé^ dans les squales, des organes particuliers que l'on considère généralement comme faisant partie de ceux du toucher, et qu'il a comparés aux moustaches des chats. On suppose aussi que les nageoires latérales de certains poissons servent aux sensations tactiles. Les appendices de la scorpène antennée remplissent peut-être le môme rôle.
Itens les animaux articulés^ il existe de grandes différences au point de vue qui nous occupe. Avec un tégument corné ou calcaire que possèdent les crustacés, les insectes, les myriopodes et les arachnides, on conçoit que ces animaux ne doivent pas avoir une sensibilité tactile très-grande. Cependant Dugès (2) admet que l'élasticité et la vibratiiité de cette enveloppe la rendent susceptible de transmettre aux parties sous-|acentes des impressions assez légères. Chez les insectes et les arachnides, il existe des poils élastiques^ roides et vibrants, dont les usages se rapportent à l'exercice du tact.
Chez les larves d'insectes, dans les annélides, la peau est plus flexible que dans les autres articulés; aussi jouit-elle d'une sensibilité plus vive. La chenille marte offre des poils qui, étant touchés même légèrement, font rouler l'animal sur lui-même.
Les organes que l'on désigne sous le nom de palpes, d'antennes, et qui existent chez la plupart des invertébrés, ne sont nullement conformés pour palper, suivant de Blainville (3), c'est-à-dire pour donner ime idée de la fonne des corps. D'après Dugès (4), les palpes sont eflScacement employés à l'exploration des aliments dont ils aident l'ingestion.
Dans les mollusques, la peau est généralement humide et souple, disposée conséquemment de manière à recevoir des impressions tactiles. On trouve^ en outre, chez les animaux qui appartiennent à cette classe, des organes spéciaux en rapport avec l'exercice du tact : tels sont les longs
(1) De Blaihville, De Vorganisaiion des animaux, 1822, p. 227.
(2) Doais, ouvr. cité, t. I^ p. 121.
(3) De Blaoitille, ouvr. cité, p. 233.
(*) Dwt», ouvr, cité, 1. 1, p. 124.
UMWET. — PBT8I0L. 111. — 6
82 SKNS DO TOUCHEft.
bras des céphalopodes, instruments qui servent en même temps à la locomotion.
Les pàlypéà et les hydres y lés actinies, les holothuries, ont aussi des appeiidibes de 6e gehra Enfin, quelques-uns de ces animaux ont la peau nue, mittce, et lô corps généralement sensible; mais on comprend qu*il y a loin des impressions qu'ils peuveril ressentir à celles que procure un véritable sens du toucher.