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DÉVELOPPEMSHT DE L ŒUF FÉCONDÉ

L*excès de longueur du cordon ombilical peut donner lieu tantôt à la formation de nœuds sur son trajet, tantôt à son entortillement autour du cou ou de quelqif un des membres du fœtus. C'est sans doute aux mouvements de ce dernier qu'on doit allribucr Fune et Vautre disposition.

Rapports de l'œuf avec la matrice. — Membrane caduque.

Quand tons les phénomènes que nous avons décrits précédemment se sont accomplis, quand Famnios, distendu par le liquide amniotique, s'est appliqué contre la l'ace interne du chorion, le développement de Fœuf est achevé et la composition de ses membranes s'est réduite à une simplicité extrfime. En effet, il n'existe plus que le chorion, dépounfu presque enlièrement de ses viUosités et collé sur lamnios qui le double intérieure-

tment dans toute son étendue.

Le chorion, la vésicule ombilic;ile, Fallantoïde, ont des formes difîérenles chez les divers animaux, d'où résultent aussi des dilTérences correspondantes dans la forme de Fœuf, Ainsi, chez les ruminants, Fœuf est allongé, fusiforme, et son allantoïde bicorne, pourvue d*un nonibre considérable de cotylédons; eliez le ebieu et les carnassiers, il est ovoïde et son » allantoïde est aussi bicorne, mais dans une direction inverse de celle qu'elle affecte chez les ruminants, d'où la disposition transversale et la forme zonaire du placenta; chez l'homme et plusieurs autres mammifères, Fœuf est sphérique et Fallantoïde, répandue d'abord sur toute sa périphérie, concentre son développement vasculaire en un point limité où elle forme • un placenta discoïde, ou, comme on l*a nomme, un gâteau placentaire, Lamnios, pur son iispecl, sa disposition anatomique, ses fonctions, est une véritable séreuse^ dans laquelle le fœtus est contenu, comme le canal intestinal est contenu dans le péritoine, le cœur dans le péricarde. Le chorion, dépouillé de toutes ses villosités et de ses vaisseaux, se trouve réduit, de soncôtéjà un tissu libreux qui, par sa disposition et ses rapports, joue, h regard de Famnios, le rôle d'une membrane résistante d'enveloppe ou de soutien. La surniee lisse et polie de* Famnios est baignée parle liquide amniotique^ dans lequel est plongé Fembryon qui, par le cordon ombilical, tient au gâteau placenlaire destiné à le mettre lui-même en communication avec Futé rus.

Ces membranes sont presque les seules enveloppes de Fembryon arrivé

tau troisième mois de la vie intra-utérine : ce sont celles dont il devra se dépouiller pour sortir du ventre de sa mère* Tous les phénomènes qui continuent à se passer dans l'œuf tiennent exclusivement à Faccroissement et à la nuUition,

Uuant h la position que le fœtus occupe dans sa poche protectrice, elle varie dans les premiers temps de la L^^rossesse, mais elle acquiert bientôt une fixité durable jusqu'au moment delà naissance. Le plus généralement le firtus est recourbé sur sa partie antérieure; la tête légèrement fléchie, le menton appuyant sur la liice antérieure de la poitrine; les pieds relevés

sur le devant des jambes, celles-ci fortement fléchies sur les cuisses, qui sont elles-mêmes appliquées sur la face antérieure de Tabdomen; les genoux écartés, les talons rapprochés l'un de l'autre et appliqués contre les fesses; les bras serrés sur les côtés du thorax, les avant-bras fléchis et croisés sur le devant du sternum, le menton logé entre les deux mains. Ainsi replié sur lui-même, le fœtus forme une masse ovoïde, dont la petite extrémité, constituée par la tête, regarde en bas, et dont la grosse extrémité, représentée par la région pelvienne, est tournée vers le fond de U matrice. Cette position déclive de la tête, qui est infiniment plus fréquente que toutes les autres, dépendrait, d'après Cazeanx (1), de ce que la matrice, se développant d'abord aux dépens de son fond, permet «\ l'extrémité pehienne du fœtus de s'y loger, dès ce moment, avec plus de facilité qu'elle ne pourrait le faire dans la partie rapprochée du col. Nous verrons, plus loin, quelle est d'ailleurs la position la plus favorable à raccouchement

L'amnios et le chorion persistent jusqu'à la naissance, et la parturition est immédiatement précédée de la rupture de ces membranes, dont la saillie, à travers le col de l'utérus dilaté, constitue la poche des eaux.

Ces membranes ne sont pourtant pas les seules à se rompre, les seules qui aient concouru à constituer l'enveloppe de l'œuf. Il faut y «ajouter, pour ne rien omettre, le feuillet réfléchi de la caduque^ qui, dès une époque pen avancée de la grossesse, fait corps avec le chorion. Pour ne pas scinder un seul et même sujet, nous avons renvoyé jusqu'ici l'étude de cette enveloppe la plus externe de l'œuf (caduque), qui sert, non-seulement à retenir l'oeuf et à le protéger, mais encore à établir entre le fœtus et la matrice, du côté de la mère, les mêmes relations que nous avons vu le placenta n'-aliser du côté de l'embryon.

La membrane caduque n'est autre chose que la muqueuse de l'utérus développée, hypertrophiée et appropriée aux fonctions quelle doit remplir pendant la gestation. Cette opinion étant nouvelle, du nioinsenvisiigéeà un point de vue aussi absolu, et se trouvant en opposition avec une théorie de la formation de la caduque, qui régna longtemps dans la science, il importe d'en démontrer toute Tcxactitude. Pour cela, roportons-nous à oc que nous avons déjà dil do la muqueuse utérine, en parlant de la men>lruation, et rappelons ks détails d(î structure essentiels à connaître pour donner au rapprochement que nous allons faire toute sa valeur scientifique.

11 est d'abord hors de doute aujourd'hui qu'^Y ex^i'^te vue muqueuse dnyis Vutérus. Son épaisseur est telle qu'elle dépasse celle de tous les autres téguments internes du corps. On ne concevrait pa^ (ju'on eût pu nier anssi longtemps l'existence de celte membrane, si Ton ne savait que sa structure apparente diffère notablement de celle de la plupart des autres mu<|ue!isrs. Mais doit-on s'étonner d'observer une ditt'érencc dans l'aspect de tissus destinés à des usages difl'érents? D'ailleurs, il y a au fond plus de ressemblance qu'on ne le supposerait d'abord, entre la muqueuse utérine et les

(1) Cazeaux, Traité théorique et pratique de /"art des accow:hements, 2* édit. Paris, 184i. p. 217.

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autres membranes connues depuis longtemps sous le même nom. Voici les principaux caractères de cette partie importante de l'organe gestateur :

Très-épaisse au milieu de la cavité du corps de Tutérus, où elle atteint souvent en profondeur le quart des parois de cet organe, la muqueuse de la matrice s'amincit assez brusquement vers Toriftce des trompes^ ainsi qu'au niveau de la jonction du corps avec le col : elle devient si mince, dans toute l'étendue du col, qu'elle ne dépasse pas ordinairement, dans ce point, l'épaisseur d'un millimètre. Les différences d'aspect général, de coloration et de texture, ne permettent pas de méconnaître les limites qui la séparent du tissu musculaire. Ses dimensions, qui sont les mêmes chez les vierges et dans l'intervalle des grossesses, s'augmentent beaucoup à l'époque des règles, et surtout de la gestation; au contraire, elles diminuent considérablement chez les vieilles femmes. Sa face interne, d'une teinte rosée dans la cavité du corps, devient plus pâle dans;, le col où sa vascularité diminue d'une manière notable. Enfin, au lieu d'être résistant, comme le tissu musculaire, auquel il adhère fortement, le tissu de la muqueuse utérine est friable, surtout dans l'état de congestion.

Sa structure est encore plus importante à connaître. Elle est complexe comme celle de toutes les muqueuses; elle présente en outre des caractères tout à fait particuliers. Au-dessous de l'épithélium cylindrique à cils vibratiles qui revêt sa face interne, la muqueuse utérine est formée de petits tubes glandulaires et d'un réseau fort riche de capillaires sanguins ; ces éléments, fondamentaux relativement aux fonctions de la muqueuse de la matrice, sont unis entre eux par de la matière amorphe, quelques fibres de noyau, des fibres propres de tissu cellulaire et enfin par du tissu fibroplastique. Il est essentiel de bien connaître tous ces éléments organiques; car nous les retrouverons dans les caduques vraie et réfléchie. Prouver l'identité de structure de la caduque et de la muqueuse est la meilleure manière de démontrer que Tune et l'autre membrane sont un seul et môme organe.

Il y a deux espèces de glandes dans la muqueuse utérine. Ces glandes sont de simples follicules en cul-de-sac, non ramifiés, plus ou moins allongés : les unes sont propres au corps de Ja matrice, les autres au col.

Les glandes du corps occupent l'étendue entière delà muqueuse et tiennent toute son épaisseur, depuis sa face adhérente jusqu'À sa face libre, où leurs orifices laissent suinter, par la pression, de petites gouttelettes de mucus. Signalises pour la première fois par Roux (i), elles ont été décrites imparfaitement, et toujours sur des utérus gravides, par plusieurs anatomistes dont nous citerons bientôt les noms en parlant de la caduque; mais Costc (2) est le premier qui les ait décrites dans l'état de vacuité. Elles se présentent sous la forme de petits tubes, visibles à la loupe, larges de l/iO" de milimètre, très-serrés verticalement les uns à côté des autres. L'extrémité caecale, arrondie, et en rapport avec le tissu musculaire de la

f{) Roox, Annt descript, de BiGHAT, t. V, p. 285.

(2; CosTE, Comptes rendus de rAcad, des sciences de Parù^ 1842.

matrice, est flexueuse dans une partie de son étendue ; l'extrémité béante se recourbe de manière à faire une légère saillie à la surface de la muqueuse, el s'ouvre, soit isûkiraent, soit avee plusieurs autres, danî^ an de ces petits godels dont l'ensemble donne à cette surface interne de la muqueuse utérine un aspect pointillé ou criblé. D'après Ch. Robin (1), le» glandes du corps de la matrice sont constituées par une membrane finement granulée, tapissée intérieurement de cellules d'épîthélium polygonales, presque arrondies, à granulations sans ûojau, qu'on retrouve dai» le mucus excrété.

Les j^Iandes du col sont plus larges que celles du corps, mais de moitié moins longues; leur largeur est de 1/S'' de niiHiniétre» et leur longueur de 1 millimètre à 1 millimètre et demi. Elles ne sont ni iubuleuses ni flexueuses, mais plutôt en forme de bouteille, tapissées intérieurement d'un épitbéliom à cellules cylindriques, très-petites, pourvues d'un noyau* Lorsque leur orilice s^obïitôre et qu'elles se distendent par raccuniulatiuti du mucus sécrété, elles constituent les petits kystes connus sous le noïu û'mufi de Nabot h.

Les vaisseaux de la muqueuse utérine sont disposés par petites braocl parallèles aux tubes llexueux, glautlulaires, que nous venons de décrire, appliquées contre eux. Leurs ramuscules serpentent sur les parois de tubes et s anastomosent avec les ramuscules des braocbes voisines, à la surface de la nmqueuse, ils forment un réseau superficiel, soi thélial, très-riche, à maiiles polygonales, formé de capillaires d*un voluro** inégal (2), Ce réseau se congestionne Ibrtcment, comme nous l'avons yu, à répoque des règles, et laisse perspirer le sang de la mensti-uation,

Les éléments dont nous venons de parler, épithélium cyiindriqi glandes tubuleuses, vaisseaux, sont unis entre eux par delà matière amoi plie, quelques Obres de noyau, du tissu cellulaire, des éléments fibi plastiques.

La matière amorphe unissante renferme un grand nombre de granula* lions moléculaires, très-iines, d une teinte grisâtre.

Les fibres du tissu cellulaire sont, en général, très*rainces, pàlesj ti parentes, entrect^oiséesen tous sens, plulûtque rangées enfai«%ceaux ondi leux. Elles sont tuélangées à quelques-unes de ces fibres contractiles qi Hcnle (3) a nommées fibres de noyau, et que Gh, Robin (h) propose é*\ peler fibres dartoiqms, du nom de Forgaue où on les trouve en plus grai nombre*

Enfin, les éléments fibro-plastiques se composent des noyaux ou globi fibro-plastiques, et des libres ou corps fusiformes décrits par Lebert (5)d

(1) Cb. Rûbiv, Mémoire pour servir à rhùftoire Qnatomiqttc et paihoiogique de ta i brane muqueuse utérine ^ etc. (Archives génér, de rnéd, PariSj 1848, 4* série, L XTII| p. 257, ik05;U WUi, p. 180).

(2) Voyez les belle» planches de Touvrage de C^stk : Hisi. génér» §i partie, efci dêveÊéf^^ fies corpv organisés, Paris, 1847.

(3J HOTLE, Ànoi. gériér. Pari», 1843, t l, p, 196.

(4) Ch. ROBI»^ mém. vit.^ |k 422,

(5; Le&ert, Phgftùii. pathoL Pan», 1845, t. 1, p. 77,

loriH

DÉVELOPPEMENT DE LOEhF FÉCONf>L

les cicatrices récentes, et rencontrés, chez t 'embryon ou chez raduïte, partout où se trouve du tissu celhilaire en voie de formation ou de régéoéraïion. Ces noyaux, pouin^us d'un ou de deux uucléolps, ces corps fusi formes développés autour des noyaux et s'aliongeant en fibres, sont une forme transitoire, ou, pour mieux dire, un premier degré de formation des (jbres du tissu cellulaire. La muqueuse utérine paraU t^^tre le seul organe dans lequel on les trouve, à Tétat normal, chez radulte. L'existence constante, dam cette membrane, d'éléments en quelque sorte embryonnaires» semble démontrer que la destination de la muqueuse de la matrice est de n avoir qu'une existence teraporuire, de se régénérer continuellement, de se trouver toujours, pour ainsi dire, en voie de nouvelle formation.

Telles sont les parties constituantes de la muqueuse de Tutérus, dans l'étatde vacuité de cet organe. Pendant la menstruation, on les retrouve, légèrcmeot modifiées, il est vraij mats identiques au fond : ainsi^ Tensemble de la muqueuse est boursouflé et comme hypertrophié» ses vaisseaux sont dilatés, gorgés de sang. Pendant ia grossesse, on les rencontre encore dans cette membrane qu'on a regardée longtemps comme de formation récente et à laquelle on a donné le nom de caduque. Ici, sans doute» ces éléments sont modifiés plus pro tond émeut ; mais ils n'en sont pas moins tous faciles à reconnaître^ et à assimiler complètement à ceux de la muqueuse dansTétat de vacuité, aussi bien les vaisseaux et les glandes, que Tépithélium, le tissu cellulaire et les éléments fïbro-plastiques. Nous décrirons bientàt îes changements qu'ils ont subis indivifluellemenl pour arriver à produire raccroissement général de la membrane. Mais voyons d'abord ce qu'est la caduque cne-même, et comment elle se forme par l'hypertrophie de la muqueuse utérine,

La membrane caduque n*a pas été décrite par les anciens. On trouve bien son existence signalée dans les œuvres d*Arétée, de Fabrice dWcquapendente, dlîarvcy,de llaller, d'Albinns. Mais William Hunter {\) le premier en fit la description, et lui imposa un nom. En raison de son existence temporaire, il l'appela caduque [decidua), et, eu égard aux parties sur lesquelles il l'observa, la matrice d'un côté, Toeuf de Tautre, il la distingua en caduque utérine {decîdua uieriiw) et caduque réfléchie {decidua reflexa). Cet anatomiste la représenta comme une membrane vasculaire, épaisse, blanchâtre, adhérente d abord à Tulérus dont elle se détacherait ensuite, pré* existant à l'arrivée de l'œuf, mais l'enveloppant plus lard <lans toute son étendue, et tapissant toute sa surface convexe, aussi bien que toute la concavité de la matrice; enfin présentant toujours les trois ouvertures qui existent normalement dans Vutérus, deux au niveau des trompes, une au niveau du coi. Sa première idée, il faut bien le remarquer, fut que cette membrane caduque était une sorte d'exfoliation de la face interne de la matrice.

(1) WiLUAK HruTEB, Àfiùtomia uteri ^rûvidi, tabuHs illmirùta. Birmingham, 1774.

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Plus tard, la difficulté d'expliquer renveloppe fournie pai* cette membrane à la surface entière de Tœuf fit admettre par W. Hunter que la caduque devait plutôt sa naissance à une exhalation pseudo-membraneuse. Son frère, John Hunter (1), adopta cette hypothèse, et la plupart des anatomisles du commencement de ce siècle s'efiforcèrent de la soutenir. Yoid comment elle nous arriva plus ou moins modifiée par Moreau (2), Bojanus (3), Breschet (4), Velpeau (5), etc.

On supposait que, sous l'influence de l'état fluxionnaire déterminé par la conception, une exsudation de lymphe plastique s'opérait à la face interne de l'utérus; que cette matière coagulable s'organisait en une véritable pseudQ-membrane, tapissant toute la face interne de la matrice, passant au-devant de l'ouverture des trompes et du col, et remplie d'un prétendu liquide auquel Breschet avait donné le nom A'kydropérione. On admettait que l'œuf, poussé par la contraction de la trompe, et surmontant le double obstacle qui s'opposait à son entrée dans l'utérus (la pseudo-membrane et le liquide contenu), refoulait devant lui cette membrane de nouvelle formation, s'en enveloppait, s'en coiffait comme d'un double bonnet, dont l'un des feuillets, en contact immédiat avec lui, formait la caduque réfléchie, dont l'autre feuillet, en contact avec la face interne de la matrice, formait la caduque vraie ou utérine : de là, le nom de périone ou périvone donné par Breschet à la membrane caduque.

Mais, contrairement à cette hypothèse, l'utérus présente toujours, à toutes les époques de la gestation, ses trois orifices complètement ouverts. On observe en outre que, dans les pccmiers temps qui suivent la conception, l'œuf est complètement libre dans la cavité delà matrice, au lieu d'y être retenu fortement contre l'une de ses parois, comme il devrait l'être par la prcHendue caduque dont i! serait tout d'abord coiffé. Enfin, si Tœuf, en entrant dans la matrice, avait à soulever la membrane de nouvelle iormation, dont nous venons de parler, pour glisser entre elle et la face interne de Tutérus, on devrait remarquer Tabsence de la caduque entre lui et le point par lequel il esl en contact avec l'organe gestateur; or, au contraire, là continuité et môme Thypertrophie de la caduque derrière l'œuf, surtout lorsque le placenta fœtal s'est développé, est si évidente, qu'il a été impossible de la nier, et qu'on a été obligé, pour cacher ce défaut de la théorie, de combler, pour ainsi dire, la lacune de l'hypothèse primitive, par une seconde hypothèse, et d'admettre qu'il s'organise dans ce point une autre membrane de nouvelle formation, à laquelle on donna le nom de decidua serotina (6), caduque tardive.

On ne peut donc admettre une pareille supposition pour la formation de la membrane caduque, alors même que son mode réel de production nous

(1) John Hunter, Œuvres complètes, Paris, 1843, t. IV, p. 120, 130, trad. par Ricbdol.

(2) Moreau, Esmi sur la ilispositton de la membrane caduque (disMrt. ioauff.). Paris, 1814.

(3) BoJANUS, IsU, 1821.

{^■. Breschet, Mân, de l'Arad. rot/, d, wiiL^ 18315, t. H. (ô; \i:LVE\v^ Oro/ofjii^ t'f embri/ulo'jù' iiuniaint'. Paris. 1833. (6) BojAKUS. rt>c cit.

DÉY£LOPPBai£nX DE VOBUf FfiGONDÊ. 863

serait inconnu. A plus forte raison, devons-nous la rejeter actuellement que des observations mieux faites nous ont appris toute la vérité sur ce point si obscur d'ovologie humaine. Du reste, il faut en convenir, les anatomistes, qui édifièrent la théorie qu'on a renversée, ignoraient la structure, l'existence môme de la muqueuse utérine. Au contraire, on la connaît aujourd'hui d'une manière si parfaite, qu'il est impossible de ne pas la reconnaître partout oh elle s'offre à l'observation; or, nous la retrouvons, avec tous ses caractères, dans la membrane caduque.

Déjà Seiler (1), après Sabaticr et Mayer, regardait la caduque comme un développement de la membrane interne de l'utérus. Quelques années après, Geohegan, de Baer, C. H. Weber, Ed. Weber, John Reid, Montgomery, Robert Lee et Sharpey (2) montrèrent, dans la caduque, de nombreux tubes cylindriques, flexueux, terminés en cul-de-sac, s'ouvrant à la face interne de celte membrane, et remplissant les fonctions de glandes. Ënfîn Goste (3) démontra^ sur des pièces normales, que la caduque utérine est formée par Thypertrophie pure et simple de la muqueuse de la matrice, laissant ouverts les trois orilices du col et des trompes, se détachant peu à peu, par exfolialion, à la lin de la grossesse et au moment de la parturition. Courty (U) a détendu cette opinion, eu donnant de nouvelles preuves en sa faveur, et en démontrant la fausseté de la théorie d'une pseudomembrane. Ch. Robin (5j a fourni, à l'appui de la même cause, des arguments tirés de la structure intime des tissus qui ne laissent plus de prise à la contradiction.

Il est donc certain aujourd'hui que la caduque se forme par l'hypertrophie de la muqueuse utérine. Bischoff (6) qui, après avoir admis dans cette membrane les prétendues villosités décrites par Weber, avait adopté plus tard en partie l'opinion de Cosle, est dans Terreur en admettant, contrairement aux faits^ qu'il se joint encore à la muqueuse de la matrice une exsudation plastique. L'apparence de villosités est une disposition anatomique artificielle, due à l'altération qu'a fait éprouver à la muqueuse un commencement de putréfaction dans l'eau. Il n'y a pas non plus d'exsudation plastique, ni de formations pseudo-membraneuses.

Quand l'œuf arrive dans l'utérus, la membrane muqueuse, préparée à le recevoir, présente les caractères qu'elle a pendant la menstruation, mais exagérés. Elle est très-vasculaire, gonflée par un abord de sang considérable et un excès de développement de tous ses éléments, molle, tomenteuse, offrant dos saillies et des dépressions, des espèces de plis plus ou moins profonds, destinés à recevoir l'œuf et à le retenir. Mais, comment cette membrane, adhérente d'ime part h l'utérus, peut-elle d'autre part envelopper aussi l'œ.ui', et l'onner la portion de caduque que W. Hunter

(i) Seiler, Die Gebàrmntter nnd dns Ei des Menschen in den ersten Schwangerschafis^ monnten, Dresde, 18:J'2.

(2) Shakpey, Eléments of Physioloijn . London, 1842, t. II.

(3) CosTE, ('nmptf's rendus de CAend. des seienee.f de Pnris^ 1842.

(4) (^ouRTir, he Pwnf'Ht d" <o'i 'lèri'lointemnd, p. 127.

(5) Ch. Koiil.N, i.n-.ti. rit'} dans les Archives'génèt . de méd.y 1848.

(6) Bischoff, '// Mlllek's A/chiv, 184G, p. IIG.

désignait SOUS le nora de caduque rodcchie? nuoiqu*on vM une contintiHê é\idente entre celîe-ci et la caduque utérine, il était difîicile de répondrt à cfilte qnestion, avant que Coste (i) (30 efit trouvé la solution dans de» utérus au vingtième et au vingt-cinquième jour de la gest^'ition.

L'inspection de ces œufs^ peut-être les plus jeunes qu'on ait trouvé* à l'état normal dansTinlérieur de l'utérus, démontre que la caduq ou muL|ueu-se utérine, se continue directement avec la caduque i la surlace de ces deux membranes a un aspect pointillé et vasculaire identique; tes glandulesulérinesexisleutdansle tissu de l'une et de Tautre; les vaisseaux de Tune se conlinuent, en offrant alisolnment la même dtsposi* tien» avec les vaisseaux de Tautre. Quant au mécanisme par lequel U caduque vraie arrive à former la caduque réiléchie, on voit, sur ces pièces, le plus jeiîne de ces «eufs placé, pour ainsi dire, dans un simple dédoublement de la muqueuse utérine, et ne faisant^» à la face interne de rut4Înift ouvert^ qu'une saillie diffuse comme celle d'un abcès sous-cutané ; le pîas âgé ottre, du côlé opposé à sa portion adhérente, une sorte de cicalrice ou d'ooibiïic cadueal, indiquant le point dans lequel les plis de la caduque. s*élevant autour de lui et se fermant circutairemenl sur son pôle librt comme une bourse dont on tirerait les cordons» sont venus se joindre pour le clore de toutes parts.

La caduque réfléchie est donc constituée simplement par la caduque on muqueuse utérine hypertrophiée cireulairemcnt autour de l'œuf, Ellcroveloppe peu à peu celui-ci, en formant autour de lui, selon Texpression de Coste, un bourrelet circulaire qui s'élève de plus en plus, comme on vo les bourgeons charnus s^élever autourd'un cautère, dont ils lendent à ens vclir te pois dans leur intérieur {pï. U, fig. 8, 9). Le pelil vcdumede rœaf, aux premiers jours de ïa gestation, rend facile son enveloppement complc Les vaisseaux nombreux et volumineux de la caduque, et de Texpansion < cette membrane, d où naît ta caduque réfléehie, permettent h celIeH d'aecroitre facilement ses diuieusions. A mesure que l'œuf grossit et <}istend, on voit son tissu s'amîncîr et ses vaisseaux s'atrophier, à partir de Fombilicou point central opposé au placenta, et en allant jusqu'à la périphérie ou portion adhérente, oii se font tes points de réflexion de la caduque utérine en caduque réfléeliie. £nf]n, par suite de l'au^mentatioo oontixitie du volume de Fœuf, la caduque réfléchie finit par devenir anki$tt ; et, va la fm dé la grossesse, il en est presque de même de la caduque utériii Mais il s'en faut bien que ce caractère négatif ait appartenu primifl vemcnt à ces deux membranes, ainsi que le supposait Vel peau, qui, ne I ayant observés qu à une époque avancée de la gestation, les avait design de ce nom, pour exprimer TabseDce de toute vascularité, de toute structure.

Quant à la prétendue decidua serotina, de Bojanus, il est facile de recom* naître que, au lieu d'être une exsudation consécutive, déposée, postéric rement à la formation de la caduque, entre rœuf et la portion de

(1) CosTE^ Comptas rendujs de i'Amd, des :fdem:cs de Pam, 1847, t. XXIV, p. 8 IM,, 1850,1. XXXI, ji. bl^.

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musculaire de Tulérus contre laquelle se clévck»ppe le placenla, elle eï^t s^implcnient une partie de la caduque ou muqueuse utérine, se trouvant naturelle ment placée entre la paroi de la matrice et la surface de ToBuf, quel que soit le point de cet organe sur lequel l'œuf s arrête. Cette portion de muqueuse est destinée h former le placenta nKi(crnel,ct à tomber, chess l'espèce humaine, en même temps que Tœuf, on du moins, peu après la parturilion, en même temps que la Giduque et les autres enveloppes fœtales*

Si nous étudions maintenanl la structure des cadnques, nous reconnaîtrons que ces membranes sont formées exclusivementdes mêmes éléments anatomiques que !a muqueuse de la malrice : glandes tubulifonnes, vaisseaux interposés et formant reseau k la surface, épiltiélium cylindrique, matière amorphe unissante, fibres dartoïques, tissu ceî lu faire, éléments fîbro-plasLiques, (ous s'y retrouvent et concourent k démontrer Tidcntité de ces membranes. Mais tousse sont, pour ainsi dire, yonllés et ont acquis plus de mollesse, plus de transparence* surtout plus de volume* Les dimensions de tons ces éléments se sont ace rues» comme celles des vaisseaux, comme celles des fil>res musculaires de l'utérus, pour s'accommo* der aux nouvelles fonctions de Torganc.

Ainsi, on retrouve l'épithélium de la muqueuse utérine à la surface des caduques ; on le retrouve même après raccouchcment, sur les portions de caduque adhérentes au chorion. Les cellules sont plus pâles, très-adhérentes entre elles, A la surface du plficenta maternel, portion de caduque utérine qui est en contact avec le placenta fœtal, on trouve anssi des cellules d epithélium; mais, d'après Gh. Hobiu (1), celles-ci paraissent avoir perdu les caractères de répilhélium cylindrique ; elles sont circulaires ou ovoïdes, et leur noyau est pourvu d'un ou deux nucléoles. En général, sur la caduque, les cellules épithéliales et leurs noyaux sont augmentés de volume : celles-ci ont perdu leurs cils vibratiles, mais elles sont toujours réunies en feuillets épithéliaux.

On y retrouve de môme les éléments iibro-plastiques. Les noyaux ont acquis un volume qui peut dépasser le double du volume habituel, et une plus grande transparence, tout en conservant la netteté de leurs bords. Les fibres fusiformes augmentent surlout dans leur diamètre transverse, au point que quelques-unes rleviennent cinq ou six fois plus larges ; elles atteignent une longueur double ou triple de leur longueur normale; leur noyau devient en tout semblable aux noyaux-fibres.

Les fibres du tissu cellulaire ont conservé leur teinte pâle, mais leur diamètre a presque doublé. Souvent elles sont réunies eu faisceaux hkhes, flexucux ou rectiligncs, mais non régulièrement onduleux comme dans le tissu celluleux intermuseulaire. Leurs bords sont moins nets, et leur texture beaucoup moins serrée, parce quXles sont empâtées dans la matière amorphe unissante.

Celle-ci, eu etfetj s'est accrue considérablement et s est interposée entre

(l) Cil. Robin, J/iw. dU {Aicfnvcs ^c/ner. de m^J,, 4' îérie, l. XVIII, [k 20Ô).

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DE LA GÉNÈRATIOf^.

elles* De là cette moindre corisistaûce de la membrane muqueaiê fliiwdll membrane caduque, et cet aspect particulier, qui» d'âiHeurs, ne râppelb nolîement celui des membranes rie nouvelle formation; pas plus que la ma* Hère amorphe et les autres éléments de la muqueuse utérine, hypertrophiée normalement f n'ont d'analogie avec la substance finement granulél flbroïde des pseudo-membranes. Une matière amorphe s'est produitei il est^raij en grande abondance, dans la muqueuse de la matrice, mais elle a été déposée dans toute son épaisseur, entre chacim de ses élémenU, euimémes hypertrophiés, et non à sa surface, sous forme d'une eît»u pseudo-membraneuse dont on avait supposé gratuitement reiisleDce. l^.,. matière unissante est, du reste, parsemée d'un nombre trè&-considêmhle de granulations moléculaires, d<jnt les unes ressemblent à celles qui 5f rencontrent normalement, dont les autres, à teinte jaune ambrée, à cezilre brillant, h contour net et foncé, sont fréquemment disposées eQ groupes: de semblables granulations se trouvent encore développées sur les fihrci fusiformes, et en cachent quelquefois le noyau.

Les glandes du corps de la matrice, signalées déjà dans la caduque nié* fine par Krause (1)» Berres (2), et d'autres anatomistes cités plus baiA acquièrent jusqu'à 5 on 6 millimétrés de longueur. En môme temps» leon llexuosités disparaissent : il semble que ces petites glandes tubuleoses, inactives pendant la vacuité de l'utérus, sont alors atrophiées et trop loûgués pour Tépaisseur relativement faible de la membrane muqueuse; tandit qu*elles se redressent, en quelque sorte, quand la muqueuse augmente dt volume» pour s'atrophier ensuite vers le troisième mois, lorsque cette meiih brane devient réellement caduque et commence à prendre le caraetèif anhiste. Les glandes du col n'entrent en fonction que pendant la grossfôie, et ne cessent pas d'agir tout le temps qu'elle dure. La matière quelle* sécrètent est transparente, demi-solide, très-tenace et forme le bmtrk^, gélatineux qui oblitère le col utérin pendant la gestation.

Les vaisseaux présentent, dans la caduque, le même mode de (ii-::ibutioti que dans la muqueuse de Tutérus. Mais leur volume est dt v*lu énorme, jusqu'au troisième mois, époque après laquelle il commeoce i di* mi nue r, excepté au voisinage du placenta. Le réseau superficiel surtout esl remarquable par son accroissement : les légères dilatations normales qi»€ nous y avons signalées deviennent de vrais sinus, longs de 10 à 20 mittim^ très et larges de ii à 5* Ces sinus se prolongent sur le bourrelet qui fonne la caduque réfléchie, jusqu'auprès de l'ombilic caducai; mais ik commf1>> centàs'alrophierdès îc quarantième jour. Ils sont très-vastes dans la portiûD de caduque interposée k 1 utérus et au placenta fœtal, et commuaiqiieal entre eux à l'infini, de manière à représenter une sorte de lac de saflg» cjoi» sonné çà et là« ^^^^H

Le piaanita maternel^ décrit dans ces dernières années par Jacquemîërf

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