‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 78 sur 92 · DÉVELOPPEMENT DES TISSUS · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES TISSUS

I ce développement, et par quelles mutations successives la matière organisable passe de l'état aniorpheàcelui de membrane, de vaisseau, de musclet de nerf, etc.

En étudiant la structure intime des organes, on s'est depuis longtemps efforcé de trouver un lien conmiun à tous leurs étémeuts cons^titutifs; un tissu simple, générateur des tissus complexes; un éiémenl» en quelque sorte typique, dont la muIlipUcaiion cl les arrangements divers pussent engendrer les diverses formes organiques. On a poursuivi, en un mot, la réalisation uiatérielle de cette idée : unité dans la muUipiicité, simplicité dans la variété.

Chaque observateur a tour à tour proposé sa théorie, et regardé comme élément tle toute slruclure organique celui que son imagination et Thabitude de se^ travaux familiers avaient pu lui suggérer. C'est ainsi que le lube, la Dbre, le globule, Futricule, la cellule» ont passé successivement pour les parties éténient^iires de tous les tissus.

Le tube, ou libre creuse, fut regardé par Ruysch (1) comme Télément essentiel des organes. D'après Ruysch^ tous nos tissus soot composés de vaisseaux sanguins : ou sait qu'une pareille illusion provenait de l'habileté avec laquelle cet anatomiste injeciail les artères et les veines, Monro (2), Fontana (li), Masçagni [h], commirent une méprise analogue, en décrivant partout des tubes creux, des cylindres serpentants, des vaisseaux lymphatiques.

Haller (5), en s'efforrant de détruire l'hypothèse de Ruysch et de démontrer entre les vaisseaux Texistence d'îlots de matière solide, créait à son tour une nouvelle hypothèse, et proclamait que l'élémeut essentiel du corps est la fibre. Pour lui, tout provient de la fibre élémentaire, tout provient de Tuniou, de ranaogeoient d*un nombre plus ou moins considérable de fibres élémentaires, h Fiùm, dit-il, €ommuni& ioit humano corpùt'i maieries est^ eiiam cerebro et meduliw spinaii. »

Meckel (6), voulant s^alfranehir de Texagération de Tun et de l'autre système, et pénétrer en môme temps plus avant dans la décomposition bistologique, admet que, dans le corps, la matière organique revêt deux formes primitives : V la forme homogène de matière coagulée ou coagulable; 2"* la forme de globules se plaçant à la file les uns des autres dans ht matière coagulable, et composant, par la diversité de leur arraDgemeut, soit diverses sortes de fibres, telles que la libre musculaire, la fibre nerveuse, soit les éléments des autres systénaes organiques. Milne Edwards{7),

(1) HijTscH, Oe fabtica giatu/uiarnm. Amsterdam, 1733. ^ Ojteta omnta, Amiterdam»

(2) Monro, Oàservatioriê on the Structure ami the Fonction f of the Nervous Syjrtem, Edinbuffi^hj 17B3.

(3j FoWTARA, Tmité du venin âe la vipère, Fî©rence, 1781,

(4) BiASGÀCNI, Vasorum fi/mpftnticorum corpoH^ humant historia et iconog raphia. Sienne^ 1787é — Prodromo detia grand f anatomi*'. Florence, 1819.

(5) Haller, Eiemadu physiQhtjùf^ t* I, p. 2*

(G) Mechel, Handbuch der tnemchtkht^n Annlomie. Haïle et Berlin, 1816-1820. — Voyeïli trad ïratir, de Brescbet et Joyrdan. Paris» 1825.

|7) MlLNE Edwahds, M»'moirf' sttt /n <trf*€(ure élémentaire dit prinçipaiLr tiisiLi orf^aniques

CiOHx. Paris, lîi23. — Ann, dctf êvtifncejf itut,, 1826, INGKT. — t'HVMUL. tu. — tîÔ

poursuivant la môme idée, crut découvrir, non-seulement rezistence ibû« verselle de ces globules comme éléments organiques, mais encore rouiformité de leur volume, qui, d'après lui, serait de 1/300® de millimètre dans tous les tissus et chez tous les animaux. Plusieurs anatomistes s'étaient môme expliqués sur la nature de ces globules : Dœllinger (1) admettait que tous les tissus du corps sont formés par les globules du sang, et G. Mayer (2) allait jusqu'à attribuer à ces globules de la sensibilité, de la spontanéité dans les mouvements, et, en quelque sorte, une vie propre. Il y a peu de temps encore, F. Arnold (3) les représentait comme les principes constituants de tous nos organes.

Cependant, quelques savants, les uns moins absolus, les autres aussi exclusifs que ceux qui précèdent, abordaient d'une manière plus juste la question de la structure des tissus.

Treviranus (U), cherchant à résoudre les tissus en éléments simples, reconnaissablcs au microscope et possédant, chacun dans sa simplicité, les propriétés du tout qui résulte de leur réunion, admit trois sortes d'éléments : l*" une matière homogène ou amorphe; 2^ des fibres ou cylindres; l* des globules.

Heusinger (5), tout en admettant l'élément globulaire comme fondement de la structure organique, lui fit jouer un autre rôle que ses devanciers. II supposa que le globule peut rester plein ou se creuser en vésicule, c'est-àdire se transformer en partie contenante plus ou moins solide, et partie contenue plus ou moins liquide. Quand les globules se disposent en série, ils forment des fibres ; quand les vésicules se placent à la suite les unes des autres, elles produisent des tubes vasculaires.

La texture fibreuse du tissu cellulaire, tissu qu'on avait considéré jusqu'alors comme une matière indéterminée, amorphe, muqueuse, coagulable, susceptible de subir toute sorte de transformations et de donner naissance à toute espèce de tissus, fut enfin déterminée par Krause (6), Lauth(7), Jordan (8).

D'un autre côté, la cellule organique, étudiée par Raspail (9), et surtout par Dutrochct (10) avec un soin tout particulier, devint la base d'un système, sur la structure et les fonctions des êtres vivants, auquel manquaient seulement des observations plus complètes et plus variées. ' Pour Dutrochet, le globule est une vésicule ou un utricule, c'est-à-dire qu'au lieu d'être solide dans toute son épaisseur, il se compose d'un cod-

(1) Dœllinger, Was ist Ah^onderung und wie geschicht sic? Wurzburg, 1819.

(2) C. Mayer, Supplementc zur Lehre vom Kreulaufe, Bonn, 1836, — Die Metamorphaten der Mouadcn, Bonn, 1840.

(3) F. Arnold, LehrOuch d^.'r Physioi. des Menschâft. Zurich, 1836, t. I. (û) Treviranus, Vcroiisrhf'? Srhriftcn. Gœltingue, 1816.

(5) Heusinger, Sys^tem der Histologie, Eisenach, 1834, t. I, p. 112.

(6) Kradse, Handbtich der menschlichen Analomie, Hanovre, 1833-1841.

(7) Lauth, Mémoire^- sur divers points d'anatomie (Annales de la Société cThitiotr^ nattr^ relie df Strasbourg, 183^).

(8) Jordan, De tunicœ darta^ textu. Berlin, 1834.

(9) Raspail, Souvenu système de chimie organique. Paris, 1838.

(10) Dutrochet^ Mémoires pour servir à l'histoire anntomique des végétaux et des ant^ maux, Paris, 1837.

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tenant membraneux et d'un contenu plus ou moins fluide. Tous les éléments organiques sont formés d'utricules; et, dans tous ces éléments^ dans le corps entier, il n'y a, à proprement parler, de solide que les membranes utriculaires.

Turpin (1) avait déterminé, avec plus de précision encore, l'individualité et les propriétés générales de ces utricules, et de Mirbel (2) avait recherché comment ils procèdent du cambium chez les plantes. De leurs travaux et de ceux des botanistes qui marchèrent sur leurs traces^ résulta bientôt l'évidence d'un fait très-général chez les végétaux: l'existence de cellules, comme fonds et origine de toute trame organique, fut mise hors de doute. On reconnut des cellules, non-seulement dans plusieurs organes des végétaux^ dans leurs tissus les plus tendres, dans les radicules^ dans les feuilles, mais encore dans toutes les parties de l'embryon. On suivit pas à pas leurs changements de forme, leur élongation, leur tassement, leur perforation, et toutes les évolutions par lesquelles elles doivent passer pour donner naissance aux trachées, aux organes vasculaires de divers ordres, aux fibres ligneuses^ etc.

Deux problèmes restaient à résoudre : Let tissus animaux soni^ils formés aussi de cellules, ou du moins proviennent-ils du développement et de la transformation de cellules préexistant à l'état définitif sous lequel ces tissus se présentent à nous ? S'il en est ainsi, quel est le mode de formation des cellules ? Ce mode de développement est-il multiple, ou bien est-il au contraire unique et commun à tous les éléments organiques, tant animaux que végétaux ?

Les travaux récents des anatomistes et des micrographes, surtout les belles recherches d'ovologie et d'embryologie auxquelles Purkinje, de Baer, Goste, donnèrent l'impulsion, ont résolu ces questions avec tant de justesse et de généralité, qu'ils ont marqué le point de départ d'une ère nouvelle dans l'histoire de la structure des tissus et des formations embryologiques.

Voyons d'abord comment se forment les celllules. R. Brown avait découvert, dans les cellules végétales, un corps granuleux dont l'aspect et la constance le frappèrent; mais tout en lui donnant le nom de noyau, il ne songea à établir entre lui et la cellule aucune relation d'origine ou de causalité. Plus tard, Schleiden (3), observant que ce noyau existe surtout dans les jeunes cellules et semble présider à leur production chez l'embryon, en fit la clef de tout un système sur le développement des végétaux. D'après lui, le noyau est le générateur de la cellule, d'où le nom de cystohlaste, par lequel il le désigna. Sur le cystoblaste s'élève d'abord une petite ampoule ou vésicule transparente, représentant un segment aplati de sphère qui s'applique sur le noyau comme un verre de. montre enchâssé

(i) TuBPilf, mm, rfu Muséum d'hist. nat., 9« aimée, 1828, i. XVI, p. 157.

(2) Mirbel, Ànn. du Muséum dhist. nat., i. I, p. 55.

(3) SCBLBIDBW, iwMUllbr's Archiv, 1838, p. 137,

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Db LA (iOÊRATiOÏS.

sur la boile mèrae de lii montre qu'il recouvre* Celle vésicule grandit à peu; par le fait même de son accroissement el par suite de la disten*i( du coolenu qui s'accumule dans sa cavité, elle fait siiillie au delà du circulaire du noyau, dépasse dans tous les sens le contour de ec demi* , el finit par acquérir» relativement h lui» des dimensions si considérabl que le noyau ne paraît plus alors qu*un simple corpuscule adhérent à I paroi.

Quant au cystob!asle, il se formerait aussi par on mécanisme analogue, c'est-à-dire par la coagulation de granules élémentaires autour de granolalions antérieurement conslituées, isolées du plasma environnant, bien délimitées et jouant auprès du noyau de la celUde le rôle de petits noyaux, d où le nom de »iic/eo/eif, par lequel Schleidcn a cru devoir les désigner.

Celte hypothèse {car on ne saurait lui donner d^autrc nom) vint rattacher

par uu lien commun lous les faits déjà connus de l'existence des cellules

dans les plantes. Schleiden la poursuivit en éludiant les Iransformatiâoi

i que subissent les cellules pour former les divers ordres de tissus, et édili

un système complet du développement des végétaux.

Schwann (1) recueillit cette hypothèse cl ce syslènie des mains de SchI den, pour les appliquer aux animaux. Le développement des tissus et I organes par la métamorphose des cellules, îa formation des cellules l'action de noyaux el de imcléoles préexistants, furent importés de la pi

logie végétale dans la physiologie animale, et firent émettre parScbw; Vidée de Tunité de structure des animaux et des plantes.

Si nous recherchons, avant de les juger, Torigine des idées de Scbiivann el de Schleiden, nous en trouvons le germe dans les premières étud^ sérieuses des ovologistcs modernes. Les noms de Purkinje, de Bacr, CaMe, Wagner, marquent les premiers pas de Forganogénie dans cette voie ooovelle. Les idées suggérées par leurs découvertes furent développées plos tard par Valentin et généralisées par Schwann.

De Baer (2), ayant reconnu que, de tontes les parties dont se comi Tœuf d'oiseau, la vésicule gerraînative était celle qui, dès rorigine, d^ un développement proportionnel plus considérable, supposa qu'elle née k première, et la considéra comme un centre aulour duquel venaii se déposer successivement le vitellus et la membrane vitelline. Le rôle que de Baer faisait jouer à la vésicule germinalîve, R. Wagner (3) rattrlbua* quelques années après, à la Uiche germinative, qu'il supposa présider cumiae^ noyau à la formation de la vésicule du germe» comme nucléole à lafoni tion de l'œuf entier. Valentin (k) avait observé que la masse primordi de tous les tissus était constituée, chez l'embryon, par des gnmutes tieuliers qui se trouvent dans une gélatine transparente; il avait indiqrié

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(1) ScBWAim, Mikroskfipische Uniet^suchungm ùber die Vebereinstimmung in d!rr Btrmm umiim Wytch^tlnwi (1er Tfnercund der f*f!*inzen. Berlm, i838, — Fromikp's AofcHU^ ItSS.

(2) De Baer, Lf^flre sur la formatioft de ftf'K/(1827, unm', cit.).

(3) R. Wagner, Prodromuf historur gf^net^ationif, Lctpdg, 1836. (à) Valewtin, Ettttnckehi/t(/.\f/eschivhte, p. 259, 287. — Voyez aussi R- W&GlieR, TrBttii

^hij.%tolofjîi\ Bruxelles, i84t/r. 183,

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