DÉVELOPPEMENT DES TISSUS
la dilîérence de ces granules dans les feuillets séreux et muqueux du blastoderme; il avait aussi appelé l'attention sur Tanalogic de forme du feuillet vascuîaire et du cartilage en étal d'ossification avec le tissu cellulaire des plantes. Le même anatoraiste (1), et plus tard J. Mûller (2), décrivirent la structure cellulaire de la corde dorsale des poissons. Purkinje et Hasehkovv {'à)^ Heule etValenlin (h), étudièrent les diverses transformations des cellules épitliéliales et pigraentaires. Enfin, Sctiwann (5) tint compte de toutes ces analogies et de celles qu'il découvrit lui-même, pour appliquer à i'organogénie animale Fhypothèse de Schleiden, et proclamer llden^ tîlé de structure intime et de développement des animaux et des plantes.
Ce système fut accueilli d'abord avec beaucoup de faveur^ surtout en Allemagne. Mais on ne peut douter que les histologistes qui le fondèrent ne lui aient donné beaucoup trop d'extension. Tout en servant puissamment la science, ils ont outre-passé la vérité en voulant prouver (par des observations dont les unes sont incomplètes^ les autres erronées) que tout élément lextulaire provient de la cellule^ et que la cellule se forme toujours par les mêmes procédés organogé niques. Leur mérite réel est d'avoir démontré Texistence de deux faits Irè^-généraux : 1" la prodution de cellules comme forme première d'un grand nombre de tis^^us; 2^* la transformation de ces cellules en éléments textulaires de diverse nature. On a été conduit ainsi à l'étude approfondie de la formation des cellules, et» bien que ridée de Schleiden et de Schwann soit fausse dans son exclusivisme» elle a du moins eu l'avantage d*ouvrir aux recliercbes sur Torganisation une voie aussi féconde que nouvelle.
Quant au jugement que Ton doit porler sur cette hypothèse, nous avons vu déjà jusqu'à quel point la vésicule du germe et la tache germinalive peuvent passer pour le noyau et le nucléole de l'œuf. EIn recherchant les autres preuves invoquées par Schwann, on trouve qu'elles se réduisent à une seule observation directe faite sur les cartilages; encore celte observation, présentée par Schwann lui-même comme très-douteuse, a-t-elle été démontrée fausse par les recherches de C, Vogt (6) sur les cartilages du crapaud accoucheur.
Si, d'ailleurs, le système de Schleiden et de Schwann était Texpression du procédé unique de développement des cellules, il faudrait^ comme le fait remarquer Goste (7), que^ dans le v^stoèîastème ou mucilage qui s'organise, on pût observer toujours le mtcléole libre, le nucléole englobé par le cysioùlaste^ le cysioblaste au moment où la paroi cellulaire se dépose à sa périphérie, enfin le cysioblmte enclavé dans l'épaisseur de la membrane pariétale, et disparaissant à mesure que le contenu de la cellule s'introduit
(1) Hepertorium, t. I, p. 187.
(2) J* MOller, Myrinfiidiefi, p. 74.
(3) Pdbkimje et Raschkow» Me/et. c. mnmmnl.iient, evoL^ P- ^2* {à} Henle et VALtWTiN, fief^iert,,i. I, p» 143, 284; t. Il, p. 245.
(5) ScHWANK, Mikroik. Lntersut'h.^ etc.
(6) C. VwCT, Embrifoîogie des Satmonex, Neurcbâlet^ 1842,
(7) CoSTE, tftstfiù'i' yéiici\ et partie, du dé^t*Jopp, de-î cm'^t^ oryaniiéw Paris, 1847^ l.
950 OB LA GÊNÊHATIOll.
dans la cavité de cette dernière. Or, il est rare que le nocléole se montre libre et isolé au sein du cystoblastème; d'autres fois il n'apparaît à aucune époque de la vie des cellules. L'apparition tardive de ce corpuscule dans certains cas, son absence totale dans d'autres, empêchent qu'on puisse le considérer comme le point de départ de toute formation cellulaire. Quant au cystoblaste ou noyau, Vogt et Goste se sont convaincus que, dans un grand nombre de cellules des poissons osseux et des batraciens, il parait seulement après la réalisation de la membrane pariétale.
On voit donc que les fondements du système de Schleiden et de Schwann ne sont pas fort solides. Tout en admettant, pour un certain nombre de cas, la probabilité du procédé de développement cellulaire qu'ils ont présenté comme exclusif, on ne peut nier que la nature ne suive souvent d'autres voies pour arriver au même but. Ces procédés, acquis aujourd'hui à U science par les observations de plusieurs physiologistes, peuvent se réduire aux suivants :
1" Des cellules peuvent se former autour de certains centres par conflwnee ou par coagulation périphérique. Ce mode général de formation peut se réaliser par divers procédés secondaires. Tantôt la nature use du procédé décrit par Schleiden et Schwann. Tantôt la cellule se forme par la simple coagulation périphérique de sphères granuleuses : c'est ce qui a été démontré par Goste (1) au sujet des cellules du blastoderme, lesquelles se produisent par la coagulation membraneuse de la surface des petites sphères résultant de la segmentation du vitellus; l'amas de granules qui constitue chacune de ces petites sphères devient le contenu de chaque cellule, et ne peut se comparer en aucune manière ni à un noyau, ni à un nucléole, ni à un contenu absorbé ou formé après coup dans la cavité de la vésicule, comme il arrive dans le procédé admis par Schleiden.
D'autres fois, des centres de formation cellulaire se constituent d'one manière toute différente de celle dont la segmentation du vitellus nous offre l'exemple. Ainsi, on voit dans le cystoblastème une vésicule ou un un globule déjà formés devenir eux-mêmes comme des centres d'attraction, et s'entourer d'une certaine quantité de globules plus petits ou de granules moléculaires dont l'assemblage se recouvre enfin d'une membrane pariétale : Goste (2) a observé ce procédé de développement cellulaire dans les modifications que le vitellus des batraciens éprouve peu de temps après la fécondation. Parfois même ce procédé se trouve en quelque sorte simplifié : les molécules organiques se groupent spontanément, et s'entourent directement d'une enveloppe vésiculaire. Lebert (3) a observé ce phénomène dans la cicatricule de l'œuf d'oiseau, dès les premières heures de l'incubation. Gourty {U) a décrit l'une et l'autre variété de formation vésiculaire, comme concourant au développement du blastoderme et à U
(1) COSTE, owvr. cit., p. 68.
(2) ID., i6ïV/., p. 70.
(3) Lebert, Ann, des sciences nat, Paris, 1844, 3® série, p. 272.
(4) COURTT, fôirf., 1848, 3« série, t. IX, p. 11.
DÊYELOrPEMEirr DES TISSUS. 951
production des appendices yitellins de la vésicule ombilicale, dans l'œuf de la poule.
2* Au lien de se former autour d'un centre, les cellules peuvent se produire en se creusant aii milieu du cystoblastèmey c'est-à-dire par un mécanisme opposé à celui qui précède. De Mirbel (1) a observé, le premier, ce mode de développement chez les végétaux : sur une série de coupes pratiquées à l'extrémité d'une racine de dattier, il a vu se manifester, au sein de la substance mucilagineuse du cambium, une multitude de masses irrégulièrement sphéroïdales, homogènes, résultant d'une espèce de condensation du cystoblastème ; bientôt, au centre de chaque masse, se creuse une cavité qui grandit peu à peu, en refoulant autour d'elle la matière qui lui sert de limite. Cette matière elle-même, refoulée, amincie en membrane, finit par représenter une sphère creuse, c'est-à-dire une vésicule. Coste (2) assigne un mode de formation analogue aux grandes vésicules granuleuses dont l'ensemble constitue la masse du jaune dans l'œuf d'oiseau. En effet, comme nous l'avons déjà dit, les globules gélatiniformes dont ce vitellus se compose dès les premiers moments de son existence subissent les modifications suivantes : leur substance intérieure se liquéfie, pendant que la surface conserve sa solidité primitive; chacun d'eux se trouve ainsi converti en une petite vessie transparente, renfermant un fluide limpide, au sein duquel naîtra d'abord un noyau, et plus tard une multitude de granules ; d'autres fois la surface du globule se soulève de tous côtés en membrane enveloppante, et constitue de la sorte une vésicule ayant pour noyau le globule lui-même. N'y a-t-il pas encore, comme le fait observer Gourty (3), quelque chose d'analogue à ce mode de développement dans la manière dont se constitue la vésicule composée qui forme le blastoderme chez les mammifères ?
3® Des cellules peuvent se produire par le cloisonnement ^ la division, la scission de cellules déjà existantes. Ce mécanisme, fréquent chez les végétaux, notamment chez les conferves, a été observé aussi chez les animaux. Courly(^)ra vu se réaliser dans les cellules du blastoderme de certains mollusques. Coste (5) en a cité des exemples ofTcrts par les grandes cellules du jaune de rœufchezla grenouille, par les cellules du blastoderme des mammifères pendant le premier accroissement de cette membrane, et parcelles de la vésicule ombilicale de plusieurs gastéropodes.
4® Enfin, Coste (6) admet que des cellules peuvent se produire aussi par bourgeonnement j et pousser, sur les parois de cellules mères, comme de véritables gemmes. Il en a vu des exemples sur la face interne de la vésicule ombilicale des sauriens, et particulièrement des lézards.
Faut-il rapporter à ce dernier mode de formation l'existence de cellules
(1) De Mirbel, Ann. du Muséum (Thist. nat. Paris, 1839-1840, t. I, p. 305.
(2) Coste, ouvr. ctt.^ p. 72.
(3) CoDRTY, De fceuf et de son développement dans Cespèce humaine, p 25.
(4) COURTY, ouvr. cii.j p. 24.
(5) Coste, ouvr, ci7., p. 73.
(6) Coste, ibid.
emMtêeiiliïm d'autres cellules, ou peiît-oo supposer que ces çéoéralioii» endogènes de cellolei!; se rénliseiit par un lout ituire procédé? Une pareil^? I question est, à cette heure, insoluble. Nous ne donnerons doii€ pas d- ^ cation de ce fait; coiilentous-nous de le constater, Henlej VaUiiUu, J. Millier, Schwann, en ont rapporté des exemples. Lebert (1) surtout i i rencontré des cellules emboîtées dans les carcinomes; nous en avons retrouvé des exemples dans robservation microscopique de diverses laQicur> cancéreuses.
Il resterait un dernier problème à résoudre dans l'histoire du défri«^ pemeiit des cellules. Comment, dans un liquide plastique amorphe, éa molécules, des granules, des globules, pouvant servir de noyaux ou 4t transformer directement en vésieides, viennent-ils à se manifester?
Âscberon (2) a fait, à ce sujet, une observation qui n*est pas sans iotérêL Elle est relative au rôle que jouent les propriétés chimiques des li'^ ' qui interviennent dans la production des éléments cellulaires. Lorsque graisse ou de Thuile sont mises en contact avec de l'albumine liquitli?, celle-ci se dispose en pellicules membraneuses autour des petits globules graisseux ou des petites gouttes dliuile. Si Von ajoute un peu dVaii lu mélange, la petite poelie s'enfle ; et, si Ton y met un peu d'acide acétique* elle finit par crever. On peut expliquer jusqu^à un cerUiin pointée sir phénomène par rclîel d*une réaction chimique : d'un côté, le corj' ne se laisse pas mouiller par leau; d'un autre côté, il enlève à l'albumme unererlaine quantité d'alcali dont la présence était nécessaire à s.i dite, et détermine ainsi la solidification de cette albumine sur loi périphérie.
Une autre remarque, qui n'est piis sans importance, doit être pi;*' côté de celle-ci. Dans un grand nombre de cellules à noyau, et suri* i ^ jeunes cellules, il est facile de s*assurer que la cellule et le noyau n'ont pas la même constitution chimique : la cellule se dissout dans l'acide acétique, le noyau ne s'y dissout pas.
Mais, îl faut en convenir^ ces faits ne sont pas suffisants pour faire coi voir une explication générale de la production des cellules. On ne assurer qu'il y ait toujours, dans les éléments qui y prennent part^une différence essentielle de composition chimique. Souvent, au contniire» lm»t porte à penser que des cellules s'engendrent dans un liquide parfaitement homogène^ et que les forces vitales pré^sident seules à ces premières oumfeslalions de Torganisation de la matière-
Nous venons d^exposer avec quelques détails les divers modes de forow* tîon des cellules, à cause du rôle important que jouent, dans le déï€lopp^
ment du germe, ces manifestations premières de rorganisation,
( I ) lE BKRT , Ph ysiotog i> pr^ fh olotf iq ue. Paria , f 8 à 6 .
(2) AscHERON, Compt. renfL fk^fArod, de^ vr. rfc Poni^ 1838, t. Vit, p< 837. — Tôt. M» BURMCH, P/itfnoktgie, t. IX, p, 451
DEVKI,ÔPPiiMEN'r OES TI8SDS.
Lu prodoclïoii de vésicules, c!c cellules, de membranes ulrîrulaires, est la première niiitalion, le mouveiïienl initi.il qui accuse la présence des forces de la vie dans un liquide amorphe, Vœnt se. présente sous la forme d'une vésicule^ ses éléments intérieurs eux-mêmes sont granuleux et vésiculcux. D'autre part, les spermatozoïdes uaissentde productions cellulaires présentant, à l'extrémité dos conduits séminaux, une succession de phénomènes dont le but ïinal est la formation des éléraenls reproducteurs masculins. Lorsque les premiers linéaments de rerabryon viennent à paraître, ils sont formés eux-mêmes de cellules tendres, délicates, juxtaposées; enfin, la plupart des tissus qui se développent successivement, à mesure que se forment les divers organes, se composent primitivement de cellules. N'avons-nous pas dit, en étudiant le développement des divers systèmes organiques, que ces systèmes se forment des feuillets cellulemc du blastoderme? N'avons-nous pas vu déjà que, dans la matière plastique primitive, il y a, d*un cùté, des granules, des globules, des cellules embïyonnaires libres, tels que les globules du sa^ig, et, d'un autre côté, des granules, des globules, des cellules^ juxtaposés, adhérents, soudés entre eux de manière u former les membranes, les tissus, les organes du nouvel être? La question que nous nous étions posée plus haut, doit donc être résolue parTadirmalive: oui, la plupart des tissus animaux sont formés, du moins dans le principe, de vésicules et de cellules.
Reste à savoir parquet mécanisme les cellules peuvent former les divers tissus de Tembryon; à examiner si ces tissus primitifs s'accroissent par un procédé analogue à celui de leur formation, et s'ils deviennent eux-mêmes les éléments définitifs de l'organisation fœtale, ou si de nouveaux tissus se créent, par quelque autre mode, pour suffire <iux besoins d'une existence plus compliquée; k rechercher s'il est des tissus qui ne proviennent pas de cellules, et quel serait, dans ce cas, le mode de formation de ces tissus; à délerminer, en Un, ce que deviennent, dans le passage de Télat de cellules à l'état de tissus (membranes, fibres, vaisseaux, etc.), les divers éléments de la cellule, le contenant, le contenu, le noyau, le nucléole et le cystoblastème lut-m6rae, c'est-à-dire la substance au milieu et aux dépens de îaqueîlc les cellules se sont «léveloppées.
Plusieurs de ces questions sont encore indécises, d'autres sont du domaine de fanatomie microscopique. Nous serons donc obligé d'exprimer les résultats acquis à la science, plutôt que de discuter longuement tous les éléments de ces problèmes, renvoyant pour les détails de la discussion, aux ouvrages de J. MùUer, Valentin, Henle, Schwann^ Mandl, Lebert. Ch, Robin et quelques autres qui, comme eux, se sont adonnés à Tétude de rhisloïogie.
Quand on examine le développement des premières formations embryonnaires et leur structure intime, on est frappé de leur aspect utriculaire. telles paraissent toutes constituées par des cellules juxtaposées, plus ou moins adhérentes entre elles, disposées sur un ou plusieurs rangs, suivant l'épaisseur de l'organe qui résulte de leur assemblage; enfin, la plupart
M4 DB LA GÈllÊlATKm.
de ces cellules, dn moins à certaine époque de leur existence, pariitsenl posséder un noyau.
Ainsi, le sac blastodermique, dont l'organisation succède au phénomène si remarquable de la segmentation du germe, est entièrement formé de cellules à noyau (pi. I, fig. 9, 10). Il en est de même desdiTers feuillets en lesquels cette membrane semble se diviser. Il en est encore de même de la masse entière et des diverses parties de Tembryon : tous les embryolo* glstes se sont assurés^ comme Bischoff (1), qu'à une époque peu avancée, par exemple au neuvième jour chez les lapins, les différentes parties de l'embryon^ quoique distinctement reconnaissables. sont toutes forméesde cellules avec ou sans noyau.
Si l'on observe au microscope les tissus de l'adulte, on retrouve diai plusieurs la persistance de la composition cellulaire qui nous frappe dus les tissus de l'embryon ; on reconnaît môme, chez quelques-uns, une identité remarquable dans la forme^ la disposition^ l'organisation des cellules.
Que 8ont> en effet, les globules que l'on retrouve dans certains liquides, notamment dans la lymphe, le chyle, le sang, sinon des cellules à des d^ grés variables de développement? Tous les épithéliums ne sont-ils pas composés de cellules à noyau, ceux qui recouvrent la peau aussi bien que ceux qui tapissent les surfaces muqueuses ou la face interne de la membrane propre des glandes ? Ne trouvc-t-on pas des cellules à noyau dans les petits sacs où sont contenus les grains de pigment, dans le tissu des cartilages, dans la substance du cristallin, dans les corpuscules ganglionnaires placés sur le trajet des nerfs, etc. ?
Les tissus pathologiques, ou de nouvelle formation^ se produisent eaxmômcs d'une manière analogue, c'est-à-dire par le développement de cellules. Tantôt de nouveaux éléments succèdent à ces premières formations de cellules, tantôt la forme cellulaire persiste et devient seulement le siège d'une destruction et d'une rénovation incessantes.
Tels sont les résultats des observations de J. Mûller (2), Vogel (l\, Lebert (/i). Ainsi, les cicatrices se forment aux dépens de globules fibroplastiques, ou cellules à noyau plus ou moins allongées. De grands globules granuleux caractérisent les tissus enflammés et la formation de fausses membranes. Les globules de pus ne sont eux-mêmes que des cellules h noyau. L'organisation cellulaire est enfin la seule qui appartienne aux tissus mélanique, tuberculeux et cancéreux.
Que deviennent, par les progrès du développement, les nombreuses cellules dont la réunion constitue l'ensemble des organes embryonnairest Les unes persistent ou sont remplacées par des cellules semblables; d'au-
(1) BiSCHorr, Développement de Phomme et des mammifères, p. 703.
(2) J. MiJLLER, Veber den ferneren Bau und die Formen der krankhaften Ge%chu:ùUu. Berlin, 1838.
(3) Vogel, hones physiohgitr pnthohgicœ , — Annt. pathoi. gén^r. Paris, i8A6, tnil. àt Jourdan.
(^) LsBGRT, Physiologie pathologique, Paris, 1845.
DÈYELOPPBMKBIT DBS TI8SDS. 955
ires, ou les nouvelles cellules qui leur succèdent, changent d'aspect, de dimensions, de consistance, en un mot, se* transforment en tel ou tel tissu ; d'autres, enfin, disparaissent probablement sans retour, pour ôtre remplacées par des tissus qui proviennent directement, et par un mécanisme particulier^ de la matière plastique ou organisable. Examinons, en peu de mots, ces divers modes d*bistogenèse.
i* Il est d'abord des cellules qui demeurent libres, isolées, indépendantes les unes des autres, mobiles dans un milieu liquide. Tels sont les corpuscules ou globules de la lymphe, du mucus, du pus, et surtout les globules du sang.
En décrivant l'établissement de la première circulation, nous avons dit que, tandis qu'un liquide abondant pénètre entre les deux feuillets du blastoderme, on voit, dans cet espace intermédiaire, un certain nombre de cellules se mouvoir au milieu d'un certain nombre d'autres qui conservent leur position et finissent par se souder les unes aux autres. Ces dernières forment les parois vasculaires. Les premières sont les premiers globules de sang. Ces globules sanguins sont alors des cellules à noyau ; leurs formes, leurs dimensions, leur composition, sont différentes de celles des globules du sang d'un embryon plus âgé et surtout de l'adulte. Gomme tous les autres tissus, le liquide sanguin subit une véritable rénovation en passant des premiers âges de la vie aux époques ultérieures du développement. Mais^ chez l'adulte lui-même^ les globules du sang sont de véritables cellules, conservant une liberté et une individualité permanentes. Chez les poissons, les reptiles et les oiseaux, le noyau persiste et est très-développé. Chez l'homme et la plupart des mammifères, on n'en trouve plus de traces. L'opinion de Valentin (1), qui regardait les globules sanguins comme des noyaux, et non des cellules, ne paraît plus soutenable aujourd'hui.
Quant à l'origine des premiers globules sanguins chez l'embryon, on ne peut admettre avec Baumgaertner (2), Schultz (3) et Bischofl* (4), qu'ils soient réellement des cellules du jaune; ni même, avec Reichert (5), qu'ils proviennent secondairement des petites cellules vitellines. Nous avons vu que, par son organisation et son but final, le jaune est tout différent du germe proprement dit; le jaune ne se retrouve pas d'ailleurs dans l'œuf des mammifères, et conséquemment ne saurait y engendrer les globules du sang. Ces globules ressemblent exactement aux cellules primaires de tous les autres organes, dont rien ne saurait les faire distinguer; ils proviennent des créations blastodermiques, c'est-à-dire de l'évolution et du développement du germe ou de la cicatricule.
Enfin, il importe de faire remarquer que, d'après les observations faites
(1) VALiirrni, in MIJllie's Àrchiv, 18d0, p. 218. — Traité de physiologie de R. Wagnir, trad. franc., p. 185.
(2) Baohgaertner, Veber Nerven und Blut, p. 46.
(3) ScnULTZ, Syifiem der Circulation, p. 80. (A) BiscHOPP, mvr. cit., p. 288.
(5) RocHERT, Entwickelungslebeiif etc., p. 139.
DE LA (itNÊRATlON.
ifabûrd par Hewson(!), Prévost et Dumas (2), E, H. Webcr W* R, Wagiier(4i Valentin (5), et renouvelées depuis par la plupart des embrjologîsleSr Itf globules du sang de l'embryon sont généralement plus volumiiieui que
ceux rie runïraal adulte,
2" D'autres cellules persistent à Tétat de cellules, et se relro«v€Dl cki Tadulte, mais aplaties, élargies, adhérant les unes aux autres^ et fonmit par leur réunion f^ertains tissus cohérents. C*est ce qui a lieu pour l'qitderme, le tissu coriié^ les diverses espèces d'épithélium^ le pigment, la sutface du cnstalliQ,
3* Dans d'autres tissus, on reconnaît bien rcxîstence antérieure de cellules; mais on ne peut dire que la réunion de ces cellules conslitoc, I proprement parler, le tissu. Les seules traces d'élément priraordial qnlï soit donné de saisir sont les cavités des cellules; leurs parois sont coftfo*dues ensemble, épaissies et complètement déformées. Telle est ror^inialion du cartilage. Quant aux tissus osseux el dentaire, on n*y retrouve pas, à proprement parler, de vestiges de cellules, bien i(ue Schvvann ait chercht à rattacher à cette forme élémentaire les énigmatiques corpuscules ossem.
U"* ViiQ transformation des cellules facile à constater est leur éloDgàtiûQ et leur passage à l'état de fibres plus ou moins nombreuses, plus ou m&m étendues. Un grand nonibre des fibres du lissu cellulaire se développe p»f ce procédé. Avant que les libres aient acquis tout leur développement on se soient dissociées du faisceau qu'elles forment dans le prmcipei on observe sur quelques points la trace du noyau primitif tie la cellule. Cûmfflt il est possible d'observer d'ailleurs en même temps plusieurs degrés de ce mode de formation, depuis l'existence de la cellule simple jusqu'à celW du faisceau de fibres et de la fibre isolée, ou ne peut douter que la fibct ne soit engendrée par la cellule.
Ce que l'on observa chez Teaibryon, on le retrouve chejî l'adulte parloal où se forme du tissu fibreux» du lissu de cicatrice et autour des productions pathologiques. Lebert (6) a décrit avec soin ce mode de fortnatioo; il a donné le nom de gloi/ttles ftèro-plusiiques aux cellules à noyaux plus iw moins allongées dont le but final est la formation des fibres.
H existe aussi une autre espèce de fibres, insolubles dans l'acide acétiqWt douées de caractères spéciaux, auxquelles Henle (7) a dbnne le nom éi fibres de noyaux^ parce qu'il suppose qu'elles se forment par rallongemettl des noyaux de cellules, de la même manir'^re que les précédents par I allofr gement des cellules entières. Mais on n'a jamais surpris des noyaux s'alk»-
(1) Hewsoh, (}puft po9thumum^ p, 31.
(2J Fkêvost et DuïAS, Atin, des sciences nai., V^ série, t. IV, p, 499.
(3) E. H. ^\ EiïER, Sgbmidt'b Jahr bûcher f dans son compte rendu dc« Mtnwkmêg
tricm de R. Wagner.
{à} R, Wacwer, /ur vt'rffieichefiden Phytiotogie des Bluta ^ t. Il* p. 35*
(5) ValintiN, EniwîckelunffK^cschi'chte^ p* 296.
t6) Lkbert, Phi/iiaL pfUfiof. Paris, 1845.
(7) UefTLK, Anfit, gf^nér. Paris, 1843, l. I, p. 3Si, traii, iJe Jourdan.
UÉVELOPPIill£NT DKS TIS^IS.
yj7
geantouseramitiant comme les cellules. Aussi ht pluparldeshisLoZogistes, d'aceortl avec Lebert, nicnt-rls aiijourcriiui ce mode d'origine. Quand le noyau d'une cellule ne persiste pas à Félat de noyau, généralement il disparait. Pour ce qui est du conlenu, il disparaît aussi, ou se modifie dans sa composition chimique et sa consistance, à mesure que la cellule s'apla* til, s'allonge ou se divise pour former des squames, des iiii sceaux de fibres ou des fibres.
5"* Enfin, Schwann a admis que révolution des cellules peut aller jusqu'à Ibrmer, par Tunion de leurs parois et la communication de leurs cavités, des cylindres musculaires, des tubes nerveux, des canaux vasculiiires. Cette opinion, purement bypoth^îHque, ne peut être démontrée par aucune preuve directe. La présence de taches ou de nodules, que l'on a cru ôlre des vestiges de noyaux, ne suOit pas pour prouver que ces cavités résultent de la fusion d*un certain nombre de cellules creuses.
On ne peut voir, avec Hodgkin, des traces de cloisons cellulaires dans les valvules des vaisseaux lymphatiques. Dans les études faites par Rcichert (1), Prévost et Lcberl (2), Courly (3), sur le développement des vaisseaux sangnins dans Tembryon du poulet, ces observateurs n'ont jamais vu non plus les vaisseaux se former^ eonmie Ta supposé Schwann (6), par la jonction de cellules soudées bout k bout et vctianl h communiquer par suite de la résorption des parois contiguës; ni, comme Ta décrit Kolliker (5), chez les batraciens, par le développement de cellules étoilées, analogues aux cellules pigmentaires, dont les prolongements ou les éperons s'anastomoseraient entre eux.
Effectivement, le tissu des vaisseaux n'est pas, à proprement parler, un tissu particulier. Quand le sang se forme dans Tembryon, il se meut d'abord dans des espaces vagues et sans limites. De la continuité de ce mouvement, de la direction que lui imprime la force qui préside à son établissement en réglant la dilatation et la contraction du cœnr, résulte tout d'abord la naissance de lacunes entre lesquelles s*organisent des tissus, puis la tbrmation de véritables canaux, limités plus tard avec netteté et n'étant plus dès lors susceptibles de changer de place. Autour de ces canaux, comme autour de toute cavité^ de tout conduit, servant à une fonction organique, se créent tels ou tels tissus : ainsi s'organisent les vaisseaux. Mais les tissus qui participent à cette organisation ne diffèrent pas, ou du moins ne diffèrent guère de ceux qui se rencontrent partout. Un épithélium, des fibrilles de tissu cellulaire, des fibres plates, bifides comme celles du tissu élastique, même des fibres musculaires lisses, tels sont les éléments dont se composent les parois des tubes dans lesquels circulent les liquides ani* maux. Ces tubes étaient primitivement limités par de simples rangées de
[i) ÏIEICËËRT, EntUuckelunffsleben^ p. 142.
(2) ruÉYosT et Leukiit, Ann. (le,^ fcimcef nat,^ 3« série, iSàà, U l, p- 302.
(3) CoirttTY, Ann, tks niences md», V série ^ 1848, t. IX, p. 15,
(4) Schwann, Mtkfoicopùcfie Viitermchungen, p. Î82. {h} kiJLURER, Ahh, (ic^ sciences «w^, 3* aéric, t. Vl, p, 01.
cellules plus ou moins tassées les unes sur les autres, suivant la résistance, Tftge, le calibre du vaisseau ; peu à peu ils se sont entourés de productions histologiques plus spéciales^ plus variées, plus solides^ c'est-à-dire en rapport avec les exigences de circulation de Tadulte.
Les tubes nerveux résulteraient, d'après Yalentin (1), du dépôt d'une substance grenue autour des cellules primitives qui se souderaient ensemble^ communiqueraient entre elles par suite de la résorption de leurs cloisons contiguês, et laisseraient voir pendant quelque temps leurs noyam à la surface interne des tubes. D'après Schwann (2), le dépôt de substance blanche s'effectue au contraire sur la face interne de la paroi du tube. Chaque tube nerveux, dans son trajet entier, est d'ailleurs considéré par cet anatomiste comme une cellule secondaire, née par la fusion de cellules primaires dont chacune avait son noyau.
Les globules ganglionnaires de la substance grise seraient, d'après Schwann, les cellules primaires elles-mêmes, mais développées; tandis qu'ils seraient, d'après Yalentin, des formations secondaires développées aux dépens des cellules primaires. R. Wagner et Gh. Robin ont découvert que les ganglions résultent d'un amas de corpuscules ganglionnaires ayant avec les tubes nerveux des connexions bien plus intimes qu'on ne l'avait supposé. Chaque corpuscule, en effets est une espèce de renflement dont les parois se continuent avec les parois du tube nerveux, qui est rétréci au point de communication. Le contenu du renflement est granuleux, jaunâtre, plus dense et moins transparent que celui du tube, et, dans ce contenu granuleux, se trouve incluse une cellule ronde, claire, transparente, homogène ou finement granuleuse, contenant un ou deux nucléoles. Robin a observé encore que, dans les deux espèces de tubes nerveux, les corpuscules ganglionnaires difl'èrent par la forme, le volume, le contenu, et même la cellule centrale.
Les mômes doutes existent à l'égard delà fibre musculaire lisse et de> fibres musculaires striées. Les traces de noyaux que l'on découvre sur la première et sur le tube qui enveloppe les faisceaux des secondes ne sufiisent pas pour démontrer que ces éléments organiques proviennent directement de la transformation de cellules préexistantes, ainsi que Tout supposé, à quelques différences près, Yalentin (3), Schwann (k), Pappenheîm (5), Reichert (6), Henle (7).
On voit donc que, s'il est des cellules qui persistent ou qui se reproduisent de manière à conserver à certains tissus de l'adulte la structure des tissus de l'embryon; s'il en est d'autres qui se transforment pour donner
{{) Valentin, m Muller's Arrfiiv, 18il0, p. 218, 225.
(2) Schwann, ouvr. cit., p. 169.
(3) Valentin, Historiœ evolutinnis systcmatis mustuiarii- prolusio, BresUu^ 1832. — Efiiwich'lunf/sgexchichte, p. 166. — MUller's Archiv, 1840, p. 198.
(û) Schwann, omit. dt,y p. 156.
(5) Pappenhëim, Vcrdnuutuf^ p. 111.
(6) Reichert, Entwkkcluugstcbcn, p. 2ûl* :7) Henle, Anat.fjéncr.y l. Il, p. 123, 145.