TEXTURE DU POUMON
-ement au travail de Rainey, Addison (1) avait insisté sur la distinction i établir entre les tubes bronchiques extralobulaires et les canaux que, uivant lui, les voies aériennes forment dans Tintérieur des lobules, anaux qu'il désigne sous le nom de passages ou conduits intralobulaireSj aais cette distinction n*a été bien nettement établie que depuis les obserations de Rainey.
On doit à L. Mandl (2) un mode de préparation et d'investigation trèstvorable à l'étude anatomique des cellules pulmonaires. Après avoir in- ^cté dans la trachée de la gélatine parfaitement transparente, de manière
remplir ces cellules et à les amener à leur état de distension normale^ n laisse à Tinjection le temps de se solidifier et au poumon de se desséher. Alors il devient facile d'enlever, à l'aide du scalpel, une lamelle trèslince qu'on place dans une goutte d'eau sur le porte-objet du microscope, iprès quelques instants, on voit la gélatine, qui absorbe de l'eau, reprendre on volume primitif, et par conséquent les cellules qui renferment l'in- Lvtion revenir à leur grandeur et à leur forme naturelles. De la sorte on leut se procurer des préparations d'une très-grande transparence et l'offrant aussi qu'une seule couche de cellules. Outre les résultats noueaux que Mandl a pu constater à l'aide de son procédé, il est également rrivé à cette conclusion, assez généralement admise aujourd'hui^ que, hez les Mammifères, chaque petit système de cavités ou cellules, en comlunication avec un ramuscule bronchique, est assimilable au sac pulmoaire tout entier de la grenouille, ou tout au moins à une des grandes ^es dont l'intérieur de ce sac est composé.
• En coupant, dit Mandl (3), un poumon de grenouille à travers son axe )ngitudinal, on voit, au centre du sac qui constitue le poumon, une rande cavité centrale dans laquelle se terminent librement des cloisons ui partent de la paroi interne du sac. Toutes ces cloisons n'ont pas la )éme élévation : les unes, plus hautes, limitent, par leur jonction, des spaces polygonaux dont le fond est constitué par la paroi même du sac, t dont la face supérieure, non recouverte, forme une ouverture qui abouche directement avec la cavité centrale. Ce sont donc, pour ainsi ire, autant de compartiments^ ou de boites polygonales adossées les unes ux autres, placées sur la paroi interne du poumon et privées de couvercles.
» Au fond de ces boites s'élèvent d'autres cloisons qui les subdivisent en lusieurs compartiments^ mais qui sont moins hautes que les précédentes.
en résulte que les espaces limités par ces cloisons plus basses constituent
leur tour des boites plus basses que celles dans lesquelles elles sont Ia(*ées; mais le fond est formé par la même paroi pulmonaire^ et elles ommuniquent aussi directement avec la cavité centrale.»
(1) Aboisoh, On the VUimate Distribution ofthe Air Passages and the Formation ofthe •r Cf^Us ofthe Lungs {Philos. Trans., 1842, p. 158).
(2) L. Mahdl, Recherches sur la structure intime du poumon (Mémoire présenté i TAcad. es se. de Paris le à mai 1867, et inséré dans la Gat. hebd, de méd. et de chir.^ t. IV, . 387 et 429).
'3) Maxm., rec. cité, t. IV, p. 390, juin 1857.
Iil}6 DE LA KBSPIRATtOII.
Cette disposition, déjft visible àl'œil nà, deWeDt encore pins évidenu lorsqu'on emploie de Taibles grossissements (15 à 20 fois). Ed chan^caui le foyer du microscope, on distingue facilement les parois saillantes plu' hautes et celles qui sont plus basses. MandI appelle les espaces limitapar les hautes cloisons, les caviléi terminales: les espaces renfermés i}a> celles-ci et circonscrits par les cloisons plus basses sont pour lui deutriadet.
uNous pouvons, ajoute ce micrographe, résumer la structure dii pC'O' mon de la grenouille en ces termes : k la surface interne de la paroi j^monaire eziiitent des caviiài terminalei adossées les unes aux autres. au fond desquelles on aperçoit plusieurs utricules. Ceux-ci, pas plu? f ces caiités, ne sont point clos du c6té de la cavité centrale, avec laifue^ communiquent par conséquent librement et les ulricules et les câv.k: terminales, n
L'étude des dimensions des cellules pulmonaires, particulièrement <ii-l'espéce humaine, n'est pas sans offrir quelque intérêt. Cette étude a app' qu'elles sont plus petites chez l'enfant que chez l'adulte, et notableinf: plus grandes dans la vieillesse que dans l'âge viril. Les premières oh^tvalions de Magendie (l),b ce sujet, ont été confirmées par Decbambri' ' HourniHuii (S), |ku- Hrtssiftnol (3) cl Maodl (4). Ainsi, d'après ce dem/-
(1) HtcniDIt, JHi'tH. .cur In 'Iniet. du pounoii lie rhomnt, etc. [Journai <ie ^f fj;--ri.»..(8ai. t. I, 11. 78).
(2) DtClili»tein<>llBlu.-ni, RcrhenJies rltniquea /^ur servir à rhùtoirt iki auilal'- ■ rieUlartL (Avhiv. ge:,rr, Hr mr./., 1835, 2' série, U VIN. p. ÏSS).
(3) RouiHOL, mém. el rec. alei, t. 1, p. M, a, Hun., mtm. el rcc. aUn, l. IT, p. 391.
TEXTURE nu POUMON. 607
observateur^ les cavités terminales (ou vestibules de lobulins) d'un enfant le sept ans mesuraient 0,3 à 0^6 de millimètre, et celles d'un homme de ingt-six ans, près d'un millimètre. Des différences marquées existaient iu>ïii entre la grandeur des cavités terminales du lobe supérieur et celles iu lobe inférieur chez ce même homme adulte, bien portant, et mort à kt uilc d'une chute : dans le lobe supérieur, les cavités terminales étaient trges de 0^5 à 0,6 de millimètre; tandis que, dans le lobe inférieur, elles tteignaient près d'un millimètre. Cette inégalité dans les dimensions des avités aériennes concorde d'ailleure avec les différences d'intensité du lurmure respiratoire que l'auscultation révèle dans ces deux parties de ^trgane pulmonaire.
Chez rhomme et les mammifères, l'examen de la structure des parois frceUutaires n'offire pas moins de difficultés que l'étude du mode de lermiiison des bronches et de leurs connexions avec les cellules pulmonaires. Déjà nous avons vu que, pour Reisseisen (1), la texture propre aux bronjes se retrouverait dans leurs plus fines divisions, qui, d'après cet ana- »miste, forment les utricules ou cellules pulmonaires. Mais ce n'était là u'une simple présomption, une assertion sans preuves directes. C'est depuis peu d'années seulement, grâce surtout aux travaux de liney (2), Jac. Moleschott (3), Rossignol (/i), Schrôder van der Kolk et driani (5), KOlliker (6), Mandl (7), etc., que quelque lumière s'est faite ir ce point si intéressant d'histologie.
Assurément on ne saurait plus nier aujourd'hui l'existence de fibres u^culaires ou contractiles dans le système bronchique; l'examen mioscopique et l'expérimentation le démontrent En effet, sur un chien de iîle moyenne qu'on vient de tuer en lui coupant la moelle, après avoir' trait les poumons de la poitrine et adapté à la trachée un tube manoméque rempli d'un liquide coloré qui pèse à l'intérieur des bronches, «ile-t-on ces organes à l'aide d*un courant électrique, en appliquant l'un - pôles sur le poumon et Tautre sur la partie métallique du tube, on voit t-ntôt le liquide s'élever d'environ 5 centimètres dans ce même tube dont l)arlie supérieure est de verre et graduée : ce résultat est évidemment 1 à ta contraction active des bronches, puisque avant le passage du eoulit l'élasticité des poumons était déjà satisfaite (8). — Un autre mode
t ) RKissBism, ouvr, cité.
1, Raihey, ouvr. cité.
'.i, iàc MoLuaoft, De Maipighiama fmhnonum vesicuiù diisert, anat, physioL Hcidelr/, mai 1845.
:4; Rosiifiiioi*, OUtT. cUé»
■> ) ScHRdDCB VAN DER KoLK, Over den Oorsprong en de Vornung von Tuèercuia ptUmo^ //. Spfierlamch Lancety 1852, 3« série, n^ 1 et 2). — AJ>Rl4m, Dmert, imug. de subtil •■> ffutmonum structura. Utrecht, 1848.
h) Rc$LLUKR, Eléments (f histologie humaine, tradL franc, {lar J. Béclard et SéK, p. 616 •uiv. Paris, 1856. 7) Majidl, mém, cité,
H) Ce. Wiluams, Report of the Experim, on the PhysioL of the lânigs and Air Tubes i'f'Ort of the Meeting of the Brit, Associât, for the Advanc. of Science. Glwcow» 1840, 111).
608 Dt LA RESPIRATION.
d'expérimentation m'a servi autrefois (1) à constater que, d'une partje> bronches ont un pouvoir de resserrement dérivant de la contraction muv culaire, et que, d'autre part, ce pouvoir est mis en jeu par les nerfs pneumogastriques : en faisant passer, avec les précautions voulues^ un courant électrique dans l'épaisseur de plusieurs rameaux de ces nerfs, chez dt* grands animaux, tels que le cheval et le bœuf, j'ai observé, à l'aide de U loupe, des contractions manifestes Jusque dans des ramuscules bronchique d'un calibre assez petiL
De ces faits faudra-t-il conclure que des fibres musculaires existent jusque dans les dernières ramifications des bronches, ainsi que dans l'épaisseur des parois utriculaires du poumon? Kôlliker (2) assure qu*on distingua des fibres musculaires lisses sur des ramuscules bronchiques de j de millimètre, et il regarde comme probable qu'elles s'étendent jusqu'aux lobule^ pulmonaires, quoique avec la plupart des micrographes il les refuse au vésicules elles-mêmes. C'est en ayant recours à certaines réactions chimiques que J, Moleschott (3) a été conduit à admettre, dans la portion terminale du système aérifère, la présence de fibres musculaires mêler à des fibres de tissu élastique (*). Plus récemment^ Piso-Borme [k\, Hirschmann (5) et Ghronszczewsky (6) ont admis l'existence de fibres mu>culaires lisses dans les cloisons alvéolaires du poumon : Kôlliker (7j, ^ac5 révoquer en doute les résultats obtenus par ces auteurs, dit n'avoir jamais pu y rencontrer des fibres de cette nature.
Dans un mémoire publié en 18/i2, et dans lequel se trouve signalé, pour 1^ première fois^ Vemphysème pulmonaire, comme effet de la résection dt^ nerfs vagues, j'avais déjà appelé l'attention sur ce dernier résultat, commi favorable à l'opinion qui admet que si les fibres élastiques jouent le princi* •pal rôle dans la constitution des parois des cellules pulmonaires, les fibre musculaires n'y font peut-être pas entièrement défaut (8).
Les fibres de tissu élastique^ qui sont d'ailleurs assez faciles à découTrir sur des préparations fraîches et qui ont de 0"",001 à 0"",005 de largeur. se montrent surtout très-abondantes aux angles des cellules aérienDe^. d'après Kôlliker (9). Mandl (10) affirme que la quantité de ces fibre
(i) LoNGBT, Rech. expérim, sur la nature des mouvements intrinsèques du poumon, ^t*. dans Comptes rendus des séances de tAcad, des se. de Paris^ i8A2, t. XV, p. 500; et à» son Traité dtanat. et de physiol, (du syst. nerveux, t. II, p, 289. Pirii, 184^
(2) KôLLiRBR, ouvr, cité, p. 516.
(3) Thèse citée, Heideiberg, 18A5, et Ueher die letzten Endigungen derfeinstem Broneki^^ dans HoUOndische Beitrâge, i8A8, t. 1, p. 7.
[*) Traitées par l'acide aiotique, puis par l'ammoniaque, les fibres musculaires lîMei pnr nenl une belle couleur jaune qui est due i la formation d'un xanthoprotéate d'amwMnqitf . cette réaction manque avec le tissu élastique. Or, eUe se montre dans les aréoles polnuMaim. de là, la conclusion formulée par J. Moleschott.
{à) Piso-BoKMi, Arch. di Zoofogia, vol. III, i86A.
(5) HiRSCHMANHj Archxv fur path. Anat, und Phys» von ViRCHOW, t XXXYl, p. 335.
(6) Même recueil, t. XXXV.
(7) KôLLiUER, Handb. des Gewebelehre^ 5" édil., p. A76. 1867.
(8) LoN CET, extrait dans Comptes rendus de tAcad, des se, de Paris, i8A2, t. XV, p. SOO,
(9) K5LL1KER, ottvr, cité, trad. franc*, p- 517.' (10) liANDL, rec, cité, U IV, p. A30.
TEXTURE DU POUMOlil. 609
augmente considérablement avec Tàge. « Nous ne serions pas éloigné, ajûute-t-il, de croire la paroi utriculaire elle-môme de nature élastique : ra.spect particulier qu'elle présente, sa résistance à l'acide acétique, la netteté de ses contours, la distingue^ dans ses propriétés physiques, des autres membranes propres analogues. »
Quant à Vépithélium à cils vibratiles dont la muqueuse bronchique est revêtue, il cesserait brusquement, selon Rainey (1), vers le point où chaque tube aérien^ chez l'homme, plonge dans un lobule pour s'y perdre au milieu des cellules pulmonaires.
Une membrane fibreuse et un épithéliumy telles sont les deux couches le plus ■rénéralement attribuées aux parois des cellules ou alvéoles du poumon.
La membrane fibreuse des ahéoles est composée d'une très*faible quantité de tissu conjonctif au milieu duquel serpentent de nombreuses Qbres élastiques. Celles-ci, assez grosses, rondes, de 1 à 2 ou 3 millièmes de millimètre, sont disposées en faisceaux et anastomosées. La membrane fibreuse 'ert ainsi de soutien aux vaisseaux qui la perforent pour venir s'étaler en m réseau capillaire à la surface des alvéoles.
Vépithélium des alvéoles a été mis en doute en 1862, puis nié d'une façon ib<:olae par Henle (2). Lorsqu'on racle la surface d'un poumon frais, et [d'en examinant le liquide obtenu on y voit des cellules rondes ou lavimenteuses, on ne sait d'où viennent ces éléments. Henle les attribuait aux plus petites bronches, et il est de fait que jusqu'à cette époque n n'avait pas prouvé leur existence dans les alvéoles. Cette négation de l'épi- ^élium a été le point de départ d'un grand nombre de travaux, dont nous ne itérons que les principaux. Eberth (3) a avancé que l'épithélium n'existait a:» partout sur l'alvéole, qu'il manquait dans les points où les vaisseaux font n relief dans la cavité alvéolaire, mais qu'on le trouvait dans les espaces bres entre les mailles des capillaires. Bakody (&) et Villemin (5) sont restés mvaincus de l'absence de tout revêtement épithélial. Colberg (6) a admis Mistence d'une membrane épithéliale formée de cellules soudées et ayant îrdu leurs noyaux. Mais, depuis la généralisation de la méthode d'imprégna- )n au nitrate d'argent pour mettre en évidence les cellules d'épithélium^ il t impossible de ne pas admettre leur existence sur les alvéoles pulmonaires. nsi, Elenz (7)^ élève d'Ëberth, a démontré que^ chez la grenouille^ une >u(:he de grandes cellules pavimenteuses recouvre toute la surface des réoles, et que les noyaux de ces cellules se trouvent dans les espaces situés Ire les mailles des capillaires ; que, chez les mammifères^ dans ces mômes paces, il y a toujours une ou plusieurs cellules épithéliales. C'est ce e K^lliker a vérifié et figuré. Enfin Chrzonszczewsky et Hirschmann (8)
t) Rauiet, Med.-chir. Tramact., t. XlXIl^ p. 48.
2) Ue?iLE, Anatomie de thomme^ 1862.
i, Ebertb (Virchow*s Archiv, t. XXIV, p. 603).
A) Bakodt (Vircbow*8 Archiv, t. XXIUI, p. 26A.
■)> ViLLCMiH, Arch. génér. de méd,, Paris, 1867.
'>> CoLBEBG, Obs, de pen, pulm, strucL Halle, 1863.
T Elebz. Ueber dos Umgenepithel , Wurzbourg, 1864.
'^ KôLLULER^ ClRtONSZCZKWSKV et HlRSCHMAmiy loc. cit. L4il«ET. — PHTUOL. I. — 39
ont établi, en emplojaot une injectioD de solation d'argoit daos les tù^ seaux, que l'épithélium pavimentcux muni de noyaux forme à la surlari des alvéoles une véritable membrane épithéliale non interrompue. Cicellules, qui sont trés-volumineuses chez la grenouille et mesurent de i5< 35 millièmes de millimètre, sont plus petites chez l'homme oà elles Dditeignent que 11 à 12 millièmes de millimètre. Il est très-facile de lesv"sur les poumons des jeunes enfants, mftmé sans la préparation au nitii:' d'argent
— », oDika d'jpi-
•a 4uH lu nùDM lïmiliia par kM ajâUtirm. ( rifwi tMi da la S* Milieu ds
Dans l'épaisseur des parois interalvéolaires serpentent des e guins qui s'y terminent par un réseau capillaire des plus serrés et des f-'\ riches ('). L'artère pulmonaire y apporte toute la masse du sangreiDeu qui doit se vivi&er dans les poumons, et les artères bronchiques y auivof^' du sang artériel destiné, là comme ailleurs, h l'entretien des phénom^i^" de nutrition; seulement, vu le petit calibre relalif des artères brtmcbiqinon a pensé, avec raison, que le pareachyme pulmonaire, siège de h (<■ -i version du sang veineux en sang artériel, pouvait bien lui-mfime mellr | profit le sang artériel nouvellement formé. Ajoutons que d'ailleurs '.'■ artères et les veines bronchiques n'existent pas chez les oiseaux (Sapp'; mém. cité, p. 12] : le sang artériel, qui se forme dans leur poumon, deti' donc la source unique et directe dans laquelle ce viscàre puise les élémc'' de sa nutrition.
Dans le poumon de l'homme, chaque lobule reçoit de l'artére pulaj< naire une branche qui se divise à son tour en un grand nombre ' ramuscules destinés aux cellules pulmonaires. Ceux-ci pénètreol eain '■■■' cellules, se subdivisent plusieurs fois pendant leur trajet, s'anastomosent > '