‹ Traité de physiologieChapitre 104 sur 141 · ALTÉRATIONS 0£ L'AIR PAR LA RESPIRATION. — APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS 0£ L'AIR PAR LA RESPIRATION. — APERÇU HISTORIQUE

sort pendant TexpiratioD correspondante se rapporte plutôt à la physiologie et à VbygièQe. L'importance non moins grande de cette dernière notion deviendra surtout bien manifeste quand nous parlerons^ plus tard, de Taction de Vair confiné sur l'organisme.

Nous avons dit qu'asse;s généralement il est admis que, chez l'homme adulte, et bien portant, chaque inspiration ordinaire introduit dans les poumons environ 500 centimètres cubes ou un demi-litre d'air; mais que, d'après nos propres observations, d'ailleurs en rapport avec celles d'autres expérimentateurs, cette évaluation nous avait paru un peu exagérée, et qu'tm tiers de litre représenterait plutôt la moyenne dont il s'agit. La moyenne des inspirations^ par minute, étant de 18, l'homme aurait besoin, d'après l'une de ces estimations^ d'environ 13 mètres cubes d'air dans les vingt-quatre heures, et, d'après l'autre, seulement d'à peu près 9 mètres cubes.

La première de ces évaluations a été adoptée, avec quelques variantes, par Meazies (1), Dalton (2), Valentin (3), Vierordt (A), P. Bérard (5), etc., et la seconde par Borelli (6), Goodwin (7), H. Davy (8), Allen et Pepys (9), Jurine (10), J. Dumas (11), etc.

La précédente étude expérimentale a démontré que, dans les mouvements ordinaires de la respiration, le volume d'air expiré est un peu moindre que le volume d'air inspiré. Ce déficit, chez l'homme, a été évalué tantôt à 1/50, tantôt à 1/70 de l'air inspiré. Despretz (12), ayant fait respirer, pendant deux heures, six lapins dans 49 litres d'air pur, reconnut qu'il y avait eu 1 litre de diminution. La perte, suivant d'autres observateurs (Lavoisier, Goodwin, Davy, Allen et Pepys, etc.) a pu être portée à 1/24, lorsque l'animal était resté plongé dans le même air jusqu'A ce que l'altération de ce fluide ne permît plus de le respirer impunément. Nous aurons occasion de revenir bientôt sur la cause de la disparition de cette petite quantité d'air par la respiration.

\II. — Au contact des surfaces respiratoires, l'air subit de notables changements dans ses propriétés physiques et dans sa constitution chimique : il en résulte que les animaux n'expirent pas, à proprement parler, de l'air, mais un mélange gazeux qui renferme, avec les principes de Tair atmosphérique altérés dans leurs quantités relatives, les produits

(1) Mehzies, Tentavien physioL inaug, de respirai. Edinburg., 1790.

(2) Dalton, On Respirai, and Animal Heat (Mem. of ihe Liter. and Phiios. Soc^ of Man^ chesier^ 1813, 2« série, t. II, p. 26),

(3) Valertin, Grundriss der Physiol.^ p. 253.

'A) Wagmer's Handwôrierbuch fur PhysioLj t. IL, p. 835 (art. Bsspibation).

(5) P. BÉRAKD, Cours de physiologie, t. III, p. 336. Paris, 1851.

(6) Borelli, De moiu animaliumy part. Il, propos. 81, p. 95.

0) GooDWiif, De la connexion de la vie avec la respiration, trad. franc, de Hallé, p. 26. (S) H. Davy, Researches^ Chem. and Philos,^ etc. London, 1800, p. 410.

(9) Alleh et Pepys, Philos. Trans,, p. 280, année 1808.

(10) JoRiRE, Mém. de la Soc, deméd., t. X, p. 24.

(11) J. DoiCAS, Essai de statique chimique des êtres organisés, p. 82, 2* édit. Paris, 1842.

(12) Despretz, Annales de chimie et de physique^ \. ^V^h P- ^3.7*

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propres à la respiration elle-même. Ce mélange gazeux est habituelle ment désigné sous le nom A'air expiré. Déjà nous avons fait connaître la composition normale de Voir inspiré qui, au moins pour l'homme et les animaux aériens, est Tair atmosphérique proprement dit; il nous faut maintenant aborder l'étude comparative du mélange aériforme rendu dan^ l'expiration, et, partant, analyser les faits nombreux qui se rattachent à cette étude, faits établis par l'expérimentation et sur lesquels doit s'appuyer toute théorie de la fonction respiratoire (*}•

A. -^ L'étude des altérations de l'air par la respiration des animaux dat' surtout du XVII* siècle. Déjà, auparavant, on avait bien dit que Tair qui a servi à la respiration est impropre à y être employé de nouveau, qu'il bi devenu irrespirable ^ mais c'est aux expériences de Rob. Boyle (1) que doi; être rapportée la première démonstration de ce fait fondamental. Pour apprécier toute la valeur de ces expériences, publiées en 1670, il convieDi de se rappeler quelles idées régnaient alors sur l'essence et le but de i^ fonction respiratoire : l'air, introduit dans le corps des animaux^ était réputé n'avoir d'autre mission que de rafraîchir le sang, d'augmenter sa densité (2), ou encore de lui enlever certaines vapeurs (3). Ces idées, léguées aux physiologistes du moyen âge par ceux de l'antiquité, étaient encore soutenues, en 1718, par Helvetius (A). Et pourtant les recherche^ de Rob. Boyle (5) avaient appris que, si l'on place des animaux dan$ ou espace clos et renfermant une médiocre quantité d'air, on ne tarde pas à voir survenir les accidents de Taspbyxie ; que ces accidents amèneet h mort quand on poursuit l'expérience dans les mêmes conditions ; qu'îN s'amendent au contraire, et que les animaux reviennent, pour ainsi diit. ^ la vie, si Ton permet l'introduction d'une nouvelle quantité d'air pur. Comme on pouvait supposer qu'ici l'air confiné n'était devenu improprt à rafraîchir le sang et à maintenir la vie que parce qu'il s'était échauffa dans le corps des animaux séquestrés, Boyle combattit cette interprétation en prouvant que l'air, une fois vicié par la respiration, demeure toDt aussi irrespirable après qu'on a notablement abaissé sa température. Am yeux des iatro-mécaniciens de cette époque, la mort dans l'air confio* dépendait aussi et surtout de la diminution de Vélasticité de ce fluide; f' pour Gygna (6), qui plus tard (1759) ne regardait encore la respiration qi> comme un moyen d'exhalation et de rafraîchissement, la mort, en pare:

{*) Pour les changements qae la respiration des plantes fait éprouver k rair, nous rrsvoyoas le lecteur à ce qui en a été dit précédemment (p. 517 et suit.)^ dans les cooadén' Uons générales sur la respiration. On a pu voir combien est intéressante cette étude qui toucic à une des grandes harmonies de la Nature : la respiration diurne des plantes représente, fsens inverse, celle des animaux, et elle en compense les effets dans l'atmosphère.

(1) ROB. Boyle, Philos, Transact, année 1670, § 45, p. 2046 et suiv.

(2) Dbscartes, Œuvres publiées par V. Cousin. Paris, 182A» t. IV, p. âA6.

(3) SwAHMERDAM, Troctatus de respiratione usuque pulmanum^ 1667. (à) Helvetius, Mém. de VAcad. des se, 1718, p. 222.

(5) Rob. Botle, loc. cit.

(6) Ctgna, De causa extinctionis flammœ et animalium m aère interchisontm (Uivei^^f*philos, mathem. Soc. Taurin. ^ t. I. Turin, 1759).

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