ALTÉRATIONS DE L'AIR PAR LA RESPIRATION. — APERÇU HISTORIQUE
cas, reconnaissait deux causes : 1® la cessation de la transpiration empêchée par les vapeurs dont Tair expiré est chargé et comme saturé ; 2* TirritatioQ que les vapeurs infectées occasionnent dans les bronches, qui alors se resserrent et refusent l'accès à Tair qui doit les dilater.
Assurément Rob. Boyle (un des premiers à qui Ton dut la connaissance de l'absorption de Tair dans les calcinations et les combustions), fût allé au delà des notions qui vienïlent d*ôtre rappelées, si la chimie de son temps lui eût été d'un plus grand secours. Cet éminent observateur essaya, il est vrai, de déterminer la nature de Taltération qui rend Tair expiré incapable d'entretenir le travail chimique de la respiration; mais, sous ce rapport^ il ne put arriver à aucun résultat précis et digne d'intérêt, attendu que l'art de recueillir convenablement les gaz était encore ignoré.
J. May ow (1) fut entravé par la même cause dans la vérification de la plupart de ses prévisions si remarquables ; tout en ayant indiqué l'existence et le rôle de l'oxygène, il ne pouvait non plus émettre que des notions incomplètes sur les changements que l'air éprouve dans l'appareil respiratoire f }. C'est depuis que Moitrel, et surtout Haies (2) eurent fourni à la l'bimie naissante leurs procédés de manipulation des gaz, que, grâce aux iravaux mémorables de quelques savants, la lumière commença à se faire ^ur le sujet qui nous occupe. Jusque-là on n'avait guère que des théories ou les conjectures, au lieu de faits expérimentalement établis.
En 1757, Joseph Black (3) reconnut la présence de l'acide carbonique fixed air) dans l'air expiré par l'homme et par les animaux. Il y avait déjà m siècle et demi que Van Helmont (4), en étudiant les produits de la com- )Qstion du charbon et ceux de la fermentation vineuse, y avait distingué Il décrit un gaz (air sylvestre)^ qui n'est autre aussi que l'acide carbonique les chimistes modernes. C'est à l'aide d'une expérience bien simple, et aille fois répétée depuis, que Black (5) retrouva dans l'air expiré ce même
'1) J. MàTOW, Tractaius quinque physico-medici quorum primus agit de stxie nitro et piritu oitro aero ; secundus, de respiratione^ etc. Oxodu, 1674.
(*; Toutefois un tribut d'éloges et d*adiniratioa est dû à Jean Hatow qui^ mort à treoteuatre ans, fut le précurseur des créateurs de la chimie pneumatique.
Déjà, pour lui^ l'air est un composé gazeux qui renferme un principe (gaz ou e^rit nitro ' men ou igno-^iérien) apte à entretenir la vie en passant dans le sang par la respiration, et roduisant ainsi la rutilance du sang artériel, une fermentation et la chaleur animale. Ce léme principe, ajoute Matow, s'unit, dans la combustion, au corps qui est brûlé; il engendra s aeides en se combinant avec certains corps (tels que le soufre, etc.)^ et, condense dans le '/ de nitre, il fait qu'un mélange de ce dernier et de soufre peut brûler dans le vide ; c'est :>core le gea ou esprit nitro-aérien de l'air qui se combine avec le fer pour donner naissance la rouille. Enfin, suivant le même auteur, quand on a soumis un corps à la combustion en ise clos, l'air qui reste (bien différent de l'esprit nitro-aérien qui s'est uni au corps brûlé} ne sut ni alimenter la coml>ustion; ni entretenir la vie.
Or, traduisons les mots principe igno^iérien, gaz ou esprit nitro-aérien^ par oxycâne, et [jQs aurons le fondement de tout Tédifice de la Chimie moderne, la base de la théorie actuelle ef rapports des êtres vivants avec l'atmosphère.
^2) Hales, La statique des végétaux et celle des animaux y trad. franç.^ cb. Ti, pi. 15 à 20. ari», 1779.
^3) J. Black, Lectures on the Eléments of Chemistry, etc. Londres, 1803, 2 vol. in-4« lie de i. Robison.
(4) Vah Helmomt, Ortus medicinœ, etc. Amsterdam, 1648.
(o) Black, ouvr. cité., ei Bibliothèque Britannique^ t. XXTIlf,p. 329^ année 1805.
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fluide : a Je me convainquis, dit-il, que le changement produit sur l'air salubre (ou ordinaire), par l'acte de la respiration, provenait principalement, si ce n'est uniquement, de la conversion d'une partie de cet air cd air fixe (acide carbonique); car je trouvai qu'en soufflant, au moyen d liii tube, dans de Teau de chaux ou dans une solution d'alcali caustique, j faisais précipiter la chaux et perdre à l'alcali sa causticité. » Si Blackn t >' parvenu ni à découvrir la nature intime* de son air /îxie (que plus t^. Bergmann nomma acide aérieti) (*), ni à déterminer les rapports exisU entre la production de ce gaz et le rôle de l'air dans la fonction respir. toire, au moins il a démontré que le gaz ainsi exhalé de la poitrine v impropre à la respiration des animaux comme à l'entretien de la flamme.
Tel était l'état de la question, quand parure^nt Priestley en Angleter.. Scheele en Suède, et Lavoisier en France. On savait donc déjà que, par I fait de la respiration, l'air cesse d'être respirable et qu'il s'y mêle uj. quantité notable d'acide aérien ou acide carbonique. Déplus, dans L inspiré ou ordinaire, on présentait l'existence d'un principe spécial auqi: revenait -le rôle important dans la respiration et la combustion, priiui; imaginé par Nicolas Lefèvre (1) sous le nom A'esprit universel^ et cntro. avec ses principales propriétés, par Jean Mayow (2) qui le nommait ^a: esprit nitr(haérien.
\ Priestley (3) revient la gloire d'avoir isolé, le premier, ce principe c combustions, cet agent essentiel à la fonction respiratoire : le i"" ào: 177/i, il obtint, par la calcination du précipité rouge ou bioxyde de lUtr cure, un gaz nouveau, qu'il appela d'abord air déphlogistiqué^ et auquel ' ' donné bientôt le nom définitif d'oxygène, A Priestley sont également d^: ^ d'importantes recherches sur la respiration {li); comme plusieurs de ^ devanciers, il reconnut d'abord que l'air expiré renferme de Voir /l (acide carbonique) aussi bien que l'air vicié par la combustion ou la : mentation, et que les animaux y périssent quand on les y tient ploD::mais de plus il fit voir que, pour restituer à ce fluide vicié ses propiitr.^ primitives, il sufiit de le tenir pendant quelques jours en contact avec ér plantes en pleine végétation : celles-ci prospèrent dans cet air altért> qi: peu à peu, redevient propre à l'entretien de la combustion et à la rc<pi: tion des animaux. — Expérience à jamais mémorable qui nous révèle uif des plus belles harmonies de la Nature vivante : en respirant, les anima;:' modifient l'air et le rendent éminemment propre à la nutrition des plasUv tandis qu'à leur tour, par leur respiration, les plantes le changent d ui
C) Quelques années après Black, Bbagmaioi, vers 177â, étudia avec beaucoup de sois r propriétés de Tacide carbonique (acide aérien), et reconnut que ce fluide entre dans la com^sition de l'air atmosphérique lui-même. (Voyes ses Opusc, phys. et chim., i. l, StocUtu^-. 1779, et les Mém, de VAcad» des se, de Stockholm pour Tannée 1774.)
(1) Nicolas Lefèvre, loc, cit.
(2) Jean Vatow, ouvr, cité*
(3) Priestley, Experiments and Observations on Différent Kinds of itr, 1775, t »' p. AO. — Ibid.y trad. franc, de Gibelin. Paris, 1777, t. Il, p. M et suiv.
(A) Priestley, Philos. Trans.^ mars 1772.