ACTION DE LA BBSPIBATIOH SUR LE SANG
m excès dans le sang veineux s'eihale au dehors, l'oxygène atmosphérique ?st à son tour absorbé par le fluide sanguin. Puis le sang qui, avant :elle oxygénation, était rouge brun et impropre à l'entretien de la vie, jevient rouge vermeil, riche en oxygène, et bientôt propre à la nutrilion comme au développement de tous les organes ; en un mot, il devient irtériei.
Par conséquent, d'une part, si la respiration enlève quelque chose au liquide sanguin, elle lui apporte, d'autre part, un principe qui le rend apte i compléter l'organisme ou à réparer ses pertes, tout en donnant lieu railleurs à un dégagement de chaleur indispensable au libre exercice des fonctions : c'est ce môme principe qui, attaquant les matériaux ternaires t quaternaires du sang, leur fait perdre, en partie, leur hydrogène, leur Larbc^e et leur azote, que nous avons vus s'exhaler partiellement aussi, ilans l'expiration, sous forme de vapeur d'eau, d'acide carbonique et l'azote libre.
Le sang, avec sa constitution complexe qui nous est déjà connue ;voy. p. 568 et suiv.), peut donc être considéré, avec la trame organique, 'omme le milieu de tous les phénomènes essentiels de nutrition : c'est lui, ?n effet, qu'on voit recrutant dans son parcours, pour se reconstituer, ertaines substances élaborées dans le tube digestif, et déposant ensuite, ilans les divers tissus, des principes assimilables ; c'est lui encore qui reçoit, pour les conduire vers les voies d'élimination, les matériaux usés par le jeu des organes et devenus inutiles; avec le sang, enfin, circulent l'acide ^irbonique et l'azote, produits gazeux des métamorphoses de la nutrition, dont ce liquide se débarrasse par les diverses surfaces respiratoires.— Ainsi ic sang représente un fluide à la fois réparateur et épurateur, dont le renouvellement et la destruction continuels, confiés surtout à la digestion et à la respiiation, sont les deux conditions inséparables de l'existence des animaux supérieurs.
Laissant de côté, pour y revenir plus tard, d'aulres modifications importantes du sang qui ont lieu dans les divers points du trajet circulatoire par Miite de l'introduction de l'oxygène, occupons-nous d'abord du phénomène le plus apparent de tous, du changement de coloration que la respiration opère dans le liquide sanguin.
Nul doute que l'absorption de l'oxygène atmosphérique par le sang veineux ne soit la principale cause d'un changement aussi instantané, et que, f'hcz les animaux les plus élevés dans l'échelle, le poumon ne doive être re- ^^irdé comme un artifice analomique destiné à multiplier le contact médiat • nlre le sang etle principe vivifiant de l'air. Si, aux yeux du physiologiste. If* poumon est l'orij^ine et le terme d'un grand nombre d'actions chimiques :i( compiles ailleurs, il est bien manifestement l'organe dans lequel le sang prond sa teinte écarlate, caractéristique du sang artériel. Pour s'en convaincre, il suffit de mettre à nu le poumon d'une grenouille, et, grâce à la transparence des parties, on parvient à voir le sang, qui y pénètre avec nue trinte rouge brun, acquérir en le traversant une belle couleur rouge
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▼enneil (1)« Sur on chien, adapte-t-on^ à Vexempie de Bicbat [% un robinet à la trachée et un autre à la carotide, on constate les qualités artérielles du sang tant que les robinets restent ouverts ; mais, lorsque le robinet de la trachée-artère est fermée, et que partant l'air n'arriye plus aux poumoDs. le sang qui s*écoule de la carotide se fonce de plus en plus, prend, en moins d'une minute, la couleur rouge noirâtre du sang veineux, puis recouvre sa teinte caractéristique presque aussitôt qu'on ouvre derechef le robinet de la trachée.
Le rapport entre le changement de coul eur du sang et l'introduction de Tair dans ce liquide avait déjà été signalé par Gh. Fracassati(3), G. Needham (&), R. Lov^^er (5), J. Mayow (6), Cigna (7), Hewson (8), etc. Mais à Priestley (9), qui le premier isola Toxygène (air déphlogistiqué), revient Thonneur d'avoir démontré que, dans Tair, ce principe seul a le pônroir de donner au sang veineux la couleur rutilante du sang artériel, et ausr' que cette réaction peut s'opérer à travers une membrane organique humide comme au contact direct de l'air avec le sang ; tandis qu'en mettant do sang rouge ou artériel en contact avec de Voir fixe (acide carbonique), de r^if* inflammable (hydrogène) ou de Voir phlogisîiqué (azote), on le voit prendre la couleur brun noir&tre du sang veineux.
Or, ainsi que nous le savons déjà (voy. plus haut, p. S91 et suiv.). Tan et l'autre sang renferment de Voxygène^ de Vackle carbonique et de l'asofe: mais les quantités relatives de ces gaz varieiit suivant l'espèce de sang, et, le sang artériel est celui qui contient de l'oxygène en plus grande proportion.
Puisque le changement de couleur que la respiration fait subir au liquide sanguin est incontestablement dû à l'action de l'oxygène atmosphérique, il nous reste à essayer de pénétrer le mécanisme de cette action.
Schultz (lO)avait remarqué que l'acide carbonique gonfle les globules, en les rendant un peu plus obscurs, tandis que l'oxygène les contracte et les rend plus clairs. Henle (11) est parti de cette donnée pour admettre que la couleur du sang dépend exclusivement de la forme des globules et qu'elle
(1) Ed. Goodwtii, The Connection ofUfe with Bespimtion ^eidonàt», 1788, tnà.ùvtÇ' par Halle. Pari», 1798, p. 37. '
(2) BiCHAT, Recherches physiologiques sur la vie et ia iiWff, p. 3M et «ait., S*é». Paris, 1829.
(3) Ch. Fracassati, Tétras anatomicarum epistolarum M. MALPicm et C. FiACASSin : De iingua et cerebrù. Bologne, 1665, ln-12.
(4) G. Nebdram, Diifuisit. anatom, de formate fœtu^ cep. n: De àipremi nerù m »»guine {Bibl, anat. de Mamget, t. I, p. 563).
(5) R. LowER, Tractatus de corde ; item de motu et colore sanguints et chyiiineum tr«^ itu, câp. m, p. 175 et teq. 1669, in*8.
(6) J. Matow, Tractatus quinque phys. med,^ quorum primu» agit de sak mtroetV^'^ nitrO'a?ro, secundus de respiratione, etc. Oxonii 1674.
(7) CiGHA, De respiratione {Miscellanea Soc. Taurin,^ t. T, 177S. — /Mrf., 1. 1, P- ^f-
(8) Hewson, fnquiry into the Froperties oftke Blood^ p» 8. .
(9) PftiESTLET, Observ. on Respiration and the Use of Blood {Philos. TfoMûtL^ i?'*p. 226).
(10) SCHtLTt, System der Circulation, Tfibingue, 1888, p. t7.
(11) HniLBf Ànatwnie générale^ trad. de Jeurdan. Paria, 1848, t. I, p. 472.
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>t d'aotant plus claire que ceux-ci sont phis ptats. L'oxygène agirait donc la manière de certaines substances indifiérentes (sucre de canne et sels câlins neutres), en transformant les globules sanguins en autant de petits tiroirs concaves ; Tacide carbonique» au contraire^ à l'instar de l'eaUf
I ferait des miroirs convexes, en renversant le courant osmotique déve* ppé à l'intérieur de ces corpuscules par l'oxygène.— Mais^ en admettant ie cette action purement physique puisse donner au sang des différences i teinte, on doit reconnaître qu'elle ne prend qu'une faible part au chan» iment de couleur si notable éprouvé par le sang veineux lors de son pas* gf (^travers le poumon. Bn effet Bruch (i) a constaté que du sang for^ ment étendu d'eaUi au point que les globules aient Complètement dis> iru par dissolution, éprouve aussi un changement décoloration par l'acide irboDÎqueet l'oxygène.
II faut d(Mic invoquer une autre cause; par exemple une combinaison stable entre ce dernier gaz et quelqu'un des principes constitutifs du ng. La plupart des physiologistes admettent aujourd'hui que l'oxygàm 1 sang se trouve contenu swiùut dafns les globules : ce fait ressort expériences qui consistent^ après avoir battu, au contact de l'oxygène,
sang défibriné et encore pourvu de globules, à s'assurer que ce uide possède, en effet, à l'égard du principe vivifiant de l'air, un pou^ ir absorbant presque double de celui que possède un même volume sérum, sans globules, battu dans le Aième milieu. --* S'il y avait simple >bolution de l'oxygène, la quantité en poids qui serait dissoute de** lit toujours être proportionnelle à la pression extérieure ; or^ en appliant la loi de Dalton, on arriverait à cette conséquence qu^ le sang s habitants des régions où la pression atmosphérique n'est plus guère e de 0",3S0 (comme pour certaines localités citées précédemment, 560) renfermerait moitié moins d'oxygène que le sang des habitants des rds de la mer> où cette pression est de O'fTGO* Regnault et Reiset as8U« U que l'absorption de l'oxygène est soustraite à l'influence de la pres« o« Il résulte néanmoins des recherches de Vierordt et Lebmann (2) que ^ variations notables dans la pression entraînent toujours de légères dif«> cnces dans les quantités des gaa absorbés. On est donc ainsi amené à aciure que le phénomètie doit tenir à la fois un peu de la dissolution )ple et beaucoup plus de la combinaison chimique. !)uoi qu'il en soit» il faut admettre que l'oxygène du sang, s'il est de pré* ence uni aux globules, s'est engagé dans une combinaison fort insiabk i ne l'empêche pas d'attaquer ultérieurement les matériaux combustis du sang, mais qui sert uniquement à fixer cet agent et à faciliter son nsport dans le torrent circulatoire. La force qui retient l'oxygène is les globules est assez faible pour permettre i c6 gaz de se dégager
I, Bacca, Ueber die Farbe det Biuies {Zeitschrifi fur rat. Med. Bd. I, p. 440. iSA41. .NVA einmal die Blutfarbe {Id. Bd. Hl, p. 308. 1845).
l) \ iKEOBDT, Physiologie des Àthment, p. 84 «t suit. •— LmiAiniy Lehrhuch der phyu on^. Bd. Ul, p. 306.
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qaand on fait bouillir le sang (à /iO degrés) dans le vide obtenu à Taide de la machine pneumatique à mercure.
On s'est demandé si la teinte vermeille du sang artériel, au lieu d'être due à la fixation du principe vivifiant de Tair, ne dépendrait pas simplement de Tenlèvement de Tacide carbonique auquel s'est substitué ce principe. Mais, s'il en était ainsi, en expulsant l'acide carbonique du sang i l'aide de l'hydrogène ou de l'azote, on devrait donner à ce liquide la même coloration qu'il prend quand on emploie de l'oxygène dans le même but; or, il est bien certain que cela n'arrive point. D'ailleurs le sang veineui qu'on soumet à l'action de la machine pneumatique, et auquel on enié^o ainsi son acide carbonique, ne prend pas la couleur écarlate du sang artériel. Au contraire, comme le sang artériel, soumis à la même épreuve (■; privé de son oxygène, acquiert une teinte foncée comme celle dn san; veineux, on est amené à cette conclusion que la couleur naturelle du sau£ est celle qui se rencontre dans le sang veineux, et que la teinte écariatt' du sang artériel provient sans doute de la combinaison instable de la matière colorante des globules avec l'oxygène.
Suivant Heidenhain (1), l'acide carbonique n'est pas complètement dépourvu d'action sur la matière colorante du sang, mais cette action se manifeste seulement lorsque de grandes quantités d'acide carbonique agissent sur une faible quantité de sang : ce dernier perd, dans ce cas, toute couleur rouge et revêt la couleur brune ou noirâtre qui s'y développe $oq5 l'influence des acides minéraux.
Diverses expériences ont été faites qui tendent à prouver que ni l'air atmosphérique, ni l'oxygène lui-même ne sont capables de changer U couleur du sang veineux, quand ce liquide est une fois privé de serait et des sels propres à ce dernier ; ou bien encore qu'en lavant arec de l'eau distillée bouillie des tranches minces d'un caillot de sang artériel, pour lui enlever son sérum, ce caillot devient foncé comme celui du san? veineux, et qu'il reprend sa teinte écarlate dès qu'on lui rend du séru^][^ Aussi l'artérialiscition du sang a-t-elle semblé être un phénomène complets qui résulterait de l'action exercée par l'oxygène sur les globules sanguins» présence des sels du sérum {*). — Parmi les composés salins qui contribuent à conserver l'intégrité des globules et à entretenir leur propriété de se lai^ ser aviver par l'air, on peut citer notamment le carbonate, le phosphate, ii t^hlorhydrate et le lactate de soude, qui existent en effet dans le sérum.
(1) HEiDEKHAOf, Difquis, crit. et experim, de sang, quantit. Halls, 1857, p. 30.
(2) W. Stevehs, Observations on the Healthy and LHseased Properties ofthe Bîood, Uod», 1832. — Er. Torrer, Influence ofthe Set^m in changing the Cotour ofthe Biood(Etnf* , Chem,y t IV ; et Edinb. Med. and Surg, Joum,, t. IXXIX, année 1833). — HorriiO. The London Med. Gaz.j t. XI, p. 883.
{*) La nature de celte action chimique est encore inconnue. On doit regarder comme IobH fait hypothétique la suroxydation pure et simple du fer contenu dans la matière coloraott' du s»;
ScHCENBEiN, bien qu'il n*ait pu découvrir dans le sang aucune trace é'osone et d*iinto:'^' semble néanmoins attribuer une action très- importante à ces deux formes de Vosjf^- ' pense que Toxygène est uni aux globules sous forme d'ozone, sans dire à ce sujet rien (pi cviterne la coloration du sang. — C'est particulièrement en étudiant les phénomènes de outritii^ que nous nurons à nous occuper de différents faits signalés par ce savant chimiste.