INTRODUCTION. XIX I
les autres en Tormant les prolongements ou les ramifications de l'individu primitif (1). > Un arbre est en quelque sorte l'analogue d'un polypier.
La distinction qu'on a voulu établir entre les animaux et les plantes, d*aprés la persistance des organes génitaux chez les premiers et leur périodicité chez les secondes, n'est pas absolue. Il existe des animaux qui ne sont pas pourvus pendant toutes les époques de leur vie d'organes $rénitaux, et chez lesquels ces organes n'apparaissent que dans la période où la génération doit s'accomplir.
Du reste, chez les animaux comme chez les plantes, la génération n'étant pas une fonction qui s'exerce constamment, les organes qui y servent s'atrophient plus ou moins quand ils ne doivent pas agir. Mais il reste \Tai, suivant la remarque deTreviranus (2), que la réunion dans une fleur des organes appartenant aux deux sexes et un nombre indéterminé de ces organes sont les caractères du maximum de l'organisation ré^'étale, et que le contraire caractérise le minimum de cette même organisation. Chez les animaux, la répartition des organes génitaux sur des individus différents est une preuve d'organisation plus parfaite.
Pendant longtemps les chimistes ont cru à des différences fondamentales entre les corps organiques et les corps inorganiques. Naguère encore ils admettaient la division des corps organiques en ternaires et en quaiemcàres^ les premiers appartenant aux végétaux et composés d'oxygène, d'hydrogène et de carbone; les seconds appartenant aux animaux et formés des mêmes éléments, plus l'azote. Ces distinctions ne sont plus acceptées aujourd'hui. Sans doute, dans un grand nombre de principes immédiats des végétaux on ne rencontre que les trois éléments, oxygène, hydrogène et carbone ; mais dans beaucoup d'autres il existe aussi de l'azote. D'ailleurs, entre les principes organiques et certains corps dont s'occupe la chimie minérale, il n'existe pas de différences tranchées, et il devient chaque jour plus vrai de dire que la chimie est une, qu'elle ne saurait légitimement se scinder en chimie inorganique et chimie organique.
En effet, il n'existe entre les substances minérales et les substances organiques qu'une seule différence fondamentale qui est leur différence d'origine. A part cela, elles peuvent les unes comme les autres ou crislalliser, ou se combiner, soit avec des bases, soit avec des acides, ou
'I) Organographie végétaie^ U II, p* 238. [1) Biohgie, i. I, p. 432.
umctr. ^ pBTsioL. I. — c.
XXXÎI ÎNTBOntCTlON.
bien se décomposer en principes basiques et en principes acides, et les combinaisons qu'elles forment les unes comme les autres obéissent à des proportions définies. Ainsi,, un môme corps peut être alternativement considéré comme minéral ou comme produit animal sans que sa composition ait changé. Un exemple bien connu est fourni par l'urée. Ce corps d'origine organique a pour formule C^I^Az^* : or, l'acide cyanique traité par l'ammoniaque donne du cyanate d'ammoniaque (AzH*,IIO,C2,AzO), qui, dans l'eau, se transforme en un produit isomère, l'urée. Les mêmes éléments, dans les mômes proportions, peuvent donc, suivant leur mode de groupement, donner des corps qui appartiennent, soit au règne minéral, soit au règne organique.
Cependant s'il est vrai, pour le chimiste, qu'il n'y a pas de différence absolue entre les corps organiques et les corps inorganiques, cette proposition n'est pas tout à fait aussi exacte pour le physiologiste. Lorsqu'ils sont soumis à l'analyse, les produits organiques et les corps organisés sont soustraits à l'influence de la vie. Dans le laboratoire du chimiste, les combinaisons, sans être finalement différentes de ce qu'elles étaient pendant la vie, ne présentent plus les conditions qui leur permettaient de donner naissance à une foule de produits intermédiaires, ou de résister par le fait même de la vie à certains agents chimiques.
Il ne faut pas supposer néanmoins, comme on l'a dit trop longtemps et trop souvent, que la vie soit une lutte continuelle contre les forces physiques ou chimiques. Les lois qui régissent les combinaisons des corps ou leur décomposition semblent être les mêmes dans l'organisme vivant ou dans le laboratoire ; mais il faut bien considérer que, dans les êtres doués de la vie, il existe un nombre infini de combinaisons diverses, de circonstances particulières de température, d'électricité, d'état physique, etc., qui interviennent dans les réactions, les multiplient, les compliquent, et dont il importe de tenir compte quand on peut les connaître ou les apprécier. Dans la digestion, par exemple, on voit l'animal prendre un aliment, le diviser, le triturer, le diluer, le traiter par les acides, par les alcalis, employer pour le décomposer une température constante, des réactifs nombreux, simultanément ou successivement; et, par tous ces moyens que la chimie connaît et qu'elle peut plus ou moins employer, la digestion s'opère. Il y a lieu de croire qu'elle s'opérerait de même dans la cornue inerte du chimiste, si les mêmes agents s'y trouvaient dans les mêmes conditions ; mais ils ne s'y trouvent pas, et jusqu'à présent la science n'est point parvenue à imiter complètement la nature :
INTRODUCTION, XXXIU
c'est déjà beaucoup qu'elle ait pu apprécier les moyens employés, leur mode d'action, leurs résultats, et qu'elle ait pu réussir parfois à produire des effets très-analogues. — On doit assurément une juste admiration à ces travaux chimiques qui essayent de lutter avec la nature dans la production des principes organiques; mais aussi, d'autre part, il ne faut pas oublier que les êtres vivants, même les plus infimes, réalisent, sans cesse et sans efforts, des résultats auxquels le génie de l'homme ne peut atteindre.
Sans admettre que la vie combatte les lois que la chimie a établies, il faut bien néanmoins reconnaître, nous le répétons, que, dans les corps vivants , les phénomènes chimiques se présentent dans des conditions particulières. Ce qui caractérise surtout les combinaisons qui se produi* sent au sein de l'organisme, c'est leur instabilité : elles se forment, se transforment, se détruisent sans cesse pour se reproduire de nouveau. On est parvenu à fixer l'image du boulet traversant l'espace, mais on ne panient pas à donner de la stabilité aux éléments qui composent un organisme vivant. Quand la vie cesse, les combinaisons se détruisent. Si c'est un végétal, par exemple, qui vient à cesser de vivre, ses éléments constituants se désagrègent, ils entrent dans des combinaisons nouvelles, produisent de l'eau, de l'acide carbonique et de l'ammoniaque que d'autres végétaux peuvent s'assimiler, tandis que les parties minérales des tissus retournent au sol.
La vie ne se maintient que par des combinaisons et des décompositions incessantes : ce n'est pas à dire pourtant que les actes chimiques constituent la vie, ce sont seulement les moyens qui servent à l'entretenir.— Sous quelle influence ces actes s'opèrent-ils? Faut-il admettre, comme présidant à leur manifestation, une force particulière et propre aux êtres vivants ? Vient-on à entrer dans cette voie , ce n'est plus une force unique qu'il faut admettre, mais autant de forces qu'il y a d'actes réellement distincts dans un organisme vivant. Quand la chimie procède à ses opérations, elle emploie des agents nombreux (|ui se trouvent réunis sous les plus parfaites conditions dans l'éconoraie vivante; les lois qu'elle établit ne sont que l'expression des faits observés. Elle constate, par exemple, à l'aide de l'analyse, que l'eau ost composée d'oxygène et d'hydrogène ; elle prouve par la synthèse que Foxygène et l'hydrogène, sous l'influence de l'étincelle électrique, forment de l'eau : elle n'en tire pas la conséquence qu'il y a dans ces deux gaz une force particulière qui préside à leur combinaison, ou bien si elle admet qu'ils se combinent en vertu de leur affinité^ ce mot lui-même
XXXIV INTBODUCTION.
n'est que Vexpressibn résumée des faits. De même dans les êtres vivants : quand le chimiste voit se former en eux de Teau, de l'acide carbonique, de l'urée, de la graisse, de l'albumine, de la fibrine, etc., il montre quels sont les éléments qui entrent dans la composition de ces corps, il essaye de les reconstituer au moyen de ces éléments, et les résultats déjà obtenus sous ce rapport ne permettent guère de poser des limites que la science ne saurait franchir. Toutefois, est-on ainsi autorisé à répéter avec Lehmann (1)? t Comme on ne peut guère démontrer l'existence d'une force dite vitale^ appartenant exclusivement aux corps organisés, tous les phénomènes propres aux êtres vivants doivent pouvoir s'expliquer par les lois de la physique et de la chimie ; ces lois seules nous donnent la clef des phénomènes de la vie : aussi, dans un avenir peu éloigné, la physiologie animale sera-t-elle entièrement réduite aux seuls principes de physique et de chimie. » — Cette opinion hardie est loin d'être partagée par nos physiciens et nos chimistes les plus éminents.
La physiologie fera, comme elle fait déjà, la part de la chimie et de la physique dans les actes vitaux, mais elle continuera en outre à étudier les nombreux et importants phénomènes de la vie que ces sciences sont jusqu'ici impuissantes à expUquer^t qui ne semblent pas rentrer dans leur domaine.
Le rôle de la chimie, en particulier, n'en reste pas moins immense et il grandira sans doute encore. Déjà cette belle science a démontré l'existence de mêmes principes immédiats dans les deux règnes organiques. Elle a prouvé que les végétaux forment ces principes au moyen d'éléments qu'ils puisent dans la nature inorganique, tandis que les animaux les prennent tout formés dans le règne végétal et se bornent à les assimiler.
En effet, les plantes tirent de l'air ou du sol le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote qui, chez elles, servent à constituer par exemple l'albumine, la fibrine, la caséine, la légumine, etc., principes azotés que les animaux herbivores y trouvent tout formés, mais que pourtant ils ne s'assimilent qu'après leur avoir fait subir une foule de transformations. De même les carnivores trouvent ces mêmes principes dans la chair dont ils font leur nourriture, mais eux non plus n'absorbent pas directement ces principes immédiats tout constitués : ils les t ansformenl pour leur usage avant de les convertir en leur propre substance.
Les animaux herbivores ou carnivores ne sauraient vivre et se nourrir directement d'éléments cliimiques comme font les plantes, ou plutôt
(1) Précis de chimie phjsiol. animale, trad. franc, par Drion. Paris, 1855, p. 7.