INFLUENCE DU SYSTEME NERVEUX SUE LA RESPIRATION
De plus> j'ai vu constamment (1), et d'autres expérimentateurs ont confirmé mes observations, Vempkysème pulmonaire se joindre aux précédentes altérations, ou môme parfois se manifester isolément, soit dans un seul poumon, l'autre étant engoué, soit dans les deux à la fois, et, dans ce dernier cas, la mort survenir par défaut d'hématose, comme si les organes pulmonaires eussent été généralement engorgés. J'ai dit plus haut comment je m'explique le développement de la lésion précédente et ses graves conséquences (voy. p. 773).
— Blayer, de Bonn (2), se fondant sur les résultats constants de ses autopsies, a été conduit à voir dans la fluidité du sang un produit de l'action des pneumogastriques, et il a attribué à l'abolition de l'influence de ces nerfs le développement des coagulums qu'il a trouvés dans les vaisseaux pulmonaires : d'autres physiologistes ont prétendu que la coagulation du sang dans ces vaisseaux ou dans les cavités du cœur était un simple effet cadavérique.
Afin d'avoir une opinion arrêtée à ce sujet, je procédai comme il suit : au lieu d'attendre, comme les autres expérimentateurs, la mort des animaux (chiens) auxquels j'avais coupé cette paire de nerfs, je les tuai à différentes époques pour examiner immédiatement l'état du sang dans les poumons et le cœur. Au bout de vingt heures, quand il n'y avait point d'engouement pulmonaire ni d'emphysème, j'ai toujours trouvé le sang très-fluide. Après trente-six heures, quelques caillots noirs, très-mous, peu volumineux, ayant la consistance de la gelée de groseille un peu fluente, ont été rencontrés dans les oreillettes, les ventricules du cœur, l'artère pulmonaire et l'aorte à leur origine ; l'engorgement des poumons ou leur emphysème était alors manifeste dans certains points. Vers le troisième et surtout le quatrième jour, ces dernières lésions étant portées au plus haut degré, j'ai trouvé parfois des caillots assez solides, décolorés, jaunâtres, insinués entre les colonnes charnues des ventricules et des oreillettes; il y en avait quelques-uns dans les artères et les veines pulmonaires jusque dans leurs ramifications. Schiff (3) a répété les mômes observations sur des chiens. Il est donc démontré, pour nous, que ces concrétions sanguines, déjà mentionnées par Willis (4), Lower (5), Baglivi (6), Vaisalva (7) et Emmert (8), peuvent se produire antérieurement à la mort des animaux, — Dès lors ne semble-t-il pas rationnel d'admettre qu'elles doivent concourir à la déterminer, en s'associantà d'autres causes? Reconnaissons toutefois, puis-
(1) LoMBT, SoU sur une nouvelle cause d'emphysème pulmonaire^ dans Comptes rendus de VAcad, des se. de Paris, 18A2.
(2) IfATia (de 8onn)> mém, cit.
(3) Scurr, Mémoire lu à U Société d'histoire oaturelle de Frencfort-iur-le-Meia, ea jeu» vier 1847.
{^) Wu«LU, Cerebri mio/om., etc. AnutenUm, 1664, p. 194 ; in-iS.
(5) LewEi, Tractatus de corde. 1708, p. 90 et seq.
(6) BA6UYI, Opéra omnia. Lugd. 1710. — Dissert, de anat., n* 7 et 8, p. 676 et leq,
(7) Vaualva, Epist. 13 ciL
(8) Rxu.'8 Archiv fur Pkysiol., i. IX et XI.
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que nous avons vu des oas où la mort était siurenue sans ces caillots, qu'on ne saurait les considérer, avec Mayer, comme la produisant d'une manière exclusive et constante.
30 — Pour terminer ce qui se rapporte à l'influence capitale que le sys* tème nerveux exerce sur les phénomènes mécaniques de la respiration* il nous reste à faire connaître l'origine et le r61e des nerfs desquels dépendent les mouvements respiratoires qu'on observe eaxxépaules, dans le% parois thoraciques, et aussi dans les parois abdominales dont fait partie le diaphragme.
Déjà nous avons vu comment, en coupant la moelle épinière à diverses hauteurs^ on peut à volonté paralyser successivement tel ou tel rouage de l'appareil respiratoire^ et nous avons appris à distinguer les paires nerveuses en rapport avec différents muscles inspirateurs ou expiratears du tronc. Aussi n'aurons-nous que peu de détails à ajouter à ce que nous avons dit, par exemple^ des nerfs intercostaux, du nerf respiratoire externe (Gh. Bell) et de la première branche antérieure lombaire. En ce moment, notre but est d'appeler plus spécialement l'attention sur le nerf diaphragmatique ou phrénique et sur la branche externe du nerf spinal c'està-dire sur les relations du système nerveux avec les mouvements que la respiration détermine ordinairement dans le diaphragme et accidentellement dans les épaules.
Toutefois rappelons, auparavant, que les puissances musculaires de la respiration empruntent^ en majeure partie, leurs nerfs à la moelle ceni* cale et à la partie supérieure de la moelle dorsale. £n effet, la branche externe du nerf spinal^ dont les racines s'implantent sur la moelle cervicale jusqu'à la cinquième paire du col; le plexus cervical^ qui résulte de l'anastomose des branches antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux ; le j^/eoitô 6racAûi/, que forment les branches antérieures des quatre derniers nerfs cervicaux et une partie du premier nerf dorsal; les douze nerfs intercostaux ou branches antérieures des nerfs dorsaux; enfin la branche iléo'scrotale ou grande abdominale du premier nerf lombaire, telles sont les diverses sources desquelles proviennent les rameaux nerveux qui animent les muscles inspirateurs et expirateurs du tronc.
Ainsi, parmi les muscles inspirateurs, le sterno-clido-mastoîdien et trapèze sont animés à la fois par la branche externe du spinal et par diver» rameaux du plexus cervical; le diaphragme, par le phrénique provenant des troisième, quatrième, cinquième et quelquefois sixième nerfs cervicaux: le grand dentelé, par le nerf respiratoire externe du tronc (Ch. Bell; qui vient des cinquième et sixième paires cervicales. Quant aux scalènes, au sous-clavier, à l'angulaire de l'omoplate, au rhomboïde, au grand dorsal, au grand pectoral, au petit pectoral, qui agissent aussi dans l'inspiration et dont plusieurs reçoivent des filets du plexus cervical, leurs nerf*> principaux leur sont surtout envoyés par le plexus brachial. Ce sont les nerfs intercostaux qui se distribuent aux muscles surcoataux et aux petits
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dentelés postérieurs supérieurs^ en général réputés aussi muscles inspi* râleurs.
Parmi les muscles qui concourent à l'expiration, nous voyons les intercostaux internes et externes, les sous-costaux, le triangulaire du sternum^ les muscles obliques et transverses de Tabdomen, être animés par les nerfs intercostaux et le plexus lombaire. Les sept premiers de ces nerfs se rendent aux muscles expirateurs du thorax qui viennent d'être mentionnés, tandis que les cinq autres se divisent à la fois dans plusieurs de ces muscles et dans ceux de la paroi abdominale antérieure dont font partie les muscles obliques et transverses. La branche antérieure du premier nerf lombaire complète la distribution nerveuse à ces derniers musries, qui forment à Tabdomen une paroi contractile dont le triple usage consiste à abaisser les côtes, à les tirer en dedans, et à refouler^ vers le diaphragme, les viscères abdominaux que ce muscle membraneux avait déprimés et portés en avant lors de l'inspiration.
Il nous faut enfin mentionner encore les muscles sus-hyoïdiens (comme l^(^nio-hyoïdien, mylo-hyoïdien, ventre antérieur du digastrique), qui, animés par rhypoglosse et par la racine motrice du trijumeau, abaissent la mâchoire inférieure dans les grandes inspirations^ dans le bâillement, etc.; puis aussi les muscles scapulo-hyoïdien^ stemo-thyrotdien et stemo-hyoîdien^ qui, recevant leurs nerfs de Tanastosmose de Thypoglosse avec la branche descendante interne du plexus cervical, concertent leurs contractions avec celles des muscles précédents, de manière à faire concorder la fixation de l'os hyoïde et rabaissement du larynx avec l'abaissement de la mâchoire inférieure. C'est ce qui a lieu dans le bâillement, dans les inspirations difficiles, où en môme temps on voit se soulever le thorax et les épaules. Pendant l'agonie, les mouvements alternatifs de va-et-vient ou d'élévation et d'abaissement du larynx nous ont surtout paru des plus manifestes.
a. — Le diaphragîite, muscle essentiellement inspirateur, cstanimé, avonsnous dit, pavlerwrf phrénique, branche du plexus cervical. Il importe ici. quand on veut étudier les effets de la résection ou de la ligature de ce nerf, de se rappeler la multiplicité des rameaux d*origine et des anastosmoscs. Le phrénique ne provient pas seulement du plexus cervical, notamment de la troisième et de la quatrième paire cervicale; il est encore renforcé, au < ou, par la cinquième et quelquefois par la sixième ou bien aussi par des lilets venus de l'anse de l'hypoglosse (Ilaller) (1), du nerf spinal (Blandinj (2), et enfin, un peu plus bas, de la première paire dorsale et du grand sympathique. Au niveau du diaphragme, des rameaux du phrénique coneourcnt à la formation du plexus diaphragmatique en s'anastomosant avec les divisions du grand sympathique qui accompagnent l'artère diaphragmatique inférieure ; d'autres se rendent à là concavité des ganglions semi-
(1) Hallbr, Elemmta phytiolagicB, t. III, p. 89.
(2) Blardui, Ànat, descript,, t. Il, p. 658.
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lunaires. Il n'est pas rare non plus de rencontrer un ou plusieurs transversaux qui établissent une communication entre les deux nerfs pliréniques à leur partie inférieure.
Ajoutons que les deux dernières branches antérieures dorsales et k première lombaire envoient directement des filets nerveux au diaphragsie qui parait en recevoir aussi quelques-uns des pneumogastriques et à plexus épigastrique.
Gomme je l'ai rappelé ailleurs, en étudiant les usages du nerf pneaakv gastrique, j'ai eu occasion de démontrer que les moyens d'innervatioD, propres à entretenir une fonction, se multiplient en raison de son importance physiologique. La fonction respiratrice est des plus essentielles à la conservation de la vie; aussi des artifices de toutes sortes étaient-ils oécessaires pour en assurer Tintégrité, et multiplier la distribution des fibres nerveuses dans les organes chargés de son accomplissement. Or, dans It mécanisme respiratoire, le diaphragme figure parmi les puissances moscih laires les plus importantes, et nous trouvons en effet dans la multiplklif des sources d'innervation de ce muscle, la confirmation de notre mani^ de voir.
Pourtant, toujours est-il que le principal et le véritable nerf moteur do diaphragme est bien le phrénique; car la section ou la ligature de ceoed à la partie inférieure du cou, apporte ici manifestement les changemeou les plus notables dans le rhy thme respiratoire^ malgré les quelques fileb anastomotiques qui n'ont pu être atteints. C'est ce que nous avons pn reconnaître après cette opération suivie de dissections attentives. Mais alors il nous a semblé parfois, comme à d'autres expérimentateurs, et noliio' ment à Krimer (1), que le diaphragme n'était pas absolument privé dr mouvement, ce qui pouvait s'expliquer à la fois par des anastomoses etvicales plus importantes ou plus nombreuses et par la transmission év^ reste d'influx nerveux à l'aide des filets venus directement des deoi derniers nerfs dorsaux et du premier lombaire.
Les modifications du rhythme Respiratoire qui résultent de la paralpi^ des nerfs phréniques deviennent surtout manifestes quand, par un moytiquelconque, on active les mouvements respiratoires des animaux. Le «luphagme ne se contractant plus, lors de l'inspiration^ de manière à dépr* mer et à porter en avant les viscères abdominaux^ tout en augmenUot le diamètre longitudinal de la poitrine, il en résulte qu'au lieu de tox comme dans l'état normal, le ventre se gonfler à chaque mouvemeirf inspiratoire, au contraire on le voit s'affaisser par suite du vide TÏrlc^ qui se fait alors dans la poitrine, et de la pression atmosphérique qoi ^ foule la paroi abdominale antérieure et les viscères abdominaux vers ceti^ cavité.
Du reste, ce trouble dans les phénomènes les plus apparents delà respiration n'avait point échappé aux divers expérimentateurs qui, d'accorû
(1) Krimer, Unterauch. ùber die nachsten Ursachen dei ïïustetM^ p. 39. LcipiVi ***^'