VOMISSEMENT
D'après ce qui précède, on peut donc pressentir ce qui doit advenir du càié de l'estomac lui-même dans l'acte du vomissement. Cet organe n'est, en effet, pour rien dans ces mouvements violents, convulsifs, qui expulsent les matières hors de sa cavité ; la plupart des expérimentateurs s'accordent sur ce point (*). Mais, de plus, Bayle, Chirac, Schwartz, Magendie, etc., ont touché, observé de l'œil, l'estomac pendant le .vomissement, et ils l'ont trouvé souvent immobile, quelquefois animé de contractions lentes, continues, toujours incapables d'en vider instantanément le contenu. Rappelons que Schwartz et Magendie, après avoir amené au dehors l'estomac, et 1 avoir ainsi soustrait à l'action des puissances musculaires, ont reconnu que le vomissement était alors impossible. L'irritation directe de cet organe sur les animaux vivants, comme nous-môme l'avons souvent constaté et comme bien d'autres l'avaient fait avant nous, ne cause pas le vomissement De pareils résultats témoignent assez du défaut de participation de l'estomac dans l'accomplissement de cet acte.
Toutefois, quelques-uns des physiologistes, qui font du diaphragme et des muscles abdominaux les agents essentiels du vomissement, refusent d admettre ici la passivité absolue de l'estomac, et ils insistent sur ses contractions antipéristaltiques. Mais, en regardant ces contractions comme constantes, quelle énergie pourraient-elles donc offrir ? Elles ressemblent à celles que nous avons décrites à l'occasion des mouvements de l'estomac pendant la digestion ; elles ont lieu suivant les mêmes lois, et, comme Dcus l'avons prouvé plus haut, elles ne tendent pas, tant s'en faut, à engager les matières dans la direction de l'œsophage. D'ailleurs, le vomissement est-il donc plus facile chez les animaux pourvus des estomacs les plus vigoureux ? L'observation a prouvé généralement le contraire, et elle a établi qu'en effet le vomissement est surtout facile, qu'il constitue même un acte physiologique chez beaucoup d'animaux dont l'estomac offre des parois minces et membraneuses. N'est-il pas également digne de remarque que le vomissement se déclare et devienne en quelque sorte incessant, quand, par la section des nerfs pneumogastriques, on a paralysé la couche musculaire, agent des mouvements de l'estomac? D'après mes propres observations, je sais bien que, dans ces cas, il s'agit plutôt de vomituritions que de vomissements proprement dits ; mais aussi, en observant attentivement le mode particulier de respiration chez les animaux que j'avais privés de leurs pneumogastriques, je me suis aisément convaincu qu'alors le diaphragme et les muscles abdominaux sont bien loin d'avoir conservé comme à Tétat normal toute leur énergie et leur plénitude d'action.
Quant aux mouvements de l'œsophage, dans les expériences de Legallois et Béclard on voit mieux les contractions qui se propagent de haut en bas que celles qui remontent dans la direction contraire. Après la section du conduit, le mouvement de retrait du bout supérieur est-il incontestablement une contraction antipéristaltique ? Il a lieu, il est vrai, pendant les efforts
'*> Mime d'après CouH (ioc. ciY.), qui admet une certaine participation active de resiomac aa vomÏMement, eeUe participation serait Taible.
du vomissement, mais en môme temps il expulse des bulles d*air dans un sens opposé. La paralysie de Toesophage par la section des pneumogastriques fait à ce conduit la même situation qu'à Testomac : c'est un fait qui mérite d'être noté.
La coopération principale du tube digestif,* dans l'acte du vomissement, consisterait, pour plusieurs physiologistes, dans le relftchement de la partie inférieure de l'œsophage : mais on ignore encore si ce relâchement est dû à un mouvement antagoniste des fibres longitudinales de cette partie, ou s'il n'est qu'une simple cessation de l'action constrictive du sphincter car* diaque. Ruehle (1) croit que les mouvements ascendants de l'œsophage, pendant le vomissement, ont una grande part au relâchement de l'orifiee cardiaque.
Ruehle a cherché aussi à déterminer, à l'aide du manomètre, le degré de pression sur l'estomac, nécessaire pour vaincre la résistance de rorifice cardiaque. Il a expérimenté sur des chiens avant ou pendant le vomissement, et il a toujours trouvé que pendant le vomissement cette résistance était notablement diminuée.
Quoi qu'il en soit, il reste donc, dans l'opinion d'un certain nombre d'auteurs, des doutes sur l'activité de l'estomac et le rôle qu'on attribue aux mouvements de l'œsophage dans le mécanisme du vomissement; de nouveaux faits seraient nécessaires pour avoir ici une démonstration incontestable. Ajnos yeux, le vomissement est un acte si rapide qu'un tennps presque indivisible sépare la cause de l'effet : le spasme et le rejet des matières sont presque simultanés. Or, dans ces conditions, l'estomac est surpris par la pression brusque des puissances musculaires : de ces deux orifices le plus fort résiste, le cardia cède, puis les matières lancées avec force parcourent l'œsophage, franchissent le pharynx et s'échappent au dehors. Il est difficile d'admettre^ pendant cette convulsion rapide et cet état spasmodique, une dilatation active du cardia et de l'œsophage. Le vomissement est un phénomène éminemment convulsif ; on ne doit jamais oublier ce caractère dans l'étude de son mécanisme. Il est, à ce titre, un acte involontaire : Lieutaudj et après lui Haller, avaient vu là^ mais à tort^ un argument en faveur de la doctrine de l'activité de l'estomac. Certains individus ontj il est vrai, la faculté de vomir volontairement, et quelques-uns s'en sont même servis pour exécuter des expériences sur la digestion. Mais ces faits n'ôtent rien au vomissement de son caractère spasmodique dans la généralité des cas.
La portion centrale du système nerveux, qui préside au vomissement, ne reçoit pas de la même manière toutes les impressions en vertu desquelles cet acte est déterminé. Elles lui arrivent plus ou moins directement, selon le mode d'action des causes qui provoquent le vomissement. Que ce dernier soit l'effet de matières irritantes, indigestes^ ingérées dans l'estomac, c'est le pneumogastrique qui transmet l'impression au centre nerveux: tandis que c'est le sang qui remplit cet office, quand, par exemple, l'éroé-
(i) Traubk, Bettràge, Berlin, 1846, p. 55.
VOMISSBMBMT. 167
tique a été injecté dans les veines. Dans le cas où Témétique a été porté dans Testomac, il paraît agir encore, en vertu de Tabsorption, par la môme voie.
Souvent le point de départ est hors de Testomac :on voit le vomissement survenir quand un calcul parcourt l'uretère ou bien les voies biliaires, quand Tutérus renferme le produit de la conception, quand Tiris est blessé dans l'opération de la cataracte, etc. Alors, ce sont autant de conducteurs différents qui vont porter au centre nerveux l'impression qui suscite le vomissement.
Enfin, dans un certain nombre de cas, le système nerveux central semble être affecté directement, sans l'intermédiaire du sang ni des nerfs de sensibilité générale ; cela s'observe dans les émotions morales, etc. L'idée d'un objet dégoûtant^ le souvenir, peuvent parfois déterminer le vomissement : après avoir éprouvé violemment le mal de mer, il m'est arrivé, durant plusieurs jours, de vomir au seul souvenir des angoisses que j'avais endurées.
Chez l'homme, le vomissement semble d'autant plus facile qu'on se rapproche davantage de la première enfance. La différence d'aptitude à vomir, à mesure que l'on avance en âge, a été bien gratuitement rapportée, par Schultze (1), à de prétendues variétés de forme que prendrait l'estomac aux divers âges de la vie.
On sait qu'il est des personnes chez lesquelles le vomissement ne peut s'effectuer. Cet acte, qui se produit si facilement chez les carnassiers, n'a lieu qu'avec une grande difficulté chez la plupart des herbivores : le cheval ainsi que les ruminants ne vomissent qu'exceptionnellement.
La régurgitation a la plus grande analogie avec la rumination, dont elle ne diffère peut-être que parce qu'elle est un phénomène passager ou accidentel, et que les matières solides ne sont pas soumises, comme dans la rumination, à une mastication nouvelle. La régurgitation est fréquente chez les enfants à la mamelle, et on l'observe à tout âge quand l'estomac, rempli outre mesure de substances solides ou liquides, cède à quelque effort qui en fait remonter le contenu vers le pharynx et jusque dans la cavité buccale. C'est le même phénomène qui arrive chez les animaux auxquels on lie l'estomac, et qu'on observe aussi parfois, au lieu du vomissement, chez les individus atteints de hernie étranglée. Les puissances musculaires qui agissent dans l'acte du vomissement prêtent aussi leur concours à celui de la régurgitation. Seulement la volonté paraît pouvoir jouer ici un certain rôle : il est, en effet, des individus auxquels il suffit d'exécuter d'abord une grande inspiration, puis, en retenant l'air dans leur poitrine, de contracter les muscles de l'abdomen, pour ramener dans la bouche une partie du contenu de l'estomac.
Véructation est la sortie brusque et sonore, par la bouche, des gaz venus
(i) Sur tacte et la différence du vomissement^ dans Ganette méd.^ p. 518, 1885.
de restomac; c'est un vomissement gazeux, si Ton peut dire ainsi. Dans leur expulsion, ces gaz remontent l'œsophage, et, arrivés au point où ce conduit s'ouvre dans le pharynx, ils font vibrer les bords contractés de cette ouverture, et produisent leur bruit habituel par un mécanisme analogue à celui des anches membraneuses. Parj^eur pesanteur spécifique, les gaz occupent dans l'estomac la couche supérieure, le point le plus élevé, quelle que soit d'ailleurs l'attitude du corps. L'éructation peut aussi provenir de l'expulsion de gaz venus du dehors et dont on a opéré la déglutition : il est des personnes qui possèdent la faculté d'avaler de l'air à volonté et de le faire remonter à leur gré dans le pharynx et dans la bouche.