X INTRODUCTION
Les manifestations de l'âme sont subordonnées aux dispositions du corps, conformément à la pensée qui devait donner naissance à l'ouvrage de Cabanis sur les rapports du physique et du moral. Galien applique son esprit à des recherches continuelles sur le rôle que remplissent les diverses parties du corps dans l'exercice des fonctions, et, convaincu de l'utilité de chacune de ces parties, il compose son ouvrage , aussi anatomique que physiologique : de usu partium. Nous aurons bien des fois occasion, dans l'étude des différentes fonctions, de citer les opinions souvent justes, toujours ingénieuses du médecin de Pergame. Malheureusement, la nouvelle ère de lumière commencée avec Galien ne s'est pas maintenue. Son génie, qui avait fait table rase des doctrines spéculatives de ses prédécesseurs, éclaire un instant la physiologie, et, après lui, douze siècles de barbarie vont la couvrir de leur ombre.
Que devint la physiologie pendant tout le moyen âge ? La philosophie d'Aristote régnait dans les écoles, la médecine- grecque et surtout la pratique médicale de Galien étaient consen'ées par les arabistes ; mais nulle part ne se manifestèrent des idées physiologiques nouvelles, et il était impossible qu'il en fût autrement. L'antiquité avait épuisé en théories toutes les formules du raisonnement et Galien en avait fait justice ; les esprits éclairés, tous ceux qui étaient capables de penser, s'appliquaient spécialement aux controverses religieuses ; les idées manquaient pour de nouveaux systèmes, les faits manquaient pour de nouveaux progrès dans la voie des sciences exactes. — Il fallait surtout que la chimie naquît, pour que la physiologie, après avoir accumulé erreurs sur erreurs, pût avancer de quelques pas vers la vérité. La chimie va d'abord entreprendre de nous expliquer tous les phénomènes de la vie, ainsi que l'astronomie avait essayé d'enchaîner les actes de la vie humaine aux influences des sphères célestes. Arnaud de Villeneuve, Paracelse, Van Helraont, Sylvius, etc., ne virent dans les actes les plus compliqués et les plus intimes des êtres vivants que l'effet de combinaisons chimiques ; soit que, matérialistes, ils ne voulussent voir dans la vie que la résultante de ces combinaisons, soit que, animistes, ils supposassent une cause supérieure, une archée dirigeant les actions chimiques. Mais ils venaient trop tôt : la chimie naissante ne pouvait encore rendre compte de rien, et les applications prématurées de cette science à la physiologie compromirent momentanément la juste part qui lui revient dans l'explication d'un grand nombre de phénomènes de