MOUVEMENTS DES INTESTINS
circulation. Pour d'autres^ la plus grande excitabilité de la tunique musculeuse de l'intestin, aussitôt après la mort, devrait être attribuée à Tinfluence du sang veineux.
« La seule cause de ces mouvements exagérés, dit Schiif, provient de la cessation ou de Taflaiblissement de la circulation dans les fibres musculaires de l'intestin. J'ai démontré que, si Ton comprime pendant quelque temps l'aorte abdominale d'un animal vivant, on peut exciter des contractions intestinales aussi prononcées que celles que l'on observe immédiatement après la mort^ et que, si l'on cesse la compression^ l'iotestin redeuenl tranquille. On peut répéter plusieurs fois la même expérience sur le m^me animal. En suspendant la circulation dans une anse intestinale isolécy on verra cette anse entrer toute seule en mouvement. »
D'après le même expérimentateur^ on ne saurait faire dépendre les mouvements de l'intestin du contact de l'air sur sa face externe. Si l'animal vient de mourir, ils se produisent avec une égale vivacité, que le péritoine et le diaphragme soient encore intacts ou non ; on ne saurait davantage les attribuer au refroidissement de l'intestin après l'ouverture du péritoine, puisqu'ils ont également lieu quand on prend la précaution d'ouvrir les animaux dans un lieu chauffé k &0 degrés centigi^ades. Si l'animal <*<! vivant, ni le contact de l'air, ni le refroidissement à l'air libre, ne rendent plus actives les contractions de l'intestin, qui, au contraire, deviennent des plus énergiques dès que Tanimal est mis à mort. Si l'on étend sur le dos un jeune lapin vivant, on ne peut distinguer à travers les parois abdominales, toutes minces qu'elles sont, aucun mouvement de l'intestin ; mais si, sans avoir ouvert l'abdomen ni donné accès à l'air, on tue instantanément l'animal, on constate aussitôt, à travers la paroi antérieure du ventre, les contractions intestinales les plus manifestes.
Quant à Vinfluenee du système nerveux sur les mouvements du canal intestinal, il faut savoir qu'À toute la portion de ce canal nommée intestin grêle^ i'I à la plus grande longueur de son autre portion appelée gros intestin, se distribuent des rameaux nerveux émanés du nerf grand sympathique (^) ; tandis qu'à l'extrémité anale du gros intestin, aboutissent, en plus, des nerfs spinaux qui prx)vknnent directement surtout des troisième et quatrième branches antérieures sacrées.
Brachet(i) croit que le grand sympathique n'influence en rien les mouvements de l'intestin grêle, qui sont, au contraire, dit-il^ sous la dépendance immédiate du système nerveux cérébro-spinal. Selon ce physiolol^i^te, le pneumogastrique présiderait aux contractions de la portion supérieure de l'intestin grêle, et la moelle épinière à celles de la portion infé^
[*; Cepenilant quelques fileU directs et terminaux de« pneumo;astrîque« ptraiiseiit le diitri- ^r au commeacement du duodénum. Aussi, la première partie de cet intestin et la portion Pylorique de Testomac offrent-elles le plus souvent des cuatraclioos simultanées.
(1) Rf^h.ejcpérim. sur le »y.*<. net-v, gangl,, 2* édit., p. 272.
rieure : le grand sympathique n'aurait de Tinfluence que sur Vabsorptio l'exhalation et la sécrétion intestinales.
Nous sommes loin de partager un pareil sentiment, et voici les raisâ toutes expérimentales ou anatotniques qui nous en éloignent. Si le grai sympathique était réellement étranger aux mouvements de l'intestin gréj n'est-il pas manifeste que les irritations mécaniques, chimiques ou gah niques, 'portées sur ce nerf, ne devraient rien changera l'immobilité l'intestin mis à nu? Au contraire, aussitôt qu'ont cessé ses mouvemei vermiculaires, faussement attribués à l'impression de l'air atmosphériqu vient-on à déposer de la potasse caustique sur les ganglions solaii ou bien à galvaniser les grands nerfs splanchniques, on voit, au bout quelques secondes, les contractions de tout l'intestin grêle reprendre le vivacité. J. MûUer (1) a exécuté ces expériences avec succès sur des lapU nous les avons reproduites avec le même succès sur des chiens. Tout^fd à ceux qui voudraient les répéter, nous rappellerons qu'elles nous ont réu dans les cas où l'intestin renfermait des matières alimentaires et non quai il était vide. Elles sont concluantes, à notre avis, pour prouver l'action n trice du grand sympathique (au moins à titre conducteur) sur Tinted grêle ; car, puisque, comme nous l'avons constaté, ses mouvements sd aussi réveillés par la stimulation électrique de la moelle épinière, puis<| les maladies de cette dernière les affaiblissent ou les paralysent (2), et qù lors survient fréquemment une dilatation considérable de l'intestin due l'inertie de sa tunique musculeuse et à la constipation opiniâtre qui résulte, il faut bien reconnaître que le foyer de la précédente action ir trice est dans le centre nerveux spinal. Bfais, au moins, entre celuiei l'intestin, nous admettons un conducteur qui est le grand sympathiq^ tandis que Brachet oublie d'en mettre un quelconque pour la portii inférieure de l'intestin grêle dont, suivant ses paroles, l'action contract est soumise à la moelle. Or, l'anatomie exacte démontre que la porti inférieure de l'intestin grêle ne communique avec la moelle qu'à l'aide filets du grand sympathique; on doit donc admettre, contre l'opinion Brachet, qu'ici ce nerf est destiné au moins à conduire, à la portion d'i testin désignée, la force nerveuse motrice que cet auteur lui-même r< provenir de la moelle épinière, et que, par conséquent, on ne saurait ava cer que le grand sympathique n'influence en rien les mouvements del'i testin grêle. Les simples notions anatomiques, sans les expériences q nous avons citées, suffiraient pour empêcher de donner son adhésion cette assertion erronée.
Du reste, les mouvements dont il s'agit sont comme ceux du pharynx, l'œsophage et de l'estomac, des mouvements involontaires qui dépende de cette faculté spéciale de l'axe cérébrorachidien qu'on désigne sou> nom de pouvoir réflexe {*).
(1) Physiol, du syst, nerv.^ trad. de Joubdan, t. I, p. 124 et suiv.
(2) Traité des maladies de la moelle épinière, par OUivîer (d'Angers), /Nurân.
(*) Voyei, dani le tome UI, le chapitre qui traite spécialement du pouvoir et des ut'"ments réflexes.
MOUVEMËMS DES INTESTINS. 173
Quant à la participation du grand sympathique, elle est nulle en ce qui :(^rde la contraction du sphincter externe du rectum et le mode de sensibilité particulière qui se rattache au besoin de la défécation. De pareils A(ies réclamaient la présence et le concours des nerfs de la vie animale, et, ,a>qa'à an certain point, l'intervention de la volonté.
Bodge (1) et G. Yalentin (2) assurent qu'on peut exciter les contractions '.e« intestins, à l'aide de la stimulation directe des tubercules quadrijusieaui, des corps striés ou des couches optiques; Schiff (3) en dit autant •.u bulbe rachidien,/le la protubérance annulaire, des pédoncules du cervauet du cervelet, seulement il n'a jamais vu le mouvement intestinal 'Mcoir plus vif par suite de l'excitation directe des corps striés.
Mes recherches sont loin d'avoir levé tous mes doutes sur la réalité de l'jreilies influences^ et ici, une relation de cause k effet m'a toujours paru l'ien difficile à établir. Dans les résultats que j'ai obtenus^ il y a eu une telle ncoDstance qu'il m'est impossible d'admettre de semblables assertions ciûoie établies sur des preuves concluantes. Il est vrai* que mes expé- 'tocesont été faites sur des chiens et des lapins, et non sur des chats, jue ces auteurs semblent recommander comme plus propres à ces sortes ! investigations.
ijnant à mes expériences et à celles de Schiff, touchant l'influence de la Qielle épinière et des nerfs eux-mêmes sur les mouvements intestinaux, ;Jes s'accordent pour établir ce qui suit : L'excitabilité des nerfs qui se iistribaent aux intestins est sujette à des oscillations; elle cesse, s'épuise n reparait à certains intervalles. Aussi, parfois n'obtient-on aucun résuU Ut de la stimulation électrique ou mécanique de la moelle, ce qui ne veut f^ dire, comme Tout cru certains expérimentateurs, que cet organe soit ici «ans action, et que le grand sympathique soit seul influent^ car alors l'exci- ^i:on de ce dernier nerf donne également un résultat négatif. Mais, i autres fois et sur le môme animal^ surtout quand une anse intestinale 'ommencc à entrer spontanément en contraction, si l'on excite, soit la ^i<x\\e, soit le grand sympathique, il survient des mouvements ondulatoire^ tellement vifs qu'on n'en observe jamais de pareils, sur l'animal vivant, ^<ins stimulation nerveuse directe. C'est ainsi qu'on peut ranimer les monuments de l'intestin grôle et du caecum en stimulant les portions cervitïie et dorsale de la moelle, ou bien ceux du reste du gros intestin en exci- Ubl la portion lombaire.
méUemiUmm.
1^^ malières fécales, parvenues à la dernière portion du canal intestin '\ >ont rejetées au dehors et c'est à leur expulsion qu'on donne. le nom
1 IntersMchungen ûber dos Nervensystem^ p. 1A9, 152, 1841.
2 hn^rUmv/Hy etc., t. VI, p. 359.
3; Coomniiikation écrite.
La défécation est un acte essentiellement éliminatoire; c'est Pacte uUiÉ de la fonction digestive.
Les fèces ne sont expulsées qu'à des intervalles variables; le plus on nairement une ou deux fois dans les vingt-quatre heures. Cette évacuati a lieu souvent d'une manière régulière et Thabitude semble avoir beauco d'influence sur son retour périodique. Chez quelques individus, elle ne reproduit que tous les deux, trois, quatre ou cinq jours seulement, et état est compatible avec Tintégrité apparente de la santé. Dans quelqi cas d'abstinence prolongée, un ou plusieurs mois onLséparé dcuxévac tions; mais ces faits rentrent dans le domaine de la pathologie.
L'intermittence de la défécation a sa cause dans certaines conditions ai tomiques du rectum, qu'il est utile de rappeler parce qu'elles nous sor ront à expliquer le mécanisme de l'expulsion des fèces.
L'extrémité inférieure du rectum est pourvue de deux muscles annulair en état de contraction permanente : ce sont les deux sphincters^ rintei et l'externe. Le sphincter interne a peu d'importance ; il ne consiste qu un petit nombre de fibres circulaires et est situé sous les flbres lougitui nales de l'intestin, au-dessous du sphincter externe. Quelques auteur ont nié l'existence; d'autres le regardent comme une simple condensât: des fibres circulaires de l'intestin. Il est pâle, comme les muscles de U organique, et, selon Burdach (1), les lésions de la moelle n'ont pas d i fluence sur lui. C'est tout le contraire pour le sphincter externe : celui représente un anneau épais, composé de fibres semi-elliptiques se rcgi dant par leur concavité; il entoure le rectum dans une hauteur de 2 ce timètres environ.
Au-dessus des sphincters s'élève, en canal étroit, serré, le rectum (j bientôt s'évase en forme d'ampoule, sorte de dilatation dont la dimen>i{ est variable, et qui reçoit, comme dans un réservoir, les matières à esp ser. Cette partie, qui n'est point bridée par le péritoine et qui, en se di tant, -soulève facilement le cul-de-sac que forme cette membrane en pas.< du rectum aux parties voisines, se présente quelquefois chez les vieiilaf avec un volume considérable : elle peut être remplie de matières et (xn per presque la totalité de l'excavation du bassin.
Telle ne serait pas, selon James O'Beirne (2), la disposition habituelle d parties. C'est, au dire de ce chirurgien, la portion courbe de TS iliaque côlon qui est le réservoir où s'accumulent les fèces, dans rintenaiie é évacuations. Au-dessous vient une portion vide'et contractée, puis la di tation que nous avons admise, également vide, mais non contractée. Enti le reste du rectum jusqu'à l'anus est en état de vacuité et de contracti Bien que James O'Beirne ait appuyé celte manière de voir de considéralio très-judicieuses, on ne saurait Taccepter pour la généralité des cas. Ili]';^ Ions seulement combien il est souvent facile d'atteindre avec le dui;:! 1 matières accumulées dans l'ampoule rectale, et de les sentir par le iondi
(1) Traité de physioL^inâ. franc., t. IX, p. 213.
(2) New Wiews ofthe Process of Défécation , in-S, Dublin, 1833.