COMPOSITION CHIMIQUE DE LA SALIVE
bout de peu d'heures, et constamment le lendemain de rexpérience, la coloration rouge a disparu dans les deux premiers liquides, qui ont pris une teinte jaune safranée, tandis que les deux derniers demeurent indéfiniment rouges.
Ainsi, c'est le propre d'une solution d'acétate de soude, en présence du perchlorure de fer, de conserver sa couleur purpurine et de la faire conserver à la salive elle-même ; mais, au contraire, c'est le caractère d'une solution très-étendue de sulfocyanure de potassium, quand on l'a traitée par le perchlorure de fer, de se décolorer bientôt d'une manière complète; et, chose remarquable, c'est justement là aussi le cas de la salive mise dans les mémos conditions. Ne suis-je donc pas encore plus autorisé, par ces faits que j'ai si souvent constatés, à répéter que, dans ma conviction, l'actirm rubéGante du fluide salivaire doit être rapportée non à la présence liun acétate alcalin, mais à celle d'un sulfocyanure? Du reste, je crois devoir ajouter qu'il n'est nullement exacte de prétendre que la coloration en rouge soit différente avec l'acétate de soude et le sulfocyanure de potassium, qu'ainsi le premier donne une nuance rouillée et le second une nuance purpurine : y dtËvme que la coloration est sensiblement la même dans les deux cas.
Toutefois la coloration rouge, que prend le liquide salivaire par l'addi- (ion de quelques gouttes de perchlorure de fer, ne pouvant constituer une ivartion suffisante aux yeux des chimistes pour caractériser le sulfocyanure (le potassium, et d'ailleurs l'existence même de ce dernier sel ayant été nnicstéc, j'ai cru devoir faire tous mes efforts pour l'isoler complètement il'une masse considérable de salive humaine {deux litres et 7!emi) (*).
Voici la marche suivie dans cette analyse que j'ai faite avec le concours (le Fremy :
Le liquide a été évaporé à sec au bain-:marie. Le résidu de l'évaporation a été repris pîir de l'alcool presque anhydre, c'est-à-dire à 98°centésim. : ainsi ont été obtenues une matière insoluble dans l'alcool et une dissolution alcoolique.
La matière insoluble dans l'alcool était formée par un mélange de substance organique azotée et de sels alcalins, etc. : elle a été traitée par l'eau froide, qui a laissé, en grande partie, la substance azotée à l'état insoluble, et qui a opéré la dissolution des sels. Cette liqueur saline et aqueuse, convenablement évaporée, adonné d'abord de très-beaux cristaux de phosphate de soude, ensuite du chlorure de sodium, et en dernier lieu du carbimate de soude. Cette séparation par voie de cristallisation a présenté la plus grande netteté.
La dissolution alcoolique a été soumise à l'évaporation, comme la liqueur aqueuse précédente ; elle a donné, en premier lieu, de nouveaux cristaux de sels alcalins, et il est resté, dans l'eau mère, un sel qui n'a
p Cette qaaniité de salive fût fournie, en une demi -heure, par quarante militaires àjntn^ 1ù, après avoir rincé leur bouche, mâchèrent, dans le but d'exciter la salivation, des morceaux
<ie caoutchouc yur et d ailleurs préalablement idvé avec soin dans l'eau chaude.
pas cristallisé, mais qui présente tous les caractères d'un ndfoeyosmre alcalin.
Ne pouvant obtenir ce dernier à l'état cristallin, j'ai voulu au moins le caractériser de la manière la plus positive. Dans ce but, j'ai concentrée dans quelques gouttes de liquide, tout le sulfocyanure contenu dans le: deux litres et demi de salive; j'ai obtenu alors une liqueur produisant, avec le perchlorure de fer, la coloration caractéristique d'un rouge de sang, e enfin on a constaté la présence du soufre, dans le sulfocyanure^ en calcinant ce sel avec du nitre.
Ainsi la présence d'un sulfocyanure alcalin dans la salive n'est pas doQ^ teuse; elle caractérise en quelque sorte cette sécrétion : car, en étudiant au môme point de vue d'autres liquides de l'économie animale, tels que h fluide pancréatique, la sueur, l'urine, les larmes, le liquide cérébro-spinal, le sérum du sang et la sérosité provenant de vésicatoires, il m'a été impos^ sible d'y trouver la moindre trace de sulfocyanure.
Cette preuve étant donnée, et de plus, comme cela résulte de mei recherches, aucune autre substance organique ou inoi^nique contenot dans la salive ne donnant lieu^ avec le perchlorure de fer^ à la même ré2^ tion que le sulfocyanure, je me suis cru sufiisamment autorisé à lain usage de ce réactif dans tous les autres essais partiels que j'ai p« reproduire sur plus de cent cinquante individus d'âges et de sexc^ différents.
J'ai dit plus {laut que mes recherches ayant porté sur un assez nombre de personnes prises au hasard, soit avant^ soit après le repas, avait été manifeste pour moi que la propriété rubéfiante de la salive^ Tis-à-i du perchlorure de fer (en se conformant aux proportions indiquées), étai loin d'être la même chez ces différents individus, et que la coloration rou| produisait^ dans sa dégradation, diverses nuances, jusqu'à devenir ellej même parfois si peu sensible qu'on aurait pu même la nier, et avec elle nid aussi la présence du sulfocyanure. Il me reste à prouver, à l'aide d'expé' riences directes^ que ces derniers cas ne sont qu'en apparence exceptioo nels et opposés à mon sentiment, qui consiste à regarder le sulfocyanur comme un des éléments caractéristiques de la salive normale. Et d'abord, je dois rappeler que ces exemples se sont offerts à mou observation chd des individus qui venaient de prendre leur repas depuis une ou deux heu< res^ ou chez d'autres qui avaient été artificiellement provoqués à une excrétion salivaire très-abondante ; or, il en est du fluide salivaire comiBe de: autres fluides sécrétés : plus il y a eu de salive avalée ou rejetée, moins )i salive nouvelle contient de principes solides minéraux et organiques relativement à l'eau qui la constitue pour la plus grande part. Par conséquent^ la quantité relative de sulfocyanure dans la salive est nécessairement va* riable, et, comme elle est déjà très*minime pour une quantité déterminée de liquide salivaire, on conçoit que pour peu qu'elle diminue encore, rdativement à la masse d'eau, elle puisse cesser d'être appréciable au réactif.
COMPOSITION CHÎMIOUB DE Lk SALIVE. 189
Mirtoat si, au liea de se servir de perchlonire de fer, on veut faire usage^ î l'exemple de quelques expérimentateurs^ d'un autre persel de fer, du pehflifate par exemple (*). Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agisse d'une 4paridoD ou d'une absence complète du sulfocyanure, puisque, dans ui cas-là même, j'ai pu constamment mettre encore son existence hors '.e doute.
Il eo est du sulfocyanure comme des autres éléments normaux solides le la salive, c'est-à-dire qu'ils peuvent varier suivant certaines conditions : aiendes fois, par exemple, opérant comparativement sur diverses salives, [u va les unes donner un précipité très-sensiblement jaune avec le nitratç ii'argeDt, elles autres un précipité blanc ; ce qui tend à prouver que l'un (e< éléments normaux de la salive, sur l'existence duquel tous les chiroises<0Dt d'accord, \e phosphate de soude, peut lui-même sensiblement varier equaotilé sans pour cela disparaître. Ces sels sont en moindre quantité m les cas où la salive est très-fluide, soit une ou deux heures après le .*pas soit lorsque, dans le but de faire des expériences^ on a déjà provooé artificiellement l'excrétion d'une quantité considérable de salive. Du reste, on sait que la quantité de sulfocyanure de potassium qu'on a pocontrée dans la salive de l'homme n'a pas été toujours appréciée de la ifme manière : Jacubowitsch l'estime à 0,006 pour 100 ; Wright, de 0,056 M98 pour 100; Lehmann, de 0,004 à 0,008 pour 100, etc. Oaand j'ai eu affaire à des salives dont les réactions avec le perchlorure e fer étaient incertaines, le procédé fort simple que j'ai mis en usage pour 1 déceler la présence a consisté à faire évaporer très-lentement le liquide ilJTaire au bain-marie, jusqu'à réduction de moitié ou des deux tiers. De- Db que je me suis avisé de procéder de la sorte Je n'ai plus trouvé un vient douteux, comme l'avaient été quelques-uns des cas appartenant à les premières observations (**).
Que ceux qui ont déclaré n'avoir jamais pu réussir à constater la colo^» ition rouge de la salive par le perchlorure de fer emploient, le même M)yeD expérimental , et dès lors ils obtiendront cet effet d'une manière [)Q$ tante.
Une autre particularité de mes'expérienccs est la suivante : toutes les fois Qc la réaction avec le perchlorure de fer a été bien manifeste avec la salive uite ou buccale, elle a eu aussi lieu^ avec une égale intensité, avec la salive >uç-maxillaire et sublinguale recueillie sur le plancher buccal, derrière les ^nl<) incisives et canines inférieures, de manière à éviter tout mélange avec ^ mucus de la bouche ou le liquide parotidien. Quant à ce dernier liquide oi-même, provenant d'une fistule salivaire chez l'homme, on sait que Van
U résulte de mes reeherches que ce dernier sel est insutAsant : ainsi, tandis que deux ' '{lies de sulfocjanure de potassium (solution au quart) peuvent être révélées dans un litre >''' par le perchlorure, il en faut au moins six à huit gouttes pour que la réaction se produise t'^v. k persulCste de fer.
'**. 11 est bien important de laisser refroidir le liquide après TévaporaUen ; car on sait que le 'trjtàonn de 1er, qui teignait d'abord Teau en Jaune, à froid, la colore bientôt en rouge si 'Q ^t interreoir U cbaleor»
Setten y a trouvé le sulfocyanure de potassium^ et je crois devoir rappeler que c'était aussi dans la salive parotidienne de la brebis, et non dans la salive mixte prise dans la bouche, que Tiedemann et Gmelin avaient signalé U présence du sulfocyanure de sodium. Aussi ces résultats^ unis à ceux qur j'ai moi-môme obtenus, m'empôchent-ils d'admettre, avec divers auteur>, que, dans les cas où ces sulfocyanures existent, ils se trouvent exclusivement dans la salive buccale, sans jamais se rencontrer dans chacune dt-^ sécrétions salivaires prises isolément.
D'ailleurs, j*ai aussi constaté la présence de sulfocyanures alcalins dan^ des infusions concentrées et ûltrées de glandes salivaires provenant un mouton.
Dans l'espèce humaine, ni r&ge, ni le sexe, ni le régime, ne m'ont paru modifier, en plus ou en moins, la coloration rouge produite par la réaction de la salive avec le pcrchlorure de fer.
Quant à un état particulier du système nerveux, j'ai étudié cette réaction de la salive avant, pendant, après des accès violents de migraine ou lit névralgies faciales, et je n'ai pu constater la moindre différence.
J'ai vu la salive prendre la coloration rouge caractéristique de la présence du sulfocyanure, chez des personnes abboiument dépourvues lii dents depuis plusieurs années. Ce résultat ne s'accorde pas avec l'hypt^thèse que la présence du sulfocyanure dans la salive serait toujours liée u l'état de carie d'une ou de plusieurs dents.
J'ai aussi constaté, de la manière la plus marquée, la propriété ruln!fiante de la salive, vis-à-vis du pcrchlorure de fer, chez beaucoup de personnes qui avaient les dents parfaitement saines. Dans une série de douz. individus pris au hasard, d'âge et de sexes dillérents, dont j'examinai l.i salive le même jour et au môme instant, et que je classai ensuite danquatre catégories, d'après l'intensité de la couleur rouge de leur fluide saiivaire, et, par conséquent, d'après la quantité présumée du sulfocyaniin-, il se trouva dans la première un enfant de huit ans et demi et une femm de trente-six ans, dont les dents furent reconnues exemples de toute eai k : dans la seconde, une femme âgée de soixante ans, qui, depuis cinq ^r^v n'avait plus une seule dent ou racine dans la bouche; un homme de quaranlquatre ans, auquel manquaient deux dents, mais dont toutes les autn^ étaient saines; puis un jeune homme de dix-huit ans, qui avait un ceru:i. nombre de dents cariées. Enfin, la quatrième et dernière catégorie, c'ri;c dont la coloration était la moins intense, comprenait sept personnes, dont la salive avait donné une coloration sensiblement uniforme, et, parmi eJles, se trouvait une femme de soixante-quinze ans, dont les dix dents qui lu. restaient étaient malades et déchaussées, et en partie sorties des alvéole^. Donc les dents et leur état sain ou morbide n'ont aucune influence sur la production du sulfocyanure dans la salive.
Quand on laisse de la salive, dont la propriété rubéfiante est fort légèn\ mais pourtant appréciable, s'altérer spontanément au contact de l'air, et
GOMPOSmOiN CHIMIQUE DE L\ SALIVE. 191
qu'on Texamine chaque jour^ jusqu'à ce qu'elle exhale une odeur fétide, on ne voit pas que le degré de coloration aille en augmentant. Il reste absolument le même; preuve que le sulfocyanure ne saurait résulter de l'altération spontanée de la salive.
Il me parait inutile de réfuter l'opinion qui fait dépendre l'apparition du sulfocyanure des modifications chimiques imprimées par Talcool à la matière salivaire, puisque l'alcool n'a été mis en usage dans aucune de ces expériences.
Dans des cas assez nombreux de pyrosh^ j'ai examiné, au point de vue dont il s'agit, le liquide salivaire, alors sécrété en si grande abondance. J'ai toujours constaté aussi la présence du sulfocyanure; et quand, de prime abord, il m'est arrivé d'avoir quelques doutes à cause de la faiblesse de la coloration, il m'a suffi de concentrer la salive par l'évaporation lente au bâin-marie, pour y trouver ce sel de la manière la plus incontestable.
Il en a été de même dans trois cas de salivations mercurielles qu'il m'a été donné d'observer.
Mon opinion se résume dans les conclusions suivantes : — 1* le sulfocyanure de potassium existe normalement et constamment dans la salive de l'homme. — 2** Il se rencontre non-seulement dai^s la salive mixte ou buccale, mais aussi dans la salive parolidicnne et dans les salives sous-maxillaire et sublinguale. — 3** Sa présence caractérise, en quelque sorte, la sécrétion salivaire; car la sueur, l'urine, les larmes, le liquide cérébro-spinal, le sérum du sang et la sérosité provenant de vésicatoiros, ne m'ont jamais donné aucune trace de sulfocyanure ; il en a été de même du fluide pancréatique pris chez le mouton et le bœuf. — L^ Ce sel existe dans la salive en proportions variables, mais toujours très-petites : ces variations ne dépendent ni de rage, ni du sexe, ni du régime, ni d'états particuliers du système ner* veux, mais seulement du degré de concentration du liquide salivaire. — 5° Dans un trop grand état de fluidité de la salive, succédant à une excrétion très-abondante, le sulfocyanure peut devenir inappréciable à nos réactifs; mais, dans ces cas, il suffit de concentrer le liquide salivaire par l'évaporation lente, pour obtenir constamment la réaction caractéristique de la présence du sulfocyanure, comme je l'ai observé dans le pyrosis et les ^salivations mercurielles. — 6° L'état sain ou morbide des dents n'a aucune influence sur la présence ou l'abondance de ce produit, que j'ai d'ailleurs retrouvé chez des personnes entièrement dépourvues de ces instruments de mastication. — 7** Le sulfocyanure ne résulte pas non plus, comme on l'avait avancé, d'une altération spontanée de ce fluide. — S** Pour l'wo/er, comme je l'ai fait, il importe d'analyser de préférence la salive d'individus à jeun. — 9' De tous les persels de fer, le perchlorure est le meilleur réactif pour déceler la présence du sulfocyanure dans la salive; il donne à ce ^^(l^idQy suffisamment concentré, une belle coloration rouge de sang. — 10** Aucune autre subslanoc organique ou inorganique, contenue dans la salive, ne donne lieu, avec le perchlorure de fer, à la môme réaction que le sulfo-
i92 DE LA DIGKSTIOK.
cyanure de potassium : c'est à tort qu'on a rapporté la précédente colora^ tien à la présence d'acétates alcalins dans le fluide salivaire.
Il y a eu également bien des dissidences sur la question de savoir si la salive est alcaline^ acide ou neutre.
Duverney (l), ayant examiné la salive d'individus d'&ges différents, prél tendit avoir reconnu que celle des jeunes sujets ne rougissait pas la teinj ture de tournesol^ tandis que celle des personnes âgées la colorait c rouge; le fluide salivaire de personnes atteintes de scorbut lui parut éga| lement acide. Selon Vieussens (*2) et Viridet (3)^ quel que soit l'âge, la saliv rougirait toujours la teinture de tournesol. Mais Haller (6) assure qu'il ne est point ainsi, et que la sienne, en particulier, n'a jamais opéré auco changement dans ce réactif. Quant à l'assertion de Veratti (5), qui dit, que vertu de son acidité, la salive des personnes à jeun coagule le lait quan on fait chauffer le mélange jusqu'à 90 degrés Fahr.^ elle a été combattui par Spallanzani (6). Tiedemann et Gmelin (7), ayant essayé la salive recueilli sur une quarantaine de malades de l'hôpital de Heidelberg, n'en trouvère que deux, atteints, l'un, d'une fièvre intermittente quotidienne, et Taul d'un abcès, chez lesquels elle réagit à la manière des acides.
La vérité est que la salive est ordinairement alcaline chez la plupart dt hommes, mais qu'elle a une réaction acide chez quelques individu8.Li>a live qui s'écoulait d'une fistule parotidienne et dontMitscherlich(8) aélud les changements avec soin, était assez souvent acide, mais devenait îom ment alcaline pendant les repas : dès la première bouchée, la rcactio acide faisait place à la réaction alcaline. Chez un homme atteint duo fistule salivaire, Garrgd et Marshall (9) trouvèrent la salive acide avant 1 repas, mais elle devenait d'abord neutre pendant celui-ci, puis bienta alcaline; différence qu'ils attribuent aux proportions respectives de saliv et de mucus. Budge(IO), qui admet que la salive est alcaline dans Tétai d santé, reconnaît néanmoins qu'elle est sujette à varier très -facilement même à devenir acide. Quant à Blondlot (11), il l'a trouvée très-souvent m tre ou même acide hors le temps des repas, mais il l'a vue constanimeo alcaline pendant la mastication.
Pour la généralité des observateurs, en effet, la réaction constante e normale de la salive, rfwran^ lesrepas^ est la réaction alcaline. Telle estauïî celle que nous avons rencontrée nous-môme, sans aucune exception.
(i) HisL de tAcad. des se, de Paris, t. II, p. 23.
(2) Traité des liqueurs ^ p. 160.
(3) De prima coctione^ p. 70.
{à) Elementa physioL, t. VI, p. 53.
(5) Commentar, instit. Bononiens op,, t. VI, p. 272. ^
(6) Opuscules de physique animale et végétale^ traduct. française de Senebier, t. lf,P' ^^ PaYie, 1787.
(7) Ouvr, citéy 1" partie, p. 7.
(8) RcsT, Magazin fuer diegesammte Heilkunde, U XWIlI, p. 505.
(9) The Lancet, 1842, p. 83A.
(10) Medic. Zeitung, 1842, n<> 10.
(14) loc. çit.
nÙLE CIIIMIQUI- DE LA SAUVE DANS U DlGLSTlON. 193
Me chimique de la salive dans la digestion, — La salive mixte ou buccale eiercc une action spéciale sur les matières féculentes qu'elle transforme d'abord en dextrine puis en glycose{*).
Cette dernière transformation en glycose fut signalée, pour la première fois, par Leucfas(l) qui, ayant légèrement chauffé avec de la salive fraîche de l'amidon réduit en empois par la cuisson, le vit se liquéfier et se sacrharifîer dans un espace de temps assez court. Puis vinrent les recher*cbes conflrmatives de Schwann(2), de Sébastien (3) et surtout celles de Mialbe(4), qui eurent le double avantage de fournir quelques résultats Douveaux et de provoquer les investigations d'autres expérimentateurs.
Mialhe a d'abord reconnu que le produit de la réaction de la salive sur ! amidon est primitivement de la dextrine, et non du sucre d'amidon, ronime Leuchs l'avait annoncé. Le sucre d'amidon, sucre de raisin^ ou gli/cf^f est le résultat d'une transformation plus avancée : ainsi l'amidon H d'abord converti en dextrine, puis il passe à l'état de sucre de raisin ou glycose. Le même observateur a de plus constaté que l'amidon, pour pouvoir être promptement transformé en dextrine et en glycose par le liquide ^alivaire, à la température du corps des animaux^ doit être désagrégé; olTet qu'on obtient en le cuisant dans l'eau ou en le broyant à froid (**).
Si, par exemple, on introduit dans la bouche une petite quantité d'ami* don, à l'état d'empois récemment préparé, et si l'on exerce immédiatement la mastication, en moins d'une minute la saveur fade de l'empois sera remplacée par une saveur sucrée^ tout à fait analogue à celle du sirop de dextrine. £n effet ce peu de temps suffit pour transformer, enpartie, la fécule en dextrine et glycose. Avec l'amidon hydraté, délayé, dans l'eau et lillré, l'action de la salive est encore plus rapide ; elle est, pour ainsi dire, instantanée, et tout ce qui a subi cette action a perdu la propriété de bleuir par l'iode.
Voici, d'après Mialhe, une manière très-simple de constater ces faits : Mâchez du pain azyme, crachez sur un filtre le contenu de votre \t^jnchei d'autre part, broyez dans un mortier du pain azyme avec de
(*) La dextrine est une substance isomérique avecramidon : elle en conserve la composition "lémeataire quoiqu'elle n*en ait plus les propriétés. Quant à la glycose ^ sous le rapport de la compotUion ebioiique, elle diffère de la dextrine et de l'amidon en oe qu'elle renferme plus d'Lvdrogène et d'oxygène combinés dans les proportions de l'eau.
U point de Tue physiologique il est utile de se rappeler, à propos de cette transmutation des :>4UèresamyIoïde8yque, si l'amidon est insoluble^ au contraire la dextrine et la glycose offrent cne pande solubilité.
(1; HkxnWÊL's Arch, fUerdie gesammte SaturiehrCf t. XXll, p. 106, 1831.
(2) Mmuxa't ÂrchWf 1836.
;3j Vax Sltteh* De saliva jusque vi et uiUitate. Groningue^ 1837, p. 51.
< il Mémoire sur la digestion et l'assimilation des matières amyloides et sucrées ^ lu a l'icadémie des sciences le 31 mars 18A5. — Chimie appliquée à la physiologie et à la théraf^ique^ p. 38 et suiv. Paris, 1855.
(**j fiantunniémoinlo & l'Académie des sciences le 20 Janvier 18d5, BoucRAKDATet Sandbas nuent défè aigmlé avec beaucoup de soin les différences que présentent, sous le rapport de la fgegtibUité^ la fécule crue et la fécule cuite. (Voyez le supplément a V Annuaire de thérapeutique l«tf l'année 1846, p. 108 et 130.)
MMn. — fiTSiOi^ 1. — U
19ft DE LA DIGESTION.
Teau distillée, et jetez le liquide sur un autre filtre. Traitez par la teinture d'iode les deux liquides filtrés : le premier ne se colorera pas en bleu, le second offrira tout de suite une teinte bleue très-foncée. Pour prouver ensuite que votre salive filtrée contient de la glycose produite par la décomposition du pain azyme^ ajoulez-y de la potasse et chauffez : la liqueur pa«h sera bientôt au brun rougeâtre très-foncé.
La saveur douce que le pain bien cuit acquiert, pendant les courts instants de la mastication^ provient évidemment de la formation d'une certaine quantité de dextrine et môme de glycose.
Mais si la fécule est crue et seulement désagrégée par le broiement, la transformation est plus lente et nécessite quelques heures de contact pour s'effectuer.
: Sur la fécule crue et non broyée l'action de la salive est bien plus Icuto encore: il faut faire digérer, pendant deux ou trois jours, l'amidon dans la salive fraîche et aider la réaction par une élévation de température de UQ h ft5 degrés centigrades, pour que la transformation se manifeste.
Nous reviendrons plus loin sur ces différences si importantes au point de vue de la digestion des matières amylacées.
. Afin de démontrer la modification de la fécule, Viode et la potasse ont été employés par l'auteur des précédentes expériences; expériences d'aiIleu^^ faciles à reproduire^ et dont chacun pourra, comme nous, vérifier l'exactitude. A l'aide de ce double moyen, on. obtient des résultats plus certains | qu'en ayant recours à l'iode seul : en effet, si la fécule a été transformée \ complètement par la salive, elle ne prend aucime coloration bleue par la i solution iodée; mais, si elle ne Ta été qu'incomplètement, elle se colore en raison inverse de la portion transformée, car l'iode n'a d'action que sur la fécule indécomposée. Il faut donc aussi avoir recours à la potasse qui, contrairement à l'iode, n'exerce d'action que sur la fécule modifiée. On filtn la solution amylo-salivaire; on ajoute quelques gouttes de potasse caustique en liqueur, et l'on chauffe : le degré de coloration brun jaunâtre, que prend la solution, permet de juger de la proportion d'amidon modiliO, Tamidon pur n'étant pas coloré par les dissolutions alcalines (*).
L Ia propriété saccharifiante de la salive mixte ou buccale étant définit!*
(*) D'après les recherohes de Béchamp (analysées dans le journal La France médicale a pharmaceutique ^IMin 1855), la plupart des liquides organiques animaux ayant le pouvoir d'aunlliiler Taction de l'iode sur l'amidon, on ne saurait conclure rigoureusement de la oon-colontioB en bleu à la transformation de oelui-ci en dextrine ou en glycose : d*après ce chimiste, tant que Tamidon n'est pas ainsi transformé, Tacide azotique pourra toujours Cdre reparaître la couleur bleue caractéristique.
Déjà Blondlot {Rechercfies sur la digestion des matières amylacées; Nancy, 1858) avjii constaté que certaines subatances organiques empochent la coloration bleue de l*amidon (>aj riode ; mais il n'avait pas cherché à la faire reparaître, afin de pouvoir déceler la présence à'l'amidon, même lorsque celui-ci est mélangé à des matières qui, par leur présence^ masquent la réaction caractéristique de l'iode.
Du reste, contrairement à l'idée ésûse par Blondlot (/oc. et/.), Béehamp attribua le phénomène de coloration bleue de l'amidon par l'iode à la partie amylacée eUe^méme et non poiut & la matière azotée que renferment les granules féculents. {A cepropos^ wy. p* M ce qui a tif dit de la structure et de la composition de la fécule.)