‹ Traité de physiologieChapitre 38 sur 141 · RÔLE CHIMIQLE DE LA SALIVE DANS LA DIGESTION · texte numérisé non relu

RÔLE CHIMIQLE DE LA SALIVE DANS LA DIGESTION

vemeDt admise, on s'est demandé s'il était possible de la rattacher à quelque principe actif particulier.

Les recherches de Payen et Persoz (1) avaient démontré, dansTéconomie végétale, Texistence d'une matière azotée spéciale, la diastascy qui a le pour voir de transformer des quantités considérables de fécule en dextrine et môme en glycose lorsque son action se prolonge suflisamment. Celte matière, qui apparaît au moment de la germination^ se développe dans les semences d'orge, d'avoine, de blé, etc.» près des germes eux-mêmes, et non dans les radicelles. Or, la place qu'elle y occupe révèle déjà son rôle qui serait^ dit-o», de représenter une espèce de crible propre à désagréger Tamidon des graines {*), et ne devant lui livrer passage qu'à la condition de l'avoir changé en une substance soluble isomérique [dextrine)^ sus* ceplible de contribuer^ sous cette forme^ à la nutrition de la nouvelle plante et au développement de ses organes rudimentaires.

La diastase, recueillie et préparée à l'aide des procédés ordinairement en usage^ est blanche, amorphe et dépourvue de saveur. Sèche^ elle se conserve longtemps; humide, elle se putréfie très-vite. Soiuble dans l'eau et dans l'alcool faible, elle est insoluble dans l'alcool concentré. Sa dissolution aqueuse est parfaitement neutre. Son action, si merveilleuse et si prompte sur les matières féculentes, est, en même temps, des plus énergiques ; car il suffit de 1 partie de diastase pour transformer en dextrine, puis en glycose, 2000parties de fécule hydratée.C'estaux températures comprises cuire 40 et 55 degrés centigrades que ses effets sont le plus prononcés; à une température plus élevée et tendant à se rapprocher de 100*, ils cessent En voyant une aussi faible proportion de diastase produire de pareils résultats, il est impossible d'admettre ici une réaction chimique ordinaire : le phénomène a été assimilé à ces actions mystérieuses que l'on a appelées aclims ou effets de contact^ ou à d^autres phénomènes encore incomplètement expliqués qu'on désigne sous le nom de fermentation. La diastase semble appartenir à la classe des ferments»

Disons ici, par anticipation, que la diastase végétale, l'émuisine ou synaptase, le ferment glycosique et la pectase, puis la diastase animale ou ptjaline, la pepsine et la pancréatine sont aux yeux de plusieurs savants chimistes autant de ferments qu'ils appellent ferments' solubleSj par oppo* sltionaux ferments organisés [seules causes des vraies fermentations d'après Pasteur) qu'on nomme ferments insolubles. Or, disent ces chimistes, les lermeuts solubles dont il s'agit sont tous des produits de sécrétion de cellules organiques animales ou végétales, et il est digne de remarque que leur eau de dissolution, qui pourtant semble ne renfermer aucune trace d'êtres organisés ou ferments insolubles, peut aussi produire, àl'aide d'une force dont la nature nous est inconnue, des phénomènes de dédoublement et des transformations isomériques, comme font les ferments organisés en présence des matières fermentescibles.

(1) Ann. de rhim. et dephys.^ t. UW, p. 73, 1833.

(*) Diastase vkmi de ^lovraaK qui veut dire séparation. *

196 DE L\ DKrESTiON.

Du reste, la diastase végétale est une substance azotée qualernairc donl la composition n'a jamais pu être définitivement fixée. Est-ce faute d'avoir examiné de la diastase pure, ou bien est-ce que, par sa nature même, cette matière est variable? Toujours est-il que, jusqu'à présent, sa constitution chimique est aussi mystérieuse que son action.

Il n'était pas superflu de rappeler ces faits d'ailleurs si dignes d'intérêt : leur mention, toute rapide qu'elle est, expliquera suffisamment les efforts qui ont dû être tentés dans le but d'établir une similitude entre la diastase des graines céréales et le principe saccharifiant de la salive mixte.

Poursuivant cette voie, Mialhe (1) est parvenu à extraire de la salive me substance particulière^ solide, blanche ou grisâtre, amorphe, insoluble dans l'alcool absolu, soluble dans l'eau et dans l'alcool faible; substance qui, mise en contact avec la fécule crue, la fécule anhydre ou la fécule hydratée, donne lieu, suivant lui, exactement aux mêmes réactions que la salive elle-même, et dont l'énergie est telle que 1 partie en poids suffit pour liquéfier et convertir en dextrine et en glycose plus de 2000 parties de fécule hydratée (*). Du reste, aux yeux de l'auteur, ce qui donne encore à ce résultat une valeur plus grande, c'est que cette substance [diastase animale ou salivaire) et le principe saccharifiant des graines céréales germées {diastase végétale) offrent absolument les mêmes réactions chimiques; que de plus l'une et l'autre se trouvent en même quantité dans le règne animal et le règne végétal. En effet, la proportion du principe actif de la salive, chez l'homme, excéderait rarement 2 millièmes, et c'est justement la proportion de diastase qui existe aussi dans l'orge gcrméc.

11. L'existence et le rôle physiologique d'un principe spécial qu'on appellerait diastase salivaire et qui serait assimilable au principe saccharifiant de la matière amylacée des graines lors de la germination, ont soulevé bien des objections, bien des doutes, et même ont donné lieu aux déné^ gâtions les plus formelles. Nous essayerons, ici, d'établir ce que nou<^ croyons être la vérité, en nous aidant, soit de nos propres résultats, soit de ceux de l'auteur le plus intéressé dans cette question.

Avant d'aller plus loin, reconnaissons que ces substances azotées {dia-

{i ) Mém, cité,

(*) La substance dont il s'agit, qui est Tanalogue de la ptynline de Berzelius, se prépare de la manière suivante : on commence par filtrer la salive humaine, puis on la traite par cinq c«n six fois son poids d*alcool absolu que l'on ajoute du reste jusqu'à cessation de précipité. La matière solide, blanche et floconneuse^ qui se précipite, est alors recueillie sur un filtre et étalée en couches minces sur une lame de verre pour y être desséchée à l'aide d'un courant d'air chaud i la température de AO à 50 degrés ; une fois desséchée, on la conserve dans ud flacon bien bouché.

La ptyaline, préparée à la manière de Berzelius (Traité de chimie^ t. VII, p. 455, édit. franc., Paris, 1855), n'agit point sur l'amidon comme la ptyaline préparée par Mialbe, sans doute parce que les divers traitements au moyen desquels on se procure la première, et surtout lestraiteinents à chaud; détruisent son pouvoir sacchariflaat en altérant sa nature.

ftÔLE CHIUIQCE DE LA SAUVE I>AMS LA DIGESTION. 197

ftûse végétale et diattoie animale)^ produits de sécrétion de cellules organiques^ ne sauraient être considérées comme Aesprincipeê immédiats^ puisque jusqu'à présent leur constitution chimique n*a pu être fixée d'une manière définitive.

Le phénomène de la transformation de l'amidon hydraté en glycose peut être produit par d'autres liquides animaux que la salive H ; tels sont : le ^aog^ le pus, le contenu de certains kystes, une macération de lambeaux de membrane muqueuse ou de toute autre partie animale, etc. (1). Quant au fluide salivaire lui-même, sa propriété saccharifiante a été regardée 8 comme d'autant plus énergique que la bouche est dans un état de santé » moins parfait : la salive provenant d'une bouche qui est le siège d'une <^ inflammation, comme cela résulte d'une salivation mercurielle ou de •) dents cariées^ jouit au plus haut degré de cette propriété De telles

> saliTcs présentent au microscope de nombreux globules de pus, qui exis* •' tant toujours, mais en quantité moins considérable, dans la salive nor-

> maie » (2).

Personne ne conteste que des liquides, qui renferment des particules organiques azotées en voie de décomposition, ne puissent opérer la transformation partielle de l'empois d'amidon en dextrine et même en glycose. Mais il importe de faire observer, d'une part, que .sous le rapport de la rapidité et de l'énergie d'action, de pareils liquides ne peuvent être comparés à la salive ; d'autre part, que ce n'est qu'à l'aide d'une fermentation putride qu'ils entraînent des modifications lentes dans l'amidon hydraté. ()r^ les procédés de la putréfaction ne sont pas de ceux qui s'observent dans l'accomplissement des phénomènes de la digestion en général^ et il répugnerait d'admettre que le fluide salivaire empruntât exceptionnellement à ces procédés Tinfluence qui nous occupe.

A ce sujet, je rapporterai un résultat de mes expériences opposé à l'opinion d'après laquelle la puissance transformatrice de la salive serait d'au* tant plus active que ce fluide renfermerait un plus grand nombre de parti* eûtes organiques en voie de décomposition.

J'ai recueilli la salive d'individus peu soucieux de la propreté de leur t>0Qche, chez qui les intervalles dentaires étaient constamment remplis de détritus de toutes sortes et dont l'haleine était habituellement fétide; j'en •ù recueilli chez des personnes dans des conditions tout opposées, et imiBédiatement après que les dents et leurs inter>'alles avaient été frottés avec une brosse, la langue raclée sur le dos et la bouche entière scrupuleuse* ment rincée. L'une et l'autre de ces salives, mélangées avec des quantités •léterminées d'empois d'amidon, ne m'ont offert, sous le rapport de leur propriété saccharifiante, aucune différence appréciable.

O Le laide pancréatique et le suc intestinal seront étudiés, plus tard, à ce point de vue.

(i) lUficmE, Noie iur la présence normale du sucre dam le sang y dans Comptes rendus '^ Ufod. des sciences, 18A6. -^ Cl. BERNAnD, Mém. ctïë et article intitulé De la salive, dans ^Jovnal La Science, n' du 47 juin 1855, édit. hebdomadaire.

■2) Pafe 212 de ce dernier recueil.

En eût-il été ainsi, si réellement la salive n'empruntait son aiction chimique qu'à des matières organiques décomposées?

Après tout, qu'importe que la transformation des principes amylacés en glycose puisse s'opéi*er sous des influences d'une tout autre nature que rinfluence de la salive buccale? Pour l'instant, il nous suffit d'avoir positivement reconnu que ce fluide jojjiit à un haut degré de cette puissance transformatrice. Parce que d'autres substances azotées que la levure de bière ont aussi le pouvoir ^e donner lieu à la fermentation alcoolique, a-t-on nié la spécificité 'd'action chimique du ferment de bière sur les sucres? Et, quand j'ai démontré expérimeotalement que le fluide séminal avait sur les corps gras neutres la même action que le suc pancréatique (1 , a-t-on envisagé ce fait intéressant comme étant de nature à restreindre W rôle de ce dernier fluide dans la digestion des matières grasses, ou bien U faire rejeter l'existence du principe oc/t/ particulier qu'on y avait admis?

lil. Quelle que soit la nature du principe saccharifiant qui, de l'aveu dt* tous les expérimentateurs, se trouve dans la salive mixte, il nous reste à en déterminer la source.

Ce principe est-il fourni par les glandes salivaires proprement dites ou par la muqueuse buccale? Les résultats d'expériences encore assez récentes (2) sont que, chez le cheval, la salive parotidienne seule n'a pas le pouvoir de convertir l'empois d'amidon en sucre^ qu'il en est de même de la salive parotidienne du chien, de la salive sous-maxillaire du même animal, et du mélange de ces deux salives d'abord recueillies séparément dans leurs conduits ; tandis que la salive mixte qui existe naturellement dans la bouche du cheval ou dans la gueule du chien, quoique agissant avec moins de rapidité que celle de l'homme, jouit d'une propriété saccharifianle inoontestable. Ajoutons que cette même propriété est attribuée au liquide filtré qui provient de la macération de membranes buccales préalablement exposées à l'air pendant trente-six heures, par une température de + 40 degrés centigrades, membranes qu'on suppose avoir cédé à l'eau un principt' actif soluble. De là cette induction : puisque la muqueuse buccale toute seule peut convertir l'amidon en glycose, tandis que les fluides sécrétéN par les glandes salivaires ne peuvent faire la môme chose sans l'intervention de cette muqueuse, le principe transformateur de l'amidon est done fourni par la membrane de la bouche et non par les glandes salivaires.

(1) Voyez ma note intitulée : De t action du fluide séminal sur les corps gras neutres ; dan? les Comptes rendus de fAcad. des sciences^ séance du à décembre 185A, et dans les Ann, dfi< se. nat.y t. III, 4* série.

(2) Lassaigne, Heêh. pour déterminer le mode traction qu* exerce la salive pure sur P amidon à la température du corps des animaux mammifères et à celle de -f- 75 degrés rentigr,: dans Comptes rendus des séances dcVAcad. des se. de Paris ^ 18û5, t. XX, p. 1347 et i6dO. — Magcndie, Raybr et Paytsn, Étude eomparatii}^ de la salive paiy)tidienne et de la salivmixte du cheval^ souà le rapport de leur composition chimique et de leur action sur fe< aliments ; rapport lu à l'Académie des sciences de Paris dans sa séance du 20 octobre 1845, ibid., t. XXI, p. 903. — Cl. Bernard, Mém. sur le rAle de la salive dawt les phénomènes de In digestion^ dans Arch. gén, de méd,^ 1847, t. XIII, 4* série.

BÔLE CHIMIQUE DE LA SAUVfi DANS LA DIGESTION. 103

Je crois avoir suffisamment insisté sûr les motifo qui empêchent d'assi* miler le mode d'action de la salive à celui d'une macération de parties àni* maies faite dans les précédentes conditions ; je n'y reviendrai pas. Mais, en admettant comme exacte, pour le cheval et le chien^ la distinction entre la salive directement extraite des glandes salivaires et la salive contenue dans la bouche (distinction sur laquelle se fonde surtout la conclusion dont j'examine ici la valeur), je ne puis l'admettre comme s'appliquant aux màmmi* fères en général et à l'homme en particulier :

l"" En effet, pendant l'été de 185(i, en cherchant à déterminer l'intensité relaiive du pouvoir sacchariflant du pancréas et des glandes salivaires, souivent il m'est arrivé, après les avoir extraits au moment môme de la mort de l'animal (mouton ou bœuf), et les avoir divisés en minces fragments, de placer ces fragments dans des vases séparés, renfermant de l'empois d'amidon, et, au bout de une à deux heures avec une température de + Uù à ho degrés centigrades, de trouver une quantité très-notable d'amidon convertie partie en dextrine et partie en glycose. Or, en ce qui touche les glandes salivaires, évidemment ici il n'est plus possible de regarder la mu** queuse buccale comme source du principe sacchariflant, ni celui-ci comme un produit complexe de substances organiques en voie de dépom* position (*).

2* Quant à l'expérience suivante, qui vient à l'appui de la précédente^ chacun pourra facilement la répéter et la vérifier sur soi-même ou sur d'autres personnes : la bouche et les dents étant préalablement nettoyées et lavées avec soin, j'écarte les mâchoires et relève la pointe de la langue de façon à découvrir le frein de cet organe et la partie du plancher buccal sur laquelle s'ouvrent les canaux excréteurs des glandes sous-^maxillaires et sublingales; puis, pour éviter tout mélange avec la sécrétion parotidienne ou avec celle des lèvres et des joues, j'oblitère avec de la cire blanche les intervalles dentaires inférieurs et entoure extérieurement l'arcade alvéolaire d'une languette d'épongé fine propre à s'imbiber de ces dernières sécrétions. A peine un peu d'acide acétique a-t-il été inspiré ou flairé, qu'aussitôt on voit affluer, derrière les dents incisives et canines, une quantité notable de salive Ç") qu'on recueille, sans frottement^ à l'aide d'un petit morceau d'épongé fine, ou encore mieux, qu'on laisse couler directement dans un vase^ en maintenant la bouche ouverte et la tête convenablement inclinée. Cette salive, qui ne peut être mêlée qu'avec une bien minime quantité de mucus, est parfaitement transparente et limpide, mais trèsvisqueuse et filante, surtout dans les premiers instants de Texpérience (***);

(*) Ces expériences comparatives m*ont aussi révélé une particularité digne d'intérêt : si le tissu du pancréas, imprégné du produit de sa sécrétion, jouit sans contredit de la puissance saccharifiante la plus énergique, les différentes glandes salivaires n*ont pas cette puissance au même degré, et, sous ce point de vue, les sous-maxillaires et les sublinguales l'emportent^ iMez notablement sur les parotides.

(**) En moins d'une demi-heure j'ai pu ainsi me procurer jusqu'à 25 grammes de salive provenant des glandes sous-maxillaires et sublinguales.

(***) Je reviendrai ailleurs sur la propriété que m'a offerte cette salive d'émulsionner les matières grasses et de le troubler par l'acide phoephorlqiie rooDohydraté.

300 Dfi Lk DIGESTION.

examinée au microscope, elle ne laisse apercevoir que peu de cellule^ épi* tbéliales^ sans autres débris provenant de la cavité orale. Or, ayant meliri;^ avec de Tempois d'amidon cette salive si pure qui étart évidemment exeni< t de particules organiques en voie de décomposition, et qui, d'aillears,n a point subi le contact de la muqueuse, je lui ai toujours trouvé une îm\ saccbarifiante non moins grande qu*à la salive mixte; il en a été à peu pr de même de la salive parotidienne, mais celle-ci était mêlée au mucus >: lèvres et des joues. Dés lors, au moins pour cette salive sous-maxillairv sublinguale, comment donc admettre encore que son agent transformât* provienne de la membrane de la bouche ou de matières azotées en voit décomposition? Ou bien comment souscrire à une théorie ainsi formultô « Si la salive humaine possède à un plus haut degré la faculté fermenle ble que celle des autres mammifères, cela tient à ce que, par Tacte h tuel de la phonation, l'accès de Tair fait subir aux matières organiqu qui se rencontrent dans la bouche un commencement de décompositi qui suffit alors pour déterminer la transformation si facile de Tamidon 1 draté en glycose (1). »

3* Enfin, comme dernière preuve touchant Von'gine du principe âctil la salive dans le tissa glandulaire lui-môme et non aux dépens de particuM organiques azotées se décomposant à la surface muqueuse de la bouche, "i rappellerai que, dans le cas de fistule du conduit de Sténon^ chez rhoniiut , il a été constaté que le liquide parotidion, recueilli par la fistule, donna:') les mêmes réactions que la salive mixte ou buccale, c'est-iVdire qu'il trarr formait la gelée d'amidon en dextrinc et en glycose f ).

IV. En étudiant^ plus haut, le principe actif de la salive dans son origli: dans sa nature et dans ses effets, nous avons vu qu'il devait être considc comme un agent sui generisy dont on ne saurait nier, dans aucun cas. 1 «spécificité d'action sur une classe déterminée d'aliments (**). En effet, je 1

(1) Cl. Bernard, dans le journal La Science, édit. hebdomadaire n* 14, p. 212, pour Taq' IB55 ; article intitulé : De la salive,

(♦) Observation //e Jarjavat et de Mialhc ; dans Cours de physiologie^ par P. BArarb, t p. 403. Paris, 1850. -» Toutefois, nous n'entendons pas nier ici les résultats d*expériea faites sur des carnivores ou même sur des herbivores, et tendant à établir (coii/rotWr/K..< te t/u'on obserre chez V homme) que la salive parotidienite est dépourvue de tout pouvoir v r.hariflant. Parmi ces expériences, je mentionnerai celles de G. Lent (1), qui sont encore a» récentes : Après avoir enlevé les deux glandes parotides et les deux glandes sous-oiaxtlUire huit lapins, ce physiologiste leur donna, pendant un certain temps, de la fécule pour nouniii exclusive ; puis, les ayant sacriflés, il ne trouva dans Testomac que de la féeule sans trace ; cune de dextrine et de glycose. Pour reconnaître è laquelle de ces glandes il fallait rappoi ce résultat négatif (puisque les lapins sairâS nourris de fécule ont du sucre dans leur eslonn: il excisa i sept autres lapins leurs glandes sous-maxillaires seulement ; et, conduisant re:^ rience comme précédemment, il ne constata point davantage la présence du sucre dao* poche gastrique. — La salive parotidienne seule, conclut Ch. Lert, n'avait donc pu transfon ^la fécule en sucre, et c'est à la salive sous-maxiUaire qu'appartient le pouvoir aaccbarifian

(*^ Le même principe ou un principe analogue existe dans le suc pancréatique ; au comme l'ont établi les expériences de BoucHARDAf et Sandras, ce dernier fluide exerct sur les matières amylacées la même action que la salive.

RÔLE CHIMIQUE DE tk SALIVE DANS LA DIGESTION. SOI

disi l'avance, je ne suis pointde ceux qui admettent que la salive^ le fluide pancréatique et le suc gastrique renferment un seul et même principe orpuiique dont le mode d'action sur les aliments différerait seulement par suite de la nature chimique du milieu; qu'ainsi les matières amylacées et albumînoîdes seraient transformées et dissoutes indifféremment par ces trois liquides digestifs, à l'aide d'un agent commun qui attaquerait les féculeoU dans un milieu alcalin, ou les albuminoîdes dans un milieu tcide (1). Mes convictions, opposées à cette manière de voir, se fondent SOT des faits que j'ai pu souvent observer et qui sont d'ailleurs faciles à reproduire :

1* Ayant légèrement acidifié, avec l'acide chlorhydrique, de la salive normalement alcaline (de manière que son degré d'acidité fût à peu près le même que celui du suc gastrique), j'y plongeai de la fibrine extraite du s^Q de bœuf et aussi de la viande du même animal cuite ou crue et divi* sée en assez minces faisceaux; puis je mis le tout, pendant quatre, six, douze et vingt-quatre heures, au bain-marie entre -}- 35 et 38 degrés cen* tigrades. Fréquemment je constatai, à la fin de l'expérience, que la fibrine, devenue d'abord demi*transparente par suite de son hydratation, finissait par disparaître et se dissoudre en partie à l'aide de l'agitation, dans la salive acidifiée. Mais jamais il n'en fut ainsi de la viande crue ou cuite ni de l'albumine coagulée : ces substances ne me parurent pas môme offrir à leur surface un commencement d'altération quelconque.

Quant à la fibrine, il y aurait erreur grave à conclure de sa dissolution à va trarafomiatUm digestive. En effet, on sait, depuis les intéressantes recher* ehes de Bouebardat, qu'elle est en partie soluble dans l'eau faiblement acidulée, spécialement par l'acide chlorhydrique; et d'ailleurs il m'a été aisé de reconnaître, à l'aide de certains réactifs, que j'avais affaire seulement à une iimple digsolution et non à une transmutation de cette matière azotée. Ainsi, en traitant la précédente dissolution de fibrine par l'acide chlorhy* drique en plus forte proportion, ou bien par le prussiate jaune de potasse, j'ai obtenu aussitôt, dans l'un et l'autre cas, un précipité blanc soluble dans un excès de chacun de ces réactifs. Or, des recherches antérieures uravaient appris que jamais ces réactions n'ont lieu quand la fibrine a réellement subi la transformation digestive. J'ajouterai que la solution de birhlonire de mercure peut aussi servir à distinguer, dans un liquide digestif, !a Qbrine digérée de la fibrine seulement dissoute; car, dans le premier cas, lise forme un précipité abondant qui disparait par l'ébullitionet reparaît par le refroidissement, tandis que, dans le second, rien de pareil ne se manifeste : ce dernier cas a été celui qui nous occupe. Enfin, je rappellerai que des expériences, qui me sont propres (2), m'ont révélé un moyen de

'I) Cl. BetRABD et Baricswil, Comptes rendus des séancet de tÀcad. des sciences de l'mt, 7 joHIet 1845.

(2j Voyez monmèm. intitulé : Nouvelles t'echerches relatives à P action du sur gastrique sur bf matièret aibstminMes; dans Ann, des se, n/i/., 4* série, t. III (lu i TAcadémie des sciences ibns ia séttice do 5 février 1855).

202 DE r.A DIGESTION.

distinguer sûrement les matières albuminoldes (partant la fibrine) avant et après rélaboration digestive. Ce moyen consiste dans l'usage d'un réactif composé de glycose et de bitartrate de cuivre et de potasse dans certaines proportions : s'il n'y a que dissolution du principe albuminoïde, la réduction du sel de cuivre s'effectue par l'ébuilition, et il y a précipitation d'hydrate d'oxydule de cuivre; si, au contraire, le principe immédiat azoté a réellement subi l'action dissolvante et transformatrice de laquelle résulte sa digestion, la réduction manque. Or, au contraire, la réduction a eu lieu constamment dans toutes nos digestions artificielles avec la salive acidifiée ; aussi concluons-nous que ce liquide, ainsi modifié, ne saurait accomplir la transformation physiologique ni de la viande, ni de ses congénères.

2^ Voyons maintenant s'il est vrai qu'à son tour le suc gastrique, en présence des alcalis, puisse transformer les aliments amylacés en glycose^ c'est-à-dire usurper le rôle de la salive et du suc pancréatique, tout en perdant sa faculté essentielle qui est de digérer, en présence des acides, les matières azotées ou albuminoïdes.

J'ai fréquemment changé la réaction acide du suc gastrique de chien, recueillie par le moyen des fistules stomacales, et j'ai rendu ce liquide alcalin par l'addition d'un peu de carbonate d& soude, dans le but de savoir si sa matière organique active, se trouvant placée dans un milieu à réaction alcaline, changerait en efi'et de rôle physiologique et pourrait alors modifier très^rapidement l'amidon. Mais une première condition était à remplir pour pouvoir donner la solution du problème : il fallait faire usage d'un suc gastrique exempt, ou à peu près, de tout mélange avec le fluide salivaire. On peut prévenir ce mélange en plaçant un bâillon épais (de bois) dans la gueule d'un chien porteur d'une fistule stomacale; dès lors loul mouvement de déglutition devient impossible, et, la tête de l'animal élant inclinée vers la terre, forcément la salive s'écoule hors de la gueule maintenue béante. Des injections d'eau distillée et tiède sont poussées^ à jeun, par la fistule dans l'estomac, de manière à en bien laver les parois; puis on procède, comme à l'ordinaire, pour se procurer du suc gastrique dan> ces conditions.

Le suc gastrique ainsi recueilli, alcalinisé par l'addition d'un peu de carbonate de soude, puis mis on contact, pendant plusieurs heures et par une température de 35 à 38 degrés centigrades, avec de l'empois d'amidon récemment préparé, n'a jamais déterminé la transformation de la fécule eu de^trine et en glycose.

Il n'en a plus été de môme quand un peu de ma propre salive a été ajouté au précédent suc gastrique déjà rendu alcalin ; Tempois d'amidon a été assez rapidement fluidifié et transformé. Mais un pareil résultat ne saurait surprendre, puisqu'ici il y a eu intervention du principe actif de la sali?e ellemême, naturellement apte à produire cette transformation.

Ainsi, dans certains cas, après avoir saturé par un alcali l'acidité d'un suc gastrique impur en ce sens qu'il était évidemment mélangé avec delà

Page 1