‹ Traité de physiologieChapitre 39 sur 141 · RÔLE CHIMIQUE DE U SAUVE DANS LA DIGESTION · texte numérisé non relu

RÔLE CHIMIQUE DE U SAUVE DANS LA DIGESTION

salive, qaand d'autres expérimentateurs ont constaté la saccharification de la fécule à l'aide de ce suc, cela ne voulait pas dire, comme ils l'ont cru, qii'en changeant la nature chimique du milieu ils changeaient aussi le rôle d'un principe actif unique, mais cela signifiait tout simplement qu'ils rendaient à l'un des deux principes de ce liquide mixte les propriétés saccharifiantes que sa combinaison avec les acides avait pu momentanément dissimuler.

On a récusé, dit Mialhe (1), l'influence de la salive, par la raison^que les acides empêchent l'action du ferment, comme l'ont montré Boutron et Freniy, et l'on a dit : l'estomac présente une acidité constante au moment de la digestion ; or la salive, qui à peine a eu le temps, dans la bouche, de modifier la fécule, perd toute son action, une fois arrivée dans le ventricule gastrique.

11 n'est pas exact d'admettre que les substances alimentaires féculente», arrivant imprégnées de salive dans l'estomac, n'y éprouvent aucune modification, parce que les acides empêchent le principe actif de la salive d'exercer son action saccharifiante. En effet, cette condition n'existerait qu'autant que l'amidon, la salive et l'acide seraient seuls en présence; mais aussitôt qu'une substance albuminoïde est ajoutée, elle s'empare immédiatement d'une portion de l'acide qui a beaucoup d'affinité pour elle^ et le principe actif de la salive reprend en toutou en partie son pouvoir saccharifiant (Mialhe). Or, on sait que, môme chez les herbivores, les aliments amylacés ne se trouvent jamais seuls dans la cavité stomacale.

Je me suis aussi convaincu du peu de fondement de la précédente objection à l'aide d'expériences que j'ai consignées ailleurs (2) et résumées en CCS termes :

« Des doutes se sont élevés récemment et des négations ont été émises relativement au pouvoir qu'aurait la salive de continuer son action, dans l'estomac^ sur l'empois d'amidon avec lequel elle arrive mélangée. On a pnHendu que l'état alcalin de la salive était nécessaire à son action saccbarifiante; or, dans l'estomac, le suc gastrique acide neutralisant d'abord, puis acidifiant bientôt la masse avalée, arrête, dit-on, l'action de la salive, l^ien des fois il m'est arrivé de faire des mélanges de suc gastrique, de ^live, de fibrine et d'empois d'amidon dans des proportions convenables pour que l'acidité du suc gastrique fût dominante, et je me suis convaincu que, daos ces cas encore, on avait conclu à tort du manque de réduction du sel de cuivre (bitartrate de cuivre et de potasse) à l'absence de la glycose; tandis qu'en réalité ce principe sucré existait dans le mélange, et que sa réaction habituelle n'était que dissimulée par le produit transformé de raliment albuminoïde. »

Des expériences, faites sur une femme atteinte de fistule gastrique, dénîontrent aussi qu'en elFet l'action de la salive n'est point empochée par la

(1) Ottff, cité, p. 53.

(2) LoRGET, Nouvelles recherches relatives à Paction du suc gastrique sur les matièr^t "f^miwndes; mém. iniAré dans les Ànn, dès se, nat.^ 4' série, t. iU, i85b.

présence du suc gastrique. Elles sont dues à GrQnewaldt (1) et surtoat à E. Schrœder (2), qui en ont fait le sujet de thèses qu'ils ont soutenues, à Dorpat, en 1853.

u Après un repas de fécule crue, on ne trouva pas de sucre dans le contenu de l'estomac, on filtra le suc acide retiré par la fistule, et on le mêla avec de l'empois : la transformation en sucre commença aussitôt. Comme l'avait obsen'é Bidder, la propriété transformatrice de la salive persiste^ môme en présence des acides libres. »

« Quelques onces d'amidon gonflé par l'eau bouillante furent introduiles dans Testomac, à jeun, à travers la fistule ; aussitôt après, une portion de l'amidon fut expulsée de nouveau : déjà elle contenait du sucre. Un quari d'heure après, on trouva beaucoup de glycose dans l'estomac et Tempoii était devenu entièrement fluide. »

a Saliva^ dit Ern. Schrœder, m ipso ventrtculo eam habet vim^ quà omylum turgefactum quàm celerHmè in saccharum iransformetur. » Puis il insiste sur cette particularité que l'amidon cru, donné par la bouche, n'a été qu'en partie transformé dans Testomac, et que l'autre portion est évidemment passée dans l'intestin sans avoir encore subi d'altération. Dans quelques expériences comparatives, exécutées sur un chien portant une fistule gastrique, Schrœder a reconnu que la saccharification de l'empois d'âmidoo était bien loin d'être aussi rapide que chez la femme qui s'était prêtée à ' ses recherches.

Aussi est-ce à tort que, dans ces cas^ les expérimentateurs se servent du chien, qui^ comme tous les autres carnassiers^ ne fait qu'exceptionnellement usage d'aliments féculents, et dont, par conséquent, la salive n'a, pour ainsi dire^ que des usages mécaniques; chacun sait qu'il avale sa nourriture sans la mâcher. De là, la possibilité de l'alimenter en introduisant celle-ci directement par des fistules gastriques, et en supprimant à peu près le concours du fluide salivaire. Il n'en est plus de môme des ruminants^ par exemple, dans la nourriture desquels les matières amylacées se trouvent en grande proportion : chez eux, la mastication et l'insalivation deviennent des actes si importants qu'elles se répètent plusieurs fois.

Il ne faudrait pas néanmoins, à l'exemple de certains auteurs, vouloir attribuer une importance trop grande et trop exclusive à l'action du fluide salivaire sur les matières féculentes pour les convertir en glycose. Si cette action, à peine commencée dans la bouche^ se continue^ comme nou> l'avons prouvé j dans l'estomac lui-même et au delà^ à l'aide de la salive qui imprègne l'aliment avalé et de celle qui est déglutie après le repas/e fluide n'est pourtant pas seul à agir dans un pareil sens : il est, au commencement de l'intestin grêle et aussi dans tout son parcours, deux aatre> produits de sécrétion qui seront étudiés uRérieurement, et qui^ pour leur part, concourent à la transformation de la fécule insoluble en sucre soluble; ce sont le fluide pancréatique et le suc intestinal,

(i) Succi gastrici humani indoies physica et chimica ope fistuiœ stomacaiis indagctn. Dorpat^ 1853.

(2) Succi gastrici humani vis digestiva ope fistulœ stomacaiis indogata, Dorpat, 1853.

SIC GàSTrilQL'E. 20 >

Parmi les principes immédiats hydrocarbméSy il n'y a que la fécule qui éprouve une modification chimique de la part du liquide salivaire : en effet, ce liquide ne parait en imprimer aucune à la cellulose^ à la pectose, «IX gommes* aux mucilages végétaux et au sucre de canne. — Il est également sans influence sur les matières [albuminotdes ou protéiques, et sur leurs dérivés immédiats comme la gélatine et la chondrine.

Quant aux matières grasses, j'ai maintes fois constaté, sur moi-méme et sur <i'Autres personnes, que les salives sous-maxillaire et sublinguale, recueillies ensemble sur le plancher buccal derrière les incisives inférieures, jooissent de la propriété de former^ avec les corps gras neutres, des émul- 'ions assez complètes et d'autant plus durables que je maintenais la température entre 35 et liO degrés centigrades. Leur propriété émuhive m'a toujours paru être plus prononcée avant qu'après les repas f ).

D'autres recherches sont encore nécessaires pour qu'on soit autorisé à admettre que Talcalinité de la salive a réellement sur les acides introduits ou produits dans l'estomac l'influence que lui attribuent divers physiolozistes. Il ne parait pas non plus démontré qu'elle occasionne, sur les parois <le ce viscère, une excitation capable de déterminer une sécrétion plus abondante de suc gastrique et d'activer ainsi d'une manière générale la digestion.

suc GASTRIQUE.

bepuis les mémorables travaux de Spallanzani sur les digestions artificielles, le tue gastrique a été l'objet de recherches incessantes qui ont révélé à quelques-uns de leurs auteurs des résultats aussi nouveaux qu'impor- Unis. Une étude qui embrasse ses organes sécréteurs et son mode de sécrclioD^ ses modifications par divers agents, les procédés propres à le recueillir, sa composition chimique^ ses éléments essentiels et le rôle propre à 'hacund*eux, les conditions de la digestion naturelle ou artificielle, les ( hangements des divers éléments nutritifs dans l'estomac, et enfin la digeslibilité des aliments; une pareille étude, dis-je, doit être aussi féconde en applications pour le médecin qu'elle est pleine d'intérêt pour le physiol<igi<te.

Celte dernière proposition trouvera sa preuve dans l'examen qui va être Uil de ces diverses questions relatives surtout à la digestion stomacak»

1. Les organes qui sécrètent le suc gastrique dépendent de la membrane muqueuse de l'estomac. Si, dans notre rapide description, viennent iipirer d'autres appareils sécréteurs contenus dans l'épaisseur de cette membrane, c'est néanmoins à déterminer ceux qui ont rapport à la sécré'-

') A Kaide de l'acide (rtiosphorique monohydraté, qui dénote si bien U préMdce de ralba- ■ioe, j'ai amm obtenu, ateecet deux salives mélangées, an trouble plus mai'qué à Jeun qa*apts les repia*

tion du suc gastrique proprement dit que nous devrons nous appliquer plus spécialement.

En examinant, sous le microscope, une coupe verticale et très-mince de la muqueuse de Testomac, on aperçoit une quantité innombrable de tube> à peu près cylindriques, rectilignes ou parfois tordus vers leur extrcmito qui se termine en cul>de-sac dans la couche de tissu celluleux unissant la tunique muqueuse à la tunique musculcuse de l'estomac. L'épithélium cylindrique de la muqueuse stomacale, qui se continue dans ces tubes, ne se prolonge pas dans tous à une distance égale : cette différence dans la longueur du prolongement épithélial est particulièrement digne d*attention.

Si Ton observe ces mômes tubes dans la portion médiane et dans la portion cardiaque de Testomac du chien (animal qui a servi pour la plupâri de nos recherches)^ on reconnaît qu'ils commencent à la surface muqueuse par une excavation infundibuliforme qui se continue en un cylindre creuv dans une profondeur de 1/8*" à 1/4 de millimètre. Cette cavité tubairc, laifi d'environ 1/10" de millimètre, se rétrécit un peu vers son fond, où, asH'2 souvent, elle se divise en deux ou même trois tubes qui continuent la direction verticale du tube primitif. Ces tubes secondaires conservent aus^i, dans le premier tiers de leur longueur, Tépithélium cylindrique de la mu qucuse stomacale; mais, dans les deux derniers tiers, cet épithélium di>parait et fait place à des cellules tout à fait semblables à celles de répilbilium pavimentcux, seulement un peu plus renflées. Ces cellules rerapli>>(u chaque tube à peu près complètement, et, par place, distendent sa moni brane assez fortement pour lui donner un aspect bosselé qui rappelle celu du gros intestin quand il est dilaté par des gaz. Elles ont un noyau ccnliMi Vers Taxe du tube, on ne voit plus de cellules complètes, mais seuleinen des couches de noyaux qui semblent n'être que des cellules encore in complètement formées; car ces noyaux ressemblent en tout à ceux de rintérieur des cellules. La cavité des tubes renferme, en outre, une matiîrc granuleuse très-fine.

Dans la portion pylorique de Testomac du môme animal (chien), d'aprê Todd, Bowman(l) et Schiff(*), les tubes glandulaires prennent une autre forme. Le cylindre creux par lequel ils commencent est plus long et n'a pas d'abord la forme d'entonnoir. Les tubes secondaires sont plus courte et leur canal intérieur, en général plus large, est tapissé jusqu'au bout par le môme épithélium cylindrique qui revôt la muqueuse stomacale : ils soni également remplis par une matière granuleuse fine, mais on n'y obsem pas de cellules arrondies.

Kôlliker (2), examinant comparativement les glandes en tubes vers le pylore et dans le reste de l'estomac, a aussi constaté des différences chai le chien, le chat, le lapin, le porc, etc. Quant au cheval, il n'existe de

(1) Anat. andPhysioL ofMan: part. IH, p. 192. London, 18â5-53. {*) Communication écrite (septembre 1851).

(2) âiikrosk. Anat,, t. Il, p. 140. Uipzig, 1850-54.

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