SÉCRÉTION DU SUC GASTRIQUE
glandes tiibuleuses que dans les deux tiers pyloriques de Testomac, où elles ont toutes le même aspect : aussi verrons-nous la portion cardiaque de cet organe revêtue d'un épithélium qui est le prolongement de celui de l'œsophage, être exceptionnellement, chez cet animal, étrangère à la se* crétion du suc gastrique.
Avant Todd, Bowman, Schiff et KôUiker, Wasmann (1) avait déjà décrit, dans Testomac du porc, deux espèces différentes de tubes : les uns^ dit-il, situés principalement dans les régions cardiaque et pyloriqae, sont simples et partout revêtus d'épithélium cylindrique; les autres existent seulement dans une partie de la muqueuse, « qusa mcdiam curvaturam màjorem te- » net, longitudine 6-8 pollicum, indeque in pariete anteriori atque poste- > riori ventriculi proxime a cardia adscendit, ubi acuto angulo finitur d. Ces derniers sont spécialement des tubes à cellules arrondies. A cette différence des glandes stomacales correspond aussi, d'après Wasmann, un aspect différent de la membrane muqueuse, surtout bien manifeste, suivant Schiff, dans la moitié, droite et la moitié gauche de l'estomac du rat commun et de la souris.
Il semble donc établi, par ce qui précède, que le mode de distribution des deux espèces de tubes ou de glandes gastriques varie dans les divers animaux.
Selon Frerichs (2), les tubes glandulaires, chez l'homme, sont plus droits, moins tortueux que chez le chien ; jamais ils ne se subdivisent. Le même auteur n'admet pas les glandes en grappe que Bischoff(3) dit avoir vues dans la région pylorique de l'estomac de l'homme et du chien. Purkinje, Pappenheim, Yalentin, Lacauchie, ne les admettent pas non plus, et jamais nousméme nous n'avons rencontré de glandes en grappe dans l'estomac du chien. Peut-être Bischoff, en disant que, vers leur extrémité terminale, quelques glandes du pylore sont disposées en forme de grappe, nVt-il voulu exprimer que la division bifide ou trifide qui parfois nous parait exister réellement chez l'homme : car, dans la figure qu'il donne des glandes pyloriques, on ne voit pas de vraies glandes en grappe.
Toutes les glandes stomacales de l'homme sont décrites par Frerichs comme étant dépourvues d'épithélium cylindrique, mais remplies de cellules rondes, de noyaux et aussi de granules qu'il considère comme principalement formés d'une matière graisseuse.
Allen Thomson (4) a figuré les glandes tubuleuses de l'estomac humain exactement comme les décrit le précédent observateur; seulement il admet qu'assez fréquemment elles se divisent. Il y a une grande ressemblance entre ses figures et ce que nous avons observé dans la région cardiaque de Testomac du chien.
La différence qui existe aussi, chez l'homme, entre les tubes gastriques de diverses portions de l'estomac, n'avait pas été signalée par les auteurs.
(1) Dedigest, nonnulla^ etc. Berolini, 1839, p. 9.
(2) Wagher's HandwÔrierbuch, etc., l. III, 1849.
(3) MuELLER*s Archiv, 1838, pK XIY, ù%. 3.
(^) G00D8IR, Annals of Anat, and PhysioL^U I. lab. ni, ilg. 283.
Mais, comme la portion pylorique de l'estomac humain, ainsi que ScbiQ Va constaté récemment, ne peut pas servir à la préparation du suc gastrique artificiel, et qu'il en est de même chez les animaux qui ont, dans la région pylorique, des glandes différentes de celles qui existent dans le reste de l'estomac^ on pouvait en induire que probablement aussi, chez l'homme^ les glandes de la région pylorique différent de celles qu'on trouve dans les autres portions de ce viscère. Cette présomption s'est réalisée dans les observations qu'a faites Schiff sur l'estomac de deux enfants et d'un supi plicié, observations confirmées depuis par Donders(l).
Plus loin, nous verrons que les tubes à cellules arrondies, tubes qu'm rencontre spécialement dans les parties moyenne et cardiaque de l'estoma^ de riiomme, du chien, etc., semblent être ceux qui sécrètent le principj actif de la digestion stomacale.
Il serait inexact de croire, avec Lacauchie ^ que Galeati et Lieberkûhn on découvert les tubes gastriques. Ces auteurs ont parlé seulement des glandej tubuleuses de l'intestin et non de celles de l'estomac. C'est Sprott Boyd ^ qui, le premier^ a fait connaître les tubes gastriques. Bischoff(3], ^Va^ mann (4), Pappenheim (5), Purkinjc (6), Krause(7), J. Thomson (8), Henle 9 Lacauchie(iO), Frerichs(ll), Allen Thomson (12), etc., ont contribué suc cessivement à éclairer ce point de la science.
Haller et ses contemporains n'ont pas connu les tubes glandulaires d l'estomac; mais ils parlent de follicules lenticulaires visibles à la loupe o\ même à l'œil nu. D'après les micrographes modernes, ces follicules ne >on pas constants chez l'homme, et, quand on les rencontre, ils sont trè< variables en nombre et en volume : on les trouve bien plus souvent chez I chien et surtout chez le cochon. Ils sont situés dans l'épaisseur de la ma queuse entre les tubes sécréteurs. Dans l'état de santé, leur volume varii d'un quart à un douzième de millimètre; dans l'enfance et surtout dans cer taines maladies, ils semblent augmenter de volume et même de nombre
L'étude du développement de ces glandes lenticulaires a été faite avec soi par Frerichs(13). Elles prennent naissance au-dessous des tubes gastrique et forment des vésicules arrondies, closes de toutes parts et pourvues d cellules, de noyaux et de granules nageant dans un fluide alcalin. Ce cou tenu leur donne l'aspect d'un corps solide qui, éclairé d'en haut, parai blanchâtre. En augmentant de volume, elles arrivent à la surface de la mu
(1) Physiologie des Menschent Leipzig, 1856^ p. 208.
(2) Edinb. med. and Surg, Journ,^ t. XLVI, année 1836, p. 382.
(3) MuELLER'S i4rcAtt;, i838.
{à) De digestione nonnulla^ etc. Berlin, 1839,
(5) Zur Kenniniss der Verdauung, Breslau, 1839.
(6) Bericht der Naturforscherversammlung^ dans Isis, 1838.
(7) MiTËLLEB's Archiv Jahresbericht, 1839, p. cxx.
(8) Report of the British Associât^ 1840, p. 1&9.
(9) Allgem, Anat., trad. f^anç. de Jourdan, t. If, p. 487 et sUiv*
(10) Études hydrot. etmicrosc, Paris, 1844.
(11) yfACVtK'BHandwOrterbuch^eic,, t. IH, 1849,
(12) GooDSift, Annais of Anat, andPhysiol,, U l, 1850.
(13) WAGSfCR'8 Handys&rterbuch^ etc., t* Ht.
queuse, où chacune s'ouvre enfln par déhiscence* L'ouverture est longitudinale, arrondie ou triangulaire. Allen Thomson (1) a aussi observé la même marche dans le développement de ces glandes. Quant aux corpuscules solides, en forme de croissant, dont les extrémités se terminent à la surface de la muqueuse^ et qui constituent des organes sans cavité et sans ouverture^ que Gruby dit avoir vus dans la muqueuse gastrique, ils ne sont probablement autre chose que ces glandes inconstantes, dans un état peu avancé de leur développement.
En définitive, comme appareil glandulaire constant, annexé aux parois ;a^t^iques et généralement admis aujourd'hui, il n'y a donc que les glandes j forme tubuleuse^ glandes d'ailleurs si nombreuses que, dans l'estomac humain, leur somme a été évaluée à plus de cinq millions. C'est dans i épaisseur de leur membrane propre, qui est finement granuleuse^ résistante, très-mince et transparente, que viennent se répandre les ramifications ultimes des artères de l'estomac ; les veines qui rampent dans la tunique celluleuse en naissent pour la plupart, aussi bien que les vaisseaux lymphatiques émanés en grand nombre de la muqueuse gastrique.
n. Les deux espèces de tubes glandulaires de l'estomac, qui viennent d'être signalées plus haut, répondent à deux produits de sécrétion dont les u^ges sont bien distincts : cette vérité, sur laquelle Wasmann, Todd et Bowman ont les premiers attiré l'attention, parait avoir été mise hors de ddute, surtout par les expériences de Schiff, KOlliker, Donders, etc. 1"* Les tubes à épithélium ou à cellules cylindriques sécrètent le muctis qui forme un enduit plus ou moins épais à la surface interne de l'estomac; 2* les tubes a cellules arrondies se rapportent à la sécrétion du suc gastrique.
En eflety les dernières cellules dont il s'agit arrivent toujours à la surface de la membrane muqueuse avec ce fluide^ et, lorsque la digestion est achevée, OQ trouve les tubes presque vides, sans cellules et sans noyaux; il n'y re>te même que peu de granules (2). Pendant le jeûne, les cellules arrondies se forment de nouveau ; elles sont très-abondantes après une abstinence un peu prolongée. Mais exposons surtout les expériences qui démontrent les attributions différentes des deux sortes de tubes glandulaires, en nous rappelant que les tubes de la première espèce [glandes muco-gastriques) uxupent la région pyloriquc de l'estomac, tandis que ceux de la deuxième 'jlandes pepto-gasiriques) se rencontrent spécialement dans les régions car* diaque et moyenne de cet organe.
Schiff (5), ayant fait des recherches comparatives en préparant séparément du suc gastrique artificiel avec la portion cardiaque et avec la portion pylorique de l'estomac de l'homme et du chien, reconnut que cette dtrnjère ne fournissait pas, comme l'autre, un produit doué du pouvoir digestif. Il vit aussi que des cubes d'albumine cuite, mis en contact avec
<l) toc. cit,f p. 36.
;2) Ptnids, auvr. cité^ L III9 p. 7/k9,
(3) toc. ai.
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une infusion acidulée de cette partie de la muqueuse stomacale, se comportaient comme avec les acides dilués. Toutefois, en multipliant ses expériences, il observa, dans quelques cas où il n'avait agi. qu'avec la poriit>n pylorique et où il ne s'attendait pas à obtenir la moindre solution dige^ tive, qu'après quarante>buit heures (temps plus que suffisant au véritable suc gastrique artificiel pour digérer l'albumine coagulée), les angles dc^ cubes dans Tinfusion pylorique étaient devenus légèrement pulpeux. CeUe remarque l'engagea à faire de nouvelles recherches microscopiques, et il reconnut, ce qu'il avait présumé, que les tubes à cellules rondes ne cessent pas subitement à une certaine distance du pylore, mais qu'on en rencontre encore quelques-uns entremêlés parmi les tubes à épithélium cylindrique, jusqu'à une certaine distance de la valvule pylorique. Aussi attribua-t-il à l'influence de ces tubes isolés le commencement de digestion qu'il avait exceptionnellement observé. 11 obtint les mêmes résultats avec l'estomac
du lapin^
Kôlliker (1) mentionne des expériences, analogues aux précédentes, qui! a faites avec le docteur GoU, de Zurich, Ces deux savants ont opère spécialement sur l'estomac du porc, et ils ont trouvé que, si l'infusion acidulée des tubes à cellules rondes digère en très-peu de temps les substances albuminoïdes, celle des tubes à épithélium cylindrique ne digère rien, ou n'exerce qu'une très-faible action même après un temps très-prolongé.
Au rapport du même anatomiste (2), le docteur Berlin serait parvenu à distinguer, parmi les glandes tubuleuses de l'estomac des oiseaux, celles qui sécrètent un mucus ordinaire, celles qui sécrètent un Quide neutre contenant de la pepsine, d'autres enfin qui ne produisent qu'un liquide acide san> traces de pepsine.
Ces dernières observations tendraient donc à faire croire que les deux éléments essentiels du suc gastrique [acide ei pepsine) sont fournis par deux espèces distinctes de glandes stomacales.
Quant aux follicules lenticulaires ou aux corpuscules de Gruby, on ne saurait guère leur attribuer un rôle analogue à celui des glandes pepto gastriques. En effet, ces organes ne sont pas même constants, et, quand ih existent, leur nombre est toujours assez minime ; variables suivant l'âge, ils ne renferment pas les cellules qui accompagnent la sécrétion du suigastrique, et leur contenu est alcalin; au commencement de leur dé\eloppement, ils n'atteignent même pas la surface de la muqueuse, mai:» sont recouverts par les glandes tubuleuses. Dans la forme où Gruby Icb a vus, ils ont un corps presque solide, sans ouverture, et, une fois ouverts, il> perdent leur contenu pour ne plus le reproduire. Enfin, dans quelques ma-
(i) Mikroskopische Anatomie^ etc., t H, !'« part, p. 146. Leipzig, 1852. (2) KdLLiXEB, Éléments d'histologie humaine, trad. françaiie par i. Béclard et Sée. p. 452. Paris. 1856.