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SÉCRÉTION DC SIC GASTRIQUE

]adies où on les trouve plus développés et un peu plus nombreux, la force digestive de Testomac ne parait jamais augmentée et semble plutôt toujours diminuée.

Il est un autre point de l'histologie de Testomac, concernant la sécrétion gastrique, qu'il importe de noter : en i8&6, Middeldorpi' (1) indiqua, comme couche inférieure de la muqueuse de T estomac et des intestins, a stratum » submucosum quod componilur tibris tenuissim.s, muscularibus orga- » nicis, angulo interdum acutissimo decussatis ». Brûcke (2), sans connaître la découverte de Middeldorpi, retrouva ces muscles et les décrivit dans Featomac, comme une couche sous-jacente aux terminaisops des lubes glandulaires, et envoyant des fibrilles musculaires dans les interstices des tubes. A la même époque, Koiliker (3), ignorant la description de Middeldorpi', et indépendamment de Brûcke, signala la présence des mêmes fibres contractiles dans le canal intestinal^ où elles n'étaient pas encore connues. On leur a assigné pour usage probable de contribuer, pendant la sécrétion, à \ider les tubes glandulaires dont elles compriment le fond.

Au moment de parler de l'acte même de la sécrétion, rappelons d'abord que l'existence du suc gastrique a été niée par certains physiologistes. Montègre, qui avait la faculté de vomir volontairement et à jeun^ n'ayant pu reproduire, avec le liquide qu'il rejetait ainsi, les digestions arliiicielles de hpallanzani, crut devoir nier l'existence d'un menstrue gastrique spécial : aujourd'hui' on sait que, dans ce cas, le produit rejeté n'est jamais du vrai suc gastrique, mais un mélange de salive et de mucus. Pour C. H. Schultz (4), le suc gastrique ne serait que « l'aliment aciditié et 11quélié», c'est-à-dire le produit et non l'agent de la digestion. Mais Texpénence dans laquelle, après l'excitation immédiate des parois stomacales^ on voit celles-ci verser le suc gastrique, sul'ht pour montrer le peu de fondement de pareilles assertions et prouver l'existence de cet important fluide.

En effet, quand on stimule la muqueuse stomacale d'une manière quelconque, par l'introduction d'un corps étranger, soit en forçant un animal à avaler des corps durs et insolubles, tels que des cailloux, du poivre grossièrement concassé ou des petits morceaux de bois, comme l'ont fait Tie- (iemann et Gmelin, soit en introduisant, à l'exemple de W. Beaumont et de Blondlot, une sonde par une fistule stomacale, ou mieux encore, des aliments solides et consistants, on voit cette membrane devenir turgescente, rougir plus ou moins, et se couvrir bientôt de gouttelettes claires et transparentes que ces observateurs regardent, dans tous les cas, comme du

(i) De glanâulis Brunnianis, Breslau, 1846.

(2j Berichte der Wiener Akadem,^ 1851.

('^; Zeiischrift fur wùsenscha/ïliche Zooiog., 1851, p. 106, flg. 232.

[à) De alinientorum concoctionc expérimenta nova, Beroliai 1834.

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SUC gastrique. En même temps, si Ton a eu le soin d'essuyer la membrane interne de l'estomac chez les animaux qui portent des fistules, on reconnaît qu'avec ces gouttelettes il se dépose une espèce de mucus transparent qui reste adhérent aux parois de l'organe.

Un autre résultat d'expériences faites de notre temps, c'est que l'estomac, quand il est vide d'aliments ou qu'il n'est point directement excité. ne contient jamais de suc gastrique : tous les auteurs modernes ont en effet constaté V intermittence de cette sécrétion, également reconnue par W. Beaumont sur un chasseur canadien qui était afTecté d'une fistule stomacale. Dans ces conditions, l'estomac ne renferme que du mucus neutre ou alcalin, mêlé à la salive descendue par l'œsophage. Au contraire, Réaumur et Spallanzani pensaient que le suc gastrique, dans l'intervalle des repaS; s'accumulait dans Testomac, parce qu'ils avaient pris pour du suc gastrique ce mélange de mucus et de salive.

Suivant la remarque judicieuse de L Gorvisart (1), rien n'est plus propre à entraver la marche de la science que de donner ainsi indififéremmeut, à l'exemple de la plup<irt des physiologistes, le nom Aesuc gastrique îïmi liquides les plus variables qui se trouvent dans l'estomac : évidemment ce nom devrait s'appliquer, d'une manière exclusive, au fluide réellement copable d'opérer la digestion des matières albuminoîdes, c'est-à-dire de Ie« dissoudre et de les transformer en une substance isomérique propre à être absorbée. Or, cet expérimentateur affirme, par exemple, avoir conslale que le fluide obtenu par suite de certaines irritations mécaniques de la muqueuse stomacale, tout en étant très-acide, jouit à peine de la propriélc digestive: aussi appelle-t-il vaguement liquide gastrique tout liquide sécrété par l'estomac ou contenu dans sa cavité^ en réservant le nom de suc -gastrique au fluide pourvu de cette propriété essentielle.

Nous avons dit que, si des aliments sont introduits dans rcstomac, la muqueuse de cet organe rougit et se gonfle : elle prend alors un aspect comme velouté et bientôt apparaît le liquide sécrété. Mais, en général, on ne distingue pas, par la fistule, comment il s'épanche. W. Beaumont dit avoir aperçu, sur l'homme, ce liquide sourdre par gouttelettes: j'ai obsené le même fait sur des animaux ouverts pendant leur repas et dont on excitait la muqueuse stomacale préalablement essuyée. J'ai vu aussi, dcins ce^ mêmes conditions, l'enduit muqueux des parois se reproduire.

Chez les herbivores (le lapin notamment), il est facile de constater qu'un mucus particulier enveloppe la masse alimentaire, dans l'estomac. On avait néanmoins refusé d'admettre que, outre les gouttes claires de suc gastrique, il y eût encore du mucus sécrété durant la digestion stomacale; on croyait que la sécrétion muqueuse correspondait seulement'à l'état de vacuité d Testomac. Mais les observations que W. Beaumont a faites sur l'homme sont contraires h cette opinion, a Si, dit-il, on essuie avec une éponge la meni branc villeuse pendant que la chymificalion s'accomplit, cette membrane

(1) De ta sécrétion du suc gastrique sow rinfluence directe des aliments^deç boissom t des médicaments, Paris, i857.

QUANTITÉ DE SUC GASTRIQUE SÉiIRÊTÊE NORMALEUENT. 21 S

devient d'abord rude et d'un rouge plus foncé; mais^ au bout de quelques secondes^ les follicules venant à verser leurs fluides respectifs qui se répandent sur la partie dépouillée du mucus, elle reprend toute la douceur, l'apparence veloutée et la couleur rose qu'elle avait avant d'avoir

été touchée par l'éponge Mais, pendant que le sujet est à jeun^

l'enduit muqueux ne reparaît qu'avec plus de lenteur, et surtout aucun fluide ne se condense en quantité suffisante pour ruisseler (1). » Nous aurons à examiner, plus loin, si ce mucus forme une partie essentielle du soc gastrique et s'il est nécessaire pour la digestion.

111. — Peu de physiologistes se sont occupés de déterminer, d'une manière au moins approximative, la quantité de suc goètrique que l'estomac sécrète normalement. Leuret et Lassaigne (2) se bornent à déclarer qu'elle doit être très-grande, puisqu'elle liquéfie, en quatre ou cinq heures, les aliments solides, avalés par des animaux auxquels aussitôt après on a lié l'œsophage, afin d'empêcher la déglutition des boissons et même de la salive. Pour Tiedemann et Gmelin (3), c^tte quantité varie avec le degré de l'excitation produite par les aliments, avec leur digeslibilité et leur solu* bilité, de telle sorte qu'il se formerait d'autant plus de suc gastrique que les substances alimentaires introduites dans l'estomac seraient plus difficiles à dissoudre et à digérer. Quant à Blondlot (&), il dit seulement avoir remarqué que, en général, plus il donnait d'alimenls à ses chiens, plus il obtenait de suc gastrique. Quelques expériences faites sur des chiens, dit Lehmann (5), ont démontré que, dans les vingt-quatre heures, ces animaux peuvent sécréter une quantité de suc gastrique équivalente au dixième du poids de leur corps. D'après cette proportion, un homme pourrait en produire, dans le même temps, environ 6 à 7 kilogrammes. D'après des expériences directes, faites sur une femme atteinte de fistule gastrique (6) et qui d'ailleurs allaitait son enfant, le poids du suc gastrique produit dans les viagt*quatre heures aurait même atteint le quart environ du poids du corps; chiffre énorme, et sans doute exagéré, mais qui peut-être surprendra un peu moins, si l'on veut bien se rappeler que le suc gastrique est un liquide presque entièrement destiné à la résorption et non à l'élimination, comme l'urine. Suivant L. Corvisart (7), un chien du poids de 10 kilogram-

(1) Exper, and Observât, on the Gastric Juice, etc. Plattsburg, 1833.

(2) Ouvr. cité, p. 117.

(3) Ouvr. cité, Trad. franc, de Joordan, t. I, p. 333.

(h) Traité analytique de la digestion, p. 225. Paris, 1843.

(5) Précis de chimie physiologique animale, trad. franc. Paris, 1855« p. 189.

(6) BiDDEReiScHHiDT, ouvr, cité, — Voyez aussi Schroeder et Gruenewaldt, Thèses citées, Dorpst, 1853.

(7) Communication écinte. — Pour éviter qu'une partie notable du suc gastrique, après avoir imprégné l'aliment, ne passât avec lui dans l'intestin, sans qu'on pût en apprécier la quantité, Corvisart (dans une première série d^expériences), se servant de chiens munis de fistule gastrique, leur donnait un repas de tendons de bœuf bouillis et recueillait le fluide qui s'écoulait dans un réservoir de caoutchouc, jusqu'à ce que la quantité n'augmentât plus en un quart d'heure. La durée de chaque expérience était ordinairement de deux à trois heures. Dans une autre série de recherches, aussilét après l'ingestion des aliments, l'oesophage et le pylore étaient liés ; puis, l'animal étant sacrifié après douze heures^ on estimait la quantité de suc gastrique

21 ft DE LA DIGESTfON.

mes sécrète, à chacun de ses deux repas journaliers, 250 grammes environ de suc gastrique^ c'est-è-dire 500 grammes par jour. Le même observateur conclut, d'expériences variées de diverses manières, que le chi^n sécrète, dans les vingt-quatre heures et par kilogramme de son poids, 50 à 60 grammes de suc gastrique normal. Les plus grands de ces animaux en produisent relativement un peu moins. Il est aussi à remarquer qu'en général la sécrétion est d'autant plus abondante que Talîment ingéré e«t moins habituel à l'animal. En continuant l'usage d'un môme aliment, on constate qu'au bout de huit à dix jours la quantité de suc gastrique produite est notablement moindre qu'aux deux ou trois premiers jours d»l'expérience.

Du reste, il faut reconnaître qu'aucun des moyens employés jusqu'à présent pour déterminer la quantité de suc gastrique normalement sécrél»^» dans l'espace de vingt-quatre heures n'est à l'abri des objections. Évidemment les expérimentateurs qui ont conclu du poids des aliments ingénu, dans ce môme temps, k la quantité de suc gastrique nécessaire pou r kdigérer, n'ont fait qu'une supposition. Quant à ceux qui, ayant vu pendant une heure l'estomac fournir un certain poids de suc gastrique, en ont inféré que ce poids multiplié par 24 donnerait le chiffre de celti» sécrétion par jour, ils n'ont tenu aucun compte de l'intermittence du phénomène: intermittence telle, que la sécrétion du suc gastrique fait complètement défaut quand l'estomac est dans l'état de vacuité, et que, même pendant toute la durée du séjour des aliments dans ce viscère, elle subit de notables variations, suivant que le travail de dissolution de ces aliment* est plus ou moins avancé. Ajoutons que d'ailleurs ce qu'il importerait de connaître, ce n'est pas la quantité de liquide gastrique produite, mais bien cel!»* du vrai suc gastrique ou de ses éléments réellement constitutifs.

rV. — Si, au lieu de donner des aliments, on irrite m^caniquemenf U membrane muqueuse de l'estomac, il se produit bien moins de Iiqiii<i<' gastrique. Aussi Blondlot (i) tend-il à admettre que l'estomac est d'^nd'une sensibilité particulière en vertu de laquelle il verse plus ou moinde liquide, selon la nature de l'excitant mis en contact avec sa surface in terne. Mais est-il bien nécessaire d'invoquer ici cette sensibilité spécia!»* pour expliquer de pareilles différences? Les irritations mécaniques, àTuid!' d'une sonde oi} d'une bougie introduite par la fistule stomacale, ne p^îtent que sur une petite étendue de la membrane muqueuse ; aussi n'est-:! pas étonnant que, par ce procédé, Beaumont n*ail pu recueillir sur son Canadien que 30 ou hO grammes de fluide gastrique. Quand on introduit dans l'estomac quelques cailloux, la sécrétion peut encore être peu abondante, car le contact de ces corps durs avec la muqueuse est bien moia>

produite, déduction faite de Teau contenue dans - l'aliment inféré. Prudemmeat, on ne t«aa£ compte de l'expérience que û l'aliment avait été bien digéré par le sue fattriqœ, et qu'oo a^préciait par la quantité de peptofie produite. Nous prêterons oéanmoina à cm éemiéras expériences celles de la première série.

(1) Traité analytique de la digestion^ p. 22i.

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