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MODIFICATIONS DE LA SÉCRÉTION DU SUC GASTRIQUE

rtendu que quand il s'agit du bol alimentaire; et pourtant les points en rapport avec les cailloux se montrent rougis et fortement injectés. Du reste, si l'on essuie une portion de la tunique muqueuse pendant l'acte de la digestion, le fluide gastrique est versé en plus grande quantité, car alors cette nouvelle irritation, due au frottement, s'ajoute à celle que produisent les aliments, et la sécrétion s'en trouve proportionnellement augmentée.

Dans l'estomac vide ou surtout plein d'aliments, J'ai vu souvent la sécrétion du suc gastrique s'activer singulièrement par la stimulation de la membrane muqueuse à l'aide d'un courant galvanique saccadé ou fréquemment interrompu.

Certaines substances, introduites par la bouche ou par une fistule stomacale, augmenteut considérablement la sécrétion muqueuse de l'estomac; alors, au contraire, le suc gastrique ne se produit qu'en quantité très-minime et quelquefois môme sa sécrétion est nulle. Oardeleben, ayant introduit du sel commun en poudre par la fistule stomacale d'un chien, vit tous les points qui avaient subi son contact sécréter un mucus incolore, très-abondant, peu acide ou neutre, et quelquefois alcalin. En même temps l'estomac entra assez vivement en contraction et l'animal vomit. 3 grammes de sel en poudre déterminèrent, d'une manière très-prononcée, ces effets qu'on ne<put renouveler avec une solution concentrée de 15 grammes. Tous les points touchés par le sel rougirent manifestement. Frerichs (l) est arrivé aux mêmes résultats.

Suivant Blondlot (2), les substances purgatives activent aussi particulièrement la sécrétion muqueuse de l'estomac; et, selon Frerichs, le poivre en poudre produit un effet analogue que Lucien Corvisart (3) dit être aussi très-prononcé, surtout avec la coloquinte et Tipécacuanha.

Les matières alcalines^ au contraire, provoquent d'une manière toute spéciale la sécrétion du suc gastrique. — Une pincée de bicarbonate de soude, par exemple, déposée dans l'estomac d'un chien à jeun et porteur d'une fistule de cet organe, suffit pour faire écouler en quelques minutes une quantité notable de vrai suc gastrique. Cette observation intéressante m'a porté, depuis plus de vingt ans, à conseiller dans certaines dyspepsies Teau de Vichy à faible dose (trois à quatre cuillerées à bouche seulement), avec le soin de la boire huit à dix minutes avant chaque repas. Les résultats obtenus ont pleinement justifié cette manière rationnelle d'administrer les boissons alcalines, qui aujourd'hui est adoptée par un assez grand nombre de médecins.

D'après les recherches de L. Ck)rvisart (^), dont les résultats m'ont été

(1) Owr. cité, t. III, p. 788.

(2) Ouvr. cité, p. 213.

(3) Mém, cité.

(4) Mém. cité.

communiqués en 1853, la glace^ Teau à une très-basse température, le^ liqueurs alcooliques peu concentrées, les vins^ surtout ceux de ^ladère et de Bordeaux, le café noir, quelques infusions de plantes aromatiques (absinthe, cannelle, etc.) ou amères (chicorée), Vémétiqw, le som-niirate de Ksmuth, excitent plus ou moins énergiquement la sécrétion d*un liquide doué à un haut degré du pouvoir digestif c'est-à-dire d'un véritable suc gastrique. Le môme expérimentateur fait observer que certaines substances peuvent exciter d'abord la sécrétion dont il s'agit, quoiqu'en vertu de leurs propriétés chimiques elles altèrent consécutivement la force du principe digestif : tels sont les alcooliques très-concentrés et beaucoup de solutions riches en tannin. L. Corvisart reconnaît aussi d'autres corps qui, comme le charbon et le sable y donnent lieu à une sécrétion acide abondante, sans que le liquide recueilli jouisse sensiblement de la propriété digestive.

Les impressions guslatives peuvent provoquer déjà l'afOux du suc gastrique avant que l'aliment soit parvenu dans l'estomac. Une certaine dose de sucre^ introduite directement par une fistule stomacale, détermine une sécrétion incomparablement moins abondante que si elle est avalée par la bouche; et il a été reconnu que la même dose de sucre, qu'on Tintroduisi^ isolément dans l'estomac, ou après l'avoirlmprégnée de salive, provoque, dans les deux cas, la sécrétion d'une égale quantité de suc gastrique, (x n'est donc pas la salive qui excite cette sécrétion, mais bien rimprcs>iou produite par la substance sapide elk-méme.

Du reste, rôdeur et la vue des aliments déterminent le même effet: àud chien affamé et porteur d'une fistule de Testomac vient-on à faire voir ou à faire flairer un morceau de viande rôtie, aussitôt le suc gastrique s'écoule au dehors.

Tiedemann et Gmelin avaient déjà remarqué que la quantité de fluide gastrique sécrétée varie non-seulement suivant la nature et la consistance, mais encore suivant la quantité des aliments ingérés. Beaumont a constate les mêmes faits sur l'homme, « pourvu toutefois, dit-il, que cette quantité' d'aliments ne soit pas trop grande» . Les observations sur des chiens ayant de> fistules stomacalesontpcrmis de vérifier l'exactitude de cette proposition.

Après un jeûne assez prolongé, le suc gastrique est versé «ibondamment. même sous l'influence d'une petite quantité d'aliments qui, dans d'autre^: conditions, n'en feraient sécréter que très-peu (Beaumont, Blondlot). Rappelons que Frerichs a aussi observé qu'après un assez long jeûne les cellules arrondies, contenues dans les tubes pepto-gastriques, y existent eo plus grand nombre, et que le suc gastrique, dont on provoque alors la ^crétion, en est très-chargé; qu'enfin, si l'abstinence est par trop prolongée, ces cellules commencent à subir une métamorphose dans l'intérieur des tubes. En outre, Ghossat (1) a remarqué qu'au moment de la mort par inanitiation la membrane muqueuse gastrique a augmenté de poids et dr volume, tandis que tous les autres organes ont perdu, en moyenne, ^

(1) Hfcherch^» expérimtmiaUs mr VinanUmu Paris, 1844.

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quatre dixièmes de leur poids; ctL. Corviiart, dans les mômes circonstances, dit avoir constaté que Tinfusion de cette membrane dans Teau acidulée possédait, au moment de la mort^un pouvoir digestif très-énergique, qu'elle était loin d'avoir au début de Tabstinence sans doute parce qu'il n'y avait pas encore accumulation de pepsine* Il n'en était plus de même si les animaux avaient pu boire.

Nous n'aurons que bien peu de notions à exposer sur les modifications du suc gastrique dans Vétat pathologique. Nous rappellerons d'abord que ce fluide peut être modifié par suite de la présence de substances étrangères dans le sang.

Àjant injecté dans les veines d'un chien, durant la digestion, du cyanure jaune ferrure de potasse, Cl. Bernard (1) sacrifia l'auimal une demi-heure après, et le sel se retruuva dans le suc gastrique. Les autres produits sécrétés, excepté l'urine, n'en contenaient point. La même expérience fut reproduite en surexcitant d'autres sécrétions, telles que celles de la salive, des larmes, etc., et néanmoins le sel en question ne fut retrouvé que dans le suc gastrique. Ce physiologiste conclut de ses recherches que, huit ou dix minutes après l'injection faite sur un animal qui commence à digérer, le cyanure indiqué «accuse déjà sa présence dans le suc gastrique ; que ce damier liquide peut recevoir un grand nombre de matériaux étrangers introduits dans la masse du sang et qui ne se mêlent pas aux autres sécrétions; qu'il semble être une émanation plus directe du sang que les autres fluides sécrétés.

En répétant ces expériences sur des chiens, Schiff reconnut trois fois que, chez ces animaux en digestion^ tués à une période très-rapprochée de 1 injection, le cyanure avait déjà passé dans l'urine, alors qu'il n'était pas encore appréciable dans le suc gastrique. Il n'existait pas non plus dans les autres sécrétions. Chez un chien auquel il avait fait avaler des cailloux, il trouva le sel, injecté quelques minutes avant la mort, dans l'urine mais non dans le liquide gastrique ou d'autres produits sécrétés. D'autres fois il constata la présence du cyanure exclusivement dans le suc gastrique et dans l'urine; mais, pour le retrouver dans l'estomac, il dut toujours attendre plus longtemps que pour le découvrir dans la vessie.

Du reste, toutes les matières étrangères ne passent pas, en nature, du sing dans le suc gastrique. Le premier de ces deux expérimentateurs croit pouvoir établir, à cet égard, les quatre propositions suivantes :

i* Si l'on injecte dans le sang les acides lactique, phosphorique, butyrique et acétique, on les retrouve dans l'estomac. 2* Si l'on injecte des solutions alcalines de magnésie et de fer, jamais on n'observe dans le suc gastrique la présence de ces bases. S*" Si l'on injecte des sels, tels que le lactate de fer, le butyrate de fer ou de magnésie, ces sels sont décomposés, leurs acides se retrouvent dans le suc gastrique et les bases ont passé dans les urines; si l'on empoisonne un animal en lui injectant du cyanure de

M/ Du iur goÊirique et de son rôle dans la nutrition, TbèM inaug. Ptrô, 1843.

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mercure, les matières alimentaires que contient Testomac ont Todeur trèsprononcée d'acide cyanhydrique, et jamais on n*y retrouve le mercure. à* Toutes les fois qu'on emploie un sel minéral qui n'est pas susceptible de se décomposer dans le sang, ce sel passe en nature dans le suc gastrique : c'est ce qui arrive pour le cyanure jaune ferrure de potasse et pour le sulfate de fer, et c'est la raison qui fait qu'en injectant simultanément ces deux sels dans le sang, ils viennent se rendre, en nature^ dans Teslomac et former dans le suc gastrique un précipité de bleu de Prusse.

Ces expériences, faites sur des animaux en pleine digestion, prouveraient, d'après leur auteur, que l'action de la membrane muqueuse de Testoniar consiste, en partie, à séparer du sangles acides que ce liquide contient.

Nous ne saurions accepter comme démontrées les propositions qui précèdent ; voici nos raisons :

a. La présence, dans l'estomac, des acides lactique, phosphorique, butyrique et acétique^ a déjà été signalée dans les conditions les plus variées, comme on le verra plus loin; et si, après l'injection de ces acides dans le sang, on les a rencontrés en effet dans l'estomac pendant le travail de la digestion, il faudrait au moins, pour juger la question dont il s'agit, avoir la certitude que leur quantité a été augmentée en proportion de la quantité injectée. Mais, dans l'état actuel delà chimie organique, il n'a pas encore été possible de doser bien exactement la quantité des acides lactique et phosphorique qui se trouvent ordinairement dans le suc gastrique. La difficulté est encore plus grande quant aux acides butyrique et acétique, aus^i doit-on déjà s'estimer heureux d'avoir pu constater leur présence d'une manière positive.

Les recherches de Wœhler (i) ont d'ailleurs appris que d'autres «icide^ organiques passent dans les urines; et là ce sont les reins, et non la membrane muqueuse de l'estomac^ qui sont chargés de séparer du sang le^ acides qu'il pouvait artificiellement contenir, tels que les acides oxalique, citrique, œnanthique, gallique, hydrosalicique, etc.

^. Quant à la magnésie et au fer, il serait inexact de croire que cesbase< ne peuvent être retrouvées aussi dans la sécrétion de l'estomac. Au contraire, d'après Schmidt (2), elles existent normalement et en quantité appréciable dans le suc gastrique; on devra donc vraisemblablement les y rencontrer eu quantité plus grande, après leur injection dans le sang.

r. Nous avons dit, plus haut, qu'on ne saurait démontrer que les acide> des sels indiqués sont réellement passés dans le suc gastrique, quoiqu on en retrouve les bases dans l'urine sous forme de carbonates. Toutes les bases unies aux acides organiques peuvent se retrouver dans l'urine comme carbonates; c'est un fait établi depuis longtemps par Wœhler et reconnu exact par d'autres chimistes. Il en est de même pour les précédentes injeetions dans le sang, comme l'a constaté Lehmann (3). Or, on sait, d'après de nombreuses expériences, que toute substance qui circule avec le saug

(i) TiEDEMANii et Trkviràkus, Zeitschrift fur Physiologie, l, i82A, p. 138.

(2) BiDDER et Schmidt, Verdauungssaefle und der StoffwechseL Leîpûg, 1852.

(3) Physiohgiê^ Chemie^ t. I, p. 102.

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