MODIFICATIONS DE L\ SÉCRÉTION DU SUC GASTRIQUE
et qui n'est pas complètement oxydée, mais qui est susceptible de recevoir encore facilement de l'oxygène, s'oxyde dans la circulation (1) : nous admettrons donc avec Wœhler, Liebig, Valentîn, lehmann et beaucoup d'autres expérimentateurs^ que l'acide organique de ces sels s'oxyde et se convertit en acide carbonique, comme cela arrive quand on le brûle. Pourquoi dès lors supposer que, dans ce cas, l'acide carbonique ait une autre source et remplace seulement l'acide organique qui serait passé dans l'estomac, puisque déjà ce dernier acide peut lui-même y avoir été produit pendant la digestion? Ajoutons qu'en injectaift les sels en question chez des animaux à jeun, et, par conséquent, ne sécrétant point de suc gastrique qui puisse s'emparer des acides, ces sels organiques subissent les mêmes changements : SchiiT^ ayant injecté de l'acétate de soude dans la jugulaire d'un chien à jeun depuis vingt-quatre heures, retrouva dans l'urine du carbonate de soude.
Quelques-unes de nos remarques font voir que les propoJ»itions formulées plus haut sont loin d'être suffisamment prouvées. Il faut aussi se rappeler qu'il n'y a pas que les sels minéraux, non stfsceptihles de se décomposer dans le sang, qui puissent passer en nature dans le suc gastrique : Lehmann a décnontré (2) qu'après l'injection du chlorure de sodium, par exemple, ce sel tout entier, et non l'acide seul, se retrouve en grande quantité dans le suc gastrique.
D'autres matières étrangères, qui circulent avec le sang, peuvent accidentellement se rencontrer dans l'estomac. C'est ainsi qu'après l'extirpation des reins, les produits de la décomposition de Vurée se retrouvent dans la cavité gastrique. Suivant Frerichs(3), ce n'est pas l'urée elle-même qui s'y dépose, comme on l'avait d'abord cru, mais le carbonate d'ammoniaque qui se forme déjà dans le sang, et qui passe aussi dans la bile.
Dans le choléra, Lehmann et Schmidt (4) disent avoir reconnu que, par suite de la suppression des urines, l'urée passe en nature dans l'estomac.
On doit à W. Beaumont (5) des observations relatives à certaines modifications qui surviennent dans la sécrétion stomacale, sous l'influence de Yétat fébrile. Dans ce cas, il remarqua, sur son Canadien afl^ecté d'une fistule gastrique, que la membrane muqueuse perdait sa couleur naturelle et son aspect normal ; parfois elle était rouge et sèche, d'autres fois pftle et légèrement humide La sécrétion du suc gastrique était notablement diminuée ou même tout à fait nulle, malgré l'introduction de matières alimeniaires qui alors séjournaient un ou deux jours dans l'estomac, sans être digérées. Les boissons, au contraire, disparaissaient en moins de dix minutes. Quelquefois aussi la muqueuse se couvrait de boutons qui, d'abord pointus et rouges, finissaient par suppurer. Dans d'autres circonstances,
a(1) Lchmann, ouvr, cité, t. H, p. 408 et HO. ' ^{'i) Loc. cit.
(3) Archiv fur physioL Heilkuruie, t X, p. 409
(4) Luc. cit.
(5) Loc, cit. .
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fieauniont aperçut des plaques rouges de 2 à 3 centimètres de circonférence et parsemées d'aphtbes. Tant que Testomac était malade, la langue lui parut recouverte d'une saburre plus ou moins épaisse.
D'après ses propres observations^ Frerichs (1) fait remarquer que l'ancienne opinion des médecins qui voyaient, dans l'état de la langue, la représentation de l'état de la muqueuse gastrique, est démentie plutôt que conûrmée. Depuis longtemps un de nos observateurs les plus recommandables, Louis, se fondant sur l'analyse des faits et l'observation clinique, avait déjà victorieusement réfuté cette opinion. En effet, l'enduit muqueux, qui parait si souvent sur la langue, est bien loin de dénoter toujours un état morbide de la muqueuse stomacale : dans certains cas de fièvre typhoïde, par exemple, où jusqu'à la mort la langue avait conservé un enduit épais, jaunâtre ou brun^ la muqueuse de l'estomac offrait un aspect tout à fait normal. Ce n'est qu'exceptionnellement, surtout dans les cas de dyspepsie chronique, qu'on a pu constater à la fois un enduit grisâtre et muqueux de l'estomac et de la langue.
Frerichs et Schrœder ont analysé les liquides, plus ou moins clairs et aqueux, qui parfois sont vomis à jeun, et qu'on a regardés à tort comme du suc gastrique sécrété en surabondance : ils n'ont trouvé qu'un mélange de salive et de mucus, ou neutre, ou plus souvent alcalin, mais jamais de véritable suc gastrique. En examinant le liquide rendu en si grande quantité dans des cas de pyrosis, je me suis aussi convaincu qu'on avait, en général, affaire à un pareil mélange. Les exemples d'hypersécrétion du suc gastrique, rapportés dans quelques ouvrages de pathologie, ne sont rien moins que prouvés.
V. — Plusieurs des premiers savants qui étudièrent les propriétés du suc gastrique cherchèrent à se procurer ce fluide, en vomissant, soit à jeun, soit après avoir pris un peu de liquide ou une faible quantité d'aliments. Spallanzani, par exemple, avalait d'abord de petits tubes de boi^ percés de trous et remplis d'aliments, dont la présence irritait l'estomac, puis il provoquait le vomissement. Quant à Montègre et à Gosse, ils possédaient la faculté de vomir à volonté et à tout moment.
Si l'on est à jeun, ce qu'on obtient de cette manière, nous l'avons dit, est surtout de la salive unie à une certaine quantité de mucus. En vomissant après avoir pris un peu de nourriture, on parvient à obtenir du suc gastrique, mais mêlé aux aliments, de sorte qu'il est impossible de Teo séparer pour des expériences précises et concluantes.
Spallanzani recueillait aussi le fluide gastrique qu'un aigle rejetait en vomissant une petite sphère d'os qu'il lui faisait avaler à chaque repas. D'autres fois, il remplaçait cette sphère par des tubes à parois perforées.
C'est surtout en introduisant dans l'estomac des animaux des éponges qu'ils en retiraient imbibées de liquide gastrique, que Réaumur et Spallanzani se procuraient le fluide destiné à leurs recherches. Ces éponges
(i) Wagmer*» Handwdrterhuchf etc., t. HI, p. 790.
MOY..KS PK0PHE8 A OUTEXIR IX SL'C GASTRIQIE. 221
étaient sèches ou comprimées comme l'éponge préparée des chirurgiens, enfermées dans des tubes percés de trous^ et attachées à des fils à Taide desquels on les ramenait au dehors. On n'obtient ainsi qu'une bien faible quaDiité de suc gastrique mêlée à beaucoup de salive. Si l'animal est à jeun, réponge ne rencontre dans l'estomac que de la salive avec du mucus^ et si, antérieurement à l'expériei^ce, cette salive est peu abondante^ Tirritation exercée par le fil sur Tarrière-gorge provoque une sécrétion salivaire plos active qui se déverse dans l'estomac. La stimulation que l'éponge ellemême produit sur la membrane muqueuse de cet organe ne saurait d'ailleurs donner beaucoup de vrai suc gastrique. Leuret et Lassaigne ont aussi employé ce procédé.
Quant à Tiedcmann et Gmelin, ils avaient recours à un autre. moyen : iU faisaient avaler aux animaux des corps irritants et insolubles, tels que des grains de poivre ou des cailloux ; puis ils immolaient les animaux qaelque temps après. De la sorte ces expérimentateurs se procuraient un liquide qu'ils regardaient comme du suc gastrique pur, mais qui souvent était mêlé à beaucoup de salive et, chez les herbivores dont l'estomac n'estpresque jamais vide, à des débris d'aliments. Ce procédé ne fournit qu une petite quantité de liquide (8 à 10 gram. chez les chiens), et il ne permet pas de faire des expériences comparatives sur le même animal. Bailleurs il exige le sacrifice d'un grand nombre de sujets.
On a aussi utilisé des cas où, chez l'homme, à travers une ouverture accidentelle des parois de l'abdomen et de l'estomac, on a pu voir et toucher directement l'intérieur de ce dernier organe. On trouve, dans les auteurs, an certain nombre de ces exemples qui ont été rassemblés principalement parR. Marcus (1).
C'est Jac. Helm {Vj qui> un des premiers, profita d'une telle disposition pour faire quelques 'expériences sur la digestion. Mais c'est surtout William Beaumont (5) qui^ ayant pour sujet de ses recherches un jeune chasseur canadien affecté de fistule gastrique {*), et qui les continuant durant pinceurs années, parvint ainsi à réunir de précieux documents pour la "ciênce. Beaumont, médecin militaire aux États-Unis, avait pris à son service cet homme, qui, pendant tout le temps qu'il servit aux expériences,* n'en jouit pas moins de la meilleure santé. Mais enfin^ fatigué ou ennuyé d'un tel emploi, il s'enfuit et disparut. Pour se procurer du suc gastrique, Beaumont introduisait par la fistule
(t) De fisiula vtntriculû Berolim 1835, p. 15.
^2) Z^rei Ktankengeschichten, Vienne, 1803.
^3) Exper, and Observai, on the Gastric Juice and tke Physiol, of Digestion. Plaltsburg,
(') Cette fistule, disposée de la manière la plus favorable pour des recherches physiologiques, '^t snrrenue k la suite d'un coup de feu dans la région épigastrique.
fias réeemiDeot, chez une femme qui avait une fistule stomacale depuis trois ans, et qui "^'aUleurt se portait très-bien et allaitait son enfant, des recherches analogues à celles de * • Beamnont ont été faites par BiDDER et Schhidt pendant environ huit semaines : leurs pria* "ipaax résultats ont é é publiés par Scmrcbder {Sucd gaslrici humani vis digestiva, Dorpat, 1953, et par Gkuchbwaldt {Sucei gaslrici humani indoles physica et chimica; Dorpat, 18$3}, n dans Jreh. de Tubingue^ t. XIIIi p. 459).
une grosse sonde de gomme élastique avec laquelle il irritait la membrane muqueuse de l'estomac.
L'observation de Beaumont avait été si féconde en résultats utiles, que Ton dut bientôt songer à établir. artiOciellement de semblables fistules chez les animaux, el à mettre à profit une disposition si commode pour étudier les phénomènes de la digestion stomacale. Deux savants eurent cette idée et la mirent à exécution presque en môme temps.
Le 17 décembre 18/!(2, le docteur Bassow lut, à la Société impériale dei naturalistes de Moscou, un mémoire qui fut imprimé dans le tome XVI du Bulletin de cette société. Dans ce mémoire, il dit qu'il a été engagé par l'observation de Beaumont à tenter, sur des chiens, d'éUiblir des fistule^ gastriques artificielles et que huit fois il y réussit. Bassow^ après avoir préparé l'animal à l'opération en le privant d'aliments pendant seize à vinçl heures, fait à la paroi abdominale une incision de deux à trois pouies. parallèle à une ligne qui descend de l'appendice xiphoïde du sternum à l'extrémité antérieure de la dernière côte gauche. L'incision une fois pratiquée, l'opérateur arrive sur l'épiploon qu'il écarte pour saisir l'estomac, prend celui-ci par son fond et Tattire un peu au dehors. Alors, armé d une aiguille niunie d'un fil ciré, il traverse, près de l'angle externe, les téguments de la lèvre supérieure de la plaie, passe ensuite sous la tuuique muqueuse de l'estomac dans la longueur d'un demi-pouce, en ressorte! traverse la lèvre inférieure de la plaie, puis termine par une suture entrecoupée au moyen de deux nœuds simples. En dedans, il procède de la même manière, puis incise immédiatement la paroi de l'estomac comprise eulre les deux sutures principales. Enfin, il réunit les lèvres de celte incision au.\ lèvres de l'incision extérieure par divers autres poiuts de suture entrecoupée. L'opération finie, Bassow ne donne au chien que des liquides ju*»qu'au neuvième jour; après la cicatrisation de la plaie, l'animal ne re<;oit pas plus d'une livre d'aliments à la fois, el il ne doit boire que deux ou trois heures après l'ingestion des aliments solides.
Ces dernières précautions paraissent avoir été nécessaires^ parce que 'Bassow ne fixe point d'appareil spécial pour tenir bien fermée l'ouverture de la fibtulc. En efi'et, lors de Pingestion d'une trop grande quantité d'aiiments, une partie se serait échappée par cette ouverture, qui n'est boucli^-e qu'à l'aide d'un morceau d'épongé retenu par un fil attaché à deux anneaux métalliques qui traversent la peau. Bassow a aussi observé, comme Beaumont l'avait fait sur Thomme et comme d'autres ont pu le constater dipuis sur les chiens, que la fistule a une grande tendance à se fermer. Cetti tendance est même si prononcée, qu'elle a besoin d'être combattue chaque jour par l'introduction d'un corps étranger dans le trajet fistuleux; >aD< cette manœuvre, l'occlusion de l'ouverture s'opérerait assez promptement.
Le mémoire de Bassow me semble avoir été bien peu connu des phpi<^ logistes^ puisque je ne l'ai trouvé cité dans aucun ouvrage de physiologie m même dans aucun traité spécial sur la digestion. On voit d'ailleurs qu à l'aide de ce procédé, on ne peut entretenir que pour un temps très-court