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MOYENS PROPRES A OBTENIR LE SUC GASTRIQUE

une ouverture assez grande de la fistule : dans les figures qui accompagnent le travail de Bassow, on peut remarquer que, déjà trois mois après Topératioa, Torifice fistuleux n'avait plus guère que 8 à 10 millimètres de diamètre.

Un an après la lecture du précédent mémoire parut le Traité analfjtique de la digestion par Blondlot. On y trouve de meilleurs préceptes pour rétablissement des fistules stomacales, ainsi qu'un grand nombre de faits nou* veaux dus à Tapplication de celte précieuse méthode. Blondlot^ je n'en doute pas, n'avait aucune connaissance de l'opération de Bassow; il est même probable qu'il l'a exécutée avant ce médecin^ bien qu'il l'ait publiée plus tard. Eu effet, au moment où parut son traité, il écrivait (1) qu'il avait alors un chien opéré depuis deux ans. Bassow, dans son mémoire, ne laisse pas voir la date de ses premières expériences.

Le mode opératoire de Blondlot diQère du précédent sous plusieurs rapports. Cet expérimentateur donne à manger à l'animal avant l'opération, afin de rendre l'estomac plus facile à saisir. Il fait sur la ligne blanche une incision de 7 à 8 centimètres, attire au dehors Testomac, le traverse de part en part avec la lame étroite d'un bistouri et passe dans celte ouverture un fil d'argent recuit, assez long pour former une anse. Alors il ferme par quelques points de suture le reste de la plaie qui n'est pas occupé par l'estomac. Entre les deux extrémités du fil, il met un bâtonnet sur lequel il les tord ensemble, de manière à amener la portion de l'estomac comprise dans l'anse en contact immédiat avec le bord interne de la plaie. Quelques jours après, il resserre l'anse par une nouvelle torsion, ce qu'il répète jusqu'à ce que le fil métallique tombe avec la portion étranglée de l'estomac; alors la fistule est établie.

Dans ces conditions, le trajet fistuleux conserve néanmoins une telle tendance à se fermer, qu'il disparaît presque complètement, si l'on néglige un seul jour d'y faire pénétrer un corps étranger. Pour obvier à cet inconvénient, Blondlot introduit une petite canule d'argent ou de buis, munie d'un double rebord; de sorte qu'une fois placée, elle ne peut qu'exceptionnellement tomber en dehors ou pénétrer plus avant dans l'estomac. L'introduction de cette canule est parfois assez difficile : il faut d'abord dilater la plaie, dont les lèvres, ui revenant sur elles-mêmes, retiennent l'instrument en place. Dans l'intervalle des expériences, on le tient fermé avec un bouchon de liège.

Quant à Bardeleben (2), il fait à l'abdomen une incision de deux pouces de longueur seulement; puis, après avoir attiré l'estomac au dehors, H rempôche de rentrer en le traversant par un fil qu'il lie à un petit bâton tixé transversalement au-dessus de la plaie. Alors il ferme par une suture le reste de l'incision, puis traverse l'estomac et les bords de la plaie avec

(1) Ouvf, cité, p. 205.

(2) ircAttf fur phytiohgische Heilkunde, t. VlU/p. 2.

Tlk DE LA OKitSTlON

une aiguille armée de deux fils. Ramenant ensuite Tun en avant, l'autre en arrière de la plaie, il étrangle dans une sorte d'anneau la portion extérieure de Testomac en forme de saillie ombilicale. En même temps les fils pressent les angles et les bords de la plaie contre les parois de restomac. La portion étranglée se gangrène et tombe du quatrième au cinquième jour^ et la fistule est établie. La canule dont se sert Bardeleben s'introduit facilement, sans préparation de l'ouverture fistuleuse, et n'a pas, comme celle de Blondlot, l'inconvénient de tomber quelquefois après son introduction.

Cette canule se compose d'un tube et de deux crochets doubles. Le tube a le diamètre de la fistule et une longueur de trois quarts de pouce; il n a de rebord qu'à sa partie qui reste au dehors. Les crochets sont deux lame^ï minces qui, à leur« deux extrémités, se replient à angle droit de manière à présenter deux pièces horizontales. La supérieure a la longueur du rebord ; l'inférieure, qui peut être beaucoup plus large que le reste du crochet; ne doit pourtant pas dépasser la largeur du tube. La canule, une fois introduite, est fermée avec un bouchon de liège bien ajusté dont la pression sur les crochets et le tube la maintient en place. Quand la fistule n^est pas trop grande, elle se trouve mieux fermée qu'avec l'appareil de Blondlot. Lorsqu'on enlève le bouchon, les crochets tombent; mais alor^ la pression du tube contre les bords de la fistule suffit pour le retenir pen dant le temps de l'expérimentation. On peut môme enlever tout à fait l tube, quand il s'agit de constater la coloration de la membrane muqueuse on le replace ensuite avec facilité.

Bardeleben a essayé aussi d'exclure de l'estomac le fluide salivaire. ei établissant une fistule œsophagienne. Après l'avoir produite» il a ten( d'oblitérer l'œsophage en le liant au-dessous d'elle; mais il ne put obtenu une réunion durable, la muqueuse n'étant pas susceptible d'une infian mation adhésive. 11 parvint à détruire cette membrane elle-même, et i ligature ne produisit pas encore une oblitération permanente et so1idt| Cependant, à Taide de ce moyen, Bardeleben a réussi à exclure, pot quelque temps, la salive de l'acte de la digestion, et à faire dans ces ea dilions quelques expériences intéressantes.

VL — Avant qu'on eût découvert ces derniers procédés pour se procuii du sue gastrique pur ou à peu près pur, il fallait, comme nous l'avons \i se borner à l'examen des produits variables contenus dans la cavité stontj cale ou rejetés par le vomissement; et môme lorsqu'on avait recueilli \ fluide dans les estomacs d'animaux à jeun, les physiologistes, n'ayant p| toujours commencé par expérimenter sur son pouvoir digestif, ne s'a cordaient pas encore sur sa nature et ses réactions. Le liquide obtei^ était tantôt pour les uns de la salive et du mucus, tantôt pour les autr du suc gastrique véritable ; on le croyait tour à tour acide, alcalin ou to| à fait neutre.

En effet, Spallanzani lui -même pensait que le suc gastrique variait dai

(:uiiPObn:ox auMic,»i£ ou 5Lc gastiuole. 225

sa réaction d'une manière indéterminée. Gosse le proclamait acide chez les herbivores, alcalin chez les carnivores. Dumas (de Montpellier) avança que la Dourritare végétale rendait le suc gastrique acide, et qu'il devenait alcalin avec une nourriture animale : la fermentation lactique des substances végétales contenues dans Testomac lui avait sans doute suggéré cette opinion.

Depuis les travaux de W. Prout, de Tiedemann et Gmelin, de Leuret et Lassaigne, etc.^ on sait positivement que le suc gastrique est constamment acide chez tous les animaux vertébrés. Il en est de même chez les crustacés, d'après Purkinjc; chez les locustes et les gryllotalpa parmi les insectes orthoptères, chez les anodontes parmi les mollusques, d'après Schiff. Burmeister (1) dit qu'il est acide chez tous les insectes.

Si parfois l'estomac peut renfermer assez de salive et de mucus pour i|Qe son contenu soit alcalin^ la membrane muqueuse elle-même n'en reste par moins toujours acide, surtout dans les régions cardiaque et moyenne, comme je Tai constaté chez le chien : c'est ce dont il est facile de s*assarer en appliquant du papier de tournesol à la surface de cette membrane préalablement essuyée et débarrassée du mucus. Ceux des tubes glandulaires de l'estomac qui sont chargés de la sécrétion du suc gastrique, offrent, en effet, une réaction acide dans toute leur étendue, • et c'est, dit Frerichs, un fait que l'on peut constater dans le proventricote des oiseaux (de l'oie, par exemple). Les sacs glandulaires longs et ovales, dont on peut faire aisément ici des coupes transversales, contien* nent, même dans leurs couches les plus profondes^ une matière qui rougit letoamesol. Il s'ensuit que le suc gastrique est sécrété acide (2). »

Le sue gaftrigue^ séparé du mucus qu'il tient en suspension, est un liquide presque incolore, limpide^ doué d'une saveur aigrelette et légèrement salée, d'une odeur faible, mais spéciale et variable chez les divers animaux. Sa densité est un peu supérieure à celle de l'eau. Exposé à une température inférieure à 0**, le suc gastrique peut être congelé sans avoir f>erdu sa faculté digestive, qui redevient entière à -{-38 degrés centigrades; il se trouble légèrement par l'ébullition, et dès lors devient inactif. Quand il A été filtré, l'air n'exerce que peu d'action sur lui : aussi ce liquide, quoique de provenance animale, peut-il être conservé pendant longtemps (plusieurs mois; sans perdre ses propriétés chimiques et physiologiques.

Tn grand nombre de chimistes se sont occupés de la composition de cet important fluide. Mais leurs analyses (pour la plupart assez dissemblables quant aux proportions de matières organiques, d'aoides, de sels minéraax, etc.^ et même quant à la nature de ces corps], représentent, aux )t*ui du physiologiste, plutôt une sorte d'inventaire de toutes les sub- 'tances qui peuvent se rencontrer dans les liquides sécrétés par la muqueuse de l'estomac^ qu'un rigoureux énoncé des principes réellement

(I) Hatufifuch derEntomoL^ t. 1, 1882.

(3) FisaiCRi, (mvr, cité^ t. III, p. 780.

LdMCT* -* PIT8I0L. t. — 13

constitutifs du suc gastrique considéré comme agent digestif, fin effet, quand la muqueuse de l'estomac, sous l'influence de l'excitation qu'occasionnent les aliments, se met à verser un liquide, il y a là deux actes différents, quoique ordinairement simultanés : l'un principal^ qui est caractéristique et immuable, c'est la production d'agents spéciaux sans lesquels il n'y aurait point de digestion possible; l'autre secondaire (au moins quant à cette fonction)^ qui varie avec les conditions de Téconomie et qui d'ailleurs est commun à la plupart des membranes muqueuses, c'est l'élimination de substances amenées dans l'estomac, soit naturellement par suite du mouvement de décomposition organique, suit accidentellement par suite de leur introduction dans le sang. Or^ ces substances, qui sont impropres à rester dans l'organisme, sont aussi trè>variables et absolument étrangères à la constitution du produit caractéristique et fixe de l'estomac, auquel elles restent néanmoins associées. Dès lors, jusqu'à ce qu*on ait exactement déterminé le nombre, la proportion et la nature des éléments qui constituent essentiellement l'agent mystérieux de la digestion ou le vrai ttu: gastrique, il devient difficile d'accorder une très-grande importance et une créance complète aux analyses suivantes qu'on donne comme s'appliquant à lui, quoiqu'en réalité elles expriment la composition de liquides mixtes recueillis dans l'estomac.

Berzelius a trouvé dans le suc gastrique de l'homme, recueilli par W. Beaumont, 1,27 pour 100 de matières solides. Leuret et Lassaigne. dans celui d'un chien, ont trouvé 1,32; Gmelin, dans celui d'un cheval, 1,60. Frerichs a obtenu chez le cheval 1,72 et chez le chien 1,15. Lehmann (1) dit que le suc gastrique contient de 1,05 à 1,48 pour 100 de matières solides. Blondlot, qui autrefois n'en n'avait admis que 1 pour 100« a prétendu depuis (2) que l'on avait généralement beaucoup trop abaissé la proportion de ces matières solides ; il assure maintenant qu'elle est de 3,12 pour le suc gastrique filtré. Du reste, les analyses de Schmidt, communiquées par Hiibbenet (3), concordent assez bien avec celles de Blondlot : car le chimiste allemand trouva, dans le suc gastrique d'un chien dont les conduits salivaires avaient été liés, 2,69 pour 100 de principes solides; 2,88 dans celui d'un autre chien dont les conduits salivaires étaient restés libres; mais seulement 1,38 dans celui d'un mouton.

La quantité de matière organique contenue dans le résidu sec parait varier sensiblement. Ainsi, dans 3,12 d'un pareil résidu, Blondlot a constaté la présence de 1,80 de matière organique; Schmidt, dans les deux expériencv> (sur des chiens) qui viennent d'être citées, a trouvé, dans 26,938 derésiilu sec, 17,127 de principes organiques, et, dans 28,829 de résidu, 17,336 de ces mêmes principes. Sur le mouton, il n'a trouvé que 4,055 de matière organique sur 13,858 de matière sèche. Ces estimations de Schmidt ont été faites sur 1000 parties de suc gastrique.

(1) Physiol. Chem., t. Il, p. Ai.

(2) Sur le principe acide du suc gastrique. Nancy, 1851 i

(3) Disquintioues de succo gastrico, Dorpat, 1850.

œilPOSITION CHIIIIQU£ DU SUC GASTRIQUE. 227

D'après Gmelin, Frericbs et Lehmann, la partie organique du résidu sec du suc gastrique est généralement plus considérable que la partie inorganique. Ainsi Gmelin, chez le cheval, trouve 1,05 pour 100.de parties organi- . queset 0,55 de parties inorganiques; Frerichs obtient, sur le même animal, 0,98 de parties organiques et 0,74 de parties inorganiques; Lehmann signale 0,86 à 0,99 des premières, et seulement 0,38 à 0,56 des secondes.

Il est probable que des substances alimentaires, dissoutes en proportion variable dans le suc gastrique, ont contribué dans ces diverses analyses à la différence des résultats.

La composition générale du suc gastrique est d'après Blondlot (1) :

Eau 96,71

Bîphotphate de chaux 0,60

Chlorure de ealcium 0,32

Chlorure de sodium 0,16

Chlorhydrate d'ammoniaque *. 0,36

Matière organique 1,80 *

Perla 0,05

Schmidt donne^ comme moyenne de neuf analyses du suc gastrique de chien, sans mélange de salive, et recueilli après la ligature des conduits salivaires :

Eau 973,062

Matière organique 17,127

Acide chlorbydrique libre * 3,050

Chlorure de potassium 1,125

Chlorure de sodium 2,507

Chlorure de calcium 0,624

Chlorhydrate d'ammoniaque 0^468

Phosphate de chaux 1,729

Phosphate de magnésie 0,226

Phosphate de fer 0,082

Ainsi, on voit qu'indépendamment de la différence principale relative à l'acide chlorbydrique et à ses combinaisons avec les bases, les analyses de Schmidt signalent dans le suc gastrique la présence du chlorure de potassiuoQ et des phosphates de magnésie et de fer^ que Blondlot n'avait pas rencontrés. Du reste, déjà d'autres auteurs y avaient admis l'existence de traces d'oxyde de fer et de magnésium : Tiedemann et Gmelin avaient trouvé ces bases chez le cheval, et Braconnot avait découvert l'oxyde de magnésium chez le chien. Frerichs (2) admet la présence du fer, mais il ne croit pas constante celle de ce second oxyde ; il a trouvé en outre des sulfates, comme l'avaient fait aussi autrefois Tiedemann et Gmelin. Lehmann nie la présence de ces derniers sels. Supposant que la matière organique propre au suc gastrique, et qu'on a nommée pepsine^ contient du soufre comme tous les corps albuminoîdes, on a admis que, dans le cas où elle n'a pas été suffisamment précipitée avant Tévaporation du suc gas-

(1) Mém, du, 1851, p. 27.

(3) Uk. du

T2S i>r i.A DroKsno.N.

trique, !e soufre de cette matière organique s'oxyde pour former, dans les cendres, les sulfates que certains auteurs y ont admis comme préexis- . tants.

Burin du Buisson (1), dans ses recherches sur le sang, est arrivé à conclure que le manganèse en forme un élément constant. Le fait est digne d'intérêt quand on se rappelle que déjà Gmelin (2) avait dit que le suc gastrique du cheval lui avait paru offrir quelques traces d*oxyde de manganèse.

Quel est Vacide auquel le suc gastrique doit son acidité? Nous croyoii> devoir traiter cette difficile question avant de parler de la substance organique particulière à ce fluide.

W. ProutO) est le premier qui ait fait d^s recherches sur ce sujet. Se servant du contenu deTestomac du.lapin ou d'autres animaux, il retendait d'eau, le filtrait et le partageait. i^n trgis portions. La première était brûlée et incinérée ; alors Prout déterminait la quantité de chlore combiné avec la potasse et la soude. La seconde^ d'abord neutralisée par la potasse, était ensuite brûlée ; elle donnait une quantité de chlore plus forte que la première portion. Prout regardait cet excédant de chlore comme constituant l'acide chlorhydrique libre du suc gastrique. La troisième portion était mêlée à un excès de potasse, puis également brûlée. La quantité de chlore qu'elle donnait de plus que la seconde portion était regardée comme constituant des chlochydrates d'ammoniaque, etc. L'auteur conclut de ses expériences que le suc gastrique renferme une proportion notable d'acide chlorhydrique libre.

Déjà Leuret et Lassaignc avaient élevé contre cette méthode d'analyse des objections auxquelles Prout{6) répondit. Celles que Gmelin formula, de son côté, n'ont pas une grande importance. Mais Blondlot et Frcrichs se sont appliqués à démontrer que les analyses du chimiste anglais sont réellement sans valeur. Blondlot (5) les juge et les condamne en co^ termes :

«Le suc gastrique renferme constamment une certaine quantité de phot^phate d'ammoniaque ; il contient aussi du chlorure de sodium de Taveu de tous les chimistes : or, lorsqu'on calcine simultanément ces deux sel>, il arrive de toute nécessité qu'ils se décomposent réciproquement, c'eslà-dirc que l'acide phosphorique se porte sur la soude pour former du phosphate de soude qui est fixe, tandis que l'acide chlorhydrique se porte sur l'ammoniaque pour former du chlorhydrate d'ammoniaque qui se volatilise. Lorsqu'au contraire on ne calcine le produit qu'après y avoir ajoute de la potasse^ il ne se dégage plus que de l'ammoniaque plus ou moin> carbonatée, mais non combinée à de l'acide chlorhydrique. En effet la po-

(1) Sur r existence du manganèse dans le sang humain» Lyon/ 4852,

(2) Loc, cit., p. 153.

(3) Phiios. Transact., 1824.

(A) Annal, of Philos.^ décemb. 1829«

(5) Traité analytique de la digestion , p. Tê%*

COMPOSITION CIIIUIQUE DU SUC GASTltlQUE. 229

tasse, lors môme qu'elle n'est pas employée en excès, commence par expulser Tammoniaque de sa combinaison avec l'acide phosphorique» de sorte qae le phosphate de potasse formé n'exerce pas d'action sur le chlorhydrate de soude ; l'ammoniaque se dégage donc seule ou combinée avec une partie d'acide carbonique qui provient de la décomposition par le feu de la matière organique. Il est évident, d'après cela, que la portion de pro« duit calcinée sans addition de potasse devait être moins riche en chlorhydrate de soude ou de potasse, et fournir un précipité moins abondant par l'azotate d'argent que celle qui avait été soumise à l'action du calorique après cette addition préalable, ce qui détruit par la base le raisonnement de Prout »

Frerichs (1) fait observer que, quel que soit l'acide libre du suc gastrique, si seulement il est moins volatil que l'acide chlorhydrique, il doit, pendant la calcinalion, expulser celui-ci des sels qui le renferment ; en sorte que ce procédé démontrerait toujours beaucoup d'iicide chlorhydrique libre, quand bien môme il n'y en aurait point dans le suc gastrique avant la calcination.

Tiedemann et Gmelin disent avoir rencontré de l'acide acétique et de l'acide butyrique dans l'estomac des animaux. Frerichs (2) a trouvé aussi de l'acide butyrique dans l'estomac d'un cheval et dans celui d'un chien. Ces acides ne provenaient -ils que de la décomposition des aliments?

La plupart des auteurs modernes ont admis, avec Ghevreul, Leuret et Lassaigne, que l'acide libre du suc gastrique est V acide lactique. Mais aucuu d'eux n'a donné de preuves tout à fait concluantes pour appuyer cette opinion; et la réaction, proposée à ce sujet par Pelouze(*), a été considérée comme n'ayant point une valeur suffisante par Strecker, Madrell et Engelhard (**).

Dans le suc gastrique de chiens nourris avec des os ou de la viande, Lehmann a pu recueillir un sel. de magnésie qui, par sa composition atomique, correspondait au lactate de cette base. Il se composait de : magnésie, 16=;= 1 atome; acide organique, 60 = 1 atome; eau, 2/!»,4 • -= 3 atomes.

Cela tendrait à rendre vraisemblable l'existence de l'acide lactique dans l'estomac. Mais, comme Liebig a démontré la présence de cet acide dans la chair des animaux, et qu'il se forme aussi dans la décomposition des matières féculentes, on peut croire qu'il devra se rencontrer sou-

(1) OHvr.dté, t. nr, p. 7R1.

(2) /6irf., p. 782.

[*) Cette réaction est la suivante : Vaeid*; lactique donne des sels de cuivre, de zinc, de thaox et de barjte, solubl^s dans l'eau; il donne aussi un sel de cuivre, qui forme, avec la chaui, un sel double etsoluble dont la couleur est plus intense que celle du sel simple; eofln, un sei de chaux soluble dans l'alcool et précipitable par l'éther de sa dissolution alcoolique.

(••) loc. «y. — Récemment Euderlik {Annal, der Cfiem, und Pharm,, t. XLVf, p. 123), ayant analysé, sous la direction de Ijcric, le nnc {gastrique d'un supplicié, n'y a rencontré iocun^ trare d'acide lactique.

vent dans l'estomac, sans, pour cela, en représenter le principe acide constant O*

Dans le but d'élucider la question des acides libres, dont on admettait l'existence dans le suc gastrique, Blondlot distilla au bain-marie 250 gram- . mes de ce suc jusqu'à ce que les quatre cinquièmes en fussent passés dans le récipient, ce qui exigea plus de vingt-quatre heures. Le produit de la distillation était incolore et n'exerçait aucune action sur le papier de tournesol. C'est là un résultat auquel étaient déjà arrivés Tiedemann et Gmelin dans quelques-unes de leurs expériences, et qui dernièrement a été obtenu par Schmidt, puis constaté aussi par moi avec le suc gastrique du chien* et par SchifT avec celui du chien, du chat, ainsi qu'avec le contenu, étendu d'eau et filtré, de l'estomac du lapin. Cette expérience tend à prouver que, des quatre acides supposés existants dans le suc gastrique (le chlorhydrique, l'acétique, le phosphorique et le lactique), les deux premiers ne sauraient y être à l'état de liberté : ils sont si volatils qu'ils auraient dû passer dans le récipient.

Blondlot, en essayant de neutraliser le suc gastrique avec du carbonate calcaire (craie), remarqua avec surprise qu'il ne se produisait aucune effervescence et que le liquide conservait toute son acidité, lors même que le contact avait été prolongé pendant plusieurs jours et la température poussée jusqu'à l'ébuUition. « Je ne crains pas d'être démenti, ajoute-t-il, en avançant que ce fait si simple et si facile à constater est à lui seul plus significatif que tous les travaux analytiques entrepris jusqu'alors pour élucider la question. x> Ce fait prouverait que ni l'acide chlorhydrique, ni Tacide acétique, ni l'acide lactique ne peuvent exister à l'état de liberté dans Testomac;'car, quelque étendus qu'on les suppose, ces acides ne sauraient rester en contact avec le carbonate calcaire, sans se neutraliser en s'emparant de la chaux, l'acide carbonique devenu libre se dégageant avec effervescence. L'acide phosphorique libre agirait de la même manière. Mais, chose digne de remarque, cet acide, s'il est uni à du phosphate neutre de chaux pour former du biphosphate calcaire, se comporte absolument de la môme manière que l'acide du suc gastrique, c'est-à-dire qu'il a une réaction manifestement acide sans avoir la propriété d'être neutralisé par le carbonate calcaire. Blondlot prétend que^ de tous les composés acides connus, le biphosphate d^e chaux est le seul qui se comporte ainsi.

Au contraire, avec les carbonates de potasse, de soude et d'ammoniaque, le suc gastrique se neutralise avec effervescence, en précipitant du phosphate neutre de chaux.

Le fer et le zinc, qui sont si facilement attaqués par l'acide chlorhydrique, ne subiraient, au dire de Blondlot, aucune action de la part du suc gastrique ordinaire, quelle que fût la durée du contact. Il en serait de même de leurs oxydes : ainsi l'oxyde de zinc, qui a une tendance si grande

Ç) Des expériences de BooDàULT {Journal de pharmacie et de chimie^ septembre 1856) tendent k étabUr que la pepsine neutre eUe-même peut agir sur U glycose des aUments et Utrauformer en acide lactique.

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