‹ Traité de physiologieChapitre 5 sur 141 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

et l'expérimentation; et en effet il observa, il expérimenta, il recueillit les faits anciens et en ajouta de nouveaux. On ne saurait, sans exagération, prétendre que Haller plaça la physiologie au point où elle se trouve aujourd'hui; mais il estjuste de reconnaître qu'il la constitua comme science, qu'il traça la voie dans laquelle elle a marché depuis et dont il n'est plus permis de s'écarter.

On serait peut-être tenté de lui reprocher d'avoir inventé, comme une force particulière aux corps vivants, V irritabilité ^ dont sans doute il a exagéré l'importance, et l'on pourrait objecter que, s'il ne fallait qu'un mot pour expliquer les phénomènes observés, on avait déjà ceux de vicy d* esprit^ d'dme, torchée ^ etc.; qu'il était bien superflu, par conséquent, d'en créer de nouveaux. Mais, avec un peu d'attention, on comprendra toute la distance qui sépare Virritabilité des causes finales admises pour expliquer les actes de la vie. L'irritabilité n'est pas une cause finale ; c'est, comme Yattraction^ un mot, rien qu'un mot destiné à rappeler à Tesprit la force qui produit certains phénomènes : phénomènes cpie l'on peut observer, force qu'on peut étudier, apprécier dans ses effets, et qui n'a d'inconnu que son essence.

Dès lors, la physiologie n'avance plus qu'appuyée sur l'observation et l'expérimentation ; elle repousse ou plutôt elle dédaigne toute théorie spéculative, tout système préconçu qu'un rêve enfante et qu'un autre rêve détruit. Elle tend à devenir positive, à ne rien avancer qui ne soit prouvé, et, loin de chercher à établir l'exactitude du raisonnement par des faits, elle tend à prendre les faits d'abord et à en déduire les raisons. Ce n'est pas à dire néanmoins que la science ne soit qu'un amas confus et stérile d'observations et d'expériences ; mais évidenmient celles-ci représentent les matériaux que l'intelligence est appelée à mettre en œuvre et qu'elle seule peut coordonner. Il faut donc que les faits et le raisonnement concourent au même but, soit que les faits précèdent le raisonnement, comme il arrive le plus souvent, soit qu'au contraire le raisonnement ait précédé les faits, comme le plan de l'architecte précède l'édifice à construire. Ces deux manières de procéder à l'étude de la physiologie peuvent être bonnes, pourvu qu'en définitive les faits et le raisonnement s'accordent. Aussi souvent qu'un problème important s'offrira à nous, nous devrons donc chercher à le résoudre à l'aide de l'observation ou de l'expérimentation, en évitant, autant qde possible, la voie de l'hypothèse : celle-ci n'a de valeur que par le travail de vérification qu'elle provoque.

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C'est ainsi que la physiologie a progressé, c'est ainsi qu'elle progressera dans l'avenir. — L'anatomie humaine et comparée, l'histologie, la tératologie, l'anatomie pathologique aidée de l'observation clinique, puis la mécanique, la physique et la chimie, telles sont les sciences avec le concours desquelles le physiologiste procède à l'étude des phénomènes si complexes de la vie. Nul assurément ne saurait contester aujourd'hui les rapports.étroits qui lient les progrès de la physiologie au développement des sciences chimiques en particulier. De son côté, que d'éminents services la physique moderne n'a-t-elle pas rendus à la phy siologie en mettant à sa disposition des instruments, des procédés de détermination et de mesure bien autrement puissants et précis que ceux dont disposaient nos devanciers !

Des caractères multiples séparent absolument, sans transition aucune, les corps doués de la vie de ceux qui en sont privés, c'est-à-dire les végétaux et les animaux d'une part, les minéraux de l'autre. On a imaginé pourtant que certaines substances minérales étaient en quelque sorte organisées. Ainsi Tournefort a prétendu que les pierres végètent, croyant avoir trouvé dans la grotte d'Antiparos des faits en harmonie avec cette conception ; mais une pareille manière de voir ne supporte pas l'examen, et il est incontestable que, dans la nature, les différences les plus tranchées établissent des séparations absolues entre les corps bruts et les corps vivants. — Étudier ces caractères, c'est entrer dans l'étude de la vie par l'élimination de ce qui n'en fait pas partie.

Avant d^analyser les différences qui existent entre les minéraux et les êtres organisés, notons qu'il serait possible de les distinguer tout d'abord les uns des autres, par cette seule considération que les premiers possèdent des propriétés, tandis que les seconds jouissent de ces mêmes propriétés et possèdent en outre des facultés. La physique en-^ seigne les propriétés de la matière : ces propriétés ne peuvent faire défaut ni dans la matière organisée, ni dans la matière inorganique; ce sont des attributs de tous les corps quels qu'ils soient. Il n'en est plus de même des facultés qui se manifestent par des actes et qui n'appar*tiennent qu'aux êtres vivants : vivre, c'est faire usage de ses facultés; plus ou moins développées, plus ou moins compliquées, les facultés se retrouvent dans tous les êtres vivants et chez eux seulement.

Ce qui distingue la propriété de la faculté, c'est qu'il y a passivité dans

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la première et activité dans la seconde ; la propriété est inséparable de la matière, la faculté est séparable de Tétre organisé, et cette séparation, qui s'opère quand la vie cesse, fait rentrer \e corps jusque-là vivant dans la classe des corps inorganiques.

Mais le langage physiologique, qu'il faut accepter tel qu'il est, permet difficilement d'établir comme une loi cette distinction : presque toujours, en effet, on confond les propriétés et les facultés, et l'on substitue le plus souvent, sans y prendre garde, l'une de ces expressions à l'autre. Cette distinction ne saurait d'ailleurs nous dispenser de mentionner les dififérences caractéristiques des deux grandes divisions des corps de la nature, différences qui s'observent également dans leur origine^ dans leur durée et dans leur fin.

Quant à V origine des corps inorganiques et des êtres organisés, dans le sens rigoureux du mot, elle est environnée, à nos yeux, des plus profondes ténèbres; ce qui n'empêche pas que tous les jours nous ne puissions étudier comment sont produits les premiers, comment se produisent les seconds.

Deux forces contribuent à former les minéraux : l'une chimique, est V affinité; l'autre physique, est V attraction. Les éléments delà matière, par combinaison ou par agrégation, constituent tous les corps inorganiques. Des circonstances nettement définies, qui peuvent se produire naturellement, mais que l'homme peut aussi provoquer, concourent à cette formation. Les êtres vivants, au contraire, ne doivent pas leur origine au hasard des circonstances ni à des forces seulement physiques ou chimiques ; il n'existe pour eux qu'un seul mode de production : ils naissent u Ils naissent, c'est-à-dire qu'ils proviennent d'êtres semblables à eux, soit au moyen d'un germe que la fécondation a vivifié {oviparité)y soit au moyen d'un bourgeon qui n'est en réalité qu'une extension de l'être producteur {gemmiparité)^ soit enfin au moyen de la scission d'une partie du tout (fissiparité).

Cette différence est absolue et ne subit aucune exception* En admettant même, ce qui est loin de devoir être admis, que des générations spontanées puissent s'effectuer, la différence dont il s'agit resterait toujours incontestée. En effet, supposons ici que certains animaux, que ceirtains végétaux puissent naître spontanément, cela démontrerait seulement que la force créatrice qui, dans le principe, a produit tous les êtres vivants, est encore agissante ; mais il n'en résulterait pas que ces êtres se forment comme les corps inorganiques. Nous examinerons en

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