‹ Traité de physiologieChapitre 51 sur 141 · BILE · texte numérisé non relu

BILE

Nous avons terminé l'étude des phénomènes de la digestion qui s'accomplissent dans l'estomac, II nous reste à parler de ceux qui se passent ims fintesliny et aussi des différents liquides (bile, suc pancréatique, ^uc intestinal) qui concourent à les produire. L'action isolée de chacun de ces liquides fixera d'abord successivement notre attention; puis viendra rétude de leur action simultanée, puisqu'en définitive ils sont appelés à agir ensemble sur les matières alimentaires déjà imprégnées de salive et de suc gastrique.

I. — Il ne peut être question ici que de rechercher quelle part revient à laftiïedans la digestion intestinale; les autres fonctions dévolues à l'organe sécréteur de ce fluide, le foie, seront examinées ailleurs (chap. Sécrétiens).

Qu'on envisage, ainsi que nous allons le faire, la bile comme intervenant dans l'acte de la digestion^ ou bien qu'on la considère comme simple produitde sécrétion, toujours est-il qu'il importe de rappeler tout d'abord ses principaux caractères physiques et chimiques.

Quoiqu'un grand nombre de chimistes se soient occupés de l'analyse de ce fluide, on n'est pas encore tout à fait fixé sur certains points relatifs à ^ composition : cela tient sans doute à la grande mobilité et aux dédoublcoients si faciles et si nombreux de ses principes immédiats en présence des agents chimiques mis en usage. En effet, une foule de produits que l'on avait tirés de la bile, loin d'y préexister, n'étaient évidemment que le résultat de transformations dues aux manipulations elles-mêmes.

D'après des recherches de date encore assez récente et d'après le travail le plus recommandable de tous, celui de Slrecker (3), la bile est essentiellement une dissolution de deux sels caractéristiques à base de soude,

(1) Compte» rendu» de f Académie des sciences de PariSj année 1844, t. XVHI, p. 995.

(2) CASiftTÂTT's, Jnhresltericht^ etc., 1844^ p. 220.

(3) SraiCKER, Vntersuchungen ûfter die chmiùche Constitution der Htwptbpstandtheile 'ter ikhengnlte. Giesien, 1848.

3B0 or u MKESTins.

8° Une inilière anîaMle (cUmUm?) intohiUe dan* l'eui, auU MtlaUe dau l'aie**! i

9° l'ne matiért Mlable dus l'eui el l'alcool, et précipitiMe pir la teialure de ooii de fille (ounudme ^ ] ;

10° Ln« madère qui rif«ad noe odew ariiM«M qniQj oaUckMiBb;

1 1° Ine iTiJliére Mlable dam l'eau, iniahilile dans l'akool, et prtdpiUbla par la* acidn ( oalière cisi^eusc, poul-tln avec de la matière nlifaire ? ] -,

i2<- Bu muouî-,

13° Du Mr-arbonalt d'aimnoaiatpie ;

1 1°-30° lif > nurfanle, oléate, acétate, cbolale, bicariHinale, [ihospbale et loUitc d« wode (avec peu de poU*M);

11" Du chlorure de «odiaiB ;

32° Du |>liuiphala de cbanz;

23° De l'eau, qai l'élèTS i 91,51 pour 1 00.

Dans un t ra?ait remarquable par sa précision et sa neltetô, H. Demarçay (I]. revenant ù l'idée ancienne qui assimilait labîlc k un savon, est arrivé à des résultais beaucoup plus simples : pour lui, la bile résulte essenliellement île la combinaison de la soude avec un acide organique azoté, qu'il nomme ande choléigue. Le cboléale de soude serait donc le principe caraclérislique <le la bile.

Vui(M 1 analyse due à Demarçay (bile de bœuf) :

Eau 875

Cboléale de «oude HO

Maliérea colonntes ,

HalMm graaie» dïicftet ( &

Mucus, etc )

>eU diven f 0

Les ruclicrches plus récentes de Strecker (i), dont la plupart des cbimistes adrnelteot aujourd'bui les résultats comme exacts, ont appris qu*ou doîl reganler la bile comme imc combinaison de soude avec deux acides or|^aniquc> azotés, au lieud'uo seul. Ces deux acides sont : l'acide eholiçv, qui ne coiuienl pas de soufre, et Vacide choUique qui en renferme une proportirm assez notable. Du reste, il importe de noter que Strecker, dans la détermination des élémenls constituanls de la bile, s'est appliqué à exclure tuiit traitement par les acides et les alcalis, qui dédoublent et IransfornioQt ces mêmes éléments; il s'est borné à évaporer lentement le fluide biliaire el à traiter par l'éther, par l'alcool, par l'eau et l'acétate de plomb, le produit de l'évaporation. — Lehmaan (3) a proposé de remplacer le nom d'aiMde cbolique par celui à'acide gtyeocbottgue, et le nom d'acide choléiquc ;tar celui d'acide laurocholique, ces deux acides donnant par leui's rt'ac'lioiis avec les alcalis bouillants, le premier du glycocotle (glycine, sncre de gi'-latine), et le second de la taurine. Ces nouvelles dénominations ont l'avanlage de prfiter moins à la confusion, et en même temps de rappe-

(I) De lu nature de la bile. {Annaki de rliimie etde^ytiqur, t. LXVIl, p. 177, aiBi« 1838).

(3} Annal, der Chem. tmd Pharm., t. LXV. p. 1 ; t. LIVII. p. 1 ; 1. UX, p. ItS. - R .tint Jouraat de pharmade, làM,t XIII. pw 315; t8«9,t.IV,p. 15S, ell. XVI, p.l5t.

{3, Lemam, Uhi-lmeh der piytiologùclm CAmiie, I, I, p. 21t.

COMPOSITION nillMIQUK Of. I.A Rll.t. 281

1er un caractère de ces acides; aussi sont-elles adoptées aujourd'hui par la plupart des physiologistes.

L'acide glycochoUqve ( ckolique de STHECua ) , dont la formule est C^^AzOïiHO, cristallise en aiguilles incolores qui sont solubles dans l'eau, dans l'éther et l'alcool. La potasse bouillante le dédouble en acide eholalitpte (*), en t/lycoeolle et en etiu; puis, si l'action de cet alcali se prolonge au delà de certaines limites, facile cholalique se transforme lui-même en djfitysijK, corps neutre, qui ne diffère de l'acide qui l'engendre que par Ifs éléments d'une molécule d'eau de plus. Quand, au lieu de la potasse, (iii fait agir des acides minéraux puissants, on obtient, avec l'acide gtycocholique, une série de réactions semblables au.x précédents; seulement l'acide cholalique est remplacé par V acide choloïdique, acide susceptible de •^ transformer à son tour si l'action est trop prolongée.

Ainsi l'acide glycocholique, qui préexiste dans la bile, peut engendrer quatre corps différents qui sont des produits de l'art: le gli/cocnlte, l'acide cholalique, la dijslyiine et Vneide choloïdique.

Les glycocholates alcalins de la bile sont solubles dans l'alcool; ils précipitent l'azotate d'argent, l'acélale neutre et le sous-acétate de plomb. Leur saveur est à. la fois amére et sucrée. — Gorup-Besancz(l] avait nié l'eiistcDcc de l'acide glycocholiquc ou des glycocholates dans la bile de l'bomme, parce que, disait-il, no ne rencontre pas de glycocoUe dans les produits de décomposition de ce liquide. Mais, suivant Kîihne et Ilallwacbs (2), l'acide hippurique ne peut exister dans le sang et l'urine que ;;race au glycocolle provenant de l'acide glycocholique, et la présence de l'acide hippurique dans l'urine de l'homme démontre indirectement la pré- ^nce de l'acide glycocholique dans sa bile.

Vacide taurocholique {ckoUiqve de Demarçaï), qui est aussi préexistant ttans la bile, n'a pas encore été obtenu à l'état de pureté.' Mais on sait que cet acide est azoté, qu'il renferme du soufre (C"H"AzO"S*), et que, sous l'influence des alcalis bouillaots et des acides minéraux, il réagit k la manière de l'acide glycocholique, en donnant toutefois de la taurine au lieu de glycocolle (').

Les taurocbolates alcalins sont cristallisables, insolubles dans l'éther, Irés'solubles dans l'eau et dans l'alcool. Leur saveur est \ la fois amère et sucrée comme celle des cholatcs ou glycocholates. Ils ne troublent pas les dissolutions d'acétate neutre de plomb et d'azotate d'argent; mais ils précipitent l'acétate de cuivre rendu légèrement ammoniacal et le sous-

C) LtBKAira, ayant lupprimË In d en o mi nation! emplajAei par Streckeb, remplace le nom de choUdique par celui de choliquf qui n'avait plu* d'emploi. Pour lui, donc, le mol acide ''Afi/if ue déaigne ce que Stmkckkr appelle acide cbolalique.

(I) Coiue-BESkNEZ , Vntersuchttngen ûber dir Gaile. Erlaofen, 18A7.

(1) KiiiNE nad HiLLWÀCis , â^ffin^. Nnekr. 1SS7, n* 8.

0 ^RECUt el GinniEi.ACI (Annaien der Chemie und Pharmacie, 18t7, (. LKII, p. 305), ■Tint inalTit la bile du porc, j ont IrouvA un acide particulier, qu'ils ont appelé oeiile byachoitiqur. Cet acide j eit uni aiec la loude, et n'a été encore renconiié que dans 1» lilf de cet

acétate de plomb. Tous les taurocholates, chauffés avec on mélange de sucre de canne et d'acide sulfurique, se colorent en violet.

Quant à la taurine^ qui n'est qu'un produit artificiel, puisqu'elle 8e forme aux dépens de l'acide tauro-cholique traité par les alcalis ou les acide>. elle représente un corps neutre, fixe et cristallisable en prismes bexaédriques, réguliers, terminés par des pyramides à quatre ou six faces. i> cristaux sont incolores ; ils croquent sous la dent; leur saveur est piquante. Soluble dans l'eau chaude, la taurine est presque insoluble dans Talcoul absolu. Sulfurée, comme Tacide tauro-cholique dont elle procède, elle * convertit en acide sulfureux, en acide acétique et en ammoniaque, qiuu on vient à l'évaporer avec une dissolution de potasse jusqu'à consisUDce d'extrait.

De ce qui précède, il résulte qu'on peut extraire de la bile cinq corpb qui n'y préexistent point; de plus, comme il est vraisemblable que plusieurs d'entre eux se modifient sous l'influence des réactifs, on convull qu'on ait parfois rencontré dans le fluide biliaire bien d'autres substances qu'on n'a pu y retrouver plus tard.

Les métamorphoses des principes constituants essentiels de la peuvent se résumer dans le tableau suivant :

Acides préexistants dans la bile = A. ^lycocholique. . . A. taurocho!iq«

A. cholalique A. choUlique

Par Tactton des alcalis, ils donnent { glycocoUe taurinf^

dyslysioe dyslysioe.

choloîdique A. cboloidiqiie

Par l'action des acides puissants, ils donnent \ gljcocolle taurine.

dyslynne dysljsne

Les transformations des acides biliaires ne sont pas exclusivement Tel de l'action de nos réactifs. Aux yeux de divers chimistes, elles ont li< aussi, du moins en grande partie, dans l'économie vivante. Au momenî la bile se déverse dans le duodénum, elle commence à se métaniorpLoM et elle ne se présente plus à l'état pur dans aucune partie des inle5t:Bi A mesure qu'elle approche du rectum, la quantité d'acide choloïdiquee d'acide cholalique augmente; il se produit de l'ammoniaque el (îi I taurine, et, à la fin, la bile ne renferme plus trace de ses acides p?i mitifs (1).

Il est donc probable, comme nous le verrons par la suite, qu'auciin partie organique de la bile ne retourne en nature dans le sang, et quel portion qui est absorbée n'est que de la bile transformée.

Du reste, quel que soit le rôle que la bUe joue dans la digestion, il^ assez difiicile de le rattacher aux substances signalées plus haut, el il « est de môme de celles dont il nous reste à faire mention ; tels sont le matières grasses, les matières colorantes, divers sels minéraux, Teau, k mucus, etc.

(1) MàLAGOTU l^eç<>n8 de chimie, 3< édit., t. IV, p. 258. Paris, 18^.

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