RÔLE DU SUC PANCRÉATIQUE DANS LA DIGESTION
d'oliTe. Les animaux ayant été tués au bout de deux à trois heures, les chyliAres contenaient déjà un liquide blanc et très-apparent Des expériences analogues ont été répétées fréquemment par Leuz, par Bidder et Scbmidt; elles sont toutes conflrmatives de celles de Frerichs. Évidemment il y a lieu de laisser de côté celles de leurs expériences dans lesquelles les canaox pancréatiques multiples avaient pu n'être pas tous ligaturés.
Plus récemment, Colin (1), ayant fait choix d'animaux de l'espèce bovine, a eu l'heureuse idée d'établir à la fois des fistules du pancréas et du canal Ihoracique sur les uns, et seulement des fistules de ce dernier canal sur les autres^ ^fin de déterminer ainsi, d'une manière comparative (avec ou saos la participation du suc pancréatique), le rapport existant entre la >omme des matières grasses absorbées et la somme de celles qui se trouvent dans les aliments. Si, plus haut, nous avons vu Eberle soutenir (en dépit d'expériences de Tiedemann et Gmelin^ favorables à l'opinion an • cienne de Témulsionnement des graisses par la bile) que le suc pancréatique seul, et à l'exclusion du fluide biliaire, possède le pouvoir émulsif, Dous voyons ici Colin affirmer que, sans l'intervention du suc pancréatique, les graisses sont émulsionnées, digérées et absorbées à peu près dans les )roportions normales, et aussi qu'on les retrouve dans le canal thoracique 'identiques, sous le rapport de leur état et de leurs propriétés physiques i chimiques, avec ce qu'elles sont dans les conditions physiologiques ordilaires » {*).
De tous les faits expérimentaux qui précèdent, quelle autre induction •ourrait tirer un esprit non prévenu, si ce n'est qu'en effet, contre le seniment trop absolu d'Eberle, les graisses peuvent, au moins en partie^ connuer à s'éoiulsionner et à s'engager dans les chylifères, sans l'interven-
00 du suc pancréatique?
Je croîs devoir rappeler ici, en passant, que j'ai démontré (2) que le
'1/ CouH, De la digestion et de rabsotyiion des matières grasses sans le concours du tBide pancréatique. -— Hémoire présenté à l'Acad. de méd. de Paris, dans la séance du ''iiiiJletl856.
(*) PomsoT (conununicalion faite à TAcadémie de médecine de Paris, dans sa séance du i«plembre 1856) a attaqué les conclusions du travail de Colir, en assurant qu'il avait suivi, iruopaoerèas de veau, « deux conduits excessivement ténus jusque dans le canal cholédoque t ils venaient se jeter ».
i Técole d'Alfort, sur ià pancréas de boeufs injectés i l'aide de matières trés-pénétrnntes et lulifiables, il est arrivé seulement A fois de constater l'existence d'un canalicule réputé sup- ^WTitaire^ Mnia comme* dans les expériences précitées de Colin, le suc pancréaUque s'écoui Hbremeot an dehors par le tube engagé dans le canal principal, on ne voit pas pourquoi, en
1 d'exisienea du canalicule^ un reflux se serait produit, par son entremise, dans les voies («aires et de la dans l'intestin. Au moins, par suite de pareil reflux, le petit canal eût-il dû se >3!cr, et e'ea i ce qui n'a jamais eu lieu.
U. BEMiAao s'est servi du même argument que Poirsot et dans le même but. Cependant il ktbebajt p«s d'abord une aussi grande importance aux glandes supplémentaires qui, chei le ina comme ches d'autres animaux, s*ouvrent quelquefois dans le canal cholédoque ou aux Mruns ; et, avant les expériences de Cour, il considérait même comme tout à lait négligeable '^^wcoce poMÎble de ces quelques lobules pancréatiques . Cette contradiction été toute sa force ^'«({[umentation.
ii LoHfiCT , Action du fluide séminal sur les corps gras neutres^ dans Comptes rendus de \"«i,fiet fc. de Paris, décembre 1854.
310 DE LA DTGESTIOn.
fluide séminal possède aussi, et au plus haut degré, le pouvoir émulsionnant 8i ron mêle ayec le fluide séminal une tnatière gràdse préalablement reconnue neutre (de Thuile d'olive par exemple)^ et si on les agite ensemble, le mélange se transforme aussitôt en un liquide semblable à du lait; il se fait une émulsion» Celle-ci est tellement parfaite, que jusqu'au moment même delà putréfaction, avec une température de 15 à 20 degrés centigrades^ le liquide blanchâtre, crémeux, ne change pas du tout d'apparence, et qu'il n'y a, par le repos^ aucune séparation entre la matière grasse et le fluide séminal. Lorsqu'un pareil mélange a été tnainiendau bain-marie, entre 35 et M degrés> pendant quatorze à seize heures, on constate que la graisse n'est pas seulement divisée et émulsionnée, mais que de plus elle est modifiée chimiquement; car la matière grasse tieutre eti>' flUideséminalalcalinformaietit, aumomentdeleurmélange^unliquideblauc
laiteux, à réaction alcaline, tandis qu'après le laps de temps indiqué, et souvent plus tôt, le même liquide présente une réaction sensiblement acide.
Sans doute, cette expérience ne prouve rien relativemetit à ce qui «e passe dans l'intestin, mais elle vient à l'appui de cette opinion exacte, que plusieurs des liquides de l'économie possèdent le pouvoir d'émuisionner lés graisses. Que le suc pancréatique jouisse delà propriété émulsive, même à un haut degré, c'est un fait incontestable dont la découverte est duel Ëberle, et que nous-méme avons pu vérifier bien des fois; mais éfidcnv ment, après les expériences relatées plus haut , on aurait tort de crolr? que, même parmi les fluides digestifs, ieul il possède cette remarquable propriété.
Aussi, les observations pathologiques établissent-elles que les dégénérescences du pancréas peuvent exister satis que la graisse ait entièreaieal; cessé d'être digérée. On a dit, il est vrai, que dans les maladies du pan* créas la graisse est expulsée avec les fèces, sans avoir été ni modiOét m absorbée dans l'intestin; d'où un amaigrissement extrême. Plusieurs obervalions, à l'appui de cette opinion, sont citées par Glaessen (i), qui lesi empruntées à Bright (2), à Lloyd (3), à Elliotson (/i), et aussi à Eifeumann (5). Mais, dans tous ces cas, le pancréas n'était pas le seul orgasi malade, et très-souvent le duodénum était désorganisé ou le foie altéi-é. oi les conduits biliaires oblitérés Q ; si bien que beaucoup d'auteurs ont coû^ sidéré les fèces graisseuses comme dénotant une affection du foie et non u» maladie du pancréas.
(1) Glabssbr, Die Krankheiten des Pancréas, Cologne^ 1842.
(2) Bbioht, Medieo-Chirurg, Tranêoct. of London^ U XVIII, p* 1.
(3) Lloyd, /6irf., t. XVUI, p. 57.
{à) Elliotson, Jbid,^ t. IVIII, pi 67.
(6) EiSBHMARif ^ Dans Annales de nM* de Prague ^
(*) C'est aidst, par exemple^ que danft robserVation de Lloyd il est ^illt {Rec^ cÙé, p. 65 é Que si le foie n'olTrait pM d'altération appréciable, le coridult cholédoque éfàlt tftllacneal ob i téré à son abouchement datis le duodénum, que l'air insufflé à soti origine ne fNnràil péaetn dans l'intestin. Toute' la surface du cadavre était d'une couleur jaune foncée. ■
Je rappelle ici eelte particularité, parce qu'elle a ôcliappé à d'aabés peraolmae <t«i rat ta interprété la précédente observation.
b6LE du suc PAl^CHÊATIQUE DANS LA DIGESTION. 311
D'autre part, il existe des observations de maladies profondes du pancréas sur des sujets ayant coùsenré un embonpoint plus ou moins marqué, et chez lesquels, par conséquent, la digestion de la graisse n'était poiDt empêchée d'une manière absolue. J. Gasper (1) rapporte le cas suivant : In homme tombe gravement malade et meurt en deux jours. A Tautopsie^ faite par Proriep, on trouva dans le péritoine et le mésentère une quantité de graisse dépassant considérablement la quantité normale. Tous les or* ganes étaient sains, à l'exception du pancréas, qui était hypertrophié, infiltré de sang et tellement induré, que sa structure n'était plus reconnais^ sable. Cette glande, au lieu d'être oblongue comme à l'ordinaire, Offrait une forme globuleuse.
Greiselius (2) rapporte qu'un individu très-gras, ftgé de qUarante-deux ans, et sujet depuis longtemps à des douleurs intestinales Violentes^ succomba à la suite d'un dernier accès douloureux qui avait duré dix-huit heures. Le pancréas était détruit comme par mortification ou sphacèle.
De Uaen (3) cite l'exemple d'un homme âgé de cinquante-trois ans, remarquable par sa voracité^ et qui, depuis plusieurs années, en proie à des douleurs épigastriques^ mourut dans un accès de toux spasmodique. Sous la peau et par tout le corps existait, lors de l'autopsie^ une bouche graisseuse de l'épaisseur d'un doigt : entre autres lésions, on trouva le pancréas squirrheux dans toute son étendue*
ÂQ rapport d'Abercombie (/i), une femme éprouvait, depuis une annéë> des vomissements fréquents avec douleurs dans la région de Testomact Néanmoins^ cette femme n'était pas amaigrie, et les téguments du ventre contenaient une couche graisseuse épaisse de deux pouces. Le pancréas ^tait manifestement induré et squirrheux, en totalité, sans augmentation notable de son volume.
Chez un hotnme robuste, âgé de citiquante-six ans, qui (depuis le mois d avril 1830 jusqu'au 8 octobre de la mômeannée^ époque de sa mort) dVait ressenti des douleurs particulièrement 'fixées vers la région épigastrique, I>awidoff (5) raconte qu'on trouva, à l'autopsie, le pancréas «très-induré ôt lonvertien squirrhes noueux», plus volumineux qu'à l'état normal et for* tement adhérent à l'estomac et au péritoine. L'incision de l'organe malade présentait une surface homogène^ dure et blanche, qui laissait échapper quelques gouttes d'un liquide purulent. L'embonpoint était ordinaire, mais le» muscles des parois abdominales étaient recouverts d'une couche con* ^idérable de graisse.
Bécouit(6) rapporte aussi quelques faits analogues aux précédents^ c'està-dire des cas de maladie du pancréas^ offrant une certaine durée^ sans Amaigrissement plus notable que dans les maladies des autres organes.
fi; !• CaspeA, Wochenschrift f, d. gesammte Heitkunde^ 1836, p. 437. \1. GiEisCLius, Miscell. nat Cur.y D. l. an. III, obs. 45. (3; De Hakm, Opusc. med. phys.^ t. I« p. 217. U) ABERCmoMHE, Edinb. Jourtt., 1824, avHl, p» 249.
(^y DàwiDO^, De morhis pancreatis observationes quœdatH. Dbfpat, 18^3) p. 9. 6} BCcooBT, Beckerche^ sur le pancréas, ses fonctiofu tt ses aitémtioM êtfoniques ; t^oes <fe Strasbourg. 1*' juillet 1839» P(»«tm.
312 m LA DIGESTION.
II serait inutile de citer en plus grand nombre de pareils exemples qui ne font pas défaut dans la science. Voyons maintenant ce qu'on doit penser des selles graisseuses^ comme signe pathognomonique de la destruction et des maladies profondes du pancréas. 11 nous sera facile d'établir que, d'une part^ elles ne sont pas propres exclusivement à ces derniers cas, et que, d'autre part, elles ne sont pas constantes.
C'est un fait bien connu, depuis longtemps, que les ictériques ne digèrent qu'incomplètement les corps gras, qui sont rendus inaltérés arec les fèces a Et bilem», dit Haller (1), « peculiariter oleosa solvere, tum ex prioribus » illis (p. 549) adparet, tum ex peculiari morbo.... in œgro icterico fseces » albœ erant, supematante pinguedine ( cui solvens liquor defuerat ) : cuni » vero medicamentis exhibitis calculus per anum decessisset, porro fotm » oleosœ esse desierunt, » Elliotson (2) rapporte deux observations dans lesquelles le célèbre chimiste W. Prout constata la présence de beaucoup de graisse dans les selles. Le foie seul était malade dans la première de cc^ observations, et ni cet organe ni sa vésicule ne renfermaient de bile ; dan> la seconde, la membrane muqueuse du côlon et du caecum offrait de> ulcérations. Il est dit que, dans Tun et l'autre cas, le pancréas fut trouv** parfaitement sain. Nous avons cité plus haut les expériences comparatiie^ de Bidder et Schmidt sur des chiens sains et sur d'autres munis de fistule de la vésicule biliaire, avec ligature du canal cholédoque; expériences desquelles il résulte que ces derniers animaux n'absorbent plus, en moyenne, que I ou -} de la quantité de graisse qu'absorbent les premiers, le surplus de cette . matière passant inaltéré dans les fèces des chiens à fistule. Reinhold Schellbacb (3), qui, dans des expériences analogues, a donné les résultats de ses analyses comparées des aliments et des excréments, a aussi noté que les selles deviennent ^m-graisseuses quand on empêche l'afflux de la bile dans l'intestin.
Ainsi les fèces graisseuses ne s'observent pas seulement dans les lésions du pancréas, elles se lient également aux affections exclusives des voie^ biliaires ; ce qui ne saurait surprendre quand on se rappelle le rôle si incontestable {U) de la bile dans la digestion des matières grasses.
Nous avons déjà mentionné plusieurs observations de désorganisation lente du pancréas chez l'homme, dans lesquelles on n'avait remarqué ni b évacuations graisseuses, ni l'amaigrissement excessif qui ont été considérés comme la conséquence nécessaire de cette affection. Il faut y ajouter deux autres cas consignés dans le tome XVin, page 31 et 44 des Med.-chir. Transact. de Londres. Cela tendrait à donner raisonàClaessen(5), qui, dan> un savant ouvrage publié en 1842, après avoir analysé un grand nombre d'observations empruntées à divers auteurs^ arrive à conclure qu'il n'y a
(1) Halleb, Elementa physiologiœ^ U VI, p. 609.
(2) ELLiOTSOsr, Med^'chir, Transact, ofLondon^ t. XVIII, p. 79.
(3) Reuihold ScflELLBACH, Dans Journal de pharmacie et de chimie, déc. 1851. (A) Voyes plus baut p. 296 et suiv.
(5) Claessem , Die Krank/œiten des Pancréas. Cologne, 1842.
RÔLE DU SUC PAlfCRÊATlQUE DANS LA DIGESTION. 313
pas uo seul signe constant a ou même très-fréquent » dans les altérations du pancréas.
Toutefois, quand on est arrivé, après trois ou quatre semaines, à détruire li à faire résorber le pancréas d'un animal, des évacuations graisseuses meurent apparaître d'une manière constante f), comme d'ailleurs elles se encoDtrent à la suite de la ligature du canal cholédoque ou de l'oblitéra* ion subite des voies biliaires par des calculs. Est-il besoin de rappeler, à a propos, qu'à l'état normal un animal ne peut digérer, dans un temps ioané, qu'une quantité déterminée de graisse^ et que^ si une proportion rrip grande en a été ingérée avec les aliments, nécessairement elle sortira laltérée par l'anus ? Or, comme le suc pancréatique contribue pour sa irt à la digestion des matières grasses, il est manifeste qu'en le suppri- ^ot on doit déterminer, chez l'animal, une prédisposition aux selles grais- •nn's : cette prédisposition se traduira en fait pour peu que la quantité e graisse ingérée augmente sans même atteindre la limite ordinaire, à iDJDs que les autres liquides concourant au même but que le suc pancréaque (bile, suc intestinal, etc.) ne soient sécrétés en plus grande abonloce et ne viennent suppléer à son absence. Mais évidemment cela ne peut •oir lieu qu'après un laps de temps assez long. C'est ainsi que s'expliquent > différences observées dans les cas de destruction rapide du pancréas, et ras ceux de dégénérescence lente et progressive du môme organe. Ajoutons que, d'ailleurs, dans ces dernières observations faites sur lomme, l'existence de fèces graisseuses, qu'on a pu aussi quelquefois couiter, est loin de prouver que la digestion de la graisse ait été entièrement K)lie, puisque avec les désorganisations les plus profondes du pancréas a 1 auvent coïncider un certain embonpoint, et qu'aussi des analyses mparées des aliments et des fèces n'ont pas été faites pour établir cette fuve.
En résumé, les données expérimentales et pathologiques se prêtent un mu*el appui pour établir que l'influence du suc pancréatique sur la digestion "^ matières grasses a été exagérée et qu'elle a été trop exclusivement tribuée à ce fluide qui, en réalité, la partage avec d'autres liquides inteslaux. L'observation clinique tend même à démontrer que ces derniers ^vent suppléer le suc pancréatique quand sa suppression est survenue une manière lente comme dans les affections organiques du pancréas chez 3omme, et non d'une manière assez rapide comme dans les expériences ir les animaux.
IV.— -Il est une autre destination du pancréas qui est parfaitement éta- «ie. Valentin (1) a reconnu que l'infilsion aqueuse de cet organe trans-
Ce phénooièiie s*est produit d'autant plus sûrement que, au Heu de diminuer la propor- ■*^ fraisée inférée avec les aliments comme il eOt été rationnel de le faire, on a plutét '"^'^'aneat Csit le contraire.
1. Vaiomtoi, Ukrbuch der Physiologie^ l. I, 1« édit., 1844, et 2* édit., t. I, p. 356.
816 DE LA HmKSTlO!!.
forme rapidement Vamidm en glycme. De leui* côté, Bouchardat et Ban* dras (1) ont aussi constaté que le tissu pancréatique liquéfie, par son coo» tact, les grains de fécule et les change en sucre au moyen d'une tariétéde diastase que ce tissu renferme.
D'après la remarque de Bidd(*r et Schmidt, celte métamol^phose commence dans Tamidon cuit, dès que le contact est établi avec le suc pancréâ tique, et même à une température bien inférieure à celle de 88 degr^centigrades. Frerichs assure que la propriété saccharifiante est plus pu noncée dans le suc pancréatique que dans la salive; ce qui s'accorde a^^ nos propres observations.
L'analogie de structure, qui existe entre les glaiides salivaires et le paii créas, pouvait déjà faire caoire à quelque analogie fonctionnelle, qui, u vient de le voir, n'est plus douteuse, au moins sous ce rapport que, m : salive eonvertit l'amidon en glycose, le buc pancréatique opère la mm tratisformatioti isomérique.
Je crois devoir riie borner ici à cette simple mention d'un des usage^lr plus remarquables du suc pancréatique, parce que précédemment, à pri^ pos de l'étude de la salive et môme du suc gastrique, j'ai décrit avec beau coup de détails tous les phénomènes et toutes les conditions qui se rap* portent à la conversion de l'amidon engljcose. (Voyez plus haut, page^lD! et suivantes.)
V. — Le suc pancréatique jouit encore d'une troisième propriété de plus importantes, celle de digérer les matières albuminoïdes. Eberle («i en i83/i, non-seulement reconnut le pouvoir émulsif de l'infusion panci^' tique, mais il constata en outre que ce liquide fluidifie et dissout le chyw Deux ans plus tard, Purkinje et Pappenheim (3), dans le cours de rech^r ches sur les matières albuminoïdes, affirmèrent que l'infusion acidulée i!i tissu panci*éatique est un sub digestif artificiel fort actif par rapport à it matières.
Ces faits, restés ignorés où du moins considérés comme étant de falM valeur, fdrent constatés de nouveau et mis en évidence par Cl. Bernard {i\ en 1856, et L. Corvisart (5), en 1857, Mais, si ces deux expérimeniateoi s'accordèrent pour reconnaître que le suc pancréatique (comine le suc ps trique lui-même) joue un rôle important dans la digestion des alimeiit asotés, il n'en exista pas moins entre eux une divergence profonde sur pl< sieurs points fondamentaux.
Suivant Cl. Bernard, le suc pancréatique ne peut agir isolément; t^ndi que, par son mélange avec la bile, il constitue un liquide apte à transfo.
(!} BoucBAliDÀT et SAlIBRAd, Cotftptes reniiûâ de VAead, dê$ «?. êe Paris^ t; îî, t8i^-
(2) Ebkrle, Physiot. der Verdauung^ p. 326 eipassim. Wûnburg, 1834.
(3) Fro&iep*s Notizen, 1. 1, p. 211, § 7.
(4) Cl. Bernard, Leçons de physiol, expértment, npptiq. à ta méd.^ X, It, p. 453, itl< passim. Paris, 1856.
(5) L. Corvisart, Collection de mémoires sur une fonction méconnue du pancréûs. Pui 1857-1863.
ndLE ne sue PARGltATIQIIE DARB LA DIGBSnON. 315
mer les trois sortesde principes alimentaires organiques, à la condiUon touterois qu'ils aient subi une préparation. Pour les matières grasses, oetle prépfl'ration est parfois la destruction de l'enveloppe oelluleuse ; pour les tnaliâreB féculentes, une hydratation préalable l enfin, pour les matières albUinU neusM, il est indispensable qu'elles aient été modifiées par l'action du suc gastrique ou par la cuisson, ce qui, pour ce physiolugiste, est la mSine cbose. Aussi le mélange de bile et de suc pancréatique semlt-il sans action sur les matières aïolées crues, excepté surla fibre musculaire; La présence des matières grasses empêcherait la putréfaction du liquide qui, sans elleSi serait très-prompte et très-facile. — La lecture de ce qui va suivre fefa ressortir tout oe qu'il j a d'erroné dans cette manière do voir.
C'est à L, Gorvisart que l'on doit les notions les plus précises sur ce poiut de la science. Il affirma, de la manière la plus nette, que l'action propre du SUC pancréatique sur les substances aiotées est de tous pointB comparable à celle du suc gastrique. Cette assertion eJioita vivement l'attention des physiologistes, et bientôt furent publiés les résultats obtenus par un grand nombre d'observateurs. Parmi eiix,Keferstein etHalIwachs (1), Skrebilzki (3), 0. Funkc(3}, et quelques autres, ayant constaté des elTets tantôt positifs et lantût négatifÉ, déclarèrent inexactes les conclusions du physiologiste français, et attribuèrent à l'influence de la putréfaction la dissolution des matières azotées quand ils l'observèrent. Brinton (&) reconnut qu'une dissolution de ces substances peut avoir lieu avant le début de la putréfaction, n tilors qUe l'on ne discerne encore qu'utie odeur spéciale et pénétrante » ; mais il se refUsa à admettre que le même phénomène pût se produire dans l'intestin à l'état de santé.
MeissDer(5), Schiff (6), Vulplan (7) obtinrent, comme nous-méme, les résultats annoticés par Cortisart.
Ces divergences trouvèrent leur explication dans un ftiitque ce dernier eipérimsntateur a parrbitement mis en lumière. Le pouvoir digestif du bug pancréatique ne se manifeste qu'à certaines conditions : presque nul, chei l'animal k jeun, il ne commence à se manifester qu'après le repas, atteint son fnaximum au moment de la pleine digestion [quatre & cinq heures après un repas mixte, deux ou trois heures après un repas de substances molles ou liquides comme le lait, le bouillon, etc.), et redevient Inappréciable après cinq heures et demie environ. — Autre point esseQtiel l il faut que la digestion stomacale se soit exercée sur des substances albu^minofdes, et que celles-ci, après avoir subi l'action du euo gastrique*
(1) KmutBm aad Hulwmbs, L'eber dit Bimuirkunç des pankrtaU SafUi anf Eiwetiu VoeAr., v. d. k. Ges. d. Wùa. la Gôttingen, 1858, n" lA. •
(2) Sehebitcki, De. vucci paner, ad adipfS ri album, vi Dûs. Dorpatl 1859. tS] 0. rcntu (SciBiDT'R Ja/ttb. d. gta. IHed., t. ICVIE, p. 31 ; t; CI, p. I6&.)
(A) BaiRTOH, Obnrv on theaetafthe Paner, juice on Allium. ihe Dublin Qnarl. Joum. of »c., 1859, août, p. 181, elJoumal de plii/sio/ogie it Brown-SéquariJ. 1859, t. Il, p, 872.
(5) MUUHER, UnteriiKh. ûber Aie Verdaumg der EiweiitkSrper; Zeilschr. /. rai. Ued., 3*«*rie, t. VU, p. 1.
(6) ScEiry, Veber die ftolle dei pankr. Sh/1«> (Molescbdtt'S Unlersuch. lu Natur., I H, p. M5).
(7) TBiHAi , Ittvtie de» roun Kientijiqtta, i* tiinto ; dAcembrs, 18SS, p. ÏS;
316 DE LA UIGESTION.
aient été absorbées en partie au moins dans Testomac. Après l'ingestion de matières inertes ou^près un repas composé de principes amyloîdes et de principes gras, à Texclusion de principes albuminoîdes, le ferment pancréatique u*est pas plus actif que dans l'abstinence.
Pour expérimenter, on devra donc tei)ir compte de ces faits remarquables, et recueillir le suc pancréatique entre la quatrième et la cinquième heure d'une bonne digestion gastrique. L. Corvisart, préférant l'emploi de l'infusion, tue brusquement l'animal à ce moment de la digestion, enlèw aussitôt le pancréas, et, après l'avoir coupé en menus morceaux, le fait infuser une heure dans deux fois son volume d'eau à 20 degrés centigrades, filtre rapidement et recueille un liquide qu'il met immédiatement en expérience, en y plongeant des substances azotées très-fraiches, afiii d'éviter ainsi toute chance de putréfaction. Le vase qui renferme le mélange est placé dans une étuve à 62 ou k5 degrés, et agité iousb quarts d'heure. Dans ces conditions, «le liquide dissout, en deux ou troi» heures au plus, tout ce qu*il peut dissoudre de fibrine, et, en quatre ou cinq heures, ce qu'il peut dissoudre d'albumine solide; à ce moment, oo doit toujours s'arrêter dans la recherche expérimentale , au risque de ne pas digérer tout ce qu'on aurait pu et de rester même en deçà de U vérité I) .
Avec dés chiens de même taille et de môme Âge, du poids de 12 à 16 kilogrammes, et ayant pris la même nourriture dans les quarante-huil heures précédant l'expérience , l'infusion de chaque pancréas dissout et transforme 35 à 50 grammes d'albumine.
L. Corvisart a eu l'occasion d'expérimenter sur un homme vigoureux qui, trois hew^es après avoir bu 200 grammes de lait, était mort subitement sous l'influence d'inhalations de chloroforme faites dans le but de faciliter la réduction d'une luxation. Le cadavre fut ouvert vingt-quatre heures après la mort; mais le froid vif qui avait régné dans cet intervalle avait laissé le corps absolument frais. L'infusion du pancréas, pratiquée immédiatement, fut divisée en trois parts que l'on maintint, pendant toute la durée de l'expérience, l'une à l'état acide, l'autre à Tétat neutre, et la troisième à l'état alcalin. Chacune de ces trois infusions ayant été essayée sur l'albumine et sur la fibrine donna le même résultat digestif complet. D'autres portions de ces infusions furent essayées : une première, avec de l'albumine cuite, et la dissolution des 7 à 8 dixièmes en fut opérée en quatre heures; une seconde^ avec une grande quantité de fibrine qui fut complétemeîit dissoute en une heure ; une dernière fit disparaître, en deux heures, un fragment du pancréas pesant 6 grammes. — 180 graiflmes d'albumine concrète (six œufs) ont été complètement digérés en quatre heures; et, pour 620 grammes de fibrine il a suffi dW heure. Pendant toute la durée des expériences, ces digestions avaient conservé l'odeur fraîche et sui generis qu'elles avaient au début. Il n'y avait donc pas eu putréfaction; et^ d'ailleurs, aucun corps en décomposition ne saurait produire aussi rapidement des efi*ets semblables.
Ces résultats sont trop évidents pour qu'il soit nécessaire d'insister davan-
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igesur la réfutation des objections si peu fondées qui ont été faites à leur iteur.— Ajoutons seulement que Mcissner a cru, à tort, que la propriété n liquide pancréatique était empêchée quand on le rendait neutre ou câlin, et qu'une réaction faiblement acide était indispensable à son actité. La vérité est que ce liquide, qu'il soit acide, neutre ou alcalin, digère lalement bien les aliments azotés.
Les aliments azotés ou albuminoïdes sont non-seulement dissous, mais ;:érés et transformés par le fluide pancréatique, comme ils le sont tr le suc gastrique lui-même. L. Corvisart (i) l'a démontré de la mahc suivante : après avoir mis un poids déterminé d'albumine d'œuf coaliée en digestion dans le duodénum, ou mieux encore dans un vase avec c infusion aqueuse de pancréas ou de son principe actif, il a évalué la entité d'albumine qui avait été dissoute pendant ces digestions; mais^ 'squ'en portant le mélange jusqu'à l'ébullitibn il a voulu recueillir cette )umine à l'état solide pour la peser^ il a vu que sa majeure partie avait ^sé d'être coagulable par la chaleur, ce qui indiquait une transformau isomérique de ce principe. On se rappelle que l'albumine prends par te d'une semblable transformation dans le suc gastrique, un caractère e j*ai fait connaître et qui consiste à enlever à la glycose la propriété de iuire le réactif cupro- potassique; or, l'auteur des précédentes expé- Dces a trouvé que l'albumine, après sa digestion dans le suc pancréaue, acquiert aussi le même pouvoir. Il en est encore ainsi de la fibrine de la musculine. Le suc pancréatique et le suc gastrique concourent ic au même but^ la formation d'albuminoses ou peptones (*), mais avec leMugularité que ces deux liquides réunis s'entre-détruisent. Les deux estions gastrique et pancréatique ne peuvent (si le fait est exact) donner (leurproduit que si elles sont séparées. A l'état physiologique, le pylore ^^êpare en effet, et dans le duodénum la bile anéantit l'activité de la *'ioe qui n'aurait pas encore été épuisée pendant la digestion stomacale, ^'après L. Corvisart, la matière déjà digérée par le suc gastrique ne subit uoe modification nouvelle sous l'influence du suc pancréatique : cet i^îrinientateur, ayant pris des peptones ou albuminoses diverses pro- U'^ par la digestion gastrique, les mélangea, à froid, avec des liquides icréatiques doués d'un pouvoir digestif reconnu, et constata aussitôt, •'it toute digestion possible, les réactions chimiques du mélange; puis iiKi fut mis à l'étuve pendant cinq à six heures. Or, après ce laps de i[>\ plus que suffisant pour opérer une digestion nouvelle, celle-ci
^ L. CoBTttABT, Mém. cité,
' ^oot ne fmont que rappeler ici Topinion déjà rérutée précédemment, savoir : que le iA«triqne anrmtt pour usage de dissoudre seulement le tissu (^élatinigène des matières axo- >tds donner ainsi naissance à un prodoit de nature gélatineuse. — Dire que le suc pan- ^■^[^^ régit toute la partie chimique de la digestion ou qu'il est le représentant de tons ses ''«DcAes diimiqiies, nous paratt une assertion exagérée et démentie par les faits : d'une • «o sait que le pancréas manque à tous les animaux invertébrés^ peut-être aussi à la ^^t des poiasofu; et« d'autre part, on peut se rappeler que Colin, après avoir enlevé le '^^ â an grand nombre de chiens et de cochons i la mamelle, a vu ces animaux grandir **^er comme de coutume^
n'avait point eu lieu, car aucune des réactions primitives n'anit été changée. On comprendrait d'ailleurs difficilement que le suc pancréatique, s'il fornie lui-même de l'albuminose^ pût modifier celle qui provient de Testomac.
Toutefois, il ne s'agit ici que de l'albuminose ou peptone pure, incoagulable par la chaleur, et non pas de cette matière appelée o/tomim (mforme (Mialhe), qui, provenant d'aliments échappés à une action eomplêt^ de l'estomac, rentre dans le nombre de ceux qui peuvent subir Taction da suc pancréatique.
Après le précédent examen, on est conduit à se demander comment \t fluide pancréatique agit sur les aliments azotés complexes. Les recherche^ faites à ce sujet, au dire de certains auteurs, laisseraient encore à désirer: c'est ainsi (en ce qui concerne la viande) que, d'après une théorie qui nom est déjà connue, le tissu cellulaire serait dissous seulement par le suc ga trique et la musculine seulement parle suc pancréatique; si bien que, dad le second cas, les interstices celluleux re^iplis par les fibres musculaire primitives se videraient de leur contenu, tandis que, dans le premier. ^ interstices disparaîtraient seuls dans la dissolution. — 11 résulte de no» velles recherches (1), que le tissu cellulaire de la viande peut aussi se M soudre dans le suc pancréatique^ et qu'il n'est pomt du tout impo$«iU au suc gastrique de dissoudre la fibre musculaire elle-même.
Rappelons d'ailleurs, que la digestion des aliments azotés Gomplexe^ Taide du suc pancréatique, devient d'autant plus facile que leurs élémd constitutifs arrivent à l'intestin dans un état plus parfait de dissociatioi que la digestion gastrique elle-même nécessite une division préparatoii analogue, mais moins avancée.
Quoi qu'il en soit, puisque le suc pancréatique dissout et transforme aliments azotés, il y a lieu de se demander tout d'abord à quel principe il doit cette propriété remarquable? La faculté d'émulsionner, d'aci les corps gras, de digérer les matières albuminoïdes, dépend-elle d'une stance unique? Cette substance est elle la même que celle qui, sui Bouchardat et Sandras (2), a la propriété de se redissoudre dans l* après avoir été précipitée par l'alcool? Y a-t-il dans le fluide du pancré a de l'albumine, une matière analogue au caséum, etc. » (Tiedemaiiu Gmelin) formant plusieurs ferments distincts; ou doit-on croire que pancréatine constitue presque à elle seule le suc pancréatique ? L'état pî sent de la science ne permet pas encore de résoudre ces questions.
On sait que le fluide pancréatique, le suc gastrique et la salive, chaufl à 75 ou 80 degrés centigrades, deviennent troubles par suite d'un pi cipité variable selon le liquide, et que tous trois ils perdent ainsi la propriétés digestives. Le principe actif du pancréas, quelle que solfia ture, se rapproche de la pepsine par une propriété remarquable, qui
(1) L. GeftVMAKT, Mém. cité.
(2) Bouchardat et Samdras , Supplément à l'Annuaire de thérapeutique pour 1846, p. 1
RÔLE OC Stic PANCRÉATIQUE DANS LA DIGESTION. 319
lesecoBibincr avec l'oxyde de plomb et de pouvoir, étant libéré de cette ombinaison par un acide, conserver toute son action sur les matières Ibuminoïdes; si bien que^ dissous dans une eau légèrement acidulée^ il quéfie et transforme en albuminose la même quantité d'albumine, de brioe, etc., que la pepsine elle-même (L. Corvisart). Toutefois, ce prinipe actif (panoréatine) ne caille point le lait; il digère les aliments azotés, uil soit acide, neutre ou alcalin (i), ce qife ne fait point la pepsine qui ù^e toujours le concours d'un acide. Par conséquent, le caractère propre u ferment pancréatique ne résiderait ni dans une grande énergie, ni, imroe nous l'avons vu, dans une action transformatrice spéciale, mais on lit le chercher dans des conditions d'action telles, que ce ferment peut sérer (es corps albuminoîdes dans quelque état (alcalin, neutre ou acide) ie le duodénum les reçoive.
L'opinion de Cl. Bernard, d'après laquelle le liquide mixte de l'intestin éle *), qui empnmte son principe le plus actif au suc pancréatique, ne M'udrait les matières albuminoîdes qu'autant qu'elles auraient été ibord modifiées par l'action du suc gastrique, est réfutée par des expénces de L. Corvisart (2) dans lesquelles 50 grammes djalbumlne (coaiée dans la coquille de l'œuf en dehors d'un contact prolongé avec l'eau •iiilante) ou 50 grammes de fibrine fraîche, lavée à l'eau froide et sousite à toute action préparatoire du suc gastrique, ont été introduits dans luodéaum, après la ligature du pylore et un lavage abondant de cet in- Un : en effet, dans ces expériences, faites sur des chiens, ces substances Hé complètement digérées et même presque entièrement absorbées place. — Ajoutons que les mêmes substances, mises en digestion arti- ^lle, soit avec la liqueur d'infusion du pancréas, soit avec sa matière ve précipitée par l'alcool puis redissoute dans l'eau, ont aussi été entièlent liquéfiées et transfor[Pées.
Badmettwt les résultats de ces dernières expériences que j'ai pu vérifier *ieurs fois, il faut donc bien reconnaître qu'il n'est pas non plus besoin, imecelaa été avancé, de l'action préalable de la bile pour que le suc créatique jouisse du pouvoir 4e digérer les alipients albuminoîdes. D'ail- V di?crs expérimentateurs ont vu vivre, pendant plusieurs mois et même années, des chiens qui, ayant sqbi la ligature du canal cholédoque, Uient aussi une fistule de la vésicule biliaire et chez lesquels, par con- '^ent, la bile ne venait plus d^ns l'intestin se mêler au suc pancréatique.
»fns savons déjà que, d'après L. Corvisart, la condition indispensable u que le suc pancréatique jouisse de ses propriétés à l'égard des lieras albuminoîdes, consiste dans l'absorption préalable de peptones la digestion stomacale. Cet auteur donne de ce fait une explication : nous 06 ▼oulona point apprécier ici, nous réservant d'y revenir en tUnt de to nutrition eu général.
• L. CottiSART, Mém. cité. M^Uage de bile et de suc pancréatique.
?. Loc. cit.
Les expériences de Schiff (confirmatives^ comme nous l'avons dit, d<! celles de L. Corvisart) lui ont donné à penser qu'il existait encore un autre facteur important dans la production du principe actif du suc paocréatique. Suivant Scbiff, l'intervention de la rate serait tellement considérabk que, chez les animaux ayant subi l'ablation de cet organe, le soc pancréatique deviendrait complètement inerte en présence des matières albominoïdes. Mais cet effet, dont les conséquences sembleraient devoir être de^ plus graves, se trouve largement compensé par un phénomène inattendu :li sécrétion du suc gastrique est alors augmentée au point de produire à elle seule des effets plus intenses que ceux qui sont dus aux deux aulie liquides agissant ensemble dans les conditions normales. Aus:)iScbil attribue-t-il à ce surcroît d'activité l'engraissement et raugmenUti-i d'appétit observés chez les animaux dératés. Cette accumulation de i graisse, observée par Van Deen et Stinstra (1), tient-elle à une augmentâ^iû du pouvoir émulsif du suc pancréatique, augmentation en quelque sorf supplémentaire de la diminution d'influence sur les substances azotée» j bien est-elle due au surcroît d'activité de la digestion stomacale? C e>[ une question que Scbiff s'est posée sans la résoudre.
De tout ce qui précède, il y a lieu de conclure que le suc pancrratià agit sur les matières grasses comme la bile, sur les matières amylcid comme la salive, et sur les matières azotées comme le suc gastrique.— N(> allons voir le suc intestinal agir aussi sur ces trois groupes de principes i mentaires organiques, mais avec bien moins d'énergie.
suc INTESTINAL.
Les différents organes glanduleux, qui entrent en si grand nombre la structure de l'intestin (voy. chap.&'crëfiow), versent à sa surface in leur produit sécrétoire. C'est à ce produit complexe et parfois si abo qu'on donne généralement le nom de suc intestinal; mais nous verron';. à l'heure, auquel des fluides sécrétés il faut appliquer plus spéciale cette dénomination. Cherchons d'abord par quel procédé on peut Tobi sans mélange de bile et de suc pancréatique.
Autrefois, on se bornait à ouvrir l'intestin sur un animal vivant; pi après avoir abslergé sa surface, on l'irritait avec du sel ou du \M étendu d'eau. C'est ainsi qu'ont fait Haller (2), puis, plus tard, U'uitl Lassaigne (3). De cette manière, on n'obtenait pas un produit assez pu assez abondant pour en étudier les caractères physiologiques et la ooa sition. On n'arrivait pas à un meilleur résultat, si l'on se contentait recueillir tout simplement le contenu de l'intestin d'un animal viraDl récemment tué, comme l'ont fait aussi Leuret et Lassaigne, Tiedeman
(1) Vam Deer etSTiNST&A, Commenlatiophysiologicade lienisy etc. Gixminfue, 18ôi. . (S) Haller, Elément physioL, VII, p. 37. (3) LEUBEt et LAssAMins, Ouvr, cité^ p. 141.
ACTION DU sue INTESTINAL, 321
Gmelin (1). Tout ce que ces procédés avaient appris, c'est que le fluide complexe de l'intestin grêle était assez généralement alcalin»
Frerichs (2), sur des chiens et des chats à jeun, comprit entre deux ligatures une anse d'intestin vide et longue de 4 à 8 pouces; puis, la refoulant dans le ventre, il sacrifia les animaux quatre à six heures après. Il dit avoir alors recueilli, dans la portion de l'intestin isolée, une quantité médiocre de suc intestinal pur. Ce liquide était visqueux^ incolore et doué d'une réaction alcaline; il transformait la fécule en dextrine et en glycase^ et émul" iimnait les matières grasses. Dans ses expériences, Frerichs crut trouver la sécrétion du gros intestin un peu plus abondante que celle de l'intestin grêle.
Le même moyen, employé par Bidder et Schmidt, ne leur permit pas de se procurer une quantité de fluide suffisante pour pouvoir être soumise U'analyse ou fournir à l'expérimentation. Mais ils obtinrent du suc intestinal pur sur un chien dont ils avaient lié et isolé les conduits pancréatiques et cholédoque, chez lequel aussi ils avaient établi une fistule biliaire et une fistule intestinale. Celle-ci avait son siège dans l'intestin iTék, entre le premier et le second tiers de sa longueur. Us recueillirent le suc intestinal depuis le huitième jusqu'au douzième jour après l'opéraion : la quantité, trop petite pour être analysée, leur permit seulement l'exécuter quelques expériences sur les matières alimentaires. Le liquide ilait tenace, filant et fortement alcalin.
Sur un autre chien, qui portait une fistule au côlon, ces expérimenta* eurs virent qu'ici la sécrétion intestinale semblait encore moindre que elle de l'intestin grêle; mais, dans les deux cas, ils crurent lui reconnaître 1 peu près les mêmes caractères.
Dans le but d'étudier Vaction du suc intestinal chez l'animal vivant, lidder et Schmidt instituèrent un certain nombre d'expériences sur des liiens et des chats qui avaient jeûné vingt-quatre heures au moins. Ils lovraient l'intestin grêle, au-dessous de l'abouchement des canaux biliaires t pancréatiques, y introduisaient, enfermées dans un sac de tulle, de la iande ou de ValÔumine l'une et l'autre cuites et préalablement pesées, «lis ils fermaient l'intestin par des ligatures, placées au-dessus^ au-dessous t au niveau de chaque incision. L'intestin était alors replacé dans l'abbmen, la plaie fermée et les animaux tués quatre ou six heures après. )uelques-unes de ces expériences furent faites de manière à exclure la éerétion des glandes de Brunner, l'incision de l'intestin étant pratiquée io-dessous du duodénum. Par ce procédé^ ils constatèrent, vingt et une ^ns, que le suc intestinal ramollit la viande et l'albumine cuites^ leur fait perdre leur cohésion, en dissout et en digère une partie assez considérable. ^ huit expériences, faites sur ces mêmes aliments hors du corps vivant, e suc intestinal leur donna les mêmes résultats.
iU Tfonumi etCiiKLUi, Ouvr. ciié^ t. I, p. 102* (2; Fmzucw, Ottvr. ciié^ i. lli, p. 850.
LOKBr. — rHTSlOL
Busch (1), en 1858, eut Toccasion de répéter ces expériences sur uoe femme qui portait un anus contre nature, très-rapprocbé du duodénum, et par lequel toutes les matières provenant du bout supérieur de rinte&tin s'écoulaient au dehors sans pouvoir pénétrer dans le bout inférieur. En introduisant dans ce dernier de petits sacs de tulle renfermant des cubis d'albumine coagulée du poids de 2 grammes à 2 grammes et demi, il reconnut que ces cubes^ altérés dans leur forme et leur consistance. avaient perdu 35 pour 100 de leur poids après 6 beures et demie de séjour. Ayant expérimenté de la môme manière avec des matières yro9m et diN matières amylotdes, il obtint un faible émulsionnement des première^ a la transformation en sucre des secondes; mais Faction du suc intestinal était notablement inférieure à celle des autres liquides digestifs ayant de l'influence sur Tune ou sur l'autre sorte de ces principes alimentairoi». •-- Busch eut l'heureuse idée de nourrir sa malade en injectant dans le bout inférieur tout ce qui provenait du supérieur, c'est-à-dire une p&ie alimentaire ayant déjà subi l'influence de la salive, du suc gastrique, du fluide pancréatique et de la bile. Aussi la malade, qui était fortamaigne, reprit-elle son embonpoint, et vit-on son poids, qui était de 32i kilogrammes au début, monter en treize semaines à 42 kilogrammes et demi.
Dans ses expériences sur des lapins, 0. Funke (2), n'ayant pu conslater aucune action du suc intestinal sur les substances albuminoîdes, en avait d'abord conclu que ce suc n'a point le pouvoir digestif que lui avaient altrv bué Bidder et Schmidt. Mais Kôiiiker et Millier (3) confirmèrent les résultai positifs obtenus par Bidder et Schmidt sur le chien et lé chat, aussi biei que les résultats négatifs constatés par Funke sur les lapins : d'où cetb conclusion que le suc intestinal des carnivores digère l'albumine, tandi que celui des herbivores serait sans eil'et sur cette classe de principe alimentaires. — C'est un point qui, pour être élucidé, demande de no\l velles recherches.
Indépendamment de son influence sur les matières grasses et fêeuhnt\ (influence qui, d'après Bidder et Schmidt (4), ne le cède guère en entra h celle du suc pancréatique), le suc intestinal représenterait donc, 3 moins chez les carnivores, l'agent principal qui achèverait de digérer cvv partie des corps albuminoîdes échappée à l'action des sucs gastrique et p\ créatique.
Tel que nous venons de l'envisager, le suc intestinal n'est pas encore w produit simple, bien qu'il ait été séparé des fluides sécrétés par le foie, I pancréas et les glandes du duodénum (glandes de Brunner) ; car il proviii encore de plusieurs 'sources, à savoir : des liquides exhalés d'abord parij follicules agminés ou plaques de Peyer, puis par les follicules isolée
(1) BuftCB, Beiirûffêzur Physiologie der Verdauungsorgane (Arch* fikr poM. AnaL, ISJ t. XIV, p. 140).
(2) 0. Fdnke, Lehrhvch der Phynologie^ p. 339.
(3) KôLLiKGR und HOller Veber dos PhysioL Institut, zu Wûrzlmrg, 1 Beriebt, p. 'ii 2 Bericht, p. 77.
(4) Bidder et SoBNUTy Ouvr. cité^ p. 282.