‹ Traité de physiologieChapitre 7 sur 141 · Y[ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

Y[ INTRODUCTION

existé de toute éternité;— les êtres vivants ont été formés à une époque plus ou moins déterminée,

Aristote aurait, le premier, exprimé la pensée, qui se retrouve aussi dans Pyttiagore et son école, que le monde est éternel et que ses habitanta ont existé éteriieUement. ^Empédocle et Anaximandre (deMilel) pensaient que d'un mélange de terre et d'eau s'étaient formés des êtres inférieurs qui, par des mutations nombreuses et une progression continue dans la perfection, auraient produit tous les êtres vivants, sans en

excepter l'homme.

Dans la première supposition, la nature est vivante, elle a une âme qui se manifeste à des degrés différents, avec des énergies variables, dans tout ce qui est, dans les sphères célestes comme dans les corps bruts de notre globe, dans les végétaux comme dans les animaux. D'après la seconde, le hasard seul et des circonstances accidentelles ont produit les êtres vivants, comme se produisent les cristaux dans une solution saline.

Dans la doctrine admise comme étant l'expression d'une croyance, une cause (bien distincte des forces connues), exisUnt par elle-même en dehors de la nature, a créé tous les êtres qui peuplent la terre; celte cause souveraine (causa causarum)^ c'est Dieu.

S'il ne nous est pas donné de comprendre l'origine des êtres, nous pouvons du moins les suivre dans leur évolution sur le globe, et, à cet égard, la science a atteint une remarquable maturité.

Un premier fait bien établi est que la vie n'a pas été étemelle sur la terre. Quand on étudie la formation de notre globe, on reconnaît, nous Pavons déjà dit, qu'à une époque qu'il ne nous appartient pas de fixer, aucun être vivant n'y existait. La matière brute le constituait seule et sans doute à l'état incandescent; état tout à fait incompatible par conséquent avec la présence d'êtres doués de la vie.

Les premiers êtres vivants qui apparurent furent des végétaux cryptogames dont les analogues existent encore aujourd'hui. Puis, successivement, se montrèrent des madréporites, des myriapodes, des trilobites, des mollusques pélagiens, des poissons, des reptiles, des oiseaux et des grands quadrupèdes, en montant des couches les plus profondes vers les plus superficielles. Ainsi, se trouve établie une démonstration matérielle des degrés que les différents êtres vivants occupent dans l'échelle animale.

On suit donc de la sorte l'évolution des êtres sur le globe, en poursuivant leurs débris dans les profondeurs de la terre. — Naguère on pouvait pousser en quelque sorte la progression jusqu'au bout; car, en voyant

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rbomme régner sur le globe, en ne le découvrant nulle part dans les anciennes couches terrestres jusque-là explorées, on était arrivé à voir en lui comme le dernier-né de la création. Il n'est plus permis aujourd'hui de s'arrêter à ces idées, puisque des recherches récentes ont mis hors de doute l'existence de V homme fossile. Notre globe a subi de graves et profondes révolutions depuis l'apparition de l'homme à sa surface, et l'époque de cette apparition première n'est pas encore déterminée. Peut-être l'homme se trouverait-il, en définitive, contemporain de ces singes dont on a voulu le faire le descendant.

Ici se présentent quelques idées générales, quelques théories souvent controversées et pourtant appuyées des noms les plus autorisés : nous en dirons quelques mots.

Existe-t-il, dans les êtres vivants, une hiérarchie qui permette de placer les uns en haut et les autres en bas? A ne considérer que les traits les plus généraux, l'observation le prouve d'une manière incontestable. Une cellule qui absorbe est le rudiment de l'être vivant et suffît pour constituer certaines plantes; puis, à mesure qu'on s'élève dans la série végétale, de nouveaux organes apparaissent, de nouvelles fonctions se développent. Il en est de même chez les animaux : tandis que certains zoophytes ne semblent être aussi qu'une substance absorbante, on voit peu à peu apparaître une cavité pour la digestion, des organes spéciaux pour les sécrétions, pour la respiration, pour la circulation, etc. A mesure que se surjyoutent de nouveaux organes l'être se montre plus parfait, et l'on peut ainsi, par une progression plus ou moins continue, s'élever du dernier zoophyte jusqu'à l'homme.

Toutefois l'ensemble des êtres, végétaux ou animaux, ne se coordonne pas en une série unique et régulièrement ascendante : Véchelle des êtres de Leibnitz et de Bonnet est une des illusions de la philosophie spéculative qui n'a pu tenir devant l'épreuve des faits. Les grands types animaux eux-mêmes ne sauraient se disposer en Ugne droite ; et, pour peu qu'on tienne compte des types secondaires, le fait s'accuse jusqu'à Tévidence. Par exemple, comment ranger en série, entre les rayonnes et les vertébrés, les mollusques et les articulés? Quel est de ces deux derniers types celui que l'on placera en haut ou en bas?

De quelque manière que l'on considère l'ensemble des êtres, il est impossible de n'y point trouver de nombreuses lacunes, et même, en supposant que les termes actuellement absents aient pu exister autrefois, ou même qu'existant encore ils échappent seulement à nos recherches^

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on ne voit pas que Tespace qui sépare un échelon de T autre puisse diminuer, s'effacer et disparaître. En d'autres termes, des difîérences existent entre les êtres vivants et les séparent les uns des autres : que ces différences soient grandes ou petites, qu'à nos yeux elles semblent insignifiantes, que notre raisonnement les supprime, elles n'en sont pas moins réelles, absolues, infranchissables.

A ridée de l'échelle des êtres se rattache évidemment celle de Y unité de composition^ qui devait séduire quelques grands esprits. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, après Lamark, s'est laissé prendre à ce mirage. Dans ses immortels travaux, il y a une part de vrai qui est restée dans la science ; mais la doctrine en elle-même ne devait pas tenir devant des recherches ultérieures. Cuvier, au contraire, a soutenu la variété de conformation organique : lui aussi a été trop loin dans certains cas et n'a pas tenu compte de tous les rapports qu'il faut admettre aujourd'hui.

Pour les animaux, c'est précisément sur la condition essentielle de provenir d'êtres semblables à eux qu'est établie toute la classification zoologique; c'est là en effet ce qui constitue l'espèce ou l'unité, dont les genres, les ordres, les règnes, ne sont que des multiplications. Dans un ouvrage, que la mort ne lui permit pas d'achever, Isid. Geoffroy Saint-Hilaire (1) a établi, d'une manière probablement définitive, les limites dans lesquelles les variations s'opèrent dans les espèces organiques, et son opinion concilie, autant qu'ils sont conciUables, les deux systèmes opposés de mutabilité indéfinie et d'absolue immutabilité. <c Les caractères des espèces, dit cet éminent naturaliste, ne sont ni absolument fixes, comme plusieurs l'ont dit, ni surtout indéfiniment variables, comme d'autres l'ont soutenu. Ils sont fixes pour chaque espèce, tant qu'elle se perpétue au milieu des mêmes circonstances; ils se modifient si les circonstances ambiantes viennent à changer. » — C'est l'exagération de cette dernière proposition qui avait fait le système développé par Lamark dans ' sa Philosophie zoologique. — « L'expansion graduelle des espèces à la surface du globe, ajoute Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, est à la longue la conséquence nécessaire de la multiplication des individus. D'autres causes, d'un ordre moins général, peuvent aussi amener des déplacements partiels. D'où, aux limites surtout de la distribution géographique des espèces qui se sont le plus étendues, des différences notables d'ha-

(i) Résumé (ics vues sur V espèce organique (Hist, nat. gén, des Règnes organiques ^ 1. 11^ Q« part.).

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bitat et de climat, qui, à leur tour, entraînent inévilablement quelques différences secondaires dans le régime et même dans les habitudes. A ces divers genres de différences correspondant des races^ caractérisées par des modifications dans la couleur et les autres caractères extérieurs, dans les proportions et la taille, et parfois dans l'organisation extérieure. Ces races ont été, fort arbitrairement, tantôt appelées variétés de localité, et tantôt considérées comme des espèces distinctes. »

Si maintenant nous descendons des faits généraux aux faits particuliers, ou plutôt si nous nous élevons des animaux jusqu'à l'homme, nous arri* vons, par les propositions précédentes, à cette conclusion que Yhomme descend d'une souche unique.

Deux opinions ont été émises relativement aux différences qui distinguent les hommes entre eux : ou bien ces différences seraient primitives, ou bien elles seraient acquises. Dans le premier cas, il existerait un genre humain composé de plusieurs espèces différentes et qui devrait reconnaître autant de souches distinctes qu'il y aurait d'espèces; dans le second cas, l'espèce humaine constituerait une unité dans laquelle on n'aurait à distinguer que des races.

Si, dans les questions scientifiques, on pouvait faire intervenir la tradition ou le sentiment, aucune discussion ne serait possible sur l'origine unique de l'humanité. Les livres sacrés, les légendes variées des nations qui semblent n'avoir eu aucune communication entre elles, s'accordent pour faire descendre l'humanité d'un couple unique. Nous aimons à voir dans tous les hommes, quelle que soit leur couleur, des descendants d'un même père, avec lesquels les liens du sang nous unissent dans une indissoluble fraternité. Mais la science demande des preuves; elle doit s'appliquer à juger, et son jugement acquiert d'autant plus d'autorité qu'il est plus rigoureux. Examinons donc, sans prévention, les principaux arguments cités de part et d'autre pour soutenir ou contester l'unité d'origine de l'humanité.

La première distinction a été tirée de la différence de couleur de la peau ; c'était la plus apparente et bien certainement celle qui, pendant longtemps, a paru sinon la seule, au moins la plus importante. Certains hommes sont blancs ou à peu près, tandis que d'autres ont la peau plus ou moins noire, plus ou moins jaune. Or, comme des hommes blancs il ne naît que des enfants blancs, comme des hommes de couleur que des enfants de couleur; comme le blanc, dans les climats chauds, ne prend jamais la couleur du nègre, et que celui-ci ne perd jamais la sienne dans

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