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XX INTRODUCTION

les clîmatâ tempérés, il y a là, a-t-on avancé, une différence suffisante pouf faire admettre une différence d'origine.

Mais, dans les mêmes espèces animales, on trouve de très-grandes variétés de couleur, et Ton n'en tient pas compte pour établir une distinction d'espèce; la coloration, chez les animaux, peut varier suivant les climats. Les hommes blancs, dans les pays chauds, présentent d'ailleurs une teinte brune qui ne se rencontre pas dans les climats froids, tandis que, dans les pays de nègres, les femmes qui évitent soigneusement l'action du soleil peuvent rester aussi blanches que les Européennes. Si l'on ne voit pas que l'influence du climat suffise pour transformer le blanc en homme de couleur, et réciproquement, c'est qu'à ces observations il manque l'élément indispensable aux grandes modifications de l'organisme, le temps.

Indépendamment de la couleur de la peau, il existe des différences tirées de la forme de la tête, des traits du visage, de la saillie plus ou moins prononcée de la mâchoire inférieure, etc., et toutes ces différences caractéristiques, se conservant par la génération, ont été parfois considérées comme des différences spécifiques.

Or, qui ne sait que, dans les mêmes espèces animales, certaines variétés de conformation peuvent se conserver pour former des races nouvelles et non des espèces particulières? C'est grâce à cette circonstance que nous pouvons, chez les animaux domestiques, former, en quelque sorte à volonté, des races appropriées à nos besoins, aux senices que nous en attendons. Et même chez l'homme, il existe souvent, dans les familles, des traits particuliers qui se perpétuent à travers les générations et sur lesquels on n'a jamais songé à établir des caractéristiques d'espèces. « Il était assez ordinaire, chez les Romains, de déduire d'un signe héréditaire partiel le nom de la famille : de là, leurs Capitones, leurs Labiones, leurs Nasones, leurs Buccones, et une infinité d'appellations de ce genre (1). » Les éleveurs célèbres que compte l'Angleterre sont arrivés à transporter d'une race à une autre race, ou d'un individu à ses divers produits, telle ou telle proportion de membre ou de partie. 11 leur a suffi, pour arriver à ce but, de préciser d'abord le caractère physique qu'ils désiraient transmettre ; de faire élection, ensuite, de mâles et de femelles le présentant l'un et l'autre au plus haut degré possible de développement ; et, à défaut d'individus étrangers, d'allier les rares produits où ils se propagent, avec les pères ou mères, avec les frères et sœurs, procédé

(1) K Lucas, Traité philos, et physiol. de V hérédité nat., etc. Paris, 1847, t. 1, p. 197.

INTBOOUCnOlf. XXI

que les Anglais nomment Breeding in and in (1). > — Supposez que la Nature, que le hasard ait fait à une époque quelconque ces mélanges que l'art renouvelle tous les jours, ne sera-t-il pas clair qu'il en pourra résulter des produits différant entre eux beaucoup plus encore que le Caucasien ne diffère des habitants de Mallicolo ?

Du reste , une comparaison rigoureuse démontre que, chez les animauxi les limites de variations sont remarquablement plus étendues dans les races domestiques que dans les groupes humains. Les faits morphologiques, tout en faisant pencher la balance en faveur de l'unité spécifique des divers groupes humains, pourraient pourtant laisser la question indécise. Mais il est un autre argument qui la résout nettement, et celui-ci est en entier du ressort de la physiologie : c'est que du mélange de races humaines dif-« férentes naissent des produits indéfiniment féconds. Or, qui peut ignorer aujourd'hui la signification d'un tel fait? Qui ne sait que les espèces même les plus voisines ne produisent jamais entre elles des groupes indé- Animent féconds (âne, cheval, etc.)? N'est-il pas connu de tout le monde que, chez les animaux (comme chez les végétaux), les hybrides^ mdme de sang inégal et féconds entre eux» retournent au bout de quelques générations aux espèces primitives?

De ce qui précède il a donc paru logique de conclure que les hommes descendent d'un couple unique. Faut-il maintenant rechercher à quelle race on pourrait rapporter ce couple? Est-il possible de connaître son oripne, la contrée qu'il habitait? Suivrons-nous dans leurs développements les déviations du type primitif? Il a été répondu à ces questions, autant que le comporte actuellement la science, dans des ouvrages spéciaux (2); mais nous n'avons pas à nous en occuper ici. — Qu'il nous suffise d'avoir mentionné les principaux arguments qu'on a invoqués â l'appui de la doctrine de l'unité de l'espèce humaine.

Nous n'entreprendrons pas non plus de tracer les caractères qui distinguent les unes des autres les différentes races humaines; c'est là une étude qui appartient à l'histoire naturelle et non à la physiologie. Pour nous, qui n'avons à étudier que les fonctions de la vie, nous les trouvons les mêmes dans les diverses races ; et, s'il est vrai que des différences psychologiques existent entre elles, ces différenees ne portent que sur des degrés de l'intelligence qui peut être plus ou moins développée» mais qui néanmoins est essentiellement la même : car l'humanité est une.

(1) Ouvr. cité, p. 203.

(2) De QUATBEFAGES, Rapport sur les progrès de V Anthropologie en France, Pari», 1867.

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