RAPPORTS DU SYSTÈME VASCULAIRB AVEC L'ABSORPTION.— HISTORIQUE
roinplissent, on est bien forcé d'avouer qu'on ignore quelle peut être ici la Téritable part du système nerveux ganglionnaire. Toutefois, il est présu^ iQible que ce système n'influence l'absorption que médiatementy c'est-à* (JirB en modifiant la circulation.capiilaire des parties organiques.
RAPPORTS DU STSTiMB VASCTTLAtBÏ AVEC l'ABSORPTION.
Nous avons vu précédemment que, vers les degrés inférieurs de l'échelle Mogique, se rencontrent des animaux formés d'une substance plus ou riioin^ homogène, dépourvus de vaisseaux comme de tube digestif, et •trevanl les matériaux de leur nutrition à la manière des plantes, c'est-A- ^irp par tous les points de leur surface et sans élaboration préalable ; L^tériaux qui, de cette surface ,' pénétrent de proche en proche par "•mose dans l'épaisseur du parenchyme organique. Là, disions-nous, Qcuoe partie n'a encore de besoins propres et différents de ceux des atres parties, il y a diffusion dans tout l'animal des substances appor- V^ du dehors et de celles qui doivent être excrétées; c'est seulement
mesure que des organes spéciaux se montrent et qUe les humeurs .^noenl des directions déterminées vers tel ou tel d'entre eux, qu'on voit «Ire des vaineaux qui, alors, sont à la fois les réceptacles des produits de ibsorption et les distributeurs de ces produits : du moment, par exemple, i^ l'absorption gazeuse se sépare de l'absorption liquide ou alimentaire, s voies spéciales deviennent indispensables pour porter le produit de Ue dernière des organes digestifs aux organes respiratoires. Or, ces «es spéciales, dont l'ensemble forme le système circulatoire ou vascu- 'TPi se multiplient en raison de l'organisation plus ou moins parfaite de uimal. C'est ainsi que dans beaucoup d'invertébrés, elles se montrent rt simples; que dans les mollusques, elles représentent déjà un appareil <i« complexe^ avec veines et artères distinctes, et qu'enfin, dans les ani- Uix vertébrés, elles comprennent de plus un troisième ordre de vais* iQt désignée sous le nom de misêeaux lymphatiquêi, et chargés, en ^fne temps que les veines^ de charrier les matières absorbées. Dans les zanl^mes élevés, il ne sufRt plus, comme dans les organismes infé- ■un, que des parties ou des tissus quelconques s'imprègnent des fluides «orbables, il faut encore,, pour que l'absorption se complète et qu'ultéurement ces fluides puissent être utilisés, qu'ils soient portés par les ^Mnts vasculaires vers les divers organes; alors seulement, ces organes u^^nt y puiser les matériaux de leur nutrition spéciale, en vertu de leurs ii ités différentes pour les éléments des fluides absorbés.
^ — Rippocrate (1) enseigne qu'il se fait, à la surface extérieure du ri><, une absorption aussi bien qu'une exhalation de vapeurs ou de
.1) ï.«t^i^M«y, 1, 6, c. 6. — IIipi à^x**^ ^ tfafxttyf c. 12.
fluides, et il soutient la môme opîDion relativement aux surfaces et ani cavités intérieures. Sa doctrine est résumée dans le passage suivant: 0 Les parties molles du corps attirent la matière à eiles également da dedans comme du dehors, preuve que tout le corps exhale comme il absorbe. » Galien (1) parle aussi de l'absorption dans le corps humain et dit qu'elle s'opère par une attraction. Il emploie d'ailleurs cette même expression, quand il décrit a les veines qui prennent les fluides ».
Hippocrate et Galien, faisant intervenir ici les vaisseaux, départissent le pouvoir d'absorber plus spécialement aux veines : « Les veines de Festomar et des intestins, dit Hippocrate (2), attirent la partie la plus claire et la plus liquide du boire et du manger; mais le plus épais reste et denent matière fécale dans les derniers des intestins. » Dans im autre passage ;S), il recommande de se servir de vin acide, lorsqu'on s'est fait vomir, afin de forcer les orifices des yeines à se fermer, et ainsi de prévenir TabsorptioB ultérieure du vomitif. Galien (U) n'est pas moins explicite qu'Hlppocrate. relativement au rôle qu'il attribue aux veines dans les phénomènes di' l'absorption.
Yeut-on maintenant la preuve que les anciens reconnaissaient égalemeul aux artères le pouvoir d'absorber ? Yoici une citation de Galien (5)qiB l'indique assez clairement : « Les artères, qui contiennent une Tapeur, attirent dans leur diastole l'air et les parties les plus subtiles du sang; mais elles n'attirent pas tout à fait les liquides qu'on trouve dans l'estomae' et les intestins, ou du moins elles n'en attirent qu'une petite quantité. >
Quant aux médecins Arabes» ils ont eu évidemment connaissance ^ pouvoir d'absorption inhérent à la surface du corps humain; car ils prescrivent souvent d'appliquer sur la peau des médicaments qui, suivant eut doivent néanmoins agir comme expectorants sur les pounoons, cornai émétiques sur l'estomac, comme purgatifs sur les intestins ou cornai diurétiques sur les reins. ^
Quoi qu'il en soit, il ne parait pas que les anciens aient jamais chercH à démontrer expérimentalement la propriété qu'ils attribuaient aux veîM d'exercer l'absorption. Swammerdam (6), un des premiers au xvii* sièd< tenta quelques expériences directes : il intercepta le cours du revenant des intestins, en liant les veines mésentériques, puis ouvrit dernières, en examina le contenu, et prétendit y avoir reconnu la prése de petites lignes blanches qu'il considéra Qomme du véritable cb absorbé par les veines à la surface des intestins. Abraham Eaau Boa haave (7), après avoir injecté une grande quantité d'eau dans Testoffii d'un chien mort, vit ce liquide revenir par les veines, en assez grand
(1) nipt JHivAutuv çuowttv, 1. m, C« 15.
(2) Loc, cit. '
(3) Oipi ^lAi-nK, 1* c*i c. 14.
(4) nipi xpKiftc ofu^fMftv, c. 5.
(5) Loc, ciU
(6) SwAMMKRDAM, Not, ad prodr, HoRim, p. 28.
(7) BosMAAVK, Persjnratio dicta Hippocratis, cap. 22, f 469 tq* Uyde, 1738.
RAPPOBTS DU SYSTÈME VASCULAIRE AVEC L*AnSORPTiON. — HISTORIQUE. 331
boodaoce pour entraîner tout le sang qu'elles contenaient et les laisser arfaitement blanches. D'après J.-F. Meckel (1), les veines s'ouvriraient or les surfaces extérieure et profonde du corps; c'est en se fondant sur ^> données, qu'il dit avoir injecté ces vaisseaux en distendant la cavité les îésicales séminales avec de la cire colorée, et être arrivé^ en poussant e l'air ou de l'eau dans la vessie^ à faire passer ces fluides dans les veines ui Torment le plexus vésical et même jusque dans le tronc de la veine jpogastrique, etc. Il a aussi aflSrmé avoir vu des traces d'un fluide blanc ans les veines du mésentère d'un cadavre.
Kaau fioerhaave avait invoqué d'autres arguments en faveur de l'absorpon veineuse : puisque le sang de la veine porte ne se coagule pas, il ot, disait-il, que ce liquide ait reçu quelque chose de l'intestin^ et T.Walter (2) n'hésitait pas à admettre que la coagulabilité du sang de tte yeine lui est enlevée par l'addition de la lymphe et du chyle. Une itre preuve de l'absorption par les veines, selon Kaau Boerhaave, se fonde r la supériorité de volume et de capacité des veines mésentériques par ppoii aux artères correspondantes : cet excès s'expliquerait à la condition idmettre que les veines reçoivent autre chose que le sang apporté par (artères. Celte considération n'a pas paru d'un grand poids aux yeux de lelques physiologistes, et Haller (3)^ en particulier, s'est efforcé de dé- )ntrer que la différence entre la capacité des deux ordres de vaisseaux »t pas plus sensible à l'intestin qu'ailleurs : il explique l'amplitude plus Dsidérable des veines par leur plus grande extensibilité et par le ralen- ^eoient do cours du sang dans ces vaisseaux.
Depuis Harvey, tant que les physiologistes ne connurent qu'un seul ordre vaisseaux efférents (les veines), ils ne soupçonnèrent pas que Tabsorpn pût se faire par une autre voie. La découverte des vaisseaux chylifires in système lymphatique tout entier amena une révolution complète dans idées généralement admises jusqu'alors.
}n trouve, dans les auteurs anciens^ quelques notions sur les vaisseaux nphaliques du tube digestif. Dans un livre attribué à Hippocrate (6), il question d'un sang blanc semblable à la pituite, et le père de la médeic, après avoir décrit les grandes veines, ajoute : « Il y a encore des nés qui naissent de l'estomac en grande quantité, de toutes manières, par le moyen desquelles la nourriture arrive dans le corps. » Aristote (5) parle aussi de canaux qui offrent un aspect un peu différent celui des veines, et dont quelques-uns renferment une liqueur qui n'est tre que la lymphe.
Ce fat sur des chevreaux qu'Érasistrate (6) rencontra, durant la diges«
1) i. P. Meoebl, Sova experim. e( observ. definibus venarum ac vasorum lymphaU^ ete.
rtia, 1771.
%) i. T. WALTBRyFon derEinsaugung undderÙurchkreusung der Sehnerven.^exUa^ 179/l«
3) HauIr, Blemenia physioL^ t. Vil, p. 64.
IV HvrocaATB, Htot mivtm^ c. 1, n<> 13.
[&) AunoTB, nif t \iàm^ IffrepuK^ lib. III, c. 6.
i^j Gauev, An ionguis tmiuraUter in arteriis contmealur ? cap« v.
382 i>E l'absorption.
tien, des vaisseaux pleins de cbyle; mais il en méconnut laTéritable nature et crut voir des artères vides. Hérophile (1) aperçut, sur ces jeunes animaux, dans les mômes conditions, des vaisseaux qui, partis de l'intestin, se rendaient aux glandes mésentériques pour s'y terminer, elGalieni; signala, à son tour, la présence d'une liqueur laiieuie dans les vaisseaux do mésentère chez le chevreau.
En 1532, Nicolas Massa (3) vit, sur un cadavre humain, des c^nanx particuliers naissant des reins avec l'uretère ; mais il fit remarquer qu'ils ne sont pas toujours apparents. 6. Fallope (U) observa quelques vaisseaux pleb d'une liqueur jaunâtre se rendant du foie au pancréas, ce qui fit supposer qu'il avait entrevu le plexus lymphatique entourant la veine^-porte. £u>tachi (5) ne décrivit pas les vaisseaux lactés, mais il aperçut le canal tkmcique^ sur le. cheval, et le prit à tort pour une des veines du thorax; znsà les anatomistes de son temps semblent-ils avoir fait peu de cas de cette découverte.
Dans le cours du xvu* siècle, les vivisections se multiplièrent d'une manière remarquable, et ce Ait en 1622 que Gaspard Aselli (6), professeur à Pavie, eut la gloire de démontrer définitivement l'existence des vaisseam lactés dans les circonstances suivantes :
Le 23 juillet de cette année, ainsi qu'il le rapporte lui-même dans llù» torique qu'il a tracé de sa découverte, il disséquait un chien pour fsiit voir à quelques-uns de ses amis le trajet et la distribution des nerfs réco» rents. Ce fut sur cet animal, tué par hasard au moment du travail de t| digestion, qu'il aperçut, dans les replis du mésentère et sur les parois d« intestins, un grand nombre de ramifications très-ténues, d'une couleoi blanche, et, au premier aspect, ressemblant à des filaments nerveux, qu'il en put aisément distinguer à l'aide d'une section transversale donna issue k un liquide analogue à du lait. Frappé d'une découverte a imprévue, Aselli s'empressa de la constater sous les yeux de ses auditei parmi lesquels se trouvaient deux médecins célèbres, Alexandre Tadini Louis Settala. Afin de donner à ce fait une démonstration complète, répéta rexpérience sur un autre chien^ le 26 juillet, c'est-à-dire trois p après sa première observation, et le résultat fut encore le même. Enfin autres recherches qu'il fit successivement, et à la même époque, surdi agneaux, des chats, des vaches, des veaux, des porcs et des chevaux, ^ti rent pleinement confirmer sa découverte. Il fut dès lors démontré que ci vaisseaux sont particulièrement visibles quand l'intestin est encore d'aliments, et qu'ils sont les conducteurs véritables du chyle qui est tenu. Mais il restait à rechercher le mode de terminaison de ces vaisseaux ici Aselli fut égaré par une opinion préconçue, et commit une grave erreoi
remij
(i) Gauem, De U9U partium^ Jib. IV^ c. 19.
(2) Gaubm, An Mnguif natur. in arter, contineaturf e. 5.
(3) Nicolas Massa, Inirod, anat., seu dissect. corpàrù humant, Venise, 1536. l^) G. Fallope, Observationes anat. Venise, f561. ^
(5) BusTACHi, Opuscula anatomica^ etc. Veniso^ 1864. — De vend sine pari.
(6) GASPAtiD ASELU, De lactibus sive lacteis venis^ Milan^ 1627. — Ce travail a éiéréii primé dans le tome II de la Biblioth, anat, de Mamget, p. 668. Genève, 1099, in-ibl.